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Full text of "Bulletin de la Société de géographie"

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BULLETIN 



DE LA 



/ / 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE 



vBoimc 0<Jia:-^u^tièuic^. 






IMPRIME CHEZ PAUL RENOUARD, 

RCIK (lAREHClàRI, If° 5. 



BULLETIN 



DE LA SOCIÉTÉ 



DE GÉOGRAPHIE. 



îomr ÏDiï-Jguituraf . 




PARIS , 



CHEZ ARTHUS-BERTRAND, 

LIBRAIRE DE LA SOCIETE DE GÉOGRAPHIE, 



1832. 



TABLEAU indicatif des jours de séance de la Commission, 
centrale pour Cannée i83a. 



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Lea ténocci l'ouïrent à j litara i/i.rnt et pillage Dauphins, n* 36. 


La HUiliotiieijiie rit ouverle \oua le« jour», de 11 heures» 4. 


Les Tolnmei I, II et III du Kecueil dn Mémoires se distribuent aux 


Membre» à moitié prix- 


La Société admet de» Membre» donaïenrs , en Tortn-tl'nn nouvel article 


réglementaire. 


Par ordonnance ro jale dn 14 décembre 1B17, lea searoti de la Sociéee 


ont é ré -approuvé!. 






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BULLETIN 



DE LA 



SOCIETE bE GEOGRAPHIE; 



N° 111. JUILLET l83â. 



PREMIERE SECTION. 



MEMOIRES, EXTRAITS, ANALYSE» El RAPPORTS. 



^•^^mm 



Examen critique du voyage des frères Larder sur te. 

Niger, et de ses, résultats géographiques , 

Lu à la Société de Géographie-. dans sa séance do. 6 juillet i&3». 

Dès l'année dernière.,, un des membres les plus distin- 
gués de la Société de Géographie, toujours empressé su 
signaler les résultats des explorations nouvelles dont. 
l'Afrique septentrionale a été le théâtre, a, sous un titre 
modeste (i), donné un aperçu dû voyage que les frères 

(i) Quelques remarques sur. les noupellep-dèceuvertes des frèresLaudet 
dont V Afrique équatoriale, et des conséquences» probables qui deùrent eu 
résulter , par M. Jbmard; 7 octobre i83i. Ce Mémoire est inséré au 
Bulletin de la Société de Géographie, et accompagné d'une copie de 
•la carte de M. Bêcher. 



Lander venaient d'accomplir, et exposé des considéra- 
tions générales sur l'ensemble de la question que ce 
voyage a résolue* | < 

Dans le mémoire que je viens de rappeler, le président 
actuel de notre Commission centrale, admettant les ré- 
sultats géographiques immédiats, tels que le lieutenant 
Bêcher les avait à-la-fois oralement et graphiquement 
publiés, et repoussant comme lui l'identité du Schâry 
ou Tchad de Fondah avec le Schâry ou Tchad du Bar- 
nouh, s'est principalement appliqué à établir la liaison 
des découvertes nouvelles avec celles des précèdent 
voyageurs, et à indiquer le parti que nos intérêts com- 
merciaux pourraient tirer de nos connaissances actuelles 
touchant cette région de l'Afrique. 

Aujourd'hui que la relation des deux explorateurs 
anglais à été complètement publiée à Londres, et qu'une 
traduction fidèle et animée vient de la reproduire à Pa- 
ris (i), il est possible de se livrer à un examen plus précis 
des lumières nouvelles qu'elle procure à la géographie, 
et de secouer le joug du tracé fautif que la carte anglaise 
qui y est jointe avait imposé, } 

Deux parts bien distinctes sont à faire dans ta publi- 
cation du Voyage des frères Lander : Tune, celle des 
voyageurs eux-mêmes ; l'autre, celle du géographe qui a 
fait emploi des matériaux recueillis par eux, et qui a joint 
à leurs récits une introduction historique et critique. 

(i) Journal d'une expédition entreprise dans le but d'explorer le cours 
et l'embouchure du Niger, ou Relation dSin voyage sur cette rivière depuis 
Taourie jusqu'à son embouchure; par Richard et John Lander, traduit 
die l'anglais pat madame Louise Sw.-BeHocJ 3 ¥oLin-&° , avec cartes 
géographiques , dessins, et vignettes sur bois imprimées dans 1e texte; 
prix, x8 fr. À Paris, chez Paulin» éditeur, place de la Bonne, et 
chez Arthus-Bertrand , libraire de la Société de Géqgra] 



(7) 
.. le m'occuperai successivement de ees deux portiotti 
distinctes de k publication nouvelle, en commençai** 
par un compte succinct des travaux des deux voyageurs. 
Dans cette analyse nécessairement fort rapide, la spécial 
lité de notre institution me fait un devoir d'enregistrer 
surtout les indications géograpniques : aussi n'est-ce) 
guère qu'un résumé itinéraire de leur exploration que je 
vais insérer ici. 

Esquisse sommaire du Woyage. 

Arrivés le 19 mars i83o au mouillage de Badagry, ou 
plus exactement Badagh, les frères Lander débarquèrent 
le aa ; puis ils allèrent joindre, à un quart d'heure de 
distance, un marigot communiquant à la rivière de Ba- 
dagh, branche de celle de Lagos; et c'est en suivant 
cette voie qu'ils arrivèrent bientôt, en canot r à la ville, 
de Badagh. 

De là, ils prirent leur route vers l'intérieur. 

Quelques heures les conduisirent à Ouàou, dans là* 
Yarriba, au pays d*Eyo, qui s'étend au nord-est jus- 
qu'aux bords du Niger. Ils suivirent dans cette vastecon- 
trée une route fort voisine de celle qu'à son dernier 
voyage Clapperton avait parcourue avec l'un d'«eux, si 
bien que les deux, lignes offrent de nombreux points de 
contact. Elles coïncident d'abord en effet &Bedgi, puisa. 
Janna , traversent ensuite ensemble Betchy ou Badgi> 
Tchaou, et Egga, se séparent alors pour se retrouver à 
Eugua r Chakka et Afoura<, et se séparent de nouveau 
jusqu'à Âccodou, où elles se confondent à travers Tùdy 
ouEtudy, Tchotcho, Fudibo^ jusqu aGuendekki ou Ben- 
dekka; depuis là , les deux lignes se rencontrent succès* 
sjvement à Dâfo, à Chédou, peut-être à Ràou ou Erâoua? 



(8) 
ensuite à Chéki et à Kouaou. Les deux lignes , après 
avoir suivi pendant une soixantaine de railles des rou- 
tes distinctes , se rejoignent à Bumbum ou Bongbohg, 
continuent ensemble par Atepa ou Atoupa, Nama, Léo- 
gadda ou Leobadda, Itcho ou Tsbow, et arrivent enfin, 
par des chemins divers à Katanghà ou Eyo , capitale 
actuelle du vaste pays de Yarriba ; les frères Lander en 
avaient traversé, entre Kousou et Atoupa, l'ancienne 
capitale Bàhou. Sur cette route, où les lieux habités se 
pressent comme dans notre Europe civilisée, il se trouve 
plusieurs grandes villes , la plupart fortifiées : tout y 
porte l'empreinte d'un état florissant naguère, mais en 
proie aujourd'hui aux dévastations des fanatiques Peuls 
ou Félâns, conquérons et apôtres modernes de la Nigritie, 
comme les Arabes, dont ils continuent la mission , le fu- 
rent jadis du Maghreb; race cuivrée, étrangère au m- 
lieu des nègres qu'elle subjugue comme parmi les races 
blanches au nombre desquelles elle se compte; race 
puissante, dont les rameaux s'avancent dans la Séné- 
gambie jusqu'au voisinage de l'Océan , et dans la Guinée 
jusqu'à trois jours au S. O. de Katanghà. 

Après un repos de huit jours dans cette capitale, les 
deux frères, revenant sur leurs pas jusqu'à Bumbum, 
se dirigèrent au nord pour atteindre Kayâma : ils tra- 
versèrent, vers la moitié du chemin , la petite rivière de 
Mousa, à laquelle Clappertoii donne aussi le nom de 
Jufie, et qui marque la limite commune du Yarriba qu'ils 
quittaient , et du Barghou où ils entraient; au-delà de 
ce ruisseau, le langage, les mœurs, le caractère } la phy- 
sionomie de la population , tout est complètement diffé- 
rent : ce ne sont plus des hommes indôlens et poltrons, 
mais des gens actifs et guerriers. Kayâma est le chef- 
lieu, d'un royaume ou d'une principauté dé même nom, 



'9) 
formant une province dans l'empire de Barghou , dont 
la capitale est Niki, et qui s étend jusquà' plus de vingt 
journées dans l'ouest. Kayâma est Immédiatement à Test 
de Niki, Bouoy au nord, Sandero au sud, Lougou au 
sud-ouest, puis Kingka, Korokou et Pundi successive- 
ment échelonnés vers l'ouest. Les Félàns se sont aussi 
introduits en grand nombre dans ces divers états, mais 
ils ne s*y sont point présentés en maîtres; et cependant, 
dit-on, Kayâma s'est détaché de Nilçi pour se soumettre 
à eux. Pundi, d'un autre côté, a décliné la suprématie 
de Niki pour se constituer état indépendant , et depuis 
lors ce pays est dans une complète anarchie; 

Après une halte de huit jours à Kayâma, les frères 
Lander prirent une route détournée afin de se rendre à 
Bousà, sur le Niger, sans traverser la ville de Ouaouâ, 
contre laquelle le roi de Kayâma manifestait un grand 
mécontentement. Ils parcoururent une contrée déserte, 
dans laquelle ils rencontrèrent la rivière Oly, ainsi que 
plusieurs autres ruisseaux affluens du Niger , et dépas- 
sant les villes de Coubly et de Zali , ils atteignirent Bousâ. 
Cette ville, capitale d'un royaume de même nom, auquel 
Niki et Ouaouâ paient tribut, est située, non dans une 
île du Niger comme on le dit communément , mais sur 
la rive droite de ce fleuve, et près du confluent de la pe- 
tite rivière Menai. 

L'aspect du Kouârà ne répondit point à leur attente: 
il n'était guère large en cet endroit que d'un jet de pierre, 
barré au milieu par des roches noires et rugueuses au- 
tour desquelles l'eau bouillonnait en tourbillons. C'est 
. jusque-là que vingt-cinq années auparavant Mungo-Park 
était arrivé par l'ouest, explorant le cours du Niger de- 
puis Bamakou , et naviguant sur le fleuve depuis San- , 
sanding, dans cette même goélette qu'il avait fait con~ 



( I») 

struire en ce dernier endroit, et que son noble orgueil 
national avait nommée le shoonerde S.M* B. le Djoliba; 
elle vint sombrer au pied de ces roches dangereuses, et 
l'infortuné voyageur crut trouver au fond des eaux une 
fin moins cruelle sans doute que les traitemens qu'il re- 
doutait de la part d'une population inconnue. 

S'étant embarqués sur le fleuve à Kagogie, petite ville 
peu distante de Bousà, vers le nord, les deux frères le 
remontèrent en canot pour se rendre à Yàoury; son Ut 
était fréquemment divisé en plusieurs branches par des 
roches ou des bancs de sable; sa largeur variait d'an à 
deux milles, et sa profondeur d'une quantité guéable 
au tirant d'une frégate. En résultat, Yàoury est situé 
droit au nord de Bousâ, et se trouve distant de cinq 
journées de route à l'égard de Sakatou,et de deux jour* 
nées seulement à l'égard de Kolfou. La ville n'a pas> 
moins de trente milles de pourtour : c'est la capitale d'un 
royaume étendu et compacte, ayant au nord et à l'est 
l'empire de Haousà, à l'ouest celui de Barghou, au sud 
le royaume de Nyffé. Les turbulensPeu!s,Félàns, ou Fel* 
latas comme on les nomme vulgairement, ont aussi porté 
leurs armes dans le Yàoury} mais là, comme dans. le 
Barghou , leurs tentatives de conquête ont été vigou- 
reusement repoussées; et dans. le Haousà même, la puis- 
sance transmise par le mo'allem Otsmàn Danfodio à son 
fils le solthàn Mohammed Bello a éprouvé de nombreux 
échecs, par suite des efforts continus de la ligue ou 
taouyah, dans laquelle est entré Yàoury. Sous le nom 
de Haousà, les informations recueillies par les deux frè- 
res comprennent seulement Kasynâ (i), Kabi, Gouari, 

(i) Dont ils écrivent le nom Catshinah, et que le vulgaire continue 
d'appeler Kashna, malgré la juste observation de Rennelque le ré? 
ritahle nom est Kasynâ. 



'(•" ) 

Zamfara, Kano, Gober, Kotonkora et Ouamba. De ces 
huit états, les deux derniers avaient échappé à la con- 
quête; Kabi, Gouari et Gober se sont entièrement af* 
franchis ; Kasynâ même est , dit-on , parvenu à secouer 
le joug et à recouvrer son indépendance ; à Zamfara, les 
naturels partagent l'autorité avec les vainqueurs; Kano 
seul subit une domination complète. En dehors du 
Haousà, les Félâns ont encore perdu Zarya, capitale 
conquise du Zegzeg. En revanche, ils sont maîtres du 
Nyffé et de la portion limitrophe du Yarriba, englobant 
ainsi dans leurs possessions une étendue déjà considé- 
rable du cours inférieur du Niger; leurs missionnaires 
ont poussé des reconnaissances et jalonné ht route des 
conquêtes futures jusqu'au sommet du delta que dessi- 
nent les branches par lesquelles ce grand fleuve débou- 
che dans l'Océan. On peut prédire que les Félâns seront 
bientôt maîtres partout où ils se montrent aujourd'hui 
simples voyageurs , et que la navigation du Niger leur 
appartiendra, comme leur appartient celle du Sénégal , 
dont ils occupenjt les rives depuisBakel jusqu'à Daghanah. 
Revenons aux deux voyageurs anglais. Yâoury fut le 
terme de leur excursion vers le nord. Ils en repartirent 
le a août pour redescendre le Kouârâ ; ayant gagné ua 
marigot qui afflue à la rivière de Kebbi , ils s'y embar- 
quèrent , et, après quelques milles en suivant le cours de 
cette dernière, ils entrèrent avec elle dans le Niger, qui 
les ramena pr ompteraent à Bousà. Dans cette course, ils 
eurent le loisir d'examiner de plus près une population 
particulière qui habite les îles et les rives du fleuve, et 
qui est aussi disséminée dans le Haousà et autres cou-» 
trées, surtout dans le Yâoury, et particulièrement dans 
les montagnes d'Engarski, qui forment un état jadis in- 
dépendant, et aujourd'hui tributaire du royaume précé- 



J 



( "" ) 
dent Cette population, ilote dans les contrées qu'elfe 
paraît avoir primitivement possédées, porte le nom tfe 
Cumbri ; gens paisibles , indolens , invariablement atta- 
chés à leurs coutumes traditionnelles, parlant les lan- 
gages divers de tous les peuples environnans, mais ayant 1 
leur idiome propre, subissant le joug sans murmure, 
mais brisant quelquefois, dans une juste impatience , la 
chaîne trop serrée dont on veut les étreindre. Ils occu- 
pent, à cinq milles au nord de Bousâ, le petite ville de 
Garnicassa , vis-à-vis de laquelle les diverses branches du 
Niger forment, en se réunissant, une belle nappe d'eau 
de sept milles de large. 

Sur le conseil du monarque de Bousâ , les frères Lan* 
der allèrent faire visite à celui de Ouaouà , avec lequel 
ils traitèrent de l'achat d'un canot. Sur la route , et à 
peu de milles au sud de Bousâ , une branche du Niger 
se détache vers l'ouest, et ne rejoint, dit-on , le lit prin- 
cipal qu'après avoir fait le tour du pays de Ouaouà ; 
d'autres disent qu'elle se jette dans la rivière Oly. 

Revenus encore à Bousâ , les deux voyageurs s'y em- 
barquèrent enfin le 20 septembre pour descendre le 
fleuve jusqu'à la mer. Le courant était de cinq à six milles 
à l'heure; ils dépassèrent bientôt la dernière ville appar- 
tenant à Bousâ, sur la rive gauche, et entrèrent ainsi 
dans le Nyffé. Les limites de Bousâ s'étendent plus loin 
sur la rive droite ; de ce côté , Gongie est la dernière ville 
du Nyffé; et Ingouazhilligee,que Glapperton a déjà men- 
tionné sous les noms de Gomie et de Wonjerqué, est la 
première ville dépendante de Ouaouà dans cette direc- 
tion. Un peu au-dessous sont les îles jumelles de Patâshy 
et deTiah. De là, Richard Lander alla faire une nouvelle 
visite au souverain de Ouaouà, dans l'espoir d'en obte- 
nir un canot ; mais il y fallut renoncer, et pousser jus- 



> ( Ij) 

qu'à Lever, plus communément appelée Layaba, ville 
peu éloignée, occupée en ce moment par les Félàns : 
là l'impuissance des monarques de Bousâ et de Ouaouâ 
était évidente, et nos voyageurs, n'ayant plus d'autre 
moyen de se procurer les embarcations que ces deux 
princes -avaient promises, et même chèrement vendues, 
furent obligés de prendre le parti de s'approprier les 
deux canoté que leur avait prêtés le chef de Patâshy, 
«t c'est ainsi qu'ils purent continuer leur navigation. On 
leur avait dit àPatâschy queRabba était à deux journées 
de Layaba; qu'il fallait ensuite trois jours pour atteindre 
Fondah, puis quatre jours encore pour arriver à la mer. 

Les deux voyageurs mirent trois journées entières de 
navigation depuis Layaba jusqu'à l'île marécageuse de 
Zagôzhi, en face de laquelle est située la grande ville de 
Rabba, dans le Nyffé. Ils dépassèrent successivement, 
dans cette route, plusieurs villes considérables et beau- 
coup d'îles et de villages: ils nomment Bedjaybo , Litchi, 
Madjé et Bili. Le fleuve, encaissé entre des berges élevées, 
ooulait majestueusement dans une direction graduelle- 
ment contournée du sud au sud-est, offrant une largeur 
moyenne de deux à trois milles. A Zagôzhi, on leur ap- 
prit qu'Egga, dernière ville du Nyffé, était située à 
quatre journées plus bas sur le fleuve. 

Tournant à l'est en quittant Fondah , les deux voya- 
geurs virent le fleuve s'élargir jusqu'à quatre milles, n'of- 
frant plus un courant que de trois à quatre milles par 
heure. Après une course effective de cent milles tout 
d'une traite, ils virent Dàcané; puis ils dépassèrent les 
îles de Gongo et de Tofo, par une route inclinant un 
peu de l'est vers le sud, offrant de nombreuses sinuo- 
sités, un courant tantôt rapide comme un torrent, tantôt 
lent et tranquille , entre des rives peu élevées, et parfois 



( »4) 

même très-basses, dont l'écart em en t variait de deux 
mines à six milles. Là, on leur dit que le pays de Fondah 
était à une distance de trois journées , et que la ville de 
ce nom était éloignée aussi de trois jours des bords du 
Niger. Continuant leur navigation , ils aperçurent à son 
confluent la rivière deCoudoimia venant du nord, la 
même que Richard Lander avait, à son précédent voyage, 
traversée près de Kottop, sur la route de Dunrorâ; -ils 
arrivèrent bientôt après par le travers d'Egga, qui est à 
trois milles du rivage. Cette ville marque le terme dti 
grand royaume de Nyffé et de la domination réelle de» 
Félàns, mais non de leur influence politique et reli- 
gieuse ; de même que Layaba , Bedjaybo , Rakah , et nom- 
bres d'autres villes dépendantes de Nyffé, elle est bâtie 
sur la rive droite du Niger. Les Yarribans ont déserté 
cette plage devant l'invasion félâne. 

Au-dessous d'Egga, le cours du fleuve se contourne gra- 
duellement vers le sud, offrant un lit sinueux, des rivés 
basses, et un courant de quatre à cinq milles à l'heure. 
Kaconda, qui se trouve à une journée de distance, est la 
capitale d'un état complètement indépendant. Les hon- 
neurs de cette station furent faits aux deux voyageur* 
par un mo'allem musulman , qui leur apprit qu'une ri- 
vière fort considérable, nommée Tschadda ou Scbâri, 
rejoint le Niger à une journée de Kaconda; que la ville de 
Cuttumcurrafie est située au confluent; que celle de Fon- 
dah est à trois journées de distance en remontant cette ri- 
vière, et que du reste on communique avec Barnouh par 
cette voie , la route étant de quinze jours de navigation. 

Après avoir quitté Kaconda, le lit du Niger se dirige 
du sud-est au sud-sud-ouest , entre des berges qui s'élè- 
vent graduellement à une hauteur fort considérable. On 
dépassa l'embouchure du Tschadda, large de trois milles, 



(,5) 

et l'on atteignit la ville commerçante de Bocquà. Là un 
vieux mo allem deFundah leur servit d'interprète; il leur 
confirma la communication par eau avec Barnouh en 
quinze journées, la situation de Fondah à trois jours 
' dans les terres , et il leur apprit en outre que la mer était 
à dix journées de Bocquâ en descendant le Niger. Le 
chef du pays évaluait à sept journées seulement cette 
distance. 

On continua la navigation vers le sud-ouest, en faisant 
beaucoup de détours; on passa en vue d'Attâ, qui est 
sur la rive gauche, puis on aperçut un bras du fleuve 
qui se détachait vers le sud un peu est, et Ton arriva à 
Abbazacca. Depuis Egga , tous les lieux où l'on abordait 
étaient habités par des populations diverses entre elles 
ainsi que des précédentes, et il était difficile de se com- 
prendre mutuellement: la langue du Haousâ, familière 
aux mo'allems musulmans , avait heureusement fourni , 
en diverses rencontres , un heureux moyen de commu- 
nication orale ; ici ce fut le langage de Bonny qui rendit 
cet éminent service. Les indices certains de communica- 
tions habituelles avec la côte devenaient de plus en plus 
nombreux. Le chef d* Abbazacca proposa aux voyageurs 
de les conduire à une grande ville éloignée d'un jour de 
route, et gouvernée par son frère, où ils trouveraient 
des gens de Bonny, de Calabar, de Brass, et de Béni ou ' 
Bénin, qui y viennent par eau au moyen des branches du 
fleuve , dont la principale est peut-être celle de Bonny.' 
Les frères Lander acceptèrent les offres de leur hôte , 
et ils se mirent en route précédés par le canot de ce 
chef, qui , moins chargé, eut bientôt une avance consi- 
dérable. Le fleuve, large de quatre à cinq milles, incli-. 
nait vers l'ouest-sud-ouest; on dépassa l'ouverture d'un? 
bras qui affluait vers le sud-est , et bientôt on fut obfigé 



(i6) 

de relâcher à Damôgou , dont les habitans voulaient à 
toute force voir nos deux Anglais. Ils trouvèrent dans ce 
village des nègres de Bonny, vêtus de haillons euro- 
péens; ceux-ci leur apprirent en mauvais anglais que 
plusieurs navires de Livérpool étaient mouillés dans leur 
rivière, à cinq journées seulement de distance. D'un 
autre côté, le roi de Damôgou, qui n avait jamais en- 
tendu parler d'autres pays au nord du sien que de Fon- 
dah et de Tackoua, c'est-à-dire Nyffé (i), mais qui avait 
des rapports commerciaux fréquens avec les pays du 
sud , leur assurait que huit jours de navigation les con- 
duiraient à la mer. Il leur nomma, sur cette route, la 
ville de Kirri, distante d'une journée. Un Nyfféen, vo- 
lontairement exilé à Damôgou , leur donna encore l'assu- 
rance que Ton communiquait fréquemment de Fondait 
avec Kouka dans le Barnouh, à travers le pays de Jacoba. 
Cette route, dit-il , est de dix- sept jours par terre, et de 
dix-neuf jours par eau en remontant le Tschadda jusqu'à 
Kouka. 

Les voyageurs, parfaitement bien traités par le chef 
de Damôgou , repartirent, après une halte de huit jours, 
dans un canot que leur hôte mit à leur disposition avec. 
des rameurs et un guide pour les conduire jusqu'à Bon- 
ny. Un peu avant Kirri, on rencontra un affluent de 
Test, et peu après une branche qui effluait vers l'ouest 
pour se rendre, dit-on, à Bénin ; c'est au bec compris 
entre le Niger et cette branche qu'est placé Kirri.. Mais 
peu de temps après avoir dépassé cette ville, ils rencon- 
trèrent une flottille de danots de guerre venant du sud, 

(i) La relation de Clapperton donne le nom de Tappa comme 
synonyme de Nyffé; peut-être faut-il lire Tackwa ( son écriture était 
fort peu lisible, au dire de M. John Barrow) , ou peut-être est-ce ici 
«fu'il faut lire Tappa , ce qui est beaucoup moins probable. 



■ (»7) 
qui les attaquèrent, les pillèrent et les ramenèrent pri- 
sonniers à Kirri. Là ils trouvèrent des musulmans de 
Fondah qui prirent chaudement leur parti : un grand 
palabre ou conseil fut tenu à leur égard , et il fat décidé 
que le principal aggresseur avait mérité d'être puni de 
mort; que les effets existans encore d'entre ceux qui for- 
maient le bagage des voyageurs blancs devaient leur 
être tendus, et qu'eux-mêmes, ainsi que les pillards qui 
lés avaient assaillis, seraient conduits au roi d'Ebo , sou- 
verain de ces derniers, pour prononcer sur le tout une 
sentence définitive. On leur dit qu'Ebo était à trois 
journées de distance sur le fleuve. Dans leur désastre ils 
avaient perdu toutes leurs marchandises d'échange, leurs 
armés, leurs vêtemens, leur unique boussole et quelques 
cahiers de leurs journaux. Heureusement que les deux 
frères tenaient des journaux distincts , et que les lacunes 
de l'un o^nt pu être remplies au moyen de l'autre 

On partit de Kirri sous bonne escorte. Le fleuve n'é- 
tait plus contenu entre de hautes berges ; il coulait plus 
direct et plus tranquille entre des rives basses et mono* 
tones, se dirigeant d'abord au sud-ouest ou peut-être 
même un peu plus ouest, d'après l'estime conclue de la 
position du soleil, puis inclinant à l'ouest-sud-ouest. On 
se trouva le matin du troisième jour dans une espèce de 
lac où le fleuve se séparait en trois grosses branche? pu 
ri vières, l'une allant à l'ouest, l'autre au sud-est, et la 
troisième, que les voyageurs jugèrent être la principale, 
coulant au suckmest. On entra dans celle-ci, et l'on ar- 
riva bientôt à Ebo , ou les voyageurs apprirent qu'une 
goélette espagnole et un navire anglais étaient mouillés 
dans h première rivière de Brass> plus connue sous le nom 
de rivière de Noun. 

Les gens de Bonny qui étaient venus de Dam&gou^ 



( I« } 

aVééïéSVoyagetfr*, et lefc gens deflra&qvisetttKmfient) 
à Ebo, sfe disputèrent l'avantage de conduire» les deux- 
Anglais sur la ce te, dans l'un ou Tau tue de ces royaux 
mes; etfle roi d'Èbo, instruit ç«r ce débat du prix coi*»' 
4idé*able que Veto s'attendait à recevoir a la côte cotmor 
urie sorte de rançon , éleva aussi de grandes préteptitmsi. 
Les gens de Bra& farétit obliges d« le désintéresse* à 
T'avance pour obtenir la facilité d'emttfener av*o euac les> 
deux blancs , qui de leift* côté promirent a» chef quile* 
-rachetait, de llndemniser pleinement dé 1 ses débuutife 

Ayant quitté Ebo, on suivit le court duflfettve *feftte 
<*ird-ouest; on dépassa, le premier jour, un* brârtotiel 
<qtri affluait vers l'ouest, puis fe troisième jour une autrat 
branche qui coulait à lest-sud^est, tandis efwe le bras 
principal tournait au sud. On entra bientôt après» darwtn» 
Jbârigôt qui se dirigeait vers le sud-esfc-*/^*** (*)* et part 
lequel on & rendit lentement à laf ville dotifeletpii polrt* 
le' nom de Bràss ; tlne autre ville déBrtfss, shnéeiàiem- 
bôucbure de la rivière def ce nom, et peuplée en ma* 
jètire partie de pilotes, se trdtrve à so&a«6e^u sèkaote-* 
dix milles de distance. 

Lef conducteur, on pourrait dire' le TtioStre des deux 
Voyageurs, laissant auprès du roi: s^topère lJuw<fe:ses» 
prisonniers, amena l'autre (c'était Richard) àiy moulage 
des navires européens qui étaient dans' lai rivîèrer dei 
Noun ; la route, dessinée pa* des marigots diriger ver» 
l'tftfest, coupait transversalement d ? abord una beanote 
as&g large (sans doute la rivière de Jti&n Dtaï }, pnialro 
seconde litière de Brass, connue aussi sotfs* tes; Âormr 
<fÔddy et deSantb Bento, et aboutissait à b première 



(1) Et non dans une direction sud^est, à l'est dû bras printdpfa.il côtnni# 
porté U version français , <juî traduit flfatf fcS.M.ty M; 4teÇo«!gt*aI. 



(«9) 
rivière de Bratfs ou rivière de, Nom , laquelle coule ncrs 
le sud. ' 

Au lieu d'un compatriote empressé de faire honneur 
aux engagemens des deux voyageurs, Richard Lander 
ne trouva dans le capitaine du brick anglais à bord du* 
quel il arriva , qu'un grossier et brutal personnage qui 
refusa péremptoirement de rien donner pour le rachat 
des frères Lander; il consentit du moins à laisser entre- 
voir une récompense au chef deBrass pour amène? John 
à la côte f et lorsque celui-ci fut arrivé à bord , le ré* 
bjarbatif capitaine, qui voulait bien accepter les services 
des deux jeunes gens comme matelots, éconduisit rude- 
ment le prince nègre» 

Les frères Lander étaient ainsi parvenus au terme de 
leur voyage de découvertes. Il y aurait peu d'intérêt à 
raconter ensuite leur relâche à Fernào do Po, leur courte 
eotcursion w vieux Calabar, puis leur voyage à Rio de 
Janeiro^ et enfin leur retour en Angleterre , où ils ont' 
été honorablement récompensés de leurs fatigues. ' 

Il est temps d'aborder les questions de géographie 
positive dont cette exploration intéressante a rassemble 
des élémens de solution , et qui ont été traitées en pré»? 
miève instance par M. Bêche** Led bornes de ce pé* 
moire* où l'esqaiàse du voyage (quelque brève que j «rie 
tftohé de la faite ) occupe déjà beaucoup de plaeç , ne nie, 
permettent pas d'entrer à cet égard dans aweun dette* > 
loppemeot raisonné; je suis donc obligé de me,borwef 
à quelques simpleéet rapides indications 



;\i 



Examen rapide du travail du lieutenant Bêcher. 

• fti Béirbe* apubfeé* à l'occasion du "Voyagé defs frère* 
Lander, et pour être annexé à leur relation , un double 
travail. Il a, d'une part, construit une carte détaillée 'de 

a. 



/' 



leur maréhe et de leur navigation sur le Niger] il a> 
d'un a^utre côté, dans une introduction k laquelle e4t 
Jointe une petite carte générale , traité historiquement et 
géograpniqueoient la question de l'ensemble des con- 
naissances acquises jusqu'à ce jour sur le' cours du grand 
fleuve* 

^'examinerai en premier lieu la carte détaillée hIu 
voyage. 

Et d'abord je rendrai justice à la modeste défiance avec 
laquelle l'officier anglais présente lui-même son œuvre 
graphique f «Cette carte y sous son plus favorable point 
«f4e'*ue, dit-il 9 doit être considérée seulement comme 
-« une esquisse du fleuve appuyée sur des observations 
« naïves et individuelles ». Unctelle abnégation d'amour* 
propre suffirait certes pour désarmer la critique, si dans 
les sciences la critique s'attaquait aux personnes; mais 
fa. devise estparcere personis ,* dicere de vitiïï; et c'est un 
devoir' pour elle de n'épargner point les erreurs d'un 
travail fautif, de quelque source qu'il provienne. 

Le premier reproche que j'adresserai à la carte de 
IL Bêcher, c'est de donner les- cotes d'après des déter- 
minations arriérées, sans égard aux derniers travaux hy- 
drographiques faits dans le golfe de Bénin par les ma- « 
rins anglais et français. Les résultats d'Owen ayant été 
publiés par l'amirauté anglaise sur une carte générale 
dont le fond appartient à Demayne, beaucoup de carto- 
graphes, et M. Bêcher parait être du nombre, ont ac- 
cordé aux parties de remplissage le même degré de con- 
fiance qu'juix portions nouvelles, et n'ont pas songé à 
«rectifier ce remplissage au moyen des déterminations 
^pltys ffçemment obtenues par les capitaines Furebass(i) 

•»■•.' 
Xi) Commandant /'£**. 



et Kelly (i), et publiées par l'amirauté de Londres, dans 
un supplément aux tables qui portent le nom.d'Owe&.< 
Ainsi la carte de M. Bêcher donne àBadagh une lon- 
gitude de 3° 22' 3o" à l'est de Greenwich, tandis que 
les observations consignées dans les tables. d'Owen ne 
varient que de a 43' 3o" à »° 54' à. l'est du même méri- 
dien; celle qui y est portée avec le nom de Purchass est 
de a a 4?' 4°" 9 en sorte que: M. Bêcher a placé Badagh 
de plus d'un demi-degré trop à l'est.. H donne l'embou» 
chure duLagos par 4° ll ' est de Greenwich, tandis, que 
les tables d'Owen portent 3° 22' seulement ^ ce qui in- 
dique une exagération de 4<>' vers l'est de; la part de 
M. Bêcher. Enfin,, cet officier marque le cap Foranoae 
par 6°. h* environ à Test de. Greenwich, entre les ri- 
vières de- Noua, et de Santo . Bento ; il suffit de cette po- 
sition relative pour démontrer que ce n'est point là Je 
cap Formose , mais bien le cap Noua, le nom de For- 
mose appartenant à une plage obtuse , sableuse, fort 
basse, et boisée, distante de quatre lieues ai l'ouest de 
la mièredeNoun. Ici, il fautai avouer, c'est au capitaine 
Vidal (a>) bien plus qu'au lieutenant Beoher que la mé- 
prise appartient, et elle a été partagée par le capitaine 
Kelly; mais l'étude attentive de cette côte,. et l'examen 
comparatif des relations anciennes et des séries de détev- 
minationsgéonomiquesrésultant des.campagnes du Bar- 
raconta et de VEsk> devaient mettre sur. la voie d'une 
construction meilleure des abords de la rivière de Noun ; 
il est d'ailkurs à remarquer que l'embouchure même de 
cetteiivjére a été fixée par le capitaine Purchass à 5^53^ 



(1) Commandant le Phèasiutt; 

(9) Commandant le sloop Barracouta dans ta campagne d'Owen en 
i8a6, et auteur det retèrement faitt *nr cette partie des oètes» 



( " ) 
àflt* est de Greenwich. Je ne dis rien, du surplus des 
c&tes, attendu qu'elles ne sont ici qu'un remplissage, et 
non pins une base du tracé de la lignée route des frères 
Lander. 

De même qu'il n a point établi avec tout le discerne- 
ment désirable les points de départ et d'arrivée des deux 
voyageurs sur la côte, le lieutenant Bêcher n'a pas non 
plus profité comme il l'aurait dû, pour la construction 
de l'itinéraire entre Badagb et Bousâ , du guide que lui 
offraient les observations de Ciappertpn,-et accessoire- 
ment la carte de ce voyageur. Ainsi M. Bêcher, en in- 
scrivant la ville de Janna & 7*1' N. et 3° 4®' *E. de Green- 
wich, n'a point tenu compte d'une observation publiée 
par M. John Barrow dans la Quarterly Retrfew d'après lu 
correspondance de Clapperton , observation qui place la 
ville dont il s'agit à 6° 56' N. , et sous le méridien de L*- 
gosy c'est-à-dire par une longitude d'environ 3° a5'E. 
de Greenwich, Lagos (1) étant à 5'E.N. E. à-peu-près 
de l'embouchure de la rivière de même nom; et cette 
position de Janna est confirmée par la distance d une 
journée de route seulement entre le village de JLabou, 
voisin de Jenna, et la ville de Lagos*; -distance énoncée 
par Clapperton, et que la carte de M. Bêcher ne fiait pas 
moindre de cinquante miHes ! 

La même carte donne Tchotcho par^S^N. et 4° 4*- 
«te Greenwich ; le cartographe a encore oublié ici «pie 
Clapperton a déterminé ce point par 8° 8^N. et 4° ^ fi- 
de Greenwich. Quant aux autres points -dont -Clapperton 
a fixé afttronomiquement la position , savoir : KatanghA, 
Kayàma, Bousâ et Ouaouà, ils sont exactement placés 
dans le travail graphique de M. Becfrçr. 

(1) Le nom véritaM* d« *€«• wlleest Aoua»y. 



(23) 

Quant au détail des gisemens successifs des diverse^ 
stations de /cette longue roule, il a complètement,:^ 
comme à plaisir , mis de côté toutes les indications dr 
la eantexleGlapperton, qui cependant méritait d'autan;* 
{dus d'attention quelle avait été dressée sous la direct 
boude AL John Barrow, et probablement d'après les 
croquis -du voyageur; Aussi me sembJent-il que Je tracé 
simcuitaaé des deux routes ckpt être établi dune in&nière 
fort ^diffeceote de* celle qu* .adoptée ie nouveau caiv 
«•graphe. 

C'edt surtout entre Katanghâ et Kayâma que les vice* 
•de k construction du lieutenant Bêcher frappent pat 
leur évidence; car il a, malgré les indications concor- 
dantes. du journal et de la .carte deCUppirton, porté 
toi* au sud.de la rivière Mousa les villes de Nauiab et 
4e Léogada, entre lesquelles cependant CJapperto^i 
déclare formellement avoir traversé cette rivière; et il 
est allé inscrire à plus de vingt milles de Ouatâto le vil- 
lage de Mousa, que Richard Lander lui-même, 4 son* 
premier voyage, n'en avait trouve éloigné que de deu*. 
heures de. manche. 

Au-delà de BousA, le cartographe n'avait plu» d'autre* 
«guide que les indications fort incomplètes, que fournit 
le journal de rouie des frères Lander i aussi- n'y aurait- 
il nulle observation ,«< lui adresser awr l'uaagrqu'il en a 
fait, s'il les avait fidèlement suivies f mais, à dire vrai,, 
il ne j'y est conformé qu'à-peu-près; et, par exemple, il- 
ftatçnu aucun compte de ladifEérenee d'orientation qui 
.devrait résulter, pour le cours du Niger, entre les gise- 
«mena relevés à la boussole aurdessue de Kiwi et ceux qui 
-ont été estimés d après le soleil au -dessous de cette ville : 
il a, uniformément rapporté les uns et les autres au nord 
vrai,,ce qui altère assez notablement le tracé du fleuve? 



. (M) 

Les distances ne sont pas mieux observées, car ii a exa- 
géré toutes certes qui sont au-dessus d'Ebo,et mbgoutcî 
au contraire outre mesure celles qui séparent Ebordela 
mèr. En faisant un résumé exact du nombre d'heures de 
navigation employées pour chaque portion du fleuve, et 
de l'estime correspondante de la vitesse du courant, on 
est amené à conclure que le point de Kirri chasse trop 
au sud-ouest de plus de quarante milles. Le confluent 
du Tchad da se trouve pareillement trop poussé vers le 
sud. Il est remarquable en outre que le bas du fleuve 
depuis Kirri, que la relation du voyage énonce formel- 
lement couler plus uniformément, plus directement que 
dans les parties supérieures, est précisément représenté 
plus sinueux que celles-ci dans la carte de l'officier anglais. 

Je n'en dirai pas davantage ici sur le tracé du cours 
du Niger, dont une critique minutieuse et détaillée exi- 
gerait un travail spécial fort étendu. Je me bornerai à 
ajouter qu'une estime raisonnée du chemin entre Bousâ 
et Yâoury, comparée aux indications de distances de 
cette dernière ville à celles de Sakatou au nord et de 
Kolfou au sud-est , milite pour un abaissement de la lati- 
tude que le lieutenant Bêcher a attribuée à Yâoury. 

Puisque le géographe a pris soin d'insérer dans sa 
carte le précédent itinéraire de Richard Landerde Kano 
à Dunrorâ et retour , je ne puis me dispenser de faire 
remarquer qu'il s'est écarté des indications de la carte de 
Clapperton, avec aussi peu de scrupule pour cette par- 
tie de route que pour les précédentes; mais il est surtout 
à signaler qu'il a placé Dunrorâ à trente-six milles seu- 
lement et au nord-nord-est environ de Fondah, tandis 
que le récit de Lander lui-même place Dunrorâ directe- 
ment à l'est de Fondah, et qu'une note «inscrite sur la 
carte de Clapperton évalue la distance de ces deux villes 



(»5) 

entre elles à douze journées de marche , à travers, des 
tejvei&s marécageux et coupés de nombreux torreris. Il 
a totalement perdu de vue (et c'est un reproche qu'il 
peut reporter à son tour aux deux cartes de CIapper> 
ton (ï )) que Jacpba, qui n'est qu'à une demi-journée de 
Dunrora,est situé au sud de Katagoum , c'est-à-dire à 
plus de cent milles dajis l'est de la position que lui attri- 
bue M. Bêcher. 

Il est temps que j'arrive au mémoire servant d'intro- 
duction historique, et à la petite carte représentant l'en- 
semble du cours du Niger. Je n'en dirai que peu de mots. 

Si, dans son travail spécial sur la route parcourue 
par les frères Lander, M. Bêcher semble n'avoir eu 
qu'une teinture fort légère des précédens sur lesquels 
il devait s'appuyer, il se montre bien plus superficiel 
encore dans l'inventaire général des lumières précédem- 
ment amassées sur tout le cours du fleuve. Je ne ferai 
remarquer que pour ordre l'anachronisme au moyen du- 
quel il reproche à notre savant Guillaume Delisle, mort 
le 5 janvier 1726, des contradictions qu'il aurait cum» 
mises en 1746. Je passe immédiatement à la géographie 
contemporaine. .Non-seulement l'amour-propre national 
empêche M. Bêcher de rendre justice à l'exploration du 
français Caillié , auquel on doit cependant le relèvement 
d'une portion assez considérable du Niger ; mais son ba- 
gage d'érudition ne contient même pas une mention de son 
.compatriote Gordpn-Laing, auquel la géographie est ce- 
pendant redevable d'une détermination géonomique fort 
approximative de la source principale du grand fleuve. 

Oh doit être dès-lors peu surpris de le voir reproduire, 

* 

(1) La même erreur n'existe point dans les cartes de notre 
coniciencieaz confrère et ami M. Brué. 



( rf) 

I 

dans sa petite carte d'ensemble, ^a carte anonyme qui 
accompagne le journal du dernier voyage de MungO" 
Paitk^icavte^tiginatiaéeatijoiufd'hijli par tous les géogra- 
phes instruits y et où les erreurs de latitude comme oellef 
de ledAgitiifie se comptent mon par juinutes , mais par 
degrés , ainsi que je 1 « dès long- temps, publié, et consi, 
gué d!ailkmrs idans un mémoire spéoki lu à la Soeiétç 
de Géographie, (i) 

U est moins surprenant encore de voir M. Bêcher 
proclamer que la science ne possède, aucune lumière sur 
le cours du fleuve entre TeA-Boktoue et Yâoury. C'est 
en .effet l'opinion commune. Mais une étude comparée 
de tous Jes doeuuiens recueillis jusqu'à ce jour sur l'A- 
frkpje ^occidentale, m'a conduit à reooonaifcre que Ton 
peut, au moyen d'itinéraires édks. qui s appuient sur la 
cote et sur les positions détewntaées par Glapperton, 
établir un réseau >de triangles susœptible de détermine^ 
avec une approximation qui n'eat point à dédaigner *ci, r 
deux points principaux de ce vaste intervalle : l'un de 
ces points est Gbourouma, capitale, de l<k*t de Magho, 
l'autre est Gbaou, capitale d'un état du même nom U 
nue faut point oublier en outre que Clapponon a indiqué 
à quatre journées au sud-ouest de Sakatou Je point où 
s'opère la jonction du Kouèrama au Niger., et que ks 
frères Laudçr eus-mémes onj .marqué la diatanoe et le 



(i) Ce mémoire porte pour tkre : Examen et rectification des position* 
MitnnomiquâMeut détefmméêé en Afrique pmr 3tungo*P*rÂ. Il fuit partie 
d'u*e collection de mémoires *éaais sous «e jftpe. ; Çfytsidéra&ns <wi- 
tyaups fur'a géographie positive de l'Afrique intérieure occidentale , et ana- 
lyse comparée du voyage de CaiUié à Ten-Boktoue , et des autres itinéraires 
connus. Plusieurs de ces mémoires ont été lus à la Société de Géogra- 
phie.et à Ut Société Asiatique; quelques-uns sont depriis.laof -temps 
publiés. 



(■7) 
gisement de la vîlle«deFogho (nommée attleur» Fougth) 
a trois journées nord t/4 nord-ouest de Tfàoury. (i) 

J'ai consigné dans diverses parties d'un autre travail 
plus considérable la discussion détaillée de tous les élé- 
mens que possède la géographie africaine pour le tracé 
général du cours du Niger ; les développemens qu>xigé 
une question aussi multiple ne sauraient trouver pface 
dans cette simple revue critique, déjà trop longue peut*» 
être pour une lecture , et que je me hâte de cfarre ici. 

* À 

•il 
Paris , le 4 juillet 1837. 



» ■'■ ■ 



EsQtiî ssB db Sy-yit ou des Puys à F Ouest de la Chine , 
traduite et résumée du chinois par M. Lamiot, mission* 
nuire lazariste. 

DZUXIÀMZ PAAT». -, 

Py^tchan. 

» 

f>y-tchan , ville des ffoué, est à 760 ly de Ha-mi. Sous 
Yung-tchtm$> les Jîleuths s'étant empares de Ja ville, les 
habitans, sous la conduite de leur chef, se retirèrent 
à Kouéhoa-tchung (2) ; ils s'en retournèrent ensuite à 
Py-tchan lorsque les armées du ciel eurent balayé Y-ly 
au net. Le chef en a été créé prince par l'empereur. La 
ville est petite, mais sa position sur la joute du midi la 
rend très iiuppiiflaftlje, Pour pette raison, ,pn l'a environ.- 
néeduû rempart xjui a S //de circuit. On y a placé un 

> * 

( 1 ) N. by W. , et non pas N. O. , comme le porte 4a oarte jeioteMX 

Quelques Remarques de M. Jomard. 

(a) Voyez le Bulletin n° 1 xo , jga^ge 3$ nate>. 



(.8) 

grand mandarin en chef avec six mandarins dvil* , mk 
mandarins militaires, et 35o soldats; ils gardent six 
taL (i) 

Chang-eul+ftm (a) a sous lui six villes de» Houé, où il 
y a environ 3ooo familles. La grande quantité de sable 
fait qu'en bien des endroits les arbres, et l'herbe môme, 
ne croissent pas. En été la chaleur y est insupportable; 
en hiver on ne trouve pas moyen de se défendre du 
froid , qui y est excessif. Le pays produit du blé, du lin, 
du chanvre, des melons (3), des pastèques. Le raisin y 
croît fort bien, et il y en a un grand nombre d'espèces (4). 
A l'ouest de la ville, le terrein est très gras; il produit en 
abondance du coton (5), des pois, des fèves, etc.... A un 
ly au nord da Tou-eul-fan (6) , 260 ly ouest de Py-tchan, 
il s'élève parfois des ouragans si violens, qu'ils font 
disparaître les ânes et les moutons sans qu'on puisse les 
retrouver. Au midi est un désert où il y a des chameaux 
et des chevaux sauvages qui se réunissent en troupes de 
centaines. 

A 5oo ly plus sud-ouest, est Ho-pou-no-eul* La tra- 
dition des siècles désigne Sing-siu-hai (6) , comme l'ori- 
gine du Houang-ho. Depuis Py4chàn , passant par Ho- 
tcheu et Héowtsang après un trajet de 9000 ly un peu 
plus ou moins, on arrive à Sing-siu-Jiai. Dans un espace 

(1) Petits forts, 
(a) Nom du prince. 

(3) Qu'où apporte à Pékin en hiver. 

(4) On en apporte de sèches à l'empereur arec les melons ; on ne 
vend aussi dans beaucoup de provinces de la Chine. 

(5) Ce coton est le coton herbacé, plante si commune en Chine, et 
si précieuse par l'huile et le coton qu'en en tire. Elle pourrait être 
cultivée dans le nord, et le midi de la France. , 

(6) Ville principale. 

(7) Mer de constellations d'étoiles. 



( >9 ) 
de ro milles encûrtuit^il n'y a ni homme ni famée. <Test 
là qu'est l'origine du Houang'ho.(UauteuT parte ensuite 
de montagnes de neiges, d abîmes sans fond, de ruis- 
seaux qui roulent comme des perles ou des étoiles , et 
ensuite il ajoute ) : Ges diverses eaux «e réunissent pour 
former un lac à Ho*pou-no-eul; -elles prennent ensuite 
leur cours sous les montagnes ; et quand elles paraissent 
-en Chine, elles forment une rivière appelée Houang-Iio.{i) 
Deux villages s'appellent Ho-pou-no-eul. Les naturels 
-du pays ne cultivent rien. Ils n'ont point de troupeaux $ 

•(s) Les Chinois -ont beaucoup de fables sur le Houang-ho, à-peu* 
*près comme les Égyptiens sur le Nil. Et en effet, l'origine et les effet» 
de l'un et de l'autre ont beaucoup de rapports entre eux , avec cette 
différence cependant que les débordemens du Houang-ho n'ont rien 
de ûxe^ et qu'on ne peut former aucune conjecture sur le temps ou 
Us auront 1 eu. 

• Les vastes régions de Sjr-Yu , des provinces de Chen-siet de Ckan-si, 
-sont* l'ouest de la Chine, et plus élevées que les plaines du Ho-tmn^ 
«ou XeHomang'ho réunît toutes les eaux de l'ouest. Comme la nier en est 
fort éloignée , et qu'il y a peu de lacs ou de rivières, il y pleut asses 
rarement ; aussi il n'est pas rare qu'il y ait peu d'eau dans le Houang- 
ho. Cependant peu- à-peu ces longues chaînes de montagnes s'engor- 
gent de neige et de glaçons , peu-à-peu l'atmosphère se charge, de va- 
peurs, les nuages grossissent , et on y voit parfois des pluies vraiment 
extraordinaires qui , réunies à la fonte des neiges et au dégorgement 
des montagnes, doivent nécessairement produire des débordemens 
affreux , surtout si «es causes agissent en même temps dans un es* 
pace considérable. £n voyageant dans ces parages , je vis une ville 
subitement renversée par un dégorgement de ces montagnes; les 
eaux se Jetèrent ensuite dans le Houang-ho, qui en était peu éloigné. 
Leshabitans-eurent à peine le temps de se sauver. Quant à la couleur 
jaune du Houamg-k* (fleuve jaune)** j'ai fait deux à trois cent lieues 
dans le Chanmsi et la partie supérieure de ce flenve ; il n'y a presque 
point d'autre terre, même dans les grandes montagnes , qu'une argile 
tsès dure et d'un beau jaune. Gomme il y pleut peu ,- toute l'atmo- 
sphère est chargée d'une poussière jaune très fine \ elle remplit les 



(3a) 

il* Vivante pêche* a* fcet des habits arec uàe espèce 
de 1m ou de chanvre sawtage? îtà y emploient aussi le 
dùret de différtns oiseaux. 

Ils 6nt ub pé+ko dtl cinquième ordre (i) i qui dépemè 
du grand mandarin de Py^chaM^ où il va porter l'impôt 
aaaniel, qui esc payées poisson* ib eut u» langage par- 
ftieuUer, et né s'entendent pas avec les autres Houé* 

yeux , le nez , les oreilles et la bouche : on ne peut pas fiûre une lieue 
sans avoir la figure et. les habits tout teints en jaune ( au reste , cette 
poussière ne cause pas de douleurs à* là peau comme celle du Péictà- 
/i, qui est chargée de nitre et de soude minérale). Ainsi , non «seule- 
ment les rivièrei et les ruisseaux qui content su* on Ht de cette argile 
sort jaune», mai» aussi toutes 4 les e&uat dont la surface cotflffltmiqtte 
avec Patmosphère extérieure. Cette poussière jaaueque le Bùum&hb 
dépose dans ses inondations , donne aux terres une fertilité mervéiU' 
kuse 2 dans le Ho*umn il y « deux boMtts récolfie» par an , et la prêt* 
mière est presque tout en blé. Nulle part je n'ai vu croître le blé Svee- 
tottt de vigueur , ni manger de farine si délicate» et si stwcutettfe ? elle 
esr^employée* Pékin pour les fines pâtisserie* Quelquefois, aptes? 
Arsecondv récoètev on se contente de sente* Ut blé et de le'rteonvrkv 
sans donner attcn» labour « fa terre; AiHents on jetait d» blé à nte» 
tare que les eaux jmancs se retiraient,, sans antre travail. Jt paraft* 
que partout U vernit très bien. 

Le tto*anÇ*h»!U quelle source merveilleuse de l i dms e e Kf Atet 
sans doute, une gloire immortelle est assurée an génie heureu* qui 
saurait dompter ses farews et profiter de se» faveurs ; mai* ee béate 
prt/dige n'ett-il pas aandeasua de l'bemne ? 

Tous les ans, te gouvernement fait de» dépenses mfinettses pdnr le 4 
Hêkiang-koi s'il rient a surmonter les obstacles o^oii ! lui a> opposé», 
se* 1 foreurs n'en sent que phwtexvibièB, et ses désastre» pies étafdtf* 
et plus affreux Je sais porté k croire que oestorrens^ inréfefelanete 
dans les plaine* du Hoitu»n i nnlte fort» numam* nw potataïir las 
e&scemnn On pourrait peut-être lefr diriger, dès leuror%mè, danvfeSv 
montagnes et les déserts ; mais c'est un espaw de plntieur? eenei 
hVues carrées. 

• ('*> tes^-io sont les chef* ow les mandarô^ 
atapeyp? ft y «a a aussi sept ordres 



( *« ) 

tia-la-cha-ta* 

Hfrlarcharta , tille bâtie par les Chinois, est la rési- 
dence du grand mandarin chargé de l'administration. 
Elle a trois portes: Tune au sud, l'autre à Test, et la 
troisième à l'ouest. Elle est environnée d'un fosse. Cette 
ville est à 870 ly de Tou-loufan; or Tou-lou-fan est à 
â4° fy de Py-tckan. Il y a quatre mandarins civils et 200 
soldats. Originairement c'était une ville des Houé. Il y a 
•encore différentes rates de Houé qui, rimant k< vie pas- 
torale, y trouvent beaucoup de gibier et tout ce gui 
leur convient, te pays a mille ly de circuit. Les eaux y 
sont bonnes. Lé terrein est fort gras et peut être arrose 
facilement; aussi la population y est très nombreuse. Il 
y a beaucoup de fruits, de blé, et de différens grains*. 
On y fait du vin oueau-de-vie aVec du lait de vache ou 
de jument (1). Parmi une race de ces Houé, les mœurs 
sont horribles. Us sont fainéans, voleurs, etc.. Les fem- 
mes y sont sans pudeur, etc.... Les ouvrages des femmes 
y sont beaucoup meilleur* que chez les autres floue ; 
les métaux y sont aussi mieux travaillés. Comme le pays 
•est pauvre , la plupart de ses habitans est vendue en es- 
clavage aux autres Houe\ et mêfné dans l'Inde. 

Cet endroit étant de grande importance, on y a place 
un grand mandarin , et le hdn a été nommé pei-lei (2). 
A. y a aussi trois chi-oue pour surveiller le pays. 

A i5o ly au sud-ouest est KoueuUlo. 

Koueullo, vile des Houé, a 7 00 et plus de familles (3). 

(1) Ce qui est commun dans tous ces pays. 

(a) Prince du troisième ou quatrième ordre. 
' (5) <Dtf suppose que tant <& inonde er de troupeau* ne sôtit pêti 
éÈnéhtfiàiê même, mai» dan» son «Kstrlcf. 



(fe) 

Ils n'ont pour mandarins que des pe-ko; ils ont un pe-ko 
du troisième ordre, un du quatrième, un du cinquième, 
et un du sixième ; les autres sonl du septième ordre. 

On y a pratiqué des canaux qui servent à arroser beau- 
coup de terres. On y pêche beaucoup de poissons; les 
raisins, les melons, les courges, les fruits, le blé, l'orge, 
le riz , y sont en grande abondance. 

Ces Houé aiment beaucoup à chanter, mais ils n'ont 
aucune idée de cérémonie ni d'urbanité. 

A 5go ly plus à l'ouest est Pou-kou-eul. 

Pou-kou-eul avait autrefois plus de 2000 familles. Ayant 
été compromis dans une révolte, les grandes armées dé- 
truisirent tout,, à l'exception d'une centaine de familles 
qui se retirèrent à KoweuWo. 5oo familles Houé venues 
d'ailleurs habitèrent le pays. Ils ne s'occupent qu'à paître 
des chevaux et des chameaux. Ils sont astucieux, aiment 
beaucoup à chanter et à badiner. Ils ont cinq pe-ko du 
quatrième, cinquième et sixième ordre; les autres pe-ko 
sont du septième ordre. Il n'y a point de mandarins en- 
voyés de l'intérieur de la Chine. Les pe*ko, de même 
que ceux de Koureul-lo, dépendent du mandarin en chef 
de Ha-la-cha-ta. Le pays donne des pelleteries de ché- 
lésouun et de mouton , et du cuivre rouge. 

Au midi est un désert. Après quatre journées de che- 
val , il y a des montagnes et des vallées fort agréables , 
beaucoup de gibier, d'animaux sauvages. En allant vers le 
midi , on s'approche de Sing*siu-hai. Tous les Houé qui 
viennent de l'ouest doivent nécessairement passer par 
Pou-kou-eul ; il n'y a point d'autre chemin. 

Pou-koureul serait un pays riche et délicieux, mais 
ces Houé y paresseux, vagabonds, n'usent de leurs forces 
que pour voler et piller. Les feminés ne rougissent de 



( 33 ) 

rien. Tel est 1 état de dégradation auquel la barbarie ou 
les mœurs sauvages réduisent l'espèce humaine. 
A 3oo lj- ouest de Pou-kou-eul est Kou-tche. 

Kou-tche. 

C'est une ville des Houe. Elle est carrée et a quatre 
portes. Elle a 9 ly et plus de circuit. Il y a un grand man- 
darin en chef, quatre mandarins civils , et 3oo soldats 
pour garder la ville et dix tai (1). Il y a unpé-ko du troi- 
sième ordre, un du quatrième, deux du cinquième, et 
un du sixième; les autres pé-ko sont du septième or- 
dre. Ces pé-ko commandent aussi les troupes. Les Houe, 
au-dedans et au-dehors de la ville, forment mille familles 
et plus qui paient l'impôt pour l'entretien des troupes. 
1080 livres de cuivre sont portées à Ou-cfu pour y 
être mohnoyées ; 200 livres de salpêtre, 3oo livres de 
soufre, sont transportées à Y-ly pour y préparer la 
poudre. Cet endroit est comme la porte d'occident pour 
entrer en Chine. A quelques dixainesde ly au midi est un 
désert. En s avançant à 3 journées de cheval, on trouve 
des montagnes, des vallées très agréables, et beaucoup 
de gibier; mais on n'y voit ni homme ni fumée. Plus au 
midi est Sing-siu-Jiai. Les productions du pays sont de la 
toile (tarleen) forte et grossière, du salpêtre, du soufre 
et du cuivre. 

Au nord de la. ville , il y a beaucoup de montagnes où 
sont des grottes de pierres qui, en été, en automne et au 
printemps, paraissent la nuit tout enflammées. En hiver, 
la neige et le froid éteignent le. feu; alors les Houe y 
entrent nus et en retirent du cinabre,: ce qu'ils ne font 
pas sans grandes difficultés ni sans dangers. On n'y voit 

(1) Petits forts. 



(34) 

que deux petites pluies chaque apnée ; quelquefois toute 
Tannée il ne pleut pas : toutes les ressources pour les 
moissons (i) sont dans un fleuve qui est à l'ouest; de la 
ville , et qui sert à arroser beaucoup de termes. Le terrein 
par lui-même est très fertile, et produit beaucoup de 
grains et de fruits. A 20 ly au nord est une petite ville 
appelée Siao-fo-tung-tchung. A 60 ly à l'ouest sont 4 à 5oo 
grottes qui ont toutes des idoles defo, brillantes d or 
4e toutes couleurs. 

Au sud-ouest, à 160 ly } est Cha-ya-euL 

Cha-ya-eul , petite ville des Houe, est sous la dépen- 
dance du grand mandarin de Kou-tche. Il n'y a point 
de mandarins ; seulement il y a un pé-ko du quatrième 
ordre, un du cinquième et un du sixième; les autres 
sont du septième ordre. Au midi de la ville est un vil- 
lage où se trouvent 700 familles houé et plus. Le district 
de Cha-ya-eul paie à Kou-tche , chaque année: i<* mille 
et plus de sacs de grains ; i° les deux tiers de son cuivre, 
de son salpêtre et de son soufre. Le terrein, qui esthu> 
tnide et chaud, convient très bien au riz, aux courges, 
flux melons et à divers fruits ; les poires surtout y sont 
bonnes et en grande abondance. Il y a beaucoup de ti*- 
gres, de ché-lê-souun et de regards. Au -dehors delà 
ville il y a un étang recouvert de roseaux, d'où naissent 
beaucoup d'insectes très incommodes. Les Houé y pour 
S'en défendre, s'environnent jour et nuit d'un rideau de 
roile*... Il y a des chanteuses qui ne sont pas difformes-; 
çlîes sont modestes et ont de bonnes couleurs. Au sud, 
Wo-pou-no-eql est peu distant. A 8 journées sud?est est 



(1) Il n'y a ni puits ni fontaines. 



(35) 

Ho-tchen. A 28 journées de cheval, sud-est, est «Sir* 
tsang. (1) 

Ou-chi ou Yung-ning-tchung. 

Ou-chi est originairement une ville des Houe. Ses har 
bitans s'appellent Tou-eulfou, ce qui signifie en langue 
des Houé rendez-vous général. Il est à mille ly nord-ouest 
de Kou-tche. Au midi sont des montagnes où un fleuve 
fait divers circuits. Originairement les habitans dé Ou- 
chi se montaient à quelques dixaines de mille familles ; 
ils étaient soumis à Tchouun-co-eul y et faisaient grande 
figure. Leur prince, Tei-ki-sse^ devait son élévation à 
Ta-oua-tri) han ou roi de Tchouun-ko-eul. Les grandes 
armées ayant broyé F-//, Ta-oua-tsi se réfugia à Ou-chi. 
Lei'ki-sse^ usant d'astuce, s'empara de lui et de son fils. 
Les ayant livrés, il fut créé prince. Les Houe, indignés 
de la conduite de Lei-ki-sse^ se révoltèrent contre lui, 
sans néanmoins exciter d'autres troubles. Il s'enfuit à 
Ngo-ko-soU) où il se fit tellement détester par ses cruau- 
tés, qu'il fut appelé à Pékin. Il fut remplacé par Nga- 
pou-tou-la , qui était un houé de Ha-mi. Il se fit abhorrer 
par ses cruautés et sa crapule, de même que le grand 
mandarin de Ou-chi.Les Houé se révoltèrent et les massa- 
crèrent tous deux; les autres mandarins furent aussi assas- 
sinés. Alors le généralissime de Y-li et un autre gran4 
mandarin, venant punir, et rétablir la tranquillité, firent 
massacrer tous les Houé. Comme il ne restait plus per- 
sonne, le chef-lieu fut transféré ailleurs. On y plaça un 

(1) Les Chinois divisent le Tibet, et probablement quelques états 
voisins en trois parties : x° Sj -tsang (Tseng occidental) ; »° Tsicn-tsang y 
c'est-à-dire Tsang antérieur; 3° Hôou-Uang, c'«st-a-dire Tsang posté- 
rieur. Ces trois expressions reviendront ailleurs. 

3. 



(36) 
grand mandarin en chef avec six mandarins civils , six 
mandarins militaires et 200 soldats man-tchou. On y foît 
fondre (1) une monnaie en cuivre dont la valeur est un 
douzième de l'argent en lingot du même poids. Le terri- 
toire de Ou-chi est très étendu. Les habitans y mènent 
la vie pastorale. Ceux qui , tant du dedans que du de- 
Tiors , y font le commerce , paient un dixième d'impôt. 

L'empereur, par faveur, a accordé à Ôu-chi le nom de 
Yung-ning-tchung (a). Ce pays , qui renferme six grandes 
villes, est de la plus haute importance. Les principaux 
mandarins en chef délibèrent entre eux sur le choix des 
pë-Ico du troisième et quatrième ordre. Ils en écrivent 
ensuite à Fempereurpour avoir son agrément. Les mêmes 
mandarins déterminent aussi les six grands pé-ko qui 
doivent aller en députation à Pékin pour les six villes. 
Ils sont régalés avec du bœuf et du vin , et partent accom- 
pagnés de chi-oué..(3) 

Un des mandarins en chef visite tout le pays. Il exa- 
mine l'agriculture , punit ou récompense les cultivateurs 
selon leur mérite. 

En la trentième année de kien4ung> les //o«<f ayant 
été totalement détruits à cause de leur révolte, il n'y res- 
tait plus que 4°° soldats du drapeau vert, qui y culti- 
vaient les terres. Alors, de quatre endroits différens, s'y 
rendirent 5 00 familles houe pour défricher et cultiver 
lies terres. Ils en paient l'impôt annuel. Il n'y a ni ville 
ni maison , mais on commence à y élever des cabanes. 
Les arbres fruitiers y forment déjà des bosquets. La , 
sans doute, règne la paix et la joie. A 200 Ijr à Test de 



{ 1) Les Chinois ne savent pas frapper. 
<i) Ville d'éternelle tranquillité. 
(3) Gardes impériales. 



(3 7 ) 
Yumg-ning-tekung est Ngo-ko-eoU) qui est sous sa dé* : 
pendance. 

Ngo-ko-sou est une grande ville des Houe* Elle ren- 
ferme (i) 20 mille familles. Le pays produit, du geor-r. 
gelin, du blé, de Forge, des pois, des fèves, du millet^ 
des pèches, des abricots, du raisin marbré, des courges 
et des melons. Les habitations des cultivateurs annon-> 
cent l'abondance et les richesses* Ils ont des grands» 
troupeaux de bêtes à cornes, de moutons, de cha- 
meaux, de chevaux. Ils montrent beaucoup d'adresse 
et d'industrie à travailler \ejru. Ils ont de la générosité 
et de la grandeur d'âme. Ils chantent et ridiculisent 
les travers et les lésineries dès autres Houé. De tous, 
côtés on s'y rassemble en foulfe pour commercer. Il s'y 
fait un commerce immense. Outre un mandarin, il y a 
un pé-ko du troisième ordre, deux du quatrième , deux 
du cinquième; les autres sont du septième ordre. A pré- 
sent le grand pé-ko est du deuxième ordre. Le pays pro- 
duit des poires délicieuses qui.sont offertes à l'empereur. 

A 45o ly à l'est est Pai-tc/iung. 

Pai'tchung, petite ville de Houe, sur la grande route, 
renferme 4 à. 5oo familles. Les grains et les fruits y sont 
en petite quantité. Il n'y a point de mandarin envoyé de 
l'intérieur, mais il y a cinq pé-ko de différens ordres. 

A 80 ly plus à l'est est Han lymou. .. 

Cette ville est aussi sous la dépendance de Ou-chi, et 
à a 10 ly nord-ouest de Kou-tche. Quand les grandes ar- 
mées parvinrent à Koutc/ie,\es habitans deHan-ly-mou 
furent les premiers à faire leur soumission. Han-ly-moiL 
est sur la grande route^dans la direction de Siué-chan (2). 
Aussi y fait-il grand froid. Il y a peu de fruits , parce qu'à 

(1) Probablement avec ses environs. 
(a) Montagne de neige. 



(38) 

la huitième ou la neuvième tune toute* les feuilles tom- 
bent des arbres ; il y a seulement du blé, de l'orge, des 
melons et des raisins. Le reste n'y croît pas. On eo tire 
du cuivre, du salpêtre et du /a. Il y a un mandarin mi- 
litaire, de plus onze pé-lco de différens grades. Leurs 
mœurs sont simples. Ils ne sont nifainéans ni méchant? 
comme leà autres Houe. Ils aiment à chanter, boire et 
danser comme ceux de Kou-tche. 

Ye-eul-kouang. 

C'est une grande ville limitrophe du pays des Houe. 
La demeure des anciens princes, recouverte en lieou-ljr 
vert (i), sert à présent de magasin aux grains. Leur 
maison de plaisance est la demeure ou le tribunal «des 
mandarins en chef. La ville est entourée d'un fossé très 
profond et plein d'eau, qui a 10 et quelques ly de cir- 
cuit. Dans l'arrangement pris pour les pays de ces fron- 
tières, le premier mandarin en chef a demeuré à Nga- 
chi-ka-eul et ensuite à Ou-chL On a placé à Yé-eul-Kouang 
deux grands mandarins qui ont sous eux cinq manda- 
rins civils et dix chi-oué répartis en huit endroits. Il y a 
treize tef, 3oo soldats man-tchou, 655 soldats chi- 
nois. Le revenu des douanes est de 35, 370 taëls. On 
perçoit 35,4oo sacs de grains (2) , 3o taëls d'or jaune, 
800 livres de l'huile appelée tsing-you (3) ; on perçoit 
encore 1640 taëls qui servent aux mêmes besoins des 
soldats et des mandarins. Les Houe fournissent aussi 
57,569 pièces de toile, i5,ooo livres de coton, i4^2 

» 

(1) Vert ou vernis grossier. 

(a) Un sac est la charge ordinaire d'an homme. 

(3) Cest peut-être du vernis. 



(39) 
Sacs de toile, 1297 cordes de chanvre, 3ooo livres de* 
cuivre. Le tout est porté à Y-li. 

Y&eûl-kàiïàng. 

Ye-eul-kouang a un territoire très étendu. A Test est 
Ou-chi; à l'ouest, Pa-ta-co-chan; au midi est Ho4chen; 
au nord, Nga-chi-ko-eul (i). Le grand mandarin de Ye- 
eulkouang gouverne dix villes dont chacune a des pé-kç 
depuis le troisième jusqu'au cinquième ordre. Ye-eul- 
kouang, la plus grande de toutes, a cinq pé-ko depuis le 
troisième jusqu'au sixième ordre; les autres sont du 
septième ordre. La population est de 70 à 80 mille fa- 
milles. Dans chaque ville il y a un millier de familles, des 
soldats ou des mandarins qui ont un quartier séparé. 
Les négocians des provinces du Chan-si, duKiang-nanfa) 
et du Tche-kiang) se dévouent à tous les dangers de ce* 
long trajet pour y aller commercer. Il y a aussi les négo- 
cians de divers pays non gouvernés par la Chine. On y 
voit une quantité prodigieuse de marchandises. Les Chi- 
nois y sont respectés et aimés; on leur donne des fes- 
tins accompagnés de comédies où on fait chanter et dan- 
ser les femmes. Il y a beaucoup de pauvres. Les mœurs 
y sont fort corrompues ; on y retrouve les obcénités et 
les vices contre nature qu'on reproche aux habitans de- 
Canton et de Fo-kien. Le pays produit tout ce qu'on 
trouve ailleurs chez les Houé. Dans une rivière, on tire 



(1) Yè-cul-kouang doit être dans la carte entre Ou-chi et Ho-tchen ; 
mais il n'y a pas de place suffisante , parce que les six pages de la 
carte sont égales et toujours remplies: ainsi Yé-eul-kouang- eèfp\xcé 
ailleurs, et on- écrit qu'il est dans telle position : voilà les cartes 
chinoises !!! 

(a) Nan-kin. 



(4°) 

beaucoup de /m; les plus grands morceaux sont comme 
des jattes ou le boisseau chinois ; les plus petits, comme 
le poing ou un gobelet. Certains morceaux pèsent jus- 
qu'à 4°° lîVres. Il y en a qui est blanc comme la neige , 
d'autre jaune comme la cire ; il y en a aussi du noir et 
du rougeâtre. Toutes ces espèces sont de la première 
qualité. Deux mandarins sont préposés pour garder ce 
fleuve. Pour en tirer le jrt, on se sert de Houe exercés à 
cela : ils marchent dans la rivière par bandes de vingt à 
trente; ils sentent le yu aux pieds; ils le retirent du 
fleuve, et battent la cimbale pour avertir le mandarin y 
qui vient prendre le^H. 

A a3o ly de Ye-eul-kouang , il y a une montagne qui 
renferme des cent millions de livres deyu qui n'a aucune 
tache. Les hommes ne peuvent pas y monter, mais on 
exerce des bœufs qui y montent et en détachent des mor- 
ceaux, (i) 

Chaque année, au printemps et en automne, Ye-eul- 
kouang offre à l'empereur 7, 8, et jusqu'à 10 mille livres 
deyu. D'autres cantons en offrent* aussi , mais il n'y a 
rien de fixe, ni pour le temps, ni pour la quantité.... Le 
commerce particulier de yu est sévèrement prohibé; 
mais les marchands courent tous les dangers pour faire 
la contrebande, qu'on ne saurait empêcher. 

A 700 ly au midi de Ye-eul-kouang est Ho-tchen. 

Ho-tchen est une grande ville frontière. De là au Heou- 
tsang, il y a 20 journées sud. Elle est à 700 ly nord de 
Ye-eul-kouang. L'ouest est en montagnes. Il n'y a point 
de chemin pour communiquer avec \esfan extérieurs. 
A l'est, ce sont des déserts, des marais. Sing-siu-hainen 
est pas bien éloigné. Il y a deux grands mandarins , aaa 

(1) Voilà bien une fable. 



(4i ) 

soldats du drapeau rert. Ces deux mandarins ont. sous 
leurdépendance six villes qui ont toutçs des pé*ko depuis 
le troisième jusqu'au cinquième ordre.... Ho-tcken est un 
pays plat ; le terrein en est gras, et a mille ly de circuit. 
Il produit plus de ju que Ye-eul-kouang. On retrouve à 
Hotchen toutes les productions des pays voisins* Leurs 
mœurs sont simples ; ils ne sont point fainéans et débau- 
chés comme les autres Hàué. Les hommes travaillent aux 
champs, les femmes à la maison. On y fabrique diverses 
étoffes estimées, et surtout des toiles très fines et d'un 
grand prix, (i) 

Nga-chi-ka-eid. 

C'est encore une grande ville frontière. Ce pays est à 
à l'extrémité nord -ouest de Sy-yu^ au-delà de Siué 
chan ; ce sont les Fan extérieurs. Il y a deux grands 
mandarins en chef, et cinq mandarins civils. Les Houé 
donnent tous les ans en contributions 3,6oo branches 
depoueul (2), 36,ooo taels en argent, 14,000 sacs de 

grain, 10,000 pièces de toile; le tout est porté à Y-ljr. 

« 

Les marchandises paient un dixième à la douane : il y 
a 47° soldats et i5 chioué répartis en douze endroits. 
Le mandarin en chef gouverne neuf villes. Le pays est 
très fertile et produit en abondance toutes sortes de 
fruits et de grains. 

(1) J'ai tu souvent des étoffes qui imitent celles d'or et d'argent , 
mais elles n'en sont pas; c'est peut-être de, la soie gommée. Je crois 
que les Chinois n'ont de vrais fils d'or et d'argent que ce qu'ils tirent 
d'Europe : il parait qu'ils ne savent pas filer ces matières. 

(a) Pou-eul, nom de la monnaie de cuivre usitée dans le pays; 
36 mille branches sont sans doute 36 mille enfilades de cette monnaie 
trouée. par le milieu. L'enfilade donnée on reçue par l'empereur est 
de mille pièces. 



, (4* ) 

On y fabriqué diverses soieries, de même que des étoffe» 
d'or et d argent , qu'on offre à l'empereur* de même 
que des melotis, ded poires de coing, de la marmelade 
de coing, defc raisins secs et des pommes. 

À Nga-cki-ka-eul et à Tchen-tchung, ville voisine, on 
travaille le y u avec beaucoup d'industrie, et d adressée 
Leufo mœurs ont une apparence d'élégance et de polir 
fessé 5 lès femmes dansent et chantent dans les réunions 
de famille ; ils savent craiàdre et respecter les manda- 
rins et les supérieurs; ils n'ont pas l'air sauvage et in- 
discipliné des Houe de Kou-tche. On y a placé des PèJto^ 
depuis le troisième ordre jusqu'au septième. Le grand 
grand Pé-ko a la dignité de kung. (i) 

Huit autres villes qui dépendent du mandarin de Ka~ 
chi-ka-eul , savoir : 

i° Ing-nga-lung-eul , à 200 ly sud de Nga-chi-ka-eut; 
c'est par là que tous les étrangers entrent dans le pays 
des Houé. Ce poste est de la plus haute importance ; on y 
a placé un officier-général. Le pays, très fertile, produit 
en abondance du riz, du blé, de l'orge, des pois, des 
fèves, des courges, des melons et beaucoup de fruits. 
Son pé-ko est du deuxième ordre. 

2° Pei-tsipa-té , 3o ly à l'est de N ga- chi-ka-eul ; il 
produit des champignons noirs , etc. (2) , morilles. 

3° Ta-chipé-ly-ko ^ à 200 ly nord-ouest de Nga-chi- 
ka-eul et près de Pou-lou-té. Il y a un pé-ko du quatrième 
ordre. Le pays produit du blé, de l'orge et des pommes. 

4° Nga-la-tou-cftti à 80 ly nord-est de Nga-chi-ka-euL 
Le terrein est très gras et très fertile. 

5° Pié-chi-ko-ly-mou , à 10 ly est de Nga-c/iï-ka-eùl. 

(1) Ce qui répond à celle de comte 00 de marquis. 
(*) Je crois que c'est une espèce de ceux qui croissent sur les ar- 
bres , et qu'on mange dans toute la Chine. 



(43) 
Les mœurs et les habitudes sont les mêmes qu'à Nga- 
chi-ka-eul. 

6° Sou~nœ>eid-tou-chi, à 3o Ijr nôrd-dùëàt de Nga-chi- 
kareul, près de Siné-chan ; aussi y fait-il grand froid. 

y Nga-eul kou, à 190 ly nord-est de Nga-chi-ka-eul> 
près de la montagne de Neige. Il y a des poules de neige, 
dont les naturels se régalent à pleine marmite; il y a 
d'autres animaux de neige, dont ils ne savent pas tirer 
parti. 

On peut aller en quatre jours de Siué-cluin à Y-ly. Les 
chemins ne sont pas praticables au printemps, en au- 
tomne et en hiver; eh été, ils sont praticables, mais très 
peu fréquentes. 

8° Ouo-pé-eul) à 180 ly nord-ouest de Nga-chi-ka-eul, 
près de Pou-lou-té. (1) 

Nga-lung-ko. 

A la 21 e année de Kien-lung, les grandes armées ba- 
layèrent ses trous et ses tanières. Le han (ou roi) fit sa 
soumission , et fut créé prince. Les habitons n'ont point 
de maisons; ils habitent sous des tentes , et ne s'occu- 
pent que de leurs troupeaux, qui sont prodigieusement 
nombreux, et qui s'engraissent très vite en mangeant 
une racine blanche, de quatre à cinq pouces. Quand 
ils vont à un festin, même dans les plus grandes chaleurs 
de l'été , ils se mettent huit à neuf habits sur le corps. 
Ils font grand cas du thé et de la porcelaine de Chine ; 
ils ont peu de lois, et elles ne sont pas observées bien Ri- 
goureusement. Les tourmens n'y sont point en usage; 

(1) Ici finit ce qui regarde les Fan intérieurs gouvernés par là 
Chine. Suivent les Fan extérieurs qui ne sont pas gouvernés par là 
Chine. 



(44) 

les petits délits sont punis par une amende payée en* 
bestiaux. Les grands criminels sont mis à mort. Tout se. 
délibère en commun ; le roi ne fait pas violence à ceux 
qui ne sont pas de son avis. Auparavant , le centièmer 
cheval, la centième bête à cornes, la millième brebis, 
étaient, donnés en contributions à la Chine; mais les 
Houe réfléchissant que les animaux étaient le produit 
de leurs soins, que les herbes étaient données par le 
ciel , ils conclurent qu'il n'y avait pas lieu à contribu- 
tions ; ils les refusèrent et secouèrent le joug. A cela 
près, ils se disent toujours sujets de l'empereur. Ils échan- 
gent leurs bestiaux, aux frontières, contre les marchan- 
dises de Chine. C'est une nation qui n'est pas soumise à 
l'empire, et vraiment formidable. 

Pou-lou-té 

« 

C'est une tribu des Houe vagabonds avec leurs trou- 
peaux. Voisins de Nga chi-ka-eul , autrefois ils tuaient 
et pillaient de toutes parts. Ils sont contenus par la 
crainte depuis que les grandes armées ont établi la paix 
dans Syyu. Chaque année, ils vont saluer respectueuse- 
ment le grand mandarin de Ou-chi, et offrent des chevaux 
à l'empereur. On y fait aussi de l'eau-de-vie avec du lait 
de jument ou de vache, (i) 

m 

Ngan-kieu. 

Autre tribu des Houé, qui est composée de 60 à 70 
mille familles. Dans la partie qui est à l'ouest de Pou- 
lou-téy la terre est cultivée; elle produit les grains et les 
fruits ordinaires de Sy-yu. Ils avaient entrepris le com- 
merce avec la>Chine; ils l'ont ensuite interrompu. 

( 1 ) Ce qui est commun dans tous ces pays. 



( «•) 

Fou-lo*eul. 

f Race de Houé, à l'ouest de Yé-eul-kouarig; ils habitent 
des barraques de terre; ils n'ont ni livres ni écritures; 
ils ne s'entendent pas avec les autres Houé ; ils vivent 
pêle-mêle, hommes et femmes, comme des troupeaux 
d'animaux (i); ils sont adonnés au vol et au pillage; ils 
vendent leurs enfans pour être esclaves. 

[L'auteur parle d'autres royaumes à l'ouest qui sont, ou imaginaires, 
ou absolument méconnaissables. 

Ce qu'il dît de la Russie et de l'Inde est faux , inexact ou sans inté- 
rêt. Les Chinois sont dans la plus profonde ignorance sur ce qui re- 
garde les pays étrangers]. 

L'auteur dit que si on use de politesse, ou de cérémonie envers 
les Houé % ils s'imaginent qu'on les craint et deviennent arrogans ; mais 
qu'en montrant de la sévérité et de la rudesse , on leur imprime de la 
crainte et du* respect : alors ils sont souples et traitables. Cette ré- 
flexion est aussi applicable aux compatriotes de l'auteur. 

L'auteur désigne les distances par les journées de cheval. Les che- 
vaux du Petchhij sont faibles : dans un voyage continué on ferait dif- 
ficilement plus de cent ly par jour. Il vient des chevaux de Sj-Yu et 
de la Tartarie orientale , qui sont plus vigoureux. 

Les Chinois exilés à Y-fy et dans Sjyu le sont ordinairement à 
vie , et condamnés à un esclavage qui ne paraît pas' bien rigoureux, et 
dont on se rachète assez facilement avec une somme médiocre. Il y a 
certaine crimes désignés par la loi , pour lesquels les exilés à vie n'ont 
jamais départ aux grâces de l'empereur; les «««««(chrétiens) qui, 
interpelés devant les tribunaux , ont refusé d'apostasier, sont de ce 
nombre. Ceux qui ne sont pas dans la loi d'exception sont délivrés 
dans les grandes amnisties , qui sont assez fréquentes. Ainsi, ceux qui 
se-oomportent bien ont l'espérance d'être rendus à leurs familles. Les 
châtimens les plus rigoureux sont aussitôt infligés aux réfractaires ; 
c'est ainsi qu'ils sont contenus dans le bon ordre, et retournent en- 
suite pour finir leur vie en paix. 

(i) En ces choses-là il ne faut pas croire les Chinois. 



i 



(46) 



GRANDES ROUTES DE SY-YU. 



I. Depuis Kik-jy-KavA.n jusqu'à ha-mi, tprs Fçuest y 

1470 fy* 

Lieux intermédiaires. 

Chouang-kin-tse . 40 ty. 

Houei-ko-pou So 

Tsi-kin-hou «0 

Tsi-kin-kia 40 

Gha-kin-tse 3o 

Yu-men-hien. 3o 

San-tao-keou. 5o 

Pa-tao-keou 5o 

Pou-lungrki. ... 1 4p 

Choang-ta-pou 3 fi 

Siao-man «, , go 

Ngan-si-tcheou «o 

Pé-toun-tse oo 

Hung-lieou-yuen yp 

Ta-tsiuei). , . . g 

Ma*leen-kin-tse. «o 

Sing*ifl£-tsié 80 

Cha-tsuen-tse. ... ; \ , p 

Itou-choui 80 

Ko-tse-yep^tpuun. ,,..,.. 140 

Tçhang-lJ£Qu-choui 4 yo 

Houarig-loii-keng. «o 

Ha-mi « 



(47 ) 

II. Depuis hjl-mi jusqu'à py-tchaw , vers Fouest, 910 ly. 

• • ■ .... t 

Lieux intermédiaires. 

Tepu-pou. . Qo Jy. 

San-pou, . ........ ., . 6p 

Ya-tse T Uuen. 1 . , . 70 

Leaortpuun. . . , • . . 89 

Lo-pa-tsuen 4° 

Tao-lei-tsuen 60 

Ou-tung-ouo i4o 

Yen-tcbi 120 

Tsi-ko-tang-mo 180 

Sou-lou-yuen ...... 5b 

Py-teban. . » 4° 

III. Depuis hjl-mi jusqu'à pa-li-tan, vers le nord y ZZo fy. 

Lieux intermédiaires,. 

Nan-chan-keou no //, 

Sung-pé-tang * . . . . 70 

Koué-sou » .' 80 

Pa-li-tan 70 

IV. Depuis vy-tçhak jusqu'à tou-^ultFAFj vers fe nord, 

. *4<> ly. 

Liens intermédiaires. 

Lou-pou-py. 120 ly. 

Ha-ta-houô-tcho. 5o 

Tou-eul-fan 70 

V. Depuis TOij*Bvi,'VJLTt jusqu'à ha-la-cha -ta, vers 

V ouest, 860 ly. 
lieux intermédiaires. 
Pou-kan 70 ly. 



1 

i 



(48) 

Yen-ko-auuîi 60 ly. 

Sou-pa-chi 90 

Nga-ha-la-pou-la-ko , . 60 

• TchoiMnou che-nga-ha-ma 180 

Ou-chi-ta~Ia a4° 

To pé-eul-ko 100 

Ha-la-cha-ta. . 90 

VI. Depuis Tou-BUL-FAN jusqu'à ou-loU'MOU-tsi, vers le 

nord, 490 Ijr. 

Lieux intermédiaires. 

&6U~t6-JK.O • ••«•••••#•••••• «IO Iy* 

Ngan-py-eul-han-pou-ta-ko. ...... 100 

Ha-la-pa-eul-ko-suun 110 

Nang-ki-eul-tou-tcho-eul no 

Ou-lou-mou-tsi no 

VII. Depuis ha-tsa-cha-la jusqua kou-tchb , vers l'ouest, 

960 Ijr. 

Lieux intermédiaires. 

Ha-eul-ha-ngai-mang 90 ty. 

Kou-eul-lo , 60 

Ha-Ia-pou-la-ko. , 70 

Rou-eul-tchou 100 

Tché-ta-ya-eul . . . , 160 

Yang-sa-eul 60 

Pou-ko-eul 100 

Nga-la-pa-té 100 

To-ho-nei 160 

Kou-tché 60 



(49) 

VIIL Depuis kqv-tcub jusqu'à [nGJL-xo-sov y vers l'ouest, 

690 Ijr. 

Lieux intermédiaires. 

Ho-ché-eul . . . 160 Ijr. 

Sai-chung-chotii 4° 

Pai 80 

Ya-eulkan. . . . 90 

Ya-eul-ha-li-ko 4o 

Ha-la-ouang-eul-tai 4° 

Kung-ïnou 80 

Ngako-sou 80 

IX, Depuis nga-ko-sou jusqu'à yé-bul-kocaiig, vers 

F ouest, i35o fy. 

Lieux intermédiaires. 

Ngai-y-eul 80 fy-, 

Yang-nga-ly-ko 60 

Tou-tsi té . 100 

Ing-la-siu 60 

Ou-eul-tou-sse-koman . 55 

Siaug-nga-la ko. . ~. 4° 

Kou-kou-tche 5o 

Pa-eul-tchou-ko ^ 80» . 

Ty-ko-té-ly-ko-to-hai 80 

Sai-eul-sou-nou-sse. . 70 

Py-tsa-koty 70 

Nga-ko-tsa-ko-ma-la-eul . . • . 1 . . . 60 

Nga-léang-ko-eul. . . 60 

Mai la-té 70 

Lêi-ly-ko .... » 70 

Ngai-ki-té-hou . . 90 

Yé-eul*kcuang . 70 

4 



( 5* ) 
X< Depuis irGÂt«»a0ti jusqu'à y*ly, ven lêH0td,97&ty ( * 

Lieux intermédiaires. 

Kung-mou . . 80 

Te-ko-ho-lo. .• . ia# 

Ho-lo-'houo-lo-ko 4<» 

Tou-pa-la-ko ** 

iHou-sse-tou-to-hai ^ %* 

Ta-mou-ha-ta-chi . . ^ ** 

Ka-ko-tcha-ha-eul-hai 120 

Cha-tou-nga-man • 80 

NgaJko-sse • 7° 

in-cbika*€uUi 6 * 

Ki-lin^tché-koté ........ **° 

Y-li - 4o 

XI. Ûepms WGA-XO.SOU jusqu'à ou-cm, vers le sud-ouest, 

240 ^r. 

'Lieux intermédiaires. 

lfehé-eui-k«4d-ko-té • **oZj. 

On-clii iab 

XII. Dépuis yA-bul kouan g jusqu'à *^CHfc-***tfo, vers 

. . V ouest, 4*6 ty. 

Lieux intermédiaires. 

Kai-la-kou-tcha-chi 5o (r- 

K.p-py~lai-tchan t • • ♦'• • > •••> 

Ho-pa-eul-tcha-mou-lung . ♦ ?• 

Jcha-pou-la-ko 5o 

K.ou-lin-ta-sse-houun ♦ • . - 80 

Ka-chi-ka-eul ,.-,.. 9** 



i 



(5i ) 

XIII. Depuis YB-Bm.-KOVJLT! g jusqu'à ho-tchen, vers le 

sud, 670 ly. 

Lieux intermédiaires. 

Po-sse-tsîen 70 lj\ 

Ko-ho-ko-léon-ko-eul 110 

Kou-iua-tais 180 

Kung-te-ly-ko 30 

Pien-eul-man 90 

Ho-tchen , . ito 



4. 



( 5a ) 



DEUXIEME SECTION. 

DOCUMENS, COMMUNICATIONS, NOUVEIiLES 
GEOGRAPHIQUES, ETC. 



Nouvelle expédition de Richard Lander en Afrique. 

Un journal anglais fait connaître que les préparatifs 
de cette intéressante expédition sont poussés avec acti- 
vité , et que très probablement elle quittera prochaine- 
ment les rivages d'Angleterre. On n'en peut prévoir les 
résultats, mais elle est sous tous les rapports, observe 
le journal*, digne de la nation anglaise , pleine d'avenir, 
importante à-la -fois pour le commerce, la civilisation et 
la politique. 

Sir John Tobin est, dit-on, un des principaux promo- 
teurs. Le but immédiat est de remonter le Niger, d'éta- 
blir un commerce d'échanges avec les natifs , et d'étendre 
nos connaissances géographiques sur ces contrées. Si 
l'on considère combien est nombreuse la population que 
les frères Lander ont décrite dans leur journal, on ne 
peut douter de l'importance d'un tel débouché pour les 
produits manufacturés de la Grande-Bretagne : les re- 
tours se feront en or , ivoire , dents d'hippopotame, bois, 
pelleteries, gommes , et plus tard peut-être en indigo. 

La civilisation de l'Afrique offre encore une bien plus 
belle et plus noble perspective. 

Cette fois, Richard Lander emmènera dans ce troi- 
sième voyage le plus jeune de ses frères. Il paraît que 



(53 7 

John restera pour occuper à sa place l'emploi qu'il"»* 
obtenu dans l'administration. 

Une souscription a été faite sous les auspices de sir. 
John Tobin, pour ce qui concerne la spéculation mer- 
cantile. On espère que l'amirauté accordera tout son ap- 
pui à l'expédition, et que même elle lui adjoindra une 
personne instruite qui serait chargée des observations et 
des relèvemens. 

C'est sur un bâtiment à vapeur que les voyageurs doi- 
vent s'embarquer, et son chargement est calculé avec 
toute la prévoyance qui caractérise nos voisins. Il re- 
montera aussi haut qu'il sera nécessaire , et deviendra 
$\ots une sorte de dépôt, tandis qu'un bateau à vapeur 
plus léger, en fer, et susceptible de naviguer avec 
seulement quatre pieds d'eau, s'aventurera dans les 
portions supérieures du fleuve ; et comme l'expérience 
de Richard Lander Ta déterminé à choisir, pour effec- 
tuer, ces courses, l'époque où le Niger est grossi par les 
pluies,, on espère qu'il surmontera aisément les difficultés 
que peuvent offrir les rapides, les courans, les basses, 
et qu'il poussera son excursion jusqu'à la, fameuse Ten- 
Boktoue. 

D'après des nouvelles .plus récentes, l'expédition doit 
mettre sous peu de jours à la voile. Elle se compose du 
brick Columbine et des bateaux à vapeur Quorrael El- 
burka. Ces deux derniers bâtimens ont été construits ex- 
près pour cette destination : c'est une nouvelle preuve - 
de l'activité que mettent nos voisins à profiter des dé- 
couvertes de leurs voyageurs. 
Paris, ao juillet i$3*. 

* A 



(54) 

Extrait d'une lettre de M, Cokhox t JHs y médecin. 

Tabasco, 10 novembre i83i. 

•««.. Après un séjour de trois mois sur les lieux mêmes* 
je vous dirai que Palenqué est une petite tille de 3 à 
4ooo âmes , en l'état de las Chiapas* 

Les blancs du pays, au nombre ée 3oo à-peu-près, 
descendent de deux familles seulement. Là majeure par- 
tie des habitans sont des Indiens, et très peu gens de 
couleur. 

La ville moderne,, dont k fondation ne remonte qu'à 
un siècle et demi , s'est peuplée par les soins d'an moine 
de saint Français, missionnaire chez les pauvages ou 
indiens Lacandons, qui, réunissant sept familles de ces 
individus, en forma d'abord une espèce de hameau près 
de la petite rivière de Mitchol , à une -demi-lieue des 
ruines de l'antique ci téde Palenqué, d'où l'énorme quan- 
tité de chauve-souris provenant de ces raines les obli- 
gèrent de se retirer à deux lieues plus loin , là où la pe- 
tite ville existe aujourd'hui. 

Le palais, fort ou temple (car il y a încertknde) qu'on* 
y aperçoit d'abord, est sur une élévation qui paraît fertè 
de la main des hommes. Une petite montée rapide, pour 
y parvenir, oblige de se soutenir après les arbres qui s y 
trouvent. D'en-bas on n'aperçoit presque rien * mais une 
fois en-haut, on est bien dédommagé, et l'on tombe de 
surprise. 

Ce palais se compose de cinq corps de b&timens d'en- 
viron mille pieds de circonférence chacurh On pourrait 
encore y loger dix mille hommes à présent. 

Il y a des souterrains d'au moins quatre cents pieds 



(55) 

de long , très bien conservés, et dans lesquels se trou- 
vent des bas-reliefe en pierre. 

Ou voit une grande tour dont la majeure partie est 
écroulée. Il y reste- cependant cinq- à six étages d'un es- 
calier qu'on peut encore monter ; et te sommet de cette* 
tour, ainsi que les toits desh&timens du palais, qui sont' 
en pierre de taille, se trouvent garnis de très grands 
arbres* 

Tous ces monuinens *ont en pierre de taille, et d'une* 

symétrie admirable. 

Dans l'intérieur des ruines il n'y a aucune bête féroce- 
ni dangereuse; on y rencontre seulement quelques dindes 
.sauvage* , et de petits oiseaux d'un chant agréable. 

On y Toit des figures colossales de douze à quinze 
pieds de haut , sculptées en pierre». 

A l'extérieur du palais est un long pérystile ayant cinq/ 
entrées ou portes, entre lesquelles sont aussi sculptés 
des personnages- gigantesques et des figures de femmes- 
allaitant leurs enfaus* 

Aux côtés latéraux se trouvent quelques petits» bas- 
reliefs en plâtre (i), encadrés en pierre. 

Une petite rivière souterraine passe sous. le palais. 

La figure de l'adoration de la croix, dont. parle le ca- 
pitaine del Rio, est là r et des plus curieuses à voir. 

Quant aux touilles à faire sur le terreûn immense oïl 
est enfouie l'ancienne ville de Palenqué, l'on attend' fe 
réponse positive de lYtat de Las»Chiapas et du gouver- 
nement supérieur de Mexico , sans l'approbation des- 
quels on ne peut rien entreprendre, ni même enlever la 
moindre des choses. 

Le climat de Palenqué est très sain , un des meilleurs. 

• 
(0 Ce pawsgt a httob4taptiç»ftwii(lV. X>, *.)• 



(56) 

de l'Amérique : la preuve en résulte aussi de deux ope- 
rations médicales qu'on n'avait osé entreprendre à Ta- 
basco, dans, la crainte de non-succès et d'accidens graves 
dans les suites , à cause du climat, et qui, entreprises 
par le docteur Corroy, réussirent à souhait à Palenqué 
même , où en quinze jours il guérit radicalement deux 
personnes, Tune d'un polype, l'autre d'un cancer. 

Il y règne cependant quelques fièvres intermittentes, 
et quelques pleurésies qui attaquent les Indiens, adon- 
nés à la boisson d'eau-de-vie, et qui. généralement pren- 
nent peu de soin d'eux. 

Il n'y a pas de commerce; les productions ne con- 
sistent qu'en bêtes à cornes et chevaux. Par conséquent, 
le pays est pauvre; mais il n'en est pas moins suscep- 
tible d une infinité de productions de première nécessité: 
blés, vignes, bois, cacao, cannes à sucre, etc., tout y 
abonderait, les terres étant propres à toute culture. 

Un bœuf gras y vaut i5 piastres au plus ; un taureau 
de cinq ans, 8 à 10 piastres; et lorsqu'on achète une 
ferme, tous les bestiaux sont comptés à raison de 
6 piastres l'un dans l'autre. 

Les débouchés et communications sont assurés et fa- 
cilités par la rivière de Chacamas, à une demi-lieue de 
Palenqué, et par un bon chemin à Las Playas de Cata- 
saja, grand étang d'eau douce, portant goélettes de 6o 
tonneaux, aboutissant par le fleuve d'Usimasinte, navi- 
gable à la barre de Tabasco, à Saint- Pedro, à la Isla del 
Carmen ou Laguna. 

L'ananas y est en si grande quantité , qu'une forêt, à 
une demi-lieue de Palenqué, en est remplie. 



Nota, Le docteur Corroy s'étant fait des connaissances 
utiles, et des amis même, en cette province, y est at- 



(*7) 
tendju* et doit y retourner en mars 1 83a. Il a déjà visite 
et parcouru la Nouvelle-Orléans, la Havane, Guatemala, 
Yucatan , Coban , le Pécan, et la province de Nicaragua. 



Excursion d'un missionnaire français dans V Afrique 

méridionale. 

Le missionnaire Rolland, envoyé chez les Kafres de 
l'Afrique méridionale par la Société des missions évan- 
géliques de Paris, s'est avancé, Tannée dernière, jusqu'à 
la capitale des Baharutzis , située à environ 76 lieues au 
N. E. de la ville de Lattakou, la plus avancée vers l'in- 
térieur que l'on connût jusqu'alors. 

Il est parti de la station fondée par les missionnaires 
évangéliques au Kuruman , dans le pays des Béchuanas. 

Nous ne pouvons mieux faire connaître sa curieuse 
exploration qu'en insérant ici un extrait étendu de son 
journal. 

« Vendredi vj mai i83i. — Après avoir pris congé de 
nos amis, je partis pour Mosika, ville principale des 
Baharutzis. Notre caravane se composait de huit voitu- 
res et d'environ quarante hommes. Six de ces voitures 
appartenaient à des marchands anglais et à quelques 
Griquas qui allaient dans l'intérieur, pour faire lâchasse 
aux éléphans et faire des échanges avec les naturels du 
pays ; la septième était à un officier de la compagnie des 
Indes-Orientales , qui s'était rendu au Cap pour sa santé, 
et qui desirait visiter l'intérieur avant son retour à Bom- 
bay ; la huitième était à nous. Nous fîmes dix lieues le 
premier jour, et ce ne fut qu'à onzejheures du soir que 
bous arrivâmes à Thorn-Fonlain, où nous passâmes la 



(58) 

nuit. La fontaine des épines est située ettalorcUesi du 
Kuruman.» 

Samedi. 28— -«Après lecul te doméstiqnedutoatin nous- 
nous mîmes en route pour Lattakou , où nous arrivâmes 
après quatre heures de marche N. E. Nous campâmes 
près de la rivière, à un quart de lieue de la ville, afin 
d'avoir de Veau et de l'herbe près de nous* D'ailleurs il est 
presque impossible d'aborder Lattakou avec une voiture r 
à cause des pierres et des rochers dont elle est environ- 
née. Je visitai cet endroit dans la soirée. La plupart des 
habitans étaient occupés à préparer des peaux de jakals r 
de chevreuils, de chats sauvages, etc., pouriaire des voi- 
tures, des souliers et des vêtemens»» 

« Lundi 3o.<~* Nous partîmes, de Lattakou après dé- 
jeûner , et vînmes coucher à une lieue du petit Chuaie. 
Nous fîmes sept heures ce jour-là, la première heure 
N. E. et le reste de la journée E. N. E. Nous nous trou*- 
vâmes alors sans eau et sans bois; et nous commençâmes 
dès ce jour à attacher nos bœufs aux rouçs de nos voi- 
tures, à cause des lions qui se trouvent dans ces déserts- 
et qui auraient pu en tuer un grand nombre durant la 
nuit. Il y a quelques mois qu'une troupe de voyageurs 
aussi nombreuse que la nôtre , allant à la chasse aux élé- 
phans , fut arrêtée en plein jour par une quantité de lion» 
qui se jetèrent sur leurs bœufs et les dispersèrent en 
divers endroits. Ils furent obligés de demeurer là quinte 
jours sans bœufs et sans moyens de revenir avec leurs 
voitures. Quand les bœufs sont attachés durant la nuit, 
il y a moins de danger. Le terrein , depuis le Kuruman 
jusqu'au Chuaie , est sablonneux , sec et aride. » 

JKottft'Si.— « Après uneheure de marche E.N E.,nous 
arrivâmes au petit Chuaie. où nous trouvâmes de l'eau, 
<et où nous nous arrêtâmes pour déjeuner» Les habitans 



(5 9 ) 
de Lattakou ont choisi cet endroit pour en faire im pâ- 
turage; ils y envoient tons les bestiaux dont ils peuvent 
se passer à la maison. A onee heures nous nous remîmes 
en route pour le grand Ghtiaie* Ce nom vient du mot 
sîchuan , Uchuaie, qui signifie sel. Nous fîmes encore six 
heureset demieen suivant la même direction que le matin. 
Une partie des chassectrsqui avaient pris les devans àcbe* 
val , afin de découvrir quelque vallée où il y eût de l'eau 
et où ils pussent tuer quelques pièces de gibier pour le 
moment où nous arriverions, s'égarèrent dans la plaine. 
Nous tirâmes plusieurs coups de fusil dans la soirée pour 
nous faire entendre , mais ce fut en vain ; ils ne nous re- 
joignirent que le lendemain au soir. Ils avaient passé la 
nuit sous un buisson, avec leurs chevaux. attachés près 
d'eux* lie sol dans cet endroit est sablonneux , mais la 
plaine offre une vue plus belle, étant parsemée de dis* 
tance en distance d'accacia girafe , et entrecoupée de 
petites collines.» 

ï er juin. — « Ayant marché six heures N. E., nous 
nous arrêtâmes sous un arbre pour y passer la nuit. Nous 
trouvâmes danscetendroit du bois et de l'herbe en abon- 
dance, mais point d'eau, ce qui fit que nous nous remî- 
mes en route de bon matin , après avoir fait six heures 
et demie N. E. En arrivant au grand Ghvaie, nous n'y 
trouvâmes que très peu d'eau , et nous fumes obligés de 
creuser dans le sable afin d'en avoir un peu pour nos 
bœufs. Le Chuaie est un grand fo*id plat de forme cir- 
culaire et d'environ tm mille de diamètre, qui a , à ses ex- 
trémités, quelques sources d eau douceet une d'eau salée. 
La swrface du Chuaie ressemble de loin à celle d'-un lac* 
à cause d'une mince croate de sel qui réfléchit les rayons 
de la lumière. Je pense que <dans quelques années on 
pourra y ramasser du «et : ee serait u<n grand avantage 



( 6° ) 
pour noua qui sommes obligés défaire venir le nôtre d'un 
endroit qui est à deux journées plus loin que CarapbeHV 
Dorp. Le Ghuaie n'est rempli d'eau que dans la saison 
des pluies , et je crois qu'alors Ton pourrait déjà parve- 
nir à y recueillir un peu de sel. Nous vîmes dans cet en- 
droit plusieurs traces de lions, de buffles , de girafes, de 
daims, d'Anes sauvages et de différentes espèces d'anti- 
lope qui avaient croisé le Chuaie dans toutes ses direc- 
tions en venant boire à ses sources. Aren , l'un de nos 
chasseurs, ayant tué deux ânes sauvages ou Quaggas, 
nous mangeâmes tous de cette viande qui nous parut 
très bonne. » 

Vendredi 3. — «Nous fîmes ce jour-là sept: lieues et 
demie, savoir, deux N. N. E.,une et demie N.E.et quatre 
£. N. E«, après quoi nous arrivâmes à SitlagoU River. 
Cette rivière, comme plusieurs autres qui portent ce nom 
en Afrique, n'est qu'un simple ruisseau d'eau de pluie, 
qui, pendant l'été, est entièrement à sec. Cependant r 
comme l'eau est très-rare dans ce pays , on n'hésite pas 
à qualifier du nom de rivière le moindre ruisseau ou tor- 
rent $jue Ton rencontre; il suffit pour cela qu'il ait un 
banc profond et de Veau en quelques endroits. 
« Près de cette rivière se trouve un village de Béchua- 
nas de trois à quatre mille habi tan s qui appartiennent à la 
tribu des Bàrolongs. » 

Samedi 4. — « Nous marchâmes sept heures et demie 
N. E., et nous arrivâmes à Tauani-Werfe^ ou ville de 
Tauani. Environ mille hommes entourèrent aussitôt nos 
voitures pour nous saluer et nous demander du tabac, 
des grains de collier, etc. Après avoir mis paître nos bœufs ; 
nous nous rendîmes au village , pour visiter, comme c'est 
l'usage, le principal chef ou roi des Barolongs. Celui-ci 
«khis reçut très amicalement > nous' félicita de notre ar- 



(6i ) 
rivée, €t nous offrit aussitôt du lait. Le lait "est la seuJe 
nourriture que les Béchuanas -aient toujours prête, et 
qu'As offrent aux étrangers. Tauani vint à son tour nous 
rendre visite à nos voitures, et comme c'était l'heure du 
dîner , nous lui offrîmes du riz qu'il trouva excellent. Il 
me. dit : « Le blé des Européens est meilleur que le nôtre; 
je voudrais que vous pussiez m'en donner une certaine 
quantité pour ensemencer mes champs. » Je lui répondis 
que cette sorte de blé ne croîtrait pas dans son pays , vu 
qu'il n'avait point d'eau pour arroser ses terres, et que, 
par conséquent, de 4a semence lui serait inutile. Cette 
^conversation sur le riz nous conduisit à un autre entre- 
tien plus important. Je lui fis part du projet que nous 
avions de nous établir chez les Baharutzis , et de l'avan- 
tage qu'il trouverait à venir se fixer sur les bords de la 
Malopou , afin de jouir de nos instructions. Il me mani- 
festa alors son désir d'avoir des missionnaires qui demeu- 
rassent avec lui, afin d'être plus à portée d'être instruit, 
•lui et son peuple. » 

Lundi 6. — « Nous partîmes de cet endroit. après dé- 
jeuner , et fîmes cinq lieues et demie N. E. pour arriver 
à Morilsani River , où. nous passâmes la nuit. Nous ne 
pûmes partir le lendemain, à cause du froid excessif 
qu'il faisait, et de la neige qui tomba durant toute la 
matinée. » 

Mercredi 8. — «Nous continuâmes notre route après 
déjeuner, et fîmes six lieues et demie, une lieue N. E.', 
deux lieues N. O., trois lieues et demie N. N. E. Nous 
couchâmes à Loutlakani Fontain. Le froid avait consi- 
dérablement diminué, et la campagne nous parut plus 
belle que celle que nous venions de traverser; il y a en 
cet endroit une grande forêt d'accacia girafae. » 
- Jeudi g.—** Nous marchâmes six heures, une heure 



(6a) 

N* E. y deux heur* s K. N. E, et trais heures N. N. Ry .et 
bous armâmes à la rivière Malapou , qui prend savourée 
non loin de l'endroit où nous la traversâmes. Elle coule 
à l'ouest. Cette rivière n'est point formée par les pluies, 
et l'on y trouve toujours de l'eau en abondance. O* 
pourrait facilement la détourner de son cours est plu- 
sieurs endroits, au moyen d'une charrue seulement. Il 
y a sur ses bords une grande quantité de terres qui peu- 
vent être cultivées et arrosées. Je crois que cet endroit 
serait propre, sous ce rapport, pour y établir une mis- 
sion. Le bois seulement y est rare.» 

Vendredi 10. — « Nous fîmes six lieues et demie N. 
N. E., et arrivâmes à Mamoric Fontain ( ou, d'après la 
carte de M, Campbell, Philips Fontaw). Elle se trouve 
au fond d'une très belle vallée , toute parsemée de grands 
arbres de différentes espèces. Le terrain dans cet endroit 
est noir et sablonneux, et la colline qui l'environne 
est couverte de grosses pierres détachées, La route pour 
y arriver est très mauvaise. • 

Samedi 1 1. — « Nous parûmes de Jfamoric , ajurès; le 
déjeuner , pour JAosika. Après avoir marché une dettuV 
heure E., nous traversâmes une petite rivière, nommée 
Sfani, qui est bordée de très-beaux arbres, et sur les 
bords de laquelle l'herbe est abondante. Cette rivière 
est très profonde , et il serait difficile de la détourner de 
son cours. Nous continuâmes notre route en suivant la 
même direction, et après deux heures de marche, nous 
arrivâmes dans une charmante vallée, le long de la- 
quelle coule un ruisseau , qui fait entendre un 4oux.tnUFf 
9 mure, en tombant de temps en temps de cascade en 
cascade. Nous pensâmes que nous ne pourrions trouver 
un plus bel endroit pour y passer le temps que nous 
avions à rester à JVTosika , et comme nous n étions qu'à 



(63) 

cinq minutes de la ville , nous dressâmes là notre camp, 
après avoir mis paître nos bœufs dans les champs de blé 
qui couvrent la vallée, et qui se trouvaient alors nou en- 
semencés, lieras aHàmts ensuite vijriter le cbef Mokatla. 
Il nous reçut de la manière la plus amicale. » 

« Il m'a paru, d'après les observations que j'ai pu 
faire avec la boussole , que Mosika se trouve à environ 
soixante-seize lieues £. N. E. du Kuruman. J'espère 
vous donner une idée plus exacte de la situation de 
cet endroit lorsque nous aurons reçu les instrumens 
nécessaires pour cela. » 

Le chef des Bàharutzis s'est empressé de céder au frère 
Rolland un terrein assez considérable pour la fondation 
d'un établissement; et ce missionnaire, qui était revenu 
au Kuruman au commencement de juillet i83i , en est 
reparti au commencement d'octobre pour aller se fixer 
au milieu de ses nouveaux catéchumènes. 

(Extrait du Journal des Missions évangcliques). 



(64) 



TROISIEME SECTION. 



ACTES DE LA SOClÉré. 

PROCÈS-VERBAUX DES SEANCES. 

Séance du 6 juillet i832. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. le général Brisbane , membre souscripteur de la 
Société , est admis, sur sa demande, au nombre des 
membres donateurs. 

M. Fontanier, vice-consul de France à TrJbizdnde, 
propose l'admission du prince Malek-Kassem-Mirza, frère 
puîné du prince royal de Perse , qui lui a exprimé le de- 
sir de faire partie de la Société et de recevoir son Bulle- 
tin. Ce prince s est appliqué à l'étude de la langue fran- 
çaise, qu'il parle avec une grande facilité, et dans la- 
quelle il peut écrire très correctement. 

La Commission centrale accueille avec empressement 
la proposition de M. Fontanier, et prononce l'admission 
du prince Malek-Kassem-Mirza. 

M. le ministre de la marine adresse à la Société le troi- 
sième volume du Pilote français , et les diverses publi- 
cations faites depuis 1827 par le dépôt général de la ma- 
rine. — Remercîmens. 

La Société royale des antiquaires de Copenhague, en 
exprimant à la Société sa reconnaissance pour les com- 
munications dont elle lui est redevable, la prie d'agréer 



(65) 

hs ouvrage» sutvanB* Fàrttmannd SôguV, bii Sûgas his- 
toriques sur hkévenetnens arrivés hors if Islande (tôthé Vi) ; 
SerrpiA hutorica Islandorum (6u le mêihe rëëuëil âfc 
Sagas traduit en latin, tomes i, net ni. — Reméfrîniéfifc. 

La Société philosophique américaine de Fhhiladèlphie 
adresse la première partie du tometv de ses TYàmàe- 
tions.— Remercîmeh*. • 

M* Grand-Pierre, directeur de la Sodété des mission* 
évangéliques chez les peuples non chrétiens , adresse un 
exemplaire complet du journal publié sdus la direction 
du comité de cette honorable association. 

La Commission -centrale accueille cette offre arec un 
vif intérêt, et décide qu'elle adressera en échangé à la 
société des missions, un exemplaire de son Bulletin pé- 
riodique. 

M. Warden offre, de la part de M. Mac* Culloch, un 
ouTrage intitulé : Researùhes pkUosôphèûtol khd mttQad*' 
rian>> etc. —M. Roux de Rodhelle veut bien se Charger 
d'en rendre compte. 

Le même rtiembre communique pou* le Bttltetkl \\M* 
analyse qu'il a faite du voyage de M. W. Coxe. 

Sur sa demande, la pouce biographique sur» lé do«* 
teur Mitchill est renvoyée au comité du Bulletin pour 
un nouvel exanten çt l'inaertiori de la partie géogra- 
phique s'il y à Ueu* 

.tf. Francis JUvalVé* éfcrfr du Portrau-Princeqi/il *. ths- 
seiablé des dwsuroens in^re#sap# sur l'htftwta» ta géta v 
gracie et la Ajtatif tique de l'Amérique, et <p,'il se«fi^ffc v 
pose de les communiquer à la Société aussitôt sa ré- 
ponse. En attendant , il lui offre un exemplaire d'un ta- 
bleau historique, géographique et statistique des Etats- 
Unis, qu'il vient de publier en deux grandes feuilles 
grtqdfnOftdt. ! < ». - 



(66) 

M. Morin fait hommage à Ia\ Société du «jaquièrac 
Mémpire qu'il vient de publier au sujet de sa corres- 
pondance météorologique, qui s'étend, dit-il, chaque 
jour; il désire que les sociétés savantes veuillent bien ht 
recommander à leurs correspondais sur les divers points 
du globe. Il sollicite, à cette occasion, l'appui de la So- 
ciété, en même temps que la communication des ou>. 
orages de sa bibliothèque, dont il aurait besoin povrfcon 
travail. , , 

M. Aies. Barbie du Bocage communique une lettre de* 
M. le baron Walckenàer, par laquelle il exprime le re* 
gret que des circonstances fâcheuses le privent depuis 
long-temps d'assister aux séance? de la Société, qui t»- 
bien voulu l'appeler aux fonctions de vice-président. 
M. Walckenaer donne quelques détails sur la carte ori- 
ginale de Juan de la Cosa, le meilleur des pilotes de 
Christophe Colomb, et le véritable conducteur, de 1 ex-* 
pédition d'Ojeda; entre autres résultats de ce monument, 
géographique, on en tire une connaissance certaine des 
découvertes de Jean et de Sébastien Cabot, et de leur 
étendue. M. Walcknaec a fait à ce sujet diverses reqheiK 
ches et ra.pprocbemens , et il se propose d'en entretenir 
U «Société* 

M» Roux de Rochelle communique de nouveaux dé-: 
tails sur le sondage de la mine de sel de /Salin si . 

-M. -d'AYeïafc lit un Examen vritïqtté du <ùoyage l Oes 
frère* Latoder sur le Niger, et de ses résultats géoghti»' 
pfuques. — Renvoi au comité du Bulletin. (Voyez page 5.) 



Séance du ao Juillet i83a. 



'!■ -.1 



Le procès-verbal delà séance du 6 juillet estlù «tadèpté. 



(«7 ) 

M. Jomard communique une lettre de M. Corroyy, 
nevev du docteur François Corroy; cette lettre contient 
des détails intéressans sur une première excursion qu'il 
a faite au Palenqué. 

Renvoi an Comité du Bulletin. (Voyez page 54.) 

M. de Pommeuse offre à la Société un exemplaire de 
l'ouvrage qu'il vient de publier sous le titre de: Des 
Colonies agricoles et de leurs avantages , etc. 

M. Isambert est chargé d'en rendre compte. 

M. Jomard entretient la Société de la perte doulou- 
reuse qu'elle vient de faire dans la personne de M. Brué , .. 
l'un de ses membres fondateurs les plus distingués , et il 
«appelle les nombreux, services rendus à la science par 
ce géographe. Sur sa proposition, une députa tion de 
là Commission Centrale, composée de MM* Eyrîès et 
d'Urville, éat chargée d'aller présenter à sa veuve, l'ex- 
pression des regrets de la Société. 

. Mftd'Urville rappelle la proposition faite précédemment 
de décerner des médailles dans certaines circonstances^ 
et il, pense que la Société ne peut mieux honorer la 
mémoire de M. Brué qu'en hû consacrant une de ces 
médailles. i 

Cette proposition est appuyée par plusieurs membres 
et l'on demande de l'étendre aux divers cas analogues.— 
Renvoyé à l'examen de la section de comptabilité qui est 
invitée à s'adjoindre M. d'UrviMe. 

M. Jomard annonce à la Société que M. Jaubert a re* 
pria la traduction- de l'Edrisi , destinée aux Mémoires de 
la, Société* 

M. d'Avezac donne quelques détails à la Société , sur 
la nouvelle expédition de 'Richard Landeren Afrique.. 
— Renvoi au Comité du Bulletin. (Voyefc page 4 &*.) * 
-Le même membre Ht la traduction qu'il a ftûtede la. 



(68) 

r^latjun d'un voyagti clans l'intérieur de l'Afrique 7 à 
Afcly flt T*n4fcikto)i ^ { Teaiboctou ) , pendant Le* année* 
il 35a et 1 3W par Mohhammed Ebn Bathautbah. 



KptlfBRBS ADMIS DANS LA SOClitB* 

Séance du 6 juillet i83a. 

S. À. le prince Malek-Ka;>sem-Mirza. 

M. le lieutenant-général Bjusbanb, membre donateur. , 



QU V RAGES OFFERTS A LA SOCIETE. 

Séance du 6 juillet. , 

Par M. Je Ministre de la marine : Pilote français; 3? 
partie*— Cçirtesetplan* hydrogTapfu<fués y p\ib\iés \&r le 
dépôt de la marine, depuis 1837 J a *<l u '& i83a. I23feuih 

-«- Instructions nautiques publiées par le même dépèl; 
i3 brochures in-8°. 

Par Ja Société des antiquaires de Copenhague 3 florn- 
manna Sôgur, ou Sagas historiques sur les événements 
arrivés hors d'Islande (en Islandais on novmamiique 
ancien } tome vu —•♦ Seripêa fùstçrica lslandorum , - etc^ 
( ou le même recueil de Sagas traduit en latin, tome*!^ 
h et m.) 

Par M. Aafn : Fœreyinga Saga, ou histoire des îles 
Fœropr : 1 yoL grand in-»8 p .- 

Par la Société philosophique américain^ de Philadel- 
phie z Transactions de aeétesàdété ; vol. 4 ? * r * partie in-4°« 

Far la. Société des mission» evangéliques : les amnéep 
1826, 1827,1828, 1829, i83oet i83i de son journal* 
fi fqI. in-8 a , ■ 

Par MM. L^pie pèrç et fils : 18? M *$• liitteiMmdt 
leur Atlas Universel* ' ' 

; Par M- F.-Itvdle* : Tableau Mttotiqm géographique 



( «y ) 

. * y. J . < 

et statistique des Etats-Unis' ; 2 feuilles grand monde. 

Par M. Mac-Culloch : Researches philosophical and 
antiquarian. 1 vo). ip-8V 

Par M. Morin : Correspondance pour F avancement de 
la météorologie , S 9 mémoire. 

Par M. Gide : Nouvelles annales des voyages (juin). 

Par M. Bajot : Annales maritimes et coloniales (cahiers 
damai fit juin). 

Par la Société Asiatique: Nouveau journal asiatique. 
(Juin). 

Par le directeur 7 Mémorial encyclopédique (cahier de 
juillet ). 

• Bar ta société d'agriculture de Rouen : Trimestre *le* 
janvier de set mémoires. 

• '' Par la société de la Charente : Annales dé cette société ; 
mars et avril» 

Par les directeurs : Plusieurs numéros du Moniteur 
Ottoman , du journal de Smrme et du Courrier de la Qrec^ 

Séance du 20 juillet. 

Par M. de Pommeuse : Des colonies agricoles et de 
leurs avantages , etc. 1 vol. in-8°. 

Par M. dTJrville : Analyse du voyage au Congo et 
dans V Afrique équinoxiale de M. Douvillç: in-8°. 

Par la société, royale des sciences de Lille : Mémoires 
de cette société (vie de Linné). 1 vol. in-8. 

Par la société d agriculture de Versailles : Mémoires 
de cette société pour i83i. 1 vol. in-8°. 

Par la' société des missions évangéliques : Plusieurs 
livraisons de son journal ( 1 83a). 

Par le directeur : Bibliothèque universelle rédigée à 
Genève , cahier de mai. 

Par M. de MColéon : Recueil industriel: cahier de juin. 



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NECROLOGIE 



Notice nécrologique sur le docteur Mitchill\ membre 

- v correspondant delà Société de géoçrap/tiê. 

'■ ' «. 

' Le dateur - Samuel L. JVIiiohitt naquit daas l'année 
1763, à Long-Island, état, de New- York. Il .fit de» 
étude* cm médecine au collège. d'Edimbourg, e4 retint 
dans son pays en 1786. Il fut nommé, en 179a* pro- 
fesseur de chimie au collège de iCohimbia, d*«s ia Ville 
natale; et, en 1808, il échangea la chaire: «le chimie 
pour celle d'histoire naturelle. Sécant accpnV l'estime 
publique par ses . connaissances exactes et variées ^ toute» 
les sociétés scientifiques des Etats-Upis s'empressèrent 
de le posséder comme membre, et plus de vingt sociétés 
savantes de l'Europe lui firent le même honneur. 

Il a publié un grand nombre de dissertations,sur dif- 
férens sujets; on y remarque un rapport fait à la société 
d'agriculture de New- York , sur ses excursions, géolo- 
giques et mineralogiques sur les bords de FHudson^ dont 
le principal but était; de chercher du charbon de terre. 
Ce rapport, publié en 1796, est cité avec éloges par le 
comte Vplney, dans son Tableau du climat. et du sol, ((es 
États-Unis* 

Comme homme public, en qualité de membre, de l'as- 
semblée législative de l'état de New-York et de séna- 
teur au congrès des États-Unis, le docteur Mitchill a 

♦ * * ' * * * • « * * . 

rendu de grands services à son pays. En 1788, il fut 



(7* ) 
nommé commissatié pari état dé New- Yttrk 1 «pour l!éxé 
tattiraf du! traité ifaitt au fort ScUuyler/d'après.leqiieiilas 
Mingoeiouiladiens des cinq nati rois avaient fait la éee- 
sion d'une grande étendue deipays>àcet£tatt>En:i7g&i 
il fut rapporteur pour le Bill qui accorda à M. Robert 
R. Livings ton, ancien chancelier ^ et ministre plénipo- 
tentiaire à Paris, le droit de la «aviation du fleuve 
Hudson , par le moyen des bateaux à vapeur. 

Il présenta en 1804 à la chambre des représentans des 
Etats-Unis, le rapport d après lequel l'expédition de 
Lewis , et Clarke fut organisée pour franchir les mon- 
tagnes Rocky , et descendre jusqu'à l'Océan pacifique. 

En 1808, il encouragea -Robert Fûiton 5 à continuer 
êes expériences sur les bateaux à vapeur, et fit avec lui 
le premier voyage heureux à bord du bateau le Fulton , 
que ce grand mécanicien venait de construire. 

L'année suivante il fut nommé membre du comité 
pour examiner les moyens d'ouvrir une communication, 
par des canaux, entré le fleuve Hudsbh et les grands 
lacs; et en i8a3 il se trouva comme maître des cérémo- 
nies à la fête qui se donna pour célébrer l'exécution de 
ce vaste projet, et il y présida au mariage des eaux dés 
lacs avec celles de l'Océan , usage renouvelé en imita- 
tion des Vénitiens. 

Je n'ai rappelé, dans la courte notice qui précède, 
que ceux des travaux du docteur Mitchill , qui peuvent 
intéresser directement la société de géographie. L'ayant 
connu personnellement , et ayant été en correspondance 
avec lui pendant plus de vingt ans, j'aurais à dire beau- 
coup sur son caractère, son esprit, et les services émi- 
nens qu'il a rendus à son pays : je me bornerai a ajouter 
ici qu'il a exercé la plus grande influence sur les progrès 
des sciences et de l'économie publique aux Etats-Unis. 



(7») 
Ce savent est mort lé 7 septembre i82i, 
•oîxentohtttaèine année. Son beau* frère le dootew 
Dekay , se propose de publier à ton sujet un mémoire 
biographique fort étendu. 

(Extrait ae tu notice nécrologique communiquée 
par M. Warden.) 



»»-i»- » i « « ■ > 



9HRÀT4 P» t* 1 10' MVRÀISOtr. 

Page 357 \ il faut rectifier ainsi le 3* alinéa : 
M. Jomard annonce la publication de deux ouvrages 
de géographie nouvelle , imprimés à Londres : l'un est 
la grande Carte de l'Indostan, de Hall, par la compagnie 
des Indes, dont la i38 e feuille vient de paraître; l'autre 
est la Carte des possessions britanniques en Amérique t 
publiée en 17 feuilles par le colonel Bouchette, etaccom- 
pagnéee d'une description statistique en 2 vol. in-4 



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BULLETIN 



DE LA 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE. 



No 112. — août i83a. 



PREMIERE SECTION. 



MEMOIRES, EXTRAITS, ANALYSES ET RAPPORTS. 



Itinéraire de Constantinople à Sivasou Sewas; voyage 
entrepris en 1807 ,et de Sivas à Alep; communiqué à 
la Société de Géographie par M. B. du B. 

Cet itinéraire , rapporté à Paris par M, Tb. de Lesseps , n'a pas 
. été dressé par ce voyageur, qui n'a visité le Levant que dans les 
années. ... ; mais il lui a été donné à Halep par la personne 
qui a fait elle-même le voyage en 1807. Cet itinéraire, très intéres- 
sant pour la géographie de l'Asie, donne des détails curieux sur 
tous les lieux qui ont été visités par le voyageur. 

De Constantinople à Ismit, on compte 3 journées- de 
caravane par terre (18 lieues) y et8à 10 heures par mer, 
avec un vent favorable. 

v Istnit, ville de 20,000 âmes de population, est située sur 

6 



(74) 
une colline assez escarpée, et se prolonge jusqu'au bord 
de I» mer , au fond du golfe de Nicomédie à son extrémité 
sep ten tri on aie. Chef- Keu d'un pachalik,eNe offre «n sé- 
jour agréable par la variété de son sol , mais peu sain en 
été. C'est le lieu de passage pour toutes les caravanes qui 
partent de Constan tinople, et pour celles qui se rendent de 
cette capitale dans la partie orientale de l'Asie Mineure. 

D'ismità Sapandjè, 6 lieues d'une heure de chemin, 
pas de caravane. 

Route des plus agréables, variée par des sites pitto- 
resques et des ruisseaux d'une eau fraîche et limpide; 
passant de temps en temps sur une chaussée ancienne, 
qui par sa beauté paraît être un ouvrage des Romains. 

Sapandjè est un pauvre village turc dont la position) 
au milieu d'une forêt ^ d'arbres de haute futaie, est des 
plus champêtres. 

De Sapandjè à Gucîvé, j lieues. 

Arrivé sur les hauteurs de Sapandjè, l'on découvre 
le superbe lac qui porte le même nom, situé au milieu 
de la forêt. Il peut avoir environ 3 à 4 lieues de long 
sur une et demie de largeur, à l'endroit le plus spacieux. 

Après avoir passé la Saccaria sur un pont fort ancien 
de quatorze arches , l'on arrive à Guèïvé, village qui 
n'est qu'un lieu de relai, et où il n'y a du monde que les 
jours de bazar (marché), les babitans résidant, 1b plu 
pirt du temps, à Bey-Keuï, sur une hauteur voisine, 
pour éviter le mauvais air de Guèïvé. 

De Guèïvé à Torakleu, 5 lieues. 

Route difficile, la plupart du temps dans des monta- 
gnes escarpées et rocailleuses, couvertes de pins et de 
mélèzes, d'un aspect triste quoique pittoresque. 

Torakleu. Village assez considérable, au milieu des 
bois de sapin; presque enûère«*nt habité par des Turcs 



(75) 
assez polis et hospitaliers envers tes étrangers, e* fort i*r 
dustrieux. Tous ceux qui ne sont point agriculteurs fa- 
briquent des peignes ( en langue turque torak ) , des cuil- 
lères en bois, des cure-dents et autres petits objets en 
jcoroe ou en ivoire, passablement travaillés, qui sont 
vendus aux voyageurs ou débités à Constantinople et 
autres lieux circonvoisins. 

De Torojdeu à Torbaleu^, 5 lieues. 

Pays inégal, très fertile, et d'un aspect riant. Avant 
d'a.rrwer à Torialeu 9 ï on entre dans des gorges arides, 
et l'on suit un chemin tortueux, resserré et pénible, de- 
vepa#t quelquefois dangereux par Jes excavations .qjue 
cause un torrent qui occupe le fond du vallon» 

ÎTo/^o&tt est infiniment plus considérable q«e Tor^Ji- 
leu* Les babitans paraissent à leur aise. Ils fabriquant 
une quantité prodigieuse de sacs de crin (en turc torbu) 
qui ont donné leur nom au village. 

C'est ici «que Ton voit pour la première fois les femmes 
porter un voile blanc an lieu du féradjé ou manteau 
de drap en usage à Constantinople ejenTurquied'Eurppe. 

De Tor&aleu à Moderni^ 10 lieue*. 

Pays raboteux, presque toujours couvert de pins qui 
souvent rendant les chemins difficiles, la plupart inon- 
das par les eaux d'une petite rivière qui coule au fond 
d'un vallon entouré dé montagnes escarpées couvertes 
.de bois, 

JUodenu est une petite ville recovvnaodable par df£ 
manufactures d'aiguilles à coudre et de grosses aiguilles 
à emballage de qualité médiocre, et préférées cependant, 
pour cerjaiosojuv rages, aux aigijilta d'Europe, à cause 
de la manière do*U ell^s sont percées. 

De Moderni à BqUeu, 10 lieues. 

Avant d'arriver à Bolleu, l'on rencontre aux pieds 

6. 



( 1* ) 
d'une colline une source d'eau minérale que Ton dit être 
très efficace pour certaines indispositions. 

Depuis Sapandjé jusqu'à Bolleu presque, Ton aper- 
çoit sur les nombreux ruisseaux ou petites rivières qui 
coupent ou longent le chemin, une infinité de moulins 
'à scies. Les planches et autres bois de charpente qui en 
sortent sont transportés par la mer Noire à Ereklié ou 
Héraclée à Constantinople, où ces objets éprouvent une 
consommation considérable. 

Bolleu est une petite ville de 4 à 5ooo âmes à-peu-près 
de population, située au centre d'une vaste et belle plaine, 
et sur le penchant d'une petite colline. Une petite rivière 
qui sillonne le long de cette plaine la traverse. Ses bazars 
ou marchés sont bien bâtis et fournis d'abondantes den- 
rées. Ses édifices se font distinguer par leur régularité, 
et ses maisons prouvent l'opulence de ses habitans. Il y 
a dans cette ville, ainsi qu'à Sewas , une horloge publi- 
que, ce qui est assez remarquable en Turquie. 

Son terroir est prodigieusement fertile en grains , et 
susceptible de toute espèce de productions. Avant d'at- 
teindre la ville de Bolleu , l'on aperçoit , du haut d'une 
haute montagne d'où il faut descendre, l'étendue de la 
plaine où elle est placée, l'immense quantité de villages 
qui offrent par leur position un aspect infiniment varié. 

Quoique la ville de Bolleu soit florissante par la ri- 
chesse de son sol, l'on s'aperçoit néanmoins qu'elle n'est 
plus ce qu'elle a été jadis, car on voit de tous côtés, et 
surtout dans le principal cimetière turc et aux environs 
de la ville, des débris de colonnes antiques d'un bel or- 
dre, des cippes en marbre, et de faibles restes de monu- 
mens qui attestent que le canton a été fort peuplé et 
qu'il a tenu un rang parmi les contrées les plus célèbres 
de l'Asie Mineure. 



(79) 

De Bol/eu à Kérèdéy 1 2 lieues. 

Pays assez semblable à la belle plaine de Bolleu, mais 
inégal, en ce qu'il est coupé par divers petits lacs qui, 
alimentent de vastes plantations de riz. 

Ce village n'est habité que par des Turcs entièrement 
livrés au travail des cuirs de buffles et de bœufs, ainsi qua 
la tannerie des maroquins. 

De Kérédé a Hamamleu , g (feues. 

Pays de collines couvertes de pins, qui rendent la route 
assez difficile par le nombre d'arbres renversés. 

Hamamleu :, ainsi nommé à cause de ses bains d'eaux 
minérales 9 est un hameau turc tout nouveau , considéré 
aujourd'hui (1807) comme une petite bourgade dont le . 
mutsellim ou gouverneur qui y commande s'occupe es- 
sentiellement de sa prospérité et non de la spoliation du 
peuple, ce qui est en Turquie assez commun parmi les 
autres gouverneurs.. 

Ce hameau a un kkan vaste et commode. 11 est situé à 
l'entrée d'un défilé très étroit formé par des montagnes 
fprt élevées des deux côtés, entre lesquelles coule le 
torrent, de Tcherkès, chemin dangereux, par les nom- 
breux Repaires de voleurs. que l'on y rencontre, et diffi- 
cile, à, cause des rochers ou pierres énormes que la pente 
des montagnes, précipite au fond de ce défilé- 

De Hamamleu à Tchèrkes, 6 lieues. 

Tcherkes^ mauvais village turc où l'aspect de la mi- 
sère s'offre aux Regards du- voyageur. C'est à ce village 
que commence le territoire dépendant de Tchiapan 
Oghlou, le plus riche comme le plus puissant, seigneur 
de l'Asie Mineure, dont le gouvernement s'étend jusque 
sur les bords de l'Euphrate. 

De Tcherkes a Karadjiran^ 6 lieues. 

Pays plat, sec, pierreux et dépourvu d'arbres, mais 



< 7* ) 
riche en pâturages. Ce canton, peu distant d'Angora, 
fournit aussi les beaux troupeaux de chèvres k poil blanc 
et soyeux dont la toison sert à la fabrication dtes camelots 
connus sous le nom de chàli. A mesure qu'on s'éloigne 
de ce lieu y les troupeaux qu'on rencontre diminuent de 
beauté. 

Karadj irait est un village malpropre, et dont les 
maisons sont toutes aussi mal bâties de lave grossière- 
ment entassée. Non loin de là, Ton voit le cratère d'un 
volcan éteint. 

De Karadjirctn à Tossiah , ï6 lieues. 

Pays coupé par de nombreux torrens ; le plus remar- 
quable est le Deli-Dewrez , dont les eaux vont se réunir 
à celles djiKizil-Irma/Cy autre rivière assez considérable. 

L'on voit de tous côtés des villages plus ou moins con- 
sidérables , l'un desquels est Tcheureka^i-Keuï^ dont les 
habitans sont très hospitaliers , et offrent à manger aux 
voyageurs, pour une très modique rétribution, des 
tcheureksy espèce de pain de fleur de farine, des œufs, 
du fromage frais, du yuoghourt (lait aigre) , et des fruits. 

Tossiah, ville de 7 à 8000 âmes, dont les habitans, 
Turcs et janissaires, sont très méchans et fanatiques. 
Quoique triste et sale, elle est remarquable cependant 
par sa belle tannerie, ses manufactures de camelots à l'i- 
mitation de ceux d'Angora, et parla grande quantité de 
grains et de riz que produisent ses environs. 

De Tossiah h Hadji-Hamzé y 8 lieues. 

Superbe pays, soigneusement cultivé, et très peuplé. 
L'on observe surtout avec admiration le soin que mettent 
les habitans à observer l'irrigation de leurs champs de 
riz, et à faire monter les eaux du Deli-Dewrez à la hau- 
teur du terrein qu'ils veulent arroser. 

L'on arrive ensuite au confluent du Deli-Dewrez et 



(79) 
du Kizét-lrmak 9 rivière la plus large de toutes celles de 
ces contrées, et remarquable par la couleur rouge de 
ses esmx. L'on parvient par ui> défilé à Hadjiflamzé, es- 
pèce de petite forteresse turque garnie de quelques mau- 
vaises pièces de canon mal montées et aussi mal gardées. 

De Hadjf-Hamzé à Osmandjé, 8 lieues. 

Pays montagneux*. Avant que d arriver à Osman djé, 
l'on passe par un chemin en forme de galerie, domine 
dune haute montagne taillée à pié. Lé grand-visfr De- 
rede!i Méhémet pacha conçut cette entreprise-, et là fit 
exécuter sons le règïïê du sultan Abd-ul-Hatnîtï. Ce pro- 
jet est plus digne des Romains que d'un Turc. 

Ce canton parait avoir éprouvé de violentes secousses 
de tremblement de terre , et peu! fournir beaucoup cTob» 
servatïons ininéràlogiques. 

Osmandjé\ petite ville bien bâtie d'un aspect agréa- 
ble, est skuée sur les deux rives dir Ktzif-trmak^ 
et dominée par un château bâti sur ùiï rocher presque à 
pic de tous les côtés. Pour se rendre à Hadj 'i-K evà ,H faut 
traverser la rivière sur un magnifique pont de quatorze 
arches que des voyageurs prétendent avoir été construis 
sous les premiers empereurs romains. 

jyOsmandjè à H'adji-Kem , 8 lieues'. 
. Hadji'Kenïy village situé au milieu d'une assez belle 
plaine bien cultivée et abondante en diverses productions. 

De HadfrKeuî à Amassîah , ii lieues. 

La route laisse à droite la ville de Marseran } que Kon' 
aperçoit de loin , située dans une vaste plainedépouillëe 
d'sirbres, presque inculte. L'on rencontre de distance en 
distance d'anciens cimetières, des tronçons de superbes 
fplbnnes en granit, et d'antres ritomimens antiques re- 
marquables qui servent de pierres sépulcrales. 

Quelques heures avant d'arriver, le chemin est affreux ^ 



(8o) 

il faut presque toujours descendre par des sentiers très 
étroits, pierreux et rocailleux. Au fond dune espèce 
d'entonnoir, on aperçoit Amassiah, ville fort ancienne, 
connue jadis sous le nom d'Amasie, Rien n'atteste plus 
son ancienneté que la quantité de médailles et de pierres 
gravées qui servent maintenant d'ornemens aux paysan- 
nes des environs. Elle est située dans un vallon, sur 
les bords du fleuve Irmak, l'Iris des anciens. 

C'est une ville bien bâtie. On y distingue plusieurs édi- 
fices remarquables; mais, par sa position, le climat est mal- 
sain. Amassiah est recommancjable par le rang qu' elle oc- 
cupe encore aujourd'hui. Elle a de i5 à 20,000 âmes de 
population. Son territoire, quoique fort resserré, est soi- 
gneusement cultivé, et produit beaucoup de soie. 

Son château, situé sur le sommet d'une haute colline, 
isolée de forme conique, domine d'une extrémité de la 
ville à l'autre; on y monte par un chemin à degrés, 
pratiqué dans le roc. 

D' Amassiah à Tokat % 18 lieues. 

On passe, avant d'arriver à Tokat, par Aïnah- Bazar y 
qui n'est qu'un simple khan et à. Turkat , mauvais vil- 
lage presque ruiné. 

Pays dégarni d'arbres, cependant riche en pâturages. 

Ici l'on commence à rencontrer des kurde*. 

Tokat est située dans les sinuosités d'une vallée. Cette 
ville a près de 3o,ooo h?bitans, Turcs, Arméniens, Grecs 
et Juifs. Il faut observer que depuis Jsmit y Toka£ est\a pre- 
mière ville où l'on trouve des familles de cette dernière 
caste. On remarque aussi que depuis Amassiah les Armé-, 
niens sont plus nombreux et beaucoup plus influens que 
les Grecs, ce qui est le contraire avant d'arriver à cettft 
distance. 

Tokat est une ville très importante par son commerce. 



(8i > 

Elle est l'entrepôt de tout celui qui se fait dans la partie 
orientale de l'Asie Mineure. Elle sert aussi d'entrepôt à 
tout le cuivre que produisent les mines de Maâden, d'où 
il passe à la capitale et dans l'intérieur de l'Asie. Les au- 
torités qui commandent à Tokat sont, sinon de droit, 
du moins de fait, sous l'influence de Tchiapan Oghlou." 
Les jardins qui entourent la ville produisent une as- 
sez grande quantité de bons fruits. 

De Tokat à Sewa&. 18 lieues. 

Pays montagneux et aride, remarquable seulement 
parla bonté de ses eaux et de ses pâturages que quelques 
vallées produisent en abondance. 

Résumé des distances. 

Constantinople. 

Ismit 18 lieues. Tossiah 16 lieues. 

Sapandjé .... 6 Confluera du Deli-Dewrez et du 

On passe la Saccaria, R. RiziLlrmak. 

Guèïvé . • . , , 7 Hadji-Hamzé. . . 8 

ToraUeu • ... 5 Chemin en forme de galerie. 

Torbaleu. ... $ Osmandjé. . . • 8 

Modérai. • • . • IO Pont surleKizil-Irmak. 

Source minérale. Hadji-Keuï ... 8 

Bolleu io Amassiab. . , . 12 

Kérédé 12 Jïnah-Bazur Khan. 

Hamamleu ... 9 Turkat^ village demi ruiné. 

Tcherkès 6 Tokat 18 

Karadjiran. ... 6 Sewas ..... 18 

Total, 182 lieues de caravane. 

{La suite au prochain cahier?) 

/ 



•(8a) 

AFRIQUE MÉRIDIONALE. 



Seconde tentative du missionnaire Rolland pour fonder 
une mission au milieu de la tribu des BaharutzL (i) 

Nous avons donné dans le cahier précédent un entrait étendu du 
journal du missionnaire Rolland , envoyé chez le* Cafre* de l'Afrique 
méridionale. Ce voyage , entrepris aux moi» de mai et juin x83i, fut 
renouvelé par le même missionnaire au mois d'octobre suivant. Le 
frère Rolland partit, comme la première fois, de la station fondée 
par les missionnaires évangéliques au Kuruman, dans les pays des 
Béchuanas. 

Voici les nouveaux détails que Ton trouve dans la septième livrai- 
son du Journal des Missions évangéliques sur cette nouvelle tenta- 
tive infructueuse : ... 

v 

La fondation de L'établissement missionnaire au 

milieu delà tribu Mokatla a été pour la seconde fois re- 
tardée : les ruses de Mahura , roi de Lattakou (a) , la 
pusillanimité de Mokatla, prince des Baharutzi, et par- 
dessus tout la crainte de devenir les victimes de Moso- 
lekatzi, roi des Zoulas, homme sanguinaire, véritable 
tyran de ces contrées, ont forcé le frère Rolland à rêve* 
nir sur ses pas, et l'ont empêché de pénétrer dans Fin- 
teneur d un pays désolé par la guerre. Ce n'est qu'au 

(i) Quelques géographes écrivent* ce mot B&arutzis, d'autres' Morut- 
zis, d'autres enfin Mourut zù. Nos frères l'ont toujours écrit Baharutzi. 
Le b et Vm paraissent se confondre dans la langue des Béchuanas.(/té<£) 

(a) Voyez sur ce chef et son peuple la sixième année du Journal 
des Missions évangéliques , pages 290 et suivantes. 



(83 ) 

commencement de l'année i83a qu'il a dû faire, pour la 
troisième fois, une tentative dont nous ignorons encore 
les résultats. 

Avant que de mettre sous les yeux de nos lecteurs le 
récit de ce voyage remarquable, il importe de reprendre 
le fil des évènemens d'un peu plus haut, en donnant, 
sur le sujet de la guerre qui a éclaté et qui règne en- 
core dans l'intérieur de la contrée habitée par les Bé- 
chuanas, des renseignemens plus complets que ceux que 
nous avons pu donner jusqu'à présent. 

Dans le courant de l'été de r83r, un chef de Griquas, 
nommé Barend, ayant envoyé une expédition de trois 
cents hommes armés, avec ordre d'attaquer Mosolekatzi, 
roi des Zoulas, ceux-ci, au lieu de se conformer aux in- 
structions qu'ils avaient reçues, s'amusèrent à lui enle- 
ver ses troupeaux. D'abord ils ne rencontrèrent aucun 
obstacle, et leur succès fut complet; déjà même ils 
avaient emporté plusieurs postes , pris un nombre con- 
sidérable de bestiaux, et mis à mort tous ceux qui s'op- 
posaient à leurs déprédations, quand les Cafres fondirent 
sur eux à Fimproviste, durant la nuit, et en firent un 
si horrible carnage, qu'à peine quelques-uns de ces mal- 
heureux purent-ils s'échapper à la faveur des ténèbres. 
Il n'en fallut pas davantage pour répandre le trouble 
dans tout le pays; les uns prirent parti pour Mosole- 
katzi, les autres pour les Griquas, quelque injuste que 
fut la cause qui les avait portés à attaquer Mosolekatzi. 
Mais ce qu'il y eut de plus fâcheux, c'est que ce dernier, 
. soupçonnant les blancs d'avoir été les instigateurs de 
cette guerre, ceux-ci n'osèrent plus visiter son pays, de 
peur de devenir victimes de sa vengeance ; et comme 
Mokatla, chef des Baharutzi, est tributaire de Mosole- 
katzi , nos frères jugèrent qu'il serait imprudent de se 



( 84 ) 

rendre dans l'intérieur, dans des circonstances aussi peu 
favorables à rétablissement d'une Mission, et ajournè- 
rent leurs projets à des temps meilleurs. 

Cependant deux mois s étaient déjà, écoulés depuis ce 
triste événement, et il tardait à nos frères de mettre la 
main à une œuvre déjà trop long-temps différée, au gré 
de leurs désirs; et comme des chasseurs venus de l'inté- 
rieur leur avaient annoncé que Mosolekatzi, qu'ils avaient 
vu, était fort bien disposé pour toutes les personnes qui 
avaient des relations avec la station du Kuruman, les 
missionnaires français,encouragés par leurs frères Mofifat 
et Hamilton , crurent pouvoir se disposer au départ. En 
conséquence , deux waggons furent chargés d'outils, de 
semences, de plantes et de provisions de différentes es- 
pèces ; et le 12 octobre, le frère Rolland, accompagne 
d'un maçon anglais et de sa femme, d'un interprète et 
de plusieurs Béchuanas, se mit en route pour Lattakou, 
où il devait aller demander à Atahura , chef des Béchua r 
nas de cette contrée, l'autorisation d'emmener plusieurs 
de ses gens avec lui dans l'intérieur. Quant au frère 
Lemue, comme sa santé n'était pas encore entièrement 
rétablie , il fut résolu , d'un commun accord , qu'il de-; 
meurerait encore quelques semaines, au Kuruman, et 
qu'il viendrait plus tard rejoindre son compagnon 
d'oeuvre. Ce fut une heure solennelle que celle où les 
missionnaires anglais et le frère Lemue ayant accom- 
pagné leur cher Rolland à quelques lieues du Kuru-r 
man, se séparèrent de lui après l'avoir recommandé à 
la grâce de Dieu par une fervente prière. 

Le vendredi i4>à midi , la caravane missionnaire avait 
déjà atteint Lattakou , où devait commencer pour notre 
missionnaire une longue suite de contrariétés. Mahura , 
jaloux de voir les tribus de l'intérieur sur le point d'avoir 



(85) 

ides missionnaires! tandis qu'il n'en avait point encore, 
^ut recours à toutes sortes de ruses pour empêcher 
M. Rolland d'exécuter son projet. D'abord , feignant une 
grande affection pour lui et un intérêt sincère pour sa 
sûreté personnelle , il le conjura de ne pas aller plus 
avant, sous prétexte que la désolation était dans l'intérieur 
du pays ; il lui dit que Mosolekatzi le soupçonnait, d'après 
des rapports qui lui avaient été faits , d'être l'auteur de 
l'assassinat de trois de ses gens , et qu'il ne manquerait 
pas de faire ressentir les redoutables effets de son cour- 
roux à tous les blancs qui tomberaient entre ses mains. 
Mahura eut même recours à un singulier stratagème, 
pour donner plus de poids à ses paroles : dans une as* 
semblée publique , à laquelle assistaient MM. Rolland et 
Raillie, on vit arriver un messager, tout haletant de fa- 
tigue et tout couvert de poussière et de sueur, qui, après 
avoir causé quelques instans en particulier avec Mahura, 
se. tourna vers les missionnaires, et leur dit d'une voix 
forte et menaçante : «Vous autres Makouas (blancs), 
vous ne voulez donc pas croire les nouvelles que nous 
vous apportons , et que le chef Mahura vous a commu- 
niquées. Eh bien, partez; nous vous avons avertis des 
dangers qui vous attendent; si vous périssez, vous ne 
pourrez pas nous accuser de vous avoir caché le péril 
qui vous menaçait ». Tout ceci n'était, de la part de 
Mahura, qu'une ruse à laquelle Rolland ne se laissa pas 
prendre. Aussi, voyant que le missionnaire était' iné- 
branlable dans sa résolution d aller annoncer l'Évangile 
aux Baharutzi, le chef des Béchuanas lui déclara que, 
s'il voulait partir, il partirait seul, mais que jamais il 
ne permettrait que ni l'interprète, ni aucun de ses sujets, 
allassent avec lui; enfin, jetant le masque, il manifesta 
clairement ses intentions , et finit par faire connaître à 



(86) 

Rolland qu'il ne le laisserait pas partir lui-même^ qu'il 
lç retiendrait de force chez lui. En v?iin notre frère em- 
ploya-t-il tous les argumens imaginables pour lui faire 
seutir l'odieux de pareils procédés, jusqu'à lui mettre 
sur la conscience la responsabilité dont il se chargeait 
devant Dieu, en privant les Baharutzi d'entendre la 
.prédication de la bonne nouvelle du salut ; toutes ses re- 
jnontrances furent inutiles, et il ne lui resta d'autre 
parti à prendre que de s'en retourner au Kuruman, 
pour chercher MM. Moffat et Hamilton , et les inviter à 
s'interposer en sa faveur auprès du chef de Lattakou. 
Ceux-ci arrivèrent, et après une longue discussion avec 
Mahura, à la suite de laquelle ils lui réitérèrent la pro- 
messe qu'ils lui avaient déjà. faite précédemment, de lui 
procurer un missionnaire dès qu'ils le pouvaient, celui^i 
consentit enfin au départ de JVÏ. Rplland et de sa suite; 
il poussa même la politesse jusqu'à l'accompagner avec 
une trentaine de ses gens à une lieue de Lattakou, et 
en prenant congé de lui, il lui donna l'assurance qu'il 
ne manquerait pas d'aller lui faire une visite dans le pays 
des Baharutzi , une fois qu'il y serait établi. 

Partis le *4 de Lattakou , où ils avaient été retenus 
>une dizaine de jours, tant par les obstacles que leur 
avait «usâtes Mahura, que ,par diverses réparations qu'il 
avait fallu faire aux voitures, nos voyageursconjiuuèrent 
pendant «inq jours leur route à travers le désert, sans 
éprouver d'autres embarras que le manque d'eau qui les 
fit quelquefois souffrir. Mais à une journée du chuaie 
des Barolongs, et avant d'atteindre la civière Sjtl^goli 
qotre frère Rolland .fit une rencontre qui feillit lui coûter 
la vie. Laissons- le parler lui-même ; 

« Le vendredi 28, ayant oublié quelque <chose dans 
l'endroit où nous avions passé la nuit, et «ne m'en étant 



(8 7 ) 
aperçu qu'après une demi-heure de marche , je résolus 
de revenir seul, à cheval, sur mes pas , pour chercher 
l'objet que j'avais perdu. Comme, pendant toute la route, 
bous n'avions point été inquiétés par les bêtes féroces , 
je ne m'étais muni d'aucune arme. Après avoir long- 
temps cherché l'objet en question , je remontai à cheval, 
et me disposai à rejoindre mes voitures. Mais à peine 
avais-je fait quelques pas, que j'aperçus à ma gauche, 
et à trois cents pas de moi environ , deux énormes lions 
qui se tenaient près d'un buisson, où ils paraissaient 
s'être reposés des fatigues de la nuit précédente. Dès 
qu'ils m'aperçurent, et avant que je fusse arrivé en face 
d'eux, ils s'ékuicèrent de leur retraite, et cherchèrent 
à ine couper le chemin en me séparant de mes voitures. 
Heureusement que je ne m'avisai point de leur tourner 
le dos et de quitter le sentier où mon cheval pouvait 
courir à toute bride sans risquer de s'abattre , car , ar- 
rivé vis-à-vis d'eux, mon cheval, qui les avait vus, s'ef- 
fraya tellement, et m'emporta avec une telle violence, 
que bientôt je les eus devancés. Ils gagnèrent ensuite le 
sentier, et me poursuivirent de près, jusqu'au moment 
où je franchis comme l'éclair une petite colline, et où ils 
me perdirent de vue. Je n'étais plus alors qu'à la dis- 
tance de cinq minutes de mes voitures, dont la vue dis- 
sipa toutes mes craintes. C'est ainsi que la Providence 
m'arracha à la gueule de ces animaux féroces. » (i) 
Arrivé à la rivière Sitlagoli, le samedi 29 octobre, 

(1) Les amis de U Société apprendront avec plaisir que le cheval 
dont Dieu s'est servi dans cette occasion pour délivrer son serviteur 
d'un péril imminent , a été donné à notre frère Rolland par M. Mur- 
ray, pasteur de l'église réformée de Graaff-Reinet , qui, connaissant 
par expérience combien une pareille monture est utile aux mission* 
aaires , a fait présent d'un cheval à chacun de nos deux amis, comme 



(88) 

Rolland ayant eu une entrevue avec le chef Gontzi) 
celui-ci lui donna, sur l'état de l'intérieur du pays, des 
nouvelles qui étaient si ol>scures, et qui paraissaient ai 
peu s'accorder avec celles qu'il avait reçues précédem- 
ment (i), que le missionnaire ne jugea pas qu'il dût 
continuer son voyage avant que de s'être procuré des 
renseignemens certains et positifs sur les dispositions de 
Mokatla et de Mosolekatzi. En conséquence , il résolut 
d'envoyer une députation au premier, afin de savoir à 
quoi s'en tenir à cet égard. Comme cet épisode est l'un 
des plus intéressans du journal, nous allons laisser le 
missionnaire nous le raconter lui-même : 

« Embarrassé par les nouvelles toutes contradictoires 
que je venais d'apprendre, je demandai à. Gontzi s'il 
pouvait me donner deux hommes de confiance, pour les 
envoyer en ambassade à Mokatla. Il ne fit aucune diffi- 
culté d'accéder à ma demande, et au bout d'une demi* 
heure, nous vîmes paraître trois hommes armés d'assa- 
inie marque de l'intérêt qu'il porte à la Société des Missions évan- 
géliques de Paris. 

(i) Gontzi dit entre autres choses à M. Rolland que Mosolekatzi, 
après aYoir défait les Griquag, avait été battu lui-même à son tour et 
mis complètement en déroute par la tribu de Chaka, ayant pour 
auxiliaire une autre tribu demeurant à Test, et qui fait usage, dans les 
combats , d'éléphans , de lions et d'autres bétes féroces domptées et 
dressées à l'art de la guerre. Le docteur Sparman parle en effet d'une 
pareille tribu , sous le nom de Hensaquas {Voyage au Cap, traduction 
de Le Tourneur, tome III, page 288). Mais M. Rolland pense que 
cette tribu n'existe point, et que les indigènes n'ont eu recours à la 
fiction d'une armée aussi redoutable que pour s'expliquer à eux- 
mêmes une puissance guerrière qui leur semble invincible , ou que 
pour diminuer la honte des défaites qu'ils ont souvent essuyées de 
sa part. 

{Rédacteurs.) 



(89) 
gaies et de boucliers, et prêts à partir» Voici le contenu 
du message dont je les chargeai pour Mokatla : «Les nou- 
yelles qui viennent de me parvenir de l'intérieur sont si 
étranges et si mauvaises, quelles ont complètement dé- 
couragé les gens de ma suite, et je me trouve dans l'im- 
possibilité de poursuivre ma route, si vous ne me faites 
prqmptement savoir ce qui se passe dans votre pays. Je 
vous aurais bien prié de venir vous-même m'en informer, 
mais comme je sais qu'un chef principal ne doit pas quit- 
ter son territoire, veuillez m'envoyer, pour répoudre aux 
diverses questions que j'ai à vous faire, Bogacho, votre 
fils aine , et Moïlé ? votre, neveu ; je n'ai de confiance qu'en 
eux; eux seuls peuvent me satisfaire». Je chargeai en- 
suite les trois messagers d'un présent pour le chef des 
Baharutzi , et ils partirent aussitôt. 

« Au bout de quelques jours, le 6 novembre, nous 
découvrîmes , dans le lointain , une troupe deBéchuanas, 
armés de lances, qui venaient du pays des Baharutzi : 
c'était Moïlé (i) et les fils de Mokatla, accompagnés d'un 
nombre assez considérable de guerriers, qui arrivaient de 
la part de Mokatla, pour répondre à mes questions. 
Après leur avoir fait les félicitations d'usage , et leur avoir 
offert quelques rafraîchissemens , je leu? témoignai ma • 
satisfaction de ce que Mokatla avait knontré tant d'ent-. 
pressement à se rendre à mes vœux, et nous en trames «n. 
pourparler. Je leur demandai d'abord si tout était tran- 
quille dans l'intérieur, et si je ne courais aucun. danger, 
en allant m'établir chez eux. Moïlé me répondit que la 
paix dont ils jouissaient actuellement ne serait probable- . 
ment pas de longue durée; que depuis la dernière affaire 



• • 



(x) Moïlé est le chef légitime de la tribu des Baharutzi; Mokatla 
est son tuteur, et gouverne pendant la minorité du jeune chef. 

7 



( 9« ) 
<que Barend avait eue arec Mosolekatzi, on ne pouvait 
avoir aucune confiance en ce dernier; qu'il avait déjà 
détruit tin grand nombre de villes autour d'eux, et qu'il 
était fort à craindre que le tour des Baharutzi ne vînt 
bientôt, vu qu'ils étaient les seitls qui eussent été épargnés 
jusqu'à présent; que quant à ma sûreté personnelle et à 
celle de ma suite, Mokatla me faisait dire que si nous 
étions assez forts et assez nombreux pour soutenir une 
attaque, nous pouvions venir hardiment, mais que, dans 
le cas contraire, il nous conseillait de retourner sur nos 
pas, attendu que notre arrivée à Mosika (i) serait le signal 
de 9a perte et de la nôtre. Je demandai ensuite à Moïlé 
quelle raison pouvait avoir Mosolekatzi d'en agir ainsi à 
notre égard , puisque après la défaite des Griquas , il avait 
envoyé un messager à Mokatla, pour lui dire de remer- 
cier les chasseurs qui m'avaient accompagné dans mon 
précédent voyage, de ce qu'ils n'avaient point touché à 
ses troupeaux, et que d'ailleurs Mosolekatzi, sachant 
très bien que nous n'avions pris aucune part, ni directe 
ni indirecte à la guerre qu'il avait eue avec le9 Griquas, 
il saurait faire une différence entre les habitans fiu Kuru- 
raan et ces derniers. « Si Mosolekatzi , répondit Moïlé , a 
montré précédemment de si bonnes dispositions pour 
voiKSj.it n'en est plus ainsi maintenant.' Depuis qu'il a 
vaincu les Griquas armés de fusils, il se crdit seul le 
maître de la terre. Dans son orgueil, il dit qu'il ne doit y 
avoir que deux roi» dans l'univers, l'un pour régner au 
ciel, et Vautre pour dominer sur la terre; qu'il est, lui, 
le iriaître absolu d'ici-bas; que bientôt il viendra visiter 
le roi des blancs, et lui apprendre qu'il ne craint plus 
ni ses fusils , ni sa mitraille, qui n'a fait que donner la 

(i) Ville des Baharutzi. 



(9i ) 
petite-vérole à ses guerriers (i); et qu'il lui carde de sa» 
voir ce que c'est que ces gros boulets , dont il a entendu 
raconter tant de prodiges. De plus, ajouta Moïlé, Moso* 
lekatzi ne fait maintenant aucune différence entre les 
Européens' et les Griquas; il accuse les premiers d'avoir 
fourni à ceux-ci des armes contre lui, il a même donné 
ordre à ses soldats de s'emparer des premiers waggons 
qui viendraient sur ses terres; dans ce but, il envoie;, 
chaque semaine des espions chez Mokatla, pour savoir 
si les voitures qu'il attend sont arrivées. 

« A l'ouïe de ces nouvelles , ajoute le missionnaire 
Rolland, je conclus que je ne pouvais pas aller plus loin ; 
et ayant appris que Moïlé avait averti Gontzi en secret, 
qu'un parti de Zoulas , commandé par l'un des fils de 
Mokatla, devait bientôt» fondre sur lui à l'improviste, je 
me décidai à retourner au Kuruman. C'est pourquoi, 
ayant pourvu les Baharutzi de quelques provisions de 
bouche et de quelques présens en verroterie, je les ren- 
voyai à Mokatla. Quant à moi, je me mis en route pour 
la station missionnaire, où j'arrivai le 16 novembre, c'est- 
à-dire un mois après l'avoir quittée. Le lendemain 17, 
j'eus une conférence avec les frères du Kuruman , dans 
laquelle je leur exposai l'état des affaires, et leur de* 
mandai leur avis. Après avoir ardemment imploré le se* 
cours du Seigneur, et l'avoir prié de mettre fin aux 
guerres dévastatrices qui désolent l'intérieur de l'Afrique, 
d'arrêter les terribles effets de la tyrannie du chef des 
Zoulas, ce destructeur de tant de tribus, et surtout 
d'ouvrir une large porte à sa parole, qui est seule ca- 
pable de pacifier ces contrées livrées à la fureur de cet 

(i) Dans leur guerre contre Mosolekatzi , les Griquas ont fait usage 
de petit plomb. 

ri 



(9») 
homme sanguinaire, il fut arrêté à l'unanimité qu'il y 
avait pour le moment impossibilité à mettre à exécution 
le projet de fonder une mission chez les Baharutzi, et 
que ce que nous avions de mieux à faire pour le moment, 
le frère Lemue et moi, c'était de visiter les différons 
villages ou werfs de Batlaras, aux environs du Kuruman, 
en attendant qu'il nous fût permis de pénétrer dans" 
l'intérieur. » 

On va voir, par le post-scriptum de la lettre du frère 
Rolland, que quinze jours après cette conférence fra- 
ternelle, tous les obstacles paraissaient levés ; l'espérance 
et la joie avaient commencé à renaître dans le cœur des 
missionnaires. 

5 décembre. — « Au moment où j'allais fermer mon 
Journal pour vous l'envoyer, un chef des Baharutzi, 
accompagné de douze hommes, est arrivé au Kuruman. 
Il nous est envoyé par Mokatla , pour nous apprendre 
que tous les obstacles qui s'opposaient à ce que nous 
allassions fonder notre station sont levés, et que nous 
pouvons nous mettre en route eu toute sûreté. Nos 
cœurs, comme vous devez le comprendre, ont tressailli 
de joie à cette nouvelle; et, quoiqu'elle fût comme 
une réponse aux requêtes que nous avons si souvent 
adressées, elle nous a paru, dans le premier moment, 
si extraordinaire, qu'à peine nous pouvions ajouter foi 
à la parole des messagers. Voici la teneur du message 
que Mosolekatzi a fait faire à Mokatla : « J'ai lieu de 
croire, Mokatla, que depuis la guerre qui a eu lieu entre 
moi et Barend, personne n'osera plus venir me visiter; 
mais gardez- vous bien de rien dire qui puisse effrayer 
ceux qui en auraient le désir. Faites savoir à Moffat qu'il 
est toujours mon ami; que je n'ai rien contre les habi- 
tons du Kuruman, et que quiconque est en relation avec 



(93) 
lui peut venir librement sur mes terres, soit pour y faire 
la chasse aux éléphans, soit pour s'y fixer; surtout dites 
à Moffat que j attends sa visite. * 

« Nous demandâmes ensuite aux messagers comment 
tout ce queMokatla nous avait dit auparavant deMoso- 
lekatzi pouvait se concilier avec ce qu'il nous faisait dire 
maintenant. Ils nous répondirent que si, dans le principe, 
le chef des Zoulas avait confondu dans un même senti- 
ment de vengeance les Griquas et tous les habitans des 
environs, il avait, plus tard, été persuadé que ni les mis* 
sionnaires du Kuruman, ni aucun de ceux qui étaient en 
rapport avec eux, n'avaient pris part à cette guerre. Nous 
desirons accélérer notre départ autant qu'il nous sera 
possible, mais au retour de mon voyage, mon interprète 
etpresque tous les Bechuanas qui m'avaient accompagné 
ont été atteints de la petite-vérole, et aucun d'eux n'est 
encore en état de marcher (i). Il faudra donc attendre 
leur rétablissement. » 

(i) H paraît que Tannée passée la petite-vérole a fait d'horribles 
ravages dans l'intérieur de 1* Afrique; la station de Bootchwap seule 
a perdu cinquante personnes par cette maladie. Dans celle du Kuru- 
man , plusieurs personnes en ont été atteintes, mais aucune n'est 
morte, grâce A la vaccine, que, depuis plusieurs années, les mission- 
naires ont introduite dans le pays. Cependant , comme dans cette 
dernière circonstance ils manquaient (Je virus (cowpox) , ils n'ont pu 
arrêter les progrès du ma). - Le Comité de la Société des Missions 
éyangéliques de Paris se propose de mettre les premiers mission- 
naires qui partiront en état de propager efficacement la vaccine dans 
le pays des Bechuanas. ( Rédacteurs. ) 



(94) 



DEUXIEME SECTION. 

DOCUMENS, COMMUNICATIONS, NOUVELLES 
•. GEOGRAPHIQUES, ETC. 



\ 
i 



Extrait du Mémoire du capitaine Vidal, sur la vigie 
nommée Âitkins Rock, lu à la Société de Géographie 
de Londres le i3 décembre i83o. 

Parmi les nombreuses vigies dispersées dans l'océan 
Atlantique y il n'en est peut-être aucune qui ait excité 
autant de crainte, et qui ait été l'objet de plus de recher- 
ches que celle qui est connue sous le nom de Aitkins 
Rock. Elle est placée , dit -on, au large de la côte N. O. 
d'Irlande, exactement sur la route des bâtimens qui font 
le commerce des ports de l'ouest à ceux du nord de la 
Grande-Bretagne. Les différentes positions qui lui ont 
été assignées la placent entre 55° et 55° i8'de lat. N,, et 
entre g° 38' et i4° de longitude ouest deGreenwich. 

Le premier rapport sur ce danger fut fait en 1740 par 
le capitaine Aitkins qui, le 12 septembre, vit à 4° ou 5o 
verges de son navire un rocher qu'il estima à quatre pieds 
sous l'eau , par 55 Q 18' N., et 1 1° i4' O. 

Le 29 août 1766, le capitaine Dunlope vit, par 55° o'N. 
et i4° 5' O. , un rocher élevé de sept à huit pieds au-des- 
sus de Veau, qu'il regarda comme étant la vigie vue par 
Aitkins. 

En 1793, tout l'équipage du navire le Nestor vit, par 
55° 19' N., et 9 53' O., et à moins de cinq toises du bâ- 



( 9* ) 
liment , un rocher à quatre pieds sous l'eau, Cependant 
ayant mis sur-le-champ un canot à la mer, on na put le 
retrouver. 

Plus tard , le capitaine Hugh Faulknor aperçu* , par 
55° i5'N., et ii° 4o\ un rocher élevé de quatre q cinq 
pieds au-dessus de l'eau; il sonda autour et trouva, dit-il, 
à 4 brasses du rocher, 35 à 4<> pieds; et à 3o brasses, point 
de fond avec i5q brasses de ligne. 

En i8*ti, le capitaine J, fteid, du 7!r/^Z?rijto#, vit, 
par 55° 18' N. et g° 43 0., ua rocher à fleur d'eau, long 
de 90 pieds , et large de 4°« 

En 1827, '^ a *> juillet, le second du navire lePaddy^ 
Carry aperçut, par 55° 8' N., et ia° O., u» objet qui 
lui parut être un bateau chaviré, maisqu£ le capitaine 
pensa pouvoir être le rocher Aitki&s, sans pourtant 
l'affirmer. 

Enfin , M. Anthony Garrol , qui a un petit bâtiment 
occupé à la pêche dans ces parages, a déclaré lavoir vu 
deu* fois , en juillet 1820 et en juin 1821, à la distance 
d environ 3oo verges, et le décrit comme étant élevé 
de 3 pieds au-dessus de l'eau. 

Tous ces ren&eignemens, et la disparition de plusieurs 
navires de Glascow, que Ton attibuait à ce danger, enga- 
gèrent la chambre de commerce de ce port à demander 
à l'Amirauté de faire constater la position de ce rocher. 
En conséquence , le sloop le Gamiet fut employé à celle 
recherche en i8a4« La même mission fut confiée, en 1 8 27^ 
aux .deux bâtûnens le Barrier et le Badger, et en 1829, 
au Pilacle et au Dispaih, mais toujours sans succès; le 
rocher ne fut point aperçu. 

L'Amirauté, ayant résolu de faire -continuer ces rechert 
cfaes pendant l'été de i83o; F Onyx et le Leveret , bricks 
de 10 canons, commandés par les lieu ton an6 Dawson 



, (96) 
et Worlh, furent choisis pour cette exploration, dont la 
direction fut confiée au capitaine Vidal. 

Après avoir déterminé l'état et la marche de leurs chro- 
nomètres à Buncrana, les deux bàtimens mirent à la voile 
le 6 juin et parcoururent, jusqu'au 3i août, tout l'es- 
pace assigné pour ce danger, c'est-à-dire entre 5 5° et 5 5°3o' 
de lat. N., et entre 9» et i4° de longit. , croisant et recroi- 
sant leur route de manière à ne laisser aucun point sans 
être exploré; sondant continuellement, et employant 
même, dans les endroits où avait été indiquée cette vi- 
gie , une méthode particulière recommandée par le ca- 
pitaine Beaufort, hydrographe de l'Amirauté, et qui 
consistait à joindre les deux bàtimens au moyen d'une 
corde de 1,400 verges de long, soutenue au milieu par 
des barils vides, et à dériver ainsi tous les deux. 

Le résultat de cette exploration fut de constater qu'il 
n'existe certainement aucun rocher dans ces parages. A 
quoi donc doit-on alors attribuer les illusions qui ont 
donné lieu aux rapports des marins qui ont cru le voir? 
C'est ce qu'il est difficile de déterminer. Cependant le ca- 
pitaine Vidal remarque que pendant le mois dp juin les 
hommes placés au haut des mâts furent plusieurs fois 
trompés par le souffle des baleines qui , à cette époque, 
étaient très nombreuses , et que , dans le mois d'août , 
un gros tronc d'arbre, dont les racines s'élevaient d'en- 
viron trois pieds au-dessus de l'eau et étaient couvertes 
de coquillages et de plantes marines, avait produit une 
illusion complète jusqu'à ce qu'on l'eût examiné de près. 
Il cite aussi ce qui est arrivé à une frégate qui, naviguant 
à l'embouchure de la Plata, aperçut un point noir sem* 
blable à un rocher; tout le monde à bord en était con- 
vaincu ; le capitaine seul, persuadé que dans ces parages 
un rocher découvert serait certainement connu , refus* 



(97) 
de croire que ce fût un danger et fit porter dessus. Ce 
n était en effet qu'une baleine endormie, qui , réveillée 
par le mouvement du bâtiment, plongea et disparut. 
Une raison qui prouve encore la non • existence de ce 
.danger, c'est que, s'il existait réellement, il produirait 
certainement un brisant énorme dans les mauvais temps, 
et cependant tous les rapports faits sur lui disent qu'il 
ne brisait pas. 

Au reste, si cette exploration n'a pas atteint le but 
qu'on en attendait, de déterminer la position du pré- 
tendu danger, nommé Aitkins Rock , elle a servi du 
moins à fixer, dans ces latitudes, la limite du banc de 
Sondes qui entoure l'Irlande, et qui est encore inconnu, 
tant sous le rapport de la nature du fond , que sous ce- 
lui de son étendue. 



Extrait d'un rapport de M. le capitaine Ireland, com- 
mandant le brick l'Adhemar. 

Le 3i août i83i, nous sommes partis de Valparaiso 
ayant intention de relâcher à l'île d'Otaïti. Le 3o sep- 
tembre, nous avons eu connaissance des îles Barclay de 
Tolly et Wolchonski, dont les positions s'accordaient 
avec notre chronomètre et nos observations prises peu 
de jours auparavant. Nous fîmes route vers l'ouest, et 
le i er octobre, étant par i6° de latitude sud et 146 55' 
de longitude à l'ouest de Paris , nous aperçûmes au cou- 
cher du soleil, dans l'ouest quart sud-ouest du compas, 
une île basse très boisée paraissant s'étendre dans l'ouest. 
Cette île n'étant pas portée sur les cartes anglaises de 
l'archipel Dangereux, je fis tenir en travers toute la nuit 
pour ne pas m'expo&er à de nouveaux dangers, et pour 
en bien déterminer la position. 



(9« ) 

Le lendemain 2 octobre, au jour, nous fîmes route au 
sud-sud -ouest pour approcher la terre que nous avions 
vue la veille ; elle était basse, bien garnie d'arbres moins 
élevés que les cocotiers, qui paraissaient en petit nombre. 
A 7 heures 10 minutes, étant nord et sud du monde de 
son extrémité est , une série de hauteurs me donna par 
le chronomètre 147 7 'de longitude occidentale de Paris. 

Nous fîmes route pour la longer à une petite dis- 
tance, toute cette côte du nord paraissant saine; à sept 
heures 20 minutes, on eut connaissance d'une autre île 
dans le ouest-nord-ouest , qui doit être Carlshoff. 

Une seconde série de hauteurs, étant dans le nord du 
inonde de l'extrémité ouest de la première île, donna 
i47°a6' de longitude occidentale, ce qui lui donne une 
étendue de 19 milles dans une direction est et ouest. 
Gomme toutes les îles de cet archipel , elle renferme une 
lagune qui communique avec la mer par des passages 
étroits; elle est dune forme elliptique, paraissant large 
d'environ 10 à 12 milles, vers son centre, dans une 
direction nord et sud. 

A neuf heures, laissé arriver à l'ouest quart sud-ouest; 
à 9 heures 4 5 minutes, la partie la plus nord nous res- 
tait à Test 7 nord du compas et Carlshoff au nord du 
monde. Peu après ce relèvement, nous les avons perdues 
de vue dans le nord-est quart est. Jusqu'à midi, nous 
avons bien estimé le chemin fait, d'après lequel et la la- 
titude observée à raidi , qui a été de 16 13' sud ? la par- 
tie nord de l'île aperçue par nous est par iQ° 3' de lati- 
tude sud. 

La carte dont je me servais était un plan de l'archipel 
des îles Basses, publié en 182G par Arrowsmith. 

L'île Carlshoff m'a semblé être plus sud qu'elle n est 
portée sur ce plan. 



v 99 ) 

La délinéation de la côte occidentale de l'île Wittgen- 
stein ne ni a pas parue correcte : elle prend une direc- 
tion plus sud-ouest que ne le porte le plan. 

Mous passâmes la nuit du 2 au 3 octobre en panne, 
à petite distanceouest de cette île. Le lendemain, au jour, 
bous aperçûmes l'île Greig. A 7 heures 16 minutes, étant 
dans le sud du monde de son extrémité sud-est, une 
série de hauteurs du soleil nous plaça, d'après le 
chronomètre, par 148 45' ouest, 3 à 4 minutes plus 
ouest que sa position sur le plan. Cette différence est la 
même que celle que nous avons trouvée entre la posi- 
tion de Barclay de Tolly et nos observations. 

Nous fîmes route au sud-ouest quart ouest du compas, 
et nous eûmes connaissance de Otahiti le lendemain à 
une heure de 1 après-midi. Nous gouvernâmes à passer 
au nord de cette île ; le soir, tard, nous vîmes la pointe 
Vénus , et tînmes en travers à petite distance de la côte, 
pour attendre le jour, ne pouvant entrer de nuit dans le 
port de Pepeeti, qui est formé par un récif de corail. La 
latitude de ce port est de 17 3i' sud, et il gît dans le 
sud 57°i>uest du compas de la pointe Vénus. Variation 
observée par azimut, 7°3o' nord-est. 

L'île nouvelle que nous avons vue, n'étant portée sur 
aucune carte, peut ne pas être connue en Europe. D'a- 
près ce que j'ai su à Otahiti, les Indiens, qui en ont eu 
connaissance en y faisant la pèche de la nacre, la nom- 
ment Raraka. 

Nota. Pour faire connaître avec plus d'exactitude la 
position de la nouvelle île découverte par le capitaine 
Ireland, nous donnons ici la copie d'une portion de la 
carte des îles Pomotou, dressée en 1824 parle capitaine 
Duperrey. Nous y avons tracé la route de VAdhemar 
d'après un calque du plan de l'archipel des îles Basses , 



( IO ° ) 

publié par Àrrowsmith en 1826, et sur lequel le capi- 
taine Ireland avait marqué sa route. Nous y avons ajouté 
aussi les routes de Billingshausen en 1820 et de Kotze- 
bue en 1824, ainsi que File Carlshoff telle qu'elle était 
placée sur le calque du plan d' Arrowsmith, et comme le 
capitaine Ireland la vue. Krusenstern et Duperrey sup- 
posent que l'île appelée Carlshoff par Roggewein, et si- 
tuée, suivant ce navigateur, à 12 lieues d'Allemagne, 
dans l'est des îles Pernicieuses , est la même que celle 
qui a été vue en 1824 par Kotzebue, par i5* 27' sud et 
i45° 3i' de longitude ouest de Greenwich. Cependant 
File nommée par M. Duperrey île Kotzebue , et qui se 
trouve dans cette position , ne peut pas avoir été aperçue 
par VAdhemar, qui en est passé à 4° milles au moins. Il 
est donc probable que l'île vue par le capitaine Ireland, 
et nommée par lui Carlshoff, est différente de l'île nom- 
mée Kotzebue sur la carte des îles Pomotou. 



Les rapports suivons ont été faits le 20 juillet dernier 
au commissaire de marine de Bayonne par deux capi- 
taines , sur un phénomène qu'ils ont observé en mer 
le 29 juin. 

LeBret, capitaine [du brick t Union , déclare que le 
29 juin i832 , à 1 1 heures du soir, étant à 2 lieues dans 
le sud du feu de Saint-Mathieu, une chose assez surpre- 
nante lui a apparu , quand tout-à-coup il lui a semblé 
être enveloppé dans un gouffre de feu qui lui semblait 
être de toutes couleurs. Cette apparition a duré à-peu-* 
près 2 minutes, qu'il croyait son navire tout en feu. Il 
y avait aussi une fumée très noire, qui avait une mau- 
vaise odeur. 3 ou 4 minutes après , il lui a semblé que 
Ton faisait sur lui une décharge de coups de canons^ 



( H» ) 
A cette époque, le vent était à l'est, le ciel étoile, beau 
temps, faible brise. 

Bayonne, le 20 juillet *83a. 

Signé Le Bret. 



Constant Legrand , capitaine de la goélette le Henry- 
Louis, déclare que, le 29 juin i83a, étant par 49° 10' de 
latitude nord, et par 5° 45' de longitude ouest, les vents 
à l'est, faible brise, beau temps, le ciel serein et étoile, 
les hommes qui étaient de quart sur le pont m'ont dit 
avoir vu comme un ballon de feu qui a tombé dans la 
mer, dans la partie du sud-ouest, et qui a laissé une 
clarté dont le navire semblait tout en feu pendant l'es- 
pace de 2 minutes. 

Bayonne , le 20 juillet x832. 

Signé Legrand. 



QUESTIONS GÉOGRAPHIQUES. 

Empire de Marok. 

Un consul général étranger, membre de la Société de 
Géographie, avait demandé que des instructions lui fus- 
sent soumises dans le but de diriger ses recherches pour 
l'éclaircissement des difficultés ou des incertitudes qui 
forment, quant aux points placés sur sa route vers Ma- 
rok , le desiderata de la science. 

M. d'Avezac , invité par la Commission centrale à pré- 
parer, sous un bref délai , une série de questions appli- 
cables à la contrée que M. Carr allait traverser, remit à 
la Société , dans sa séance du 4 ma * dernier , le mémo- 
randum sommaire que voici : 

« Quel est le nom propre du ruisseau de Fês? Est-il 
encore appelé OuÂd-al-Mafrou$yn ? Le nom de Resalme. 



( ■•») 

on Routine, inscrit sur quelques cartes, n'est-il pas une 
simple corruption de l'indication Râs-al-mâa ou Râs-al- 
tCyn ? 

■ Existe-t-il une ville nommée TâfiUlt? ou bien Tâfi- 
Iclt est-il seulement un canton , et dans ce cas quel est le 
nom propre du chef-lieu? 

■ Quelle est la position où se trouve l'emplacement 
de l'ancienne Segelmêsâ relativement à la ville actuelle 
de Tâfilêlt? 

«Recueillir des itinéraires détailles de toutes les routes 
qui coupent le grand Allas, spécialement de Fès,Marok 
et Taroudânt , à Tâfilêlt, aDara'ah, à Tatta ; de Marok 
aux sources de Molouyah et aux villages Aqssâby-al- 
scherfâ; de Taroudânt à Noun, et de Noun vers l'est et 
vers le sud. 

■ Tous les itinéraires allant au pays de Touât seront 
précieux , de même que ceux allant à Ouarqâlah et à 
Ta/tort. 

■ Multiplier le plus possible les lignes itinéraires, de 
manière à former une sorte de réseau de triangulation. 

■ Recueillir dea indications sur le cours du ruisseau 
appelé Gighou , sur la route de Fit à Tâfilêlt; sur le cours 
général de la rivière de Dara'ah , de celle de Tâfilêlt , de 
celle de Noun; éclaircir la question de leurs communi- 
cations mutuelles. 

a Recueillir des notions précises sur la consistance et 
la situation actuelles de l'état de Sidy Hescham Ehn 
Ahhmed Ebn Mousay, chef réputé indépendant d'une 
partie de la province de Sous-alttqssay. 

- Recueillir des renseignemens sur le nom véritable et 
la généalogie générale des tribus qui habitent Noun et 
le pays voisin au sud, notamment sur les Moslemyn (ou 



J \ 



( io3 ) 

Mosftylamyn?), les gens de Diknah (ou TiknakP), et 
ceux de Modjat, 

« Quel est le nom général et quels sont les noms par- 
ticuliers des tribus qui occupent l'oasis de ToudtP 

«Une tribu du nom de Labos existe-t-elle dans le 
Sâhhel ou le Qeblah? ou bien n'est-ce qu'un nom cor- 
rompu ou défiguré, et dans ce cas quel est le nom vé- 
ritable? 

« Avoir, autant que possible, le soin de faire écrire 
tous les noms propres en caractères arabes , par des per- 
sonnes instruites, et en déterminer la prononciation 
exacte en employant, comparativement pour chaque 
nom, les orthographes anglaise, française, allemande, 
espagnole et italienne. 

« Recueillir, autant que possible, les itinéraires en 
heures de marche, avec indication approximative des 
directions de chaque marche ; les compter au moins en 
quarts de journée d'après la division qui résulte de la 
série des prières légales» » 

Paris, 4 mai i83*. 

*A 

Afrique méridionale. 

La Société des Missions évangéliques de Paris a fait 
remettre à la Société de Géographie une collection de 
cahiers du Journal qu'elle publie mensuellement :* notre 
Bulletin a déjà emprunté à cet intéressant recueil la re- 
lation du voyage du frère Rolland au pays des Baharutti, 
dans l'Afrique méridionale. 

Le président de la Société évangélique , en nous en- 
voyant de nouveaux cahiers, a demandé à la Société de 
Géographie des instructions propres à diriger, dans l'in- 
térêt de la science , les observations des missionnaires 



( *°4 ) 

au milieu des contrées où les conduit la ferveur de leur 
zèle. 

Il sera , en effet, éminemment utile pour l'avancement 
de nos connaissances géographiques sur ces régions pres- 
que inconnues, que ces voyageurs intrépides , tout en ac- 
complissant leur apostolat, réunissent, dans un ordre 
méthodique et continuées lumières que leur fournissent 
leurs propres excursions et les récits des indigènes sur 
la position relative des lieux, sur leurs distances mu- 
tuelles, sur les noms, la situation, la puissance, l'ethno- 
logie des états voisins, en étendant aussi loin que possi- 
ble la limite des informations à recueillir à cet égard de 
la bouche des indigènes. 

Une instruction générale, rédigée de manière à offrir 
aux missionnaires. évangéliques dans le sud de l'Afrique, 
un guide constant, une sorte de manuel où se trouve- 
raient méthodiquement classées les questions de divers 
ordres auxquelles leur position les met à portée, de ré- 
pondre, serait un travail d'un grand intérêt. 

Si nos souvenirs sont exacts, un travail de cette nature 
a été préparé, il y a plusieurs armées,*sur un patron gé- 
néralement applicable à tous les voyages à l'étranger, 
par notre collègue et ami M.Guillaume Barbie du Bocage, 
conservateur du dépôt géographique des Affaires Étran- 
gères. Nous pensons qu'aucun document meilleur en ce 
genre ne pourrait être recommandé au zèle obligeant de 
la Société des Missions évangéliques de Paris, 

Quant à présent, et dans l'espoir que le travail que 
nous venons de citer recevra dans notre Bulletin une 
publicité que réclame l'intérêt de la science, nous nous 
bornerons à réunir ici en deux préceptes généraux tous 
les conseils à adresser aux missionnaires évangéliques de 
l'Afrique australe pour rendre profitables à la géogra- 



( i°5 ) 
phie les excursions et les résidences qui résultent de 
leurs travaux apostoliques : 

i° Relever, dans chaque voyage , les distances consé- 
cutives des diverses stations, soit en heures de marche, 
soit en toute autre mesure connue ou appréciable, avec 
la direction de chaque marche d'après la boussole, ou 
même d après le soleil et les étoiles, à défaut de bous- 
sole , et marquer exactement le nom indigène de chaque 
station. Ces conditions se trouvent remplies dans le jour- 
nal du voyage du frère Rolland chez les Baharutzi. 

2 Interroger les indigènes, dans chaque résidence , 
sur les pays qui* se trouvent au nord, à Test, à l'ouest, au 
sud, ou dans les directions intermédiaires; sur la dis- 
tance de ces pays à 1 égard d'un point connu, sur leur 
étendue, sur leur puissance, sur leurs relations politi- 
ques ou commerciales , sur les autres pays ou peuples 
qui sont au-delà, et ainsi de suite jusqu'aux contrées les 
plus éloignées dont les indigènes aient connaissance. 
C'est dans cette nature d'investigations que Bowdich et 
Lyon ont su trouver des notions géographiques d'un 
grand intérêt. 

Paris, 6 août i83a. 



Détails de V accident arrivé sur les Alpes à M. le colonel 

Buchwalder. 

Le 5 juillet, M. Buchwalder, lieutenant- colonel du 
génie fédéral , et un nommé Gobât , qui l'aidait dans ses 
opérations trigonométriques, étaient au sommet du Sen- 
tis, canton d'Appenzel, lorsqu'à six heures du matin 
éclata un orage épouvantable , accompagné de pluie et 

8 



( *o6) 

de grêle. Un vent impétueux versait sur «ux des torrens 
d'eau; on entendait des niugtssentenS) des craqueraens, 
qui semblaient annoncer que la montagne allait s'écrou- 
ler. Ils tétaient réfugiés sous leur tente, torcqu a dix heu- 
res et un quart la foudre éclata sur leur abri, tua Gobât, 
et patalysa presque la jambe gauche du colonel. 

M. Buchwalder resta sans éprouver aucun sentiment 
de vie pendant trois quarts d'heure. Enfin il réfléchît 
que les douleurs cruelles qu'il éprouvait occasionneraient 
une telle enflure qu'il ne pourrait plus se mouvoir, et 
qu'il périrait fois te de tout secours ; il était à deux lieues 
des chalets les plus rapprochés. Abandonnant à regret 
son coiftpagiftHi , pour 4eque4 il ne pouvait absolument 
*rien faire, après l'avoir toutefois recouvert de toutes 
sels pelisses et couvertures, «et avoir assujéti la tente avec 
'de .grosses pierres , le colonel se mit en marche au jni- 
4ieu de l'oifràgàtt qui persévérait dans «a violence et 
•l'empêchait 'de réconnaître aucune route. Il descendit 
par les plus horribles précipices, pouvant à peine se 
•soutenir sur ses jambes, et atteignit. les chalets à deux 
heures et demie. De là il envoya des secours au mal- 
heureux Gobât, qui était resté mort sur le coup, et 
qu'on apporta à neuf heures du soir. M. Buchwalder fut 
transporté à Saint-Jean (Toggenbourg), d'où il adonné 
de ses nouvelles le 6 juillet. Elles sont heureusement 
rassurantes. 

(Le Temps.) 



( io 7 ) 



FRAGMENT INEDIT SUR LA VILLE DE SMYRNE. 



« 



Suite et fin. (i) 

En 14^4 > le sultan Amurat II chassa Kinéït et nomma 
à sa place, pour gouverner Smyrne, un de ses favoris 
dont le nom n'est pas parvenu jusqu'à nous. Ce fut à ce 
même Amurat II que Smyrne dut le privilège de battre 
monnaie au nom du sultan, privilège qui par la suite 
fut aussi accordé à l'Egypte et à Âridrinople. 

Quelques années plus tard, les Turcs relevèrent' plu- 
sieurs des édifices détruits par Tamerlan, entré autres 
le fort Saint-Pierre qu'on voit encore aujourd'hui: L'autre 
fort, désigné sous le nom de château' tie mer, et situe 
à l'entrée du golfe" près les Fobrtnls, vîs-à-vîs l'ènibbu- 
chùre de VHermus ou Ghédisi, fut construit en 16S6, 
pour servir de défense à la ville après la destruction Se 
la flotte ottomane, dans l'Hellespont, par tes Vénitiens. 
Ce château se nomnîe en turc Sàndjàck-Bôurnou , Bout 
de Pavillon , peut-être à causé du pavillon que les Turcs 
ont l'habitude d*y faire flotter. 

Depuis le règne du sultan Aniurat, Smyrne a toujours 
demeuré au pouvoir des Turcs , sans que sa possession 
ait 1 été disputée par aucune puissance. Cependant, en 
1694 -, le sultan Àhmet ÏI occupant le IrônéJ lés Véni- 
tiens déjà maîtres de Scio et de plusieurs autres îles de 
i'Ardhipel, se présentèrent avec une flotte formidable 
devant Smyrne, et se préparèrent à l'assiéger; mais les 
consuls des puissances européennes résidant dans cette 
ville,' et surtout ceux de France, d'Angleterre et de 

( i ) Voyefc le n° 1 to du Buttetiii. 

8. 



( «">)' 

Smyrne aVaftent fait construire pour défendre cette Tille 
contre les attaques du rebelle Saribéoglûu. 

Dans l'endroit de la ville appelé par les Turcs Namaz- 
ghiabassi à cause des nombreux sépulcres dont il est en- 
vironné, sont amoncelés les débris d'un ancien temple. 
Divers fragmens de marbre d un assez bon travail, et 
cinq hautes colonnes encore debout, attestent la magni- 
ficence de cet antique monument qu'on présume avec 
vraisemblance avoir été l'église de Saint-Jean-Théologue. 

À Epanomakala, haut quartier habité par les Grecs, 
vers l'endroit appelé Croufê Pqnaya (Notre-Dame cachée), 
il existe un immense conduit souterrain qui communi- 
quait jadis avec les arcades qu'on rencontre sur la route 
de Boudgia, lesquelles soutenaient un ancien aqueduc. 

Tout près des Bains de Diane, ou Chalcabo&nar, dans 
la direction des moulins, on voit une grande quantité 
de marbres et quelques colonnes qu'on peut juger avoir 
appartenus à un superbe édifice. C'est de là qu'a été prise, 
pour être transportée dans la mosquée de Bournabat, 
la belle colonne sur laquelle sont gravés des vers grecs 
dont voici la traduction : 

« Je rends grâce au dieu Mélès, mon sauveur, dont la bonté a fait 
cesser l'épidémie et la disette. » 

Le lieu de sépulture : des anciens habitans de Smyrne 
était derrière les murs de la ville, dans l'espace appelé 
en latin Post Muros. En i6î5 , le voyageur Pourneilo dé- 
couvrit un grand nombre d'inscriptions et de pierres tu- 
mulaires dans les environs du village dlssiclar, au-delà 
£u Mélès, Vers la route de Magnésie. 

Des restes des murs du théâtre et des autres antiques 

f 

monumens de Smyrne, on a construit des maisons, des 
bains publics, des khans, entre autres Visir-Khan^ et 
l'ancien Bézestein, qui en 1575 n'était pas encore ter- 



(III ) 

miné. ChanoMer assure qu'à cette époque on voyait en-* 
eore sur l'emplacement du Tri&tœto , ou Troi&^Goins 
d aujourd'hui, des ruines remarquables de l'ancien gym» 
nase, que Strabon çt Pausanias placent effectivement en 
cet endroit. Encore aujourd'hui, on trouve souvent, en 
creusant la terre pour faire de nouvelles constructions, 
des colonnes j des statues, des urnes, des vases, des 
marbres, témoins irrécusables de l'antique splendeur dç 
Smyrne, que Chandler affirme avoir plus contribué 
qu'auoune autre, ville grecque à enriohir les cabinets d'ar- 
chéologie. Aucune autre ville en effet n'a offert plus de 
monnaies, de statues, d'inscriptions que la malheureuse 
Smyrne. 

Malgré tous ses désastres, Smyrne a cependant com- 
mencé à fleurir de nouveau. Un peu plus d'un siècle 
ayant 1 époque actuelle, en jj^Tournefort y comptait 
1 5,ooo habitans ottomans, 10,000 Greos, 1800 Juifs, 
200 Arméniens et autant d'Européens. De nos jours, le 
nombre de ses habitans s'élève à i5o, 000, dont près des 
deux cinquièmes sont des Grecs. La beauté du ciel, la 
douceur du climat de l'ionie, l'abondance et la variété 
desalimens, la liberté des cérémonies religieuses, l'amé- 
nité des mœurs, et enfin un grand commerce, contri- 
buèrent puissamment à augmenter la population de 
Smyrne et à donner une nouvelle étendue à l'industrie. 
On y compte aujourd'hui quatre-vingt-quinze corps de 
métiers, qui pour la plupart sont exercés par des Grecs. 

La moderne Smyrne a la forme d'une ellipse compri- 
mée d'un coté par le golfe et de Vautre par l'irrégularité* 
des sommets du Pagus. Vers sa partie occidentale sont 
les cimetières juifs , et plus loin des collines cultivables, 
ornées de jolies maisons de campagne. En avapcant,dai>s 
là même direction , jusqu'à la distance de cinq milles, on, 



arrive aux célèbres bains d'Agamemnon, si fréquentés 
jadis par les Smyrnéens. Ils sont situés près les ruines 
d'un ancien temple d'Apollon. 

Smyrne n'est éloignée d'Ephèse que de douze lieues 
de France. Alexandre*le-Grand, voulant faciliter les com- 
munications entre ces deux villes , qu'il appelait les yeux 
de l'Asie, ordonna que l'isthme du Chersonèse, qui sé- 
pare leurs golfes, fut creusée; mais les ouvriers chargés 
de cet immense travail ayant rencontré de grands obsta- 
cles, surtout dans les endroits pierreux, durent l'aban- 
donner. On voit encore dans les champs près du chemin 
de Vourla , autrefois Daphnos , ou selon d'autres CHi- 
tryum, les excavations commencées pour opérer la jonc- 
tion des eaux des deux golfes. 

C'est du côté du nord-est qu'est le mont Stpylus, d'où 
l'ancienne Smyrne était appelée Sipyline, nom qu'on 
donnait aussi à la Cybèle honorée par les Smyrnéens et 
les habitans de Magnésie. On lit sur le deuxième marbre 
de Paros un traité passé entre les citoyens de Smyrne et 
de Magnésie, contenant ce serment : « Je jure par Jupi- 
ter, par la Terre, Mars, Bellone, Tauropole et par la 
mer Sipyline». C'est en l'honneur de cette déesse que les 
Smyrnéens avaient frappé une monnaie représentant 
d'un coté une tête de femme surmontée d'une tour, avec 
l'inscription grecque Sipyline, et sur le revers , l'image 
d'un lion portant un tamfrour, avec les mots des Smyr- 
néens ; ces attributs sont ceux de la mère des dieux. 

Smyrne est gouvernée par un Kodjiakian ou gouver- 
neur, et par un Ayan Bachi. Les quatre nations otto- 
mane, juive, arménienne et grecque, ont chacune leurs 
communautés particulières , et toutes ensemble une as- 
sociation appelée Kazan , par l'entremise de laquelle elles 
paient au prorata les taxes imposées par le gouvernement. 



(«3) 

La communauté grecque est composée de cinq démogé- 
rontes et de douze éphores ou Dodécades, qui sont re- 
nouvelés tous les ans. 

Quant aux Européens , ils sont sous la protection im- 
médiate de leurs consuls respectifs. 



NOUVELLES D'EGYPTE. * 



V 

DE L APTITUDE DES ÉGYPTIENS POUR LES ÉTUDES 

SCIENTIFIQUES. 

Extrait d'une lettre à M. le docteur Clôt, directeur de 
l 1 hôpital dAbouzdbel (i) et de F école de médecine f 
et de la réponse de M. Clôt. 

Monsieur, l'instruction médicale, grâces à votre nou- 
vel établissement, paraît destiné à faire de grands progrès, 
et à porter ses fruits en Egypte; je le vois avec d'autant 
plus de plaisir, que ce genre d'instruction est le plus puis- 
sant auxiliaire que la civilisation puisse trouver; par là, 
doivent "prospérer nécessairement l'étude et le goût des 
sciences d'observation. La médecine, dans ses dévelop- 
pemens les plus étendus, les embrasse et les suppose pres- 
que toutes ; et au sort des sciences naturelles est enchaîné 
étroitement celui de toutes les sciences exactes. Si vos 
nombreux élèves, monsieur, font des progrès dans les étu- 
des médicales, et montrent une aptitude véritable, vous 
serez bien aise d'apprendre que leurs compatriotes 
élevés en France, réussissent également bien dans cette 
profession... Je tiens beaucoup à connaître la marche 
ascendante de l'institution d'Abouza'bel, vos moyens 

(f) Village à 5 lieues au nord est du Kaire. 



( "4) 

d'enseignement, et les nouveaux Tésotat» que vous arex 
obtenu*. 

Le Chevkh Refah aura l'honneur de tous remettre, 
h: description de la ville du Kaire, telle qu'elle était au 
commencement du siècle. Je voudrait apprendre si cette 
ville a gagné sous les rapports de l'hygiène, et sous 
les autres rapports de la' topographie civile et médicale. 
Il serait bon de comparer les deux époques, pour plus 
d'un motif. J'ai fait demander plusieurs fois qu'on éta- 
blît dans le Kaire des registres de naissance et de décès. 
J'ignore si cette utile pratique a été enfin adoptée. C'est 
la santé publique, et surtout la science médicale qui pro- 
fiteraient de cette innovation. Vous savez , monsieur, que 
nous avons publié, dans la description de l'Egypte, des 
tables de décès, que l'on doit à M. le docteur Desge net tes ; 
maïs on n'avait pu décider les habitans à déclarer les 
naissances. 

L'émulation n'a pas produit tout de suite son effet 
chez les jeunes gens arrivés d'Egypte ici. Les récom- 
penses éveillaient médiocrement leur attention, et le 
stimulus de l'amour -propre était resté plus faible que 
je ne l'aurais voulu. Je serais curieux de savoir quel est 
à cet égard , monsieur, le résultat de vos propres obser- 
vations. L'apathie orientale est-elle la même dans votre 
école, que dans le reste de la population ? 

Une autre question que je me permettrai de vous 
adresser, est celle de savoir, si, parmi vos bons élèves , 
vous comptez àesOsmanlis; et si ces hommes, en géné- 
ral , font plus ou moins de progrès que les indigènes, 
appelés Arabes communément. Je me suis appliqué ici , 
autant que je l'ai pu, à ce que les individus des deux 

rates fussent traités sur le pied d'une égalité parfaite , 

J. 



( »5) 



• ■ .' 



Réponse, de M., le dçctçur .Clqt, en date d'Jbwia'beiy 

, le 3i mai i82>2. , : 



L'amitié que vous avez pour le Cheykh Refah, 

m'engage à vous en parler avant tout : je le vis au Kaire 
lors de son arrivée, je fus convaincu qu'il avait très 
bien profité du temps qu'il était resté en France , et que 
ce serait un sujet précieux pour rétablissement d'Abou- 
za'bel, d'autant plus qu'il réunit à ses connaissances le 
désir sincère de travailler à la civilisation de son pays , 
et le caractère qui convient à l'enseignement de la jeu- 
nesse ; je m'empressai de le demander au vice-roi qui 
l'attacha de suite à notre école. Je lui ai confié l'instruc- 
tion particulière de quinze de nos meilleurs sujets, que je 
destine à être professeurs de médecine , auxquels il ensei- 
gne le français, les élémens de cosmographie, de géo- 
graphie, d'histoire, de rhétorique, etc. Il est de plus 
chargé de renseignement des mêmes parties à déjeunes 
élèves de l'école préparatoire ; il travaille outre cela à la 
traduction en arabe d'un grand dictionnaire de la langue 
française. Vous voyez, monsieur, que nous avons mis à 
.profit les connaissances de votre élève, de la manière la 
plus convenable (je crois), aux progrès delà civilisation 
de l'Egypte, à laquelle vous vous intéressez si vivement. 

Une chose qui vous intéressera également beaucoup 
est le résultat des examens généraux des élèves de l'école 
de médecine de cette année , qui ont été plus briïlans 
que jamais. Vous en serez convaincu par le proces-ver- 
bal, auquel se trouvent annexés les divers discours qui 
ont été prononcés dans celte occasion, (i) 

(i) Voir le procès-verbal de l'examen des élèves de l'école de mé- 
decine pour l'année scolaire 1247» 5* de la fondation. 



( »6) 

Vous voyez, monsieur, que nous n'avons point limité 
nos élèves aux connaissances qu'ils pouvaient acquérir 
dans l'école ou dans les livres que nous devions tra- 
duire : nous avons songé à leur donner les moyens de 
les étendre et de les perfectionner en leur enseignant la 
langue française. Aujourd'hui nous en avons plusieurs 
qui comprennent parfaitement les ouvrages français et 
qui les traduisent en langue arabe; l'un d'eux a très bien 
traduit un ouvrage fort difficile, qui est la Physiologie 
de M. Magendie. 

Ayant d'abord paré aux premiers besoins, nous avons 
songé à préparer une génération d'élèves mieux instruits, 
et mieux disposés à l'étude des sciences. C'est la forma- 
tion de ce que j'ai appelé école préparatoire. Ce sont cent 
jeunes gens de lage de dix à quatorze ans, que l'on ap- 
pliquera pendant trois ans à 1 étude des. sciences élémen- 
taires d'arithmétique, de géométrie, de cosmographie, 
de géographie, d'histoire, de langue française, etc. etc. 
C'est le Cheykh Befah, comme je vous l'ai déjà dit, qui 
est spécialement chargé de la direction de ces études ; 
par ce moyen , les élèves arriveront tout préparés aux 
études médicales, ce qui nous fournira sans doute un 
plus grand nombre de bons sujets. 

Après vous avoir parlé de nous , je vais tâcher de 
répondre de mon mieux aux autres questions que vous 
me faites. 

* f 

Vous desirez savoir s'il a été établi au Kaire des 
registres de naissance et de décès. Jusqu'à présent , rien 
n'a été fait à cet égard : je doute même qu'on y par- 
vienne de long-temps , surtout pour les naissances. 
Quant aux tables de mortalité, j'ai fait copier et traduire 
les tableaux de M. Desgenettes, et les ai remis moi-même 
au divan du Kaire, à l'époque du choléra; ils ont été 



-A 



(»7) 
mis en» usage pendant ce temps, et je ne crois pas que 
Ton ait continué à s'en servir. 

Tous les élèves que nous [avons sont Arabes, et 
généralement pris parmi les jeunes gens élevés dans les 
mosquées, surtout dans la grande mosquée Al-azhar, 
parce que c'est là que Von trouve les sujets les plus let- 
trés, condition sans laquelle on ne peut être admis dans 
notre école.. Quant à leur caractère, ils se ressentent 
tous de l'apatbie des habitans du pays. Us ne sont pas 
sans amour-propre, mais il a besoin d'être stimulé, aussi 
j'ai mis tout en œuvre pour y parvenir. C'est pourquoi 
j'ai établi des classes, des sections, subdivisions et es- 
couades, ce qui a multiplié le nombre des élèves gradués, 
et pour les grades de sous-aides, d'aides, etc., j'ai fait 
donner des insignes. Tout cela excite et entretient parmi 
eux l'émulation et 1 amour-propre, à tel point qu'aujour- 
d'hui^ ne pas obtenir de l'avancement dans un concours 
est une humiliation tellement grande, que, cette année, 
un jeune docteur de la première classe, qui n'a pu obte- 
nir le grade de sous-aide, s'est écrié qu'il préférait la 
mort à cette honte, et a demandé avec instance à sortir 
de l'école, ce qui lui a été accordé, mais avec le grade 
de sous -aide, dans un régiment. Ceux qui sont couronnés 
sont transportés de la joie la plus vive, et sont couverts 
des embrassemçns et des applaudissemens de tous leurs 
camarades, ce qui présente le spectacle le plus attendris- 
sant. J'ai eu soin d'exalter cet enthousiasme par l'effet 
de la musique militaire. 

Les Arabes ont. beaucoup d'aptitude pour l'étude des 
sciences: ils sont .doués d'une excellente mémoire, de 
beaucoup d'imagination ; mais ils se laissent facilement 
aller à la négligence, et oublient proraptement ce qui 
leur a été enseigné. Quoi qu'il en soit, c'est un peuple 



( I2 ° ) 



TROISIEME SECTION 



ACTES DE LA SOCIETE. 
: PROCBS-YBBBAtrx DES SEANCES. 

Séance du 3 août i832. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

Madame veuve Brué écrit à la Société pour la re- 
mercier de l'intérêt quelle veut bien lui témoigner et 
de la démarche bienveillante faite près d'elle par deux 
de ses membres : elle réclame le secours de ses lumières 
pour la publication des travaux laissés inachevés par 
feu M. Brué, qui se trouvent encore entre les mains 
-des artistes. 

M. le ministre de la marine informe la Société qu'il 
•vient d'autoriser son département à souscrire pour six 
-exemplaires de la collection de son Bulletin et de son 
Tecueil de Mémoires. 

La commission centrale décide qu'il sera écrit à M. le 
comte eteRigny pour le remercier du nouvel encoura- 
gement qu'il veut bien accorder à ses travaux. 

La Société royale asiatique de la Grande-Bretagne 
adresse la première partie du tome III de ses Transac- 
tions. Remercîmens. 

M. Grand-Pierre , directeur de la Société des missions 
•évangéliques, remercie la Société de l'envoi de là col- 
lection dé son Bulletin; il appelle l'attention de ses 
membres sur le récit de quelques voyages de décou- 
vertes entrepris par les missionnaires de cette associa- 



( w ) 

tion, et demande les instructions de la Société pour 
trois nouveaux missionnaires qui doivent partir inces- 
.saqnnent pour visiter les tribus de Bechuanasqui habitent 
4a cowtrée au-delà de Lattakou, pays presque enjière- 
«ment inexploré. 

M. Peyré, juge an tribunal civil de Villefraéebe 
écrit à M. Joraard pour lad annoncer l'envoi d'une bro- 
chure «fu il vient de publier sur la civilisation de l'Afrique 
centrale. :Sa lettre renferme des considérations à l'appui 
<de Vidée qu'il propose, et il prie la Société de la prendre 
sous son patronage. — Renvoi de la lettre et de Ja bro» 
chure an comité du Bulletin. 

M. îomard communique des nouvelles de l'arrivée 
des élèves Egyptiens instruits en France et l'entrait d'une 
lettre de M. le docteur Clôt, directeur de l'hôpital d'Abolir 
za'bel, en réponse à plusieurs questions sur la statisti- 
que <de la ville du Kaire et sur 'les facultés comparées 
des Arabes et desOsmanlis. Renvoi aucomite du Bulletin. 
•(Voir page iiî.) 

M. ie capitaine id'Urville demande la papale pour aja~ 
«lancer à -ses collègues qu'il 'rient dé recevoir d'un de 
ses amis, M. Cunninghaiin, botaniste distingué, quia 
-résidé dix années à Port Jackson, une lettre de Londres 
<*>àiHiâ lait part de .ses travaux. Entre autres, M. Gu»r 
mngham annoncé à M. dUrville qu'il a terminé [iua 
«mémoire important, aocompagné d'une carte sur lespwr 
grès de la géographie dans l'insbérienr .de l'Australie,, 
travail qui paraîtra incessamment dan6 le second volume 
des A$émoires de la Société ée géographie de Londres. 
M. CutMiingkamf en ayant promis: un exemplaire À 
M. d'Urvîtte, eelukâ se fan un vértable plaisir iffen 
rendre compte à la commission centrale. 

9 




C »« ) 

Séance du ly août i832. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopte. 

M. le capitaine d'Urville dépose sur le bureau l'intro- 
duction de l'atlas de la campagne de V Astrolabe, ainsi 
que le tableau des positions géographiques des stations 
principales déterminées pendant ce voyage. 

M. Bianchi adresse à la Société plusieurs numéros du 
journal de Smyrne , du Moniteur ottoman et du journal 
du Kaire, et appelle son attention sur quelques articles 
insérés dans ces journaux. 

M. Albert-Morîtémont lit pour M. Warden une notice 
sur le récit d'une navigation dans les eaux de là Colom- 
bie et d'un séjour de six années sûr le versant occidental 
des montagnes Rocheuses, au milieu de tribus indiennes , 
inconnues jusqu'à ce jour, avec des détails sur un voyage 
à travers le continent américain , par Ross Cox. 

Renvoi au comité du Bulletin. 

M. Roux de Rochelle entre dans quelques dévelop- 
pemens sur les motifs qui doivent augmenter? pour les 
État-Unis, l'intérêt d'une description des rives de la 
Golumbia. Ce territoire, quoique séparé des états de 
l'Union par les montagnes Rocheuses et par de nom- 
breuses tribus indiennes , sera d'abord lié par différentes 
routes aux autres parties de là confédération ; et l'affai- 
blissement progressif des nations sauvages 'fait prévoir 
que ces pays seront un jour contigus. 

Dans les relations maritimes des États-Unis, ce terri- 
toire doit acquérir la même importance : ses rivages de- 
viennent des points de relâche pour les navires améri- 
cains qui fréquentent la mer Pacifique et qui s'élèvent 
vers le nord. 

Astoria, premier établissement formé sur les rives de 



( "3 ) 
Ja Golunibia , doit sa fondation à l'un des plus honora- 
bles négocians de l'état de New-York. Créer une cité de- 
vient un titre d'illustration , un bienfait, dans un pays qui 
peut recevoir une population si nombreuse, et il est sans 
doute glorieux pour M. Astor d'avoir attaché son nom 
au berceau d'une ville destinée à devenir un jour le centre 
du commerce le plus étendu. 

M. d'Aussy communique l'extrait d'un rapport de 
M. le capitaine Ireland , commandant le brick X Adhemar, 
sur la découverte d'une île nouvelle appelée Raraka, Il 
joint à cette note la copie d'une portion de la carte des 
îles Pomotqu, par M. le capitaine Duperrey, sur laquelle 
il a tracé la route de Y Adhemar. 

Le même membre communique les rapports faits au 
commissaire de marine de Bayonne, par les capitaines 
Le Bret et Legrand , sur un phénomène météorologique 
qu'ils ont observé en mer le 29 juin. 

Renvoi de ces deux pièces au comité du Bulletin 
(voir page 97). 

MEMBRES ADMIS DANS LA SOCIETE. 

Séance du 17 août. 

M. le comte Anatole de Montesquiou, chevalier 
d'honneur de la reine. 
M. le comte Alfred de Montesquiou. 



ouvrages offerts a la société. 

Séance du 3 août. 

Par la Société royale asiatique de Londres : Transac- 
tions philosophiques de cette Société , vol. 111, première 
partie* 



( «4 ) 

- . JP*r J\L Vaader Maelen : 27, a8, 29 et 3o° livraisons 
dje $OP ^*/<aw *fe r Europe. 

Par M. Delacroix : Considérations sur le projet d'une 
distribution générale d'eau dans Paris. 1 vol. in-8°. 

Par M. Gide : Nouvelles Annales des voyages , cahier 
4e juillet. 

Par M. le directeur : Cahier d'août du Mémorial en- 
cy/clopédique. 

Séance du 17 août. 

Par M. d'Urville : Introduction à l'atlas hydrographique 
et tdbleau des positions géographiques des stations prin- 
cipales observées pendant le voyage de l'Astrolabe. Grand 
în- folio. 

Par MM. Tapie père et fils : 20 e livraison de letrr At- 
las universel. 

Par la Société de géologie : Feuilles 22 , 23 et 24 de 
son Bulletin. 

Par M. Bajot : Annales maritimes et coloniales , cfthigr 
de juillet. 

Par M. 4e Fçrussac : Bulletin des sciences géographi- 
ques, cahier de décembre i83i. 

. Par la Société des Missions Évangéliques : Cahier 
d'août de son Journal. 

Par les directeurs : Plusieurs numéros du Moniteur 
Ottoman, du Journal de Smyrne , du Journal du Kaire 
et du Miroir grec. 



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BULLETIN 



DE LA 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE 



N° 113. SEPTEMBRE l83a. 



PREMIERE SECTION. 



MEMOIRES, EXTRAITS, ANALYSES ET RAPPORTS. 



ITflràRAIIlB DE SEWAS A ALEP. 
■ (Deuxième article.) 

De Sewas à Oukztch, 6 lieues. 

Sewas ou Siwas, '-> anciennement Sebaste, chef -lieu 
d'un 'pachalik, conserve encore aujourd'hui quelques 
restes de son ancienne>splendéur. En y arrivant, le voya- 
geur est d'abord frappé, du haut des montagnes qui 
l'entourent, de la beauté de son sol dont la fécondité 
offre à ses yeux un tableau vraiment ravissant. LeKizil- 
Irmak ou rivière Rouge, ainsi nommé par les Orientaux 
à, cause de la couleur roussâtre que ses eaux contractent 
à la fonte des J*eiges, et dont la source est à Zaraç 

10 



( ia6 ) 

douze lieues plus haut, arrose la superbe plaine qui 
peut avoir trois ou quatre lieues détendue, où cette 
ville est située. Rien n'est plus imposant ni plus flatteur 
à la vue que la variété de ses sites. 

Une fois que la fonte des neiges a cessé, les eaux du 
KiziUrmak se déchargent des parties argileuses dont 
elles s'imprègnent, et se clarifient à mesure qu'on avance 
dans la belle saison ; ce sont alors lesr meilleures et les 
plus saines peut-être qu'on boive dans l'Asie» Après avoir 
arrosé la plaine deSewas, elles traversent une bonne 
partie de la Natolie, et se déchargent ensuite dans la mer 
Noire. 

Sewas est peut-être de tous les pays de Constanti- 
nople à Alep, celui dont la température est telle, qu'en 
exceptant le blé que son sol fournît abondamment, on 
n'y trouve ni fruits ni légumes, qu'il tire de Tokat , dix- 
huit lieues au-dessus. Pour se garantir du froid , les ha- 
bitans prennent quelquefois la fournir* aU mois daoât, 
et ils sont forcés , pour s'en préserver pendant l'hiver, 
de bâtir leurs maisons avec d'épaisses murailles de trois 
ou quatre pieds d'une terre argileuse cuite au soleil. 

En parlant de Sewas pour se rendre à Alep, on se di- 
rige vers Test, çt, à une lieue de distance, on traverse 
à gué le Kizil-Irmak. Cette rivière coule au pied- d'une 
chaîne de hautes collines qu'il faut franchir pour arriver 
à Oulatchy petit village habité par des chrétiens à six 
lieues de Sewas , et situé dans une plaine; asses bien cul» 
tivée. 

D'Oulatchà Kazi-Maghara 9 5 lieues. 

Le lendemain on part d'Oulateh : on fait cinq* lieues,, 
et., après avoir gravi plusieurs monticules» usiez, élevés , 
a» descend par un chemin très rapide, et on. arrive: à 

4' t 



( "7 ) 
Kazi*Maghara, autre village de chrétiens situé au bas 
d'une haute colline de forme conique, d'où l'on aper- 
çoit à perte de vue une plaine inculte. 

De Kazi-Maghara à Khourmarli, 6 lieues. 

De Kazi-Maghara on arrive après six lieues de marche 
à Khourmarli, où l'on campe en rase campagne , près 
d une source d eau délicieuse. 

De Khourbiarli à Mandjellk , trois lieues. 

De Khourmarli , traversant toujours cette vaste plaine, 
on aboutit à Mandjelik , trois lieues distant de ce gîte , 
où on campe également au-delà d'un pont bâti sur la pe- 
tite rivière de Kazi-ToiUmak^ près d'une source dont 
l'eau est délicieuse , et d'où il faut faire encore huit lieues 
pour arriver à Gurun. 

De Mandjelik à Gurun, 8 lieues* 

On est tout étonné y après avoir parcouru sur cette 
plaine un espace de dix-sept à dix-huit lieues, de des- 
cendre par d'affreux précipices et une pente excessive- 
ment rapide, un vallon fort étroit, au fond duquel se 
trouve situé Gurun, 

La ville de Gurun est bâtie sur le penchant de deux 
hautes montagnes > et serrée par un large vallon où 
coule 1er Gtiyedely, rivière asse? considérable dont les 
eaux, plus limpides que le cristal , fertilisent une su- 
perbe prairie ornée de beaux arbres, sous lesquels on 
campe en été, et où le voyageur, en se délassant, con- 
temple avec admiration la sombre nature des haute* 
montagnes qtti l'environnent* 

La première dmskm da G«run, exposée au midi, 
comprend la partie que les habttafts oeeupeqt en hiveir, 

io. 



( ia8 ) 

et qu'ils quittent ensuite dans les fortes chaleurs pour 
venir habiter celle qui est située au nord. L'une et 
l'autre, quoique assez mal bâties, ne laissent point de 
flatter la vue et de mériter l'attention des voyageurs. 

De Gurun à Tchag-laghan , huit lieues. 

Pour se rendre de Gurun à Tchag-laghan, gros vil- 
lage situé sur les bords d'un ruisseau provenant du 
Djihari'lrmak à huit lieues distant, il faut d'abord tra- 
verser le Guyedely sur un pont de bois, et s'enfoncer 
insensiblement dans une étroite gorge de six lieues que 
deux hautes montagnes dominent et resserrent tellement, 
qu'à peine peut-on en plein midi apercevoir les rayons 
du soleil. Le chemin rocailleux, les montées et les des- 
centes qu'il faut sans cesse faire, jointes à l'aspect sombre * 
et monotone des sites , attristent et fatiguent le voyageur. 

De Tchag-laghan a Albistan, 5 lieues. 

' L'impatience égale le désir que l'on a de sortir un 
instant plus tôt de ce gouffre affreux \ mais combien les 
regards ne sont- ils point agréablement flattés, lorsque 
d'une certaine hauteur ils aperçoivent l'espace de sept 
lieues qu'il y a encore à franchir pour arriver à Albistan. 
Pour se faire une juste idée du superbe paysage que re- 
présente la plaine où cette ville est placée, il faut se 
figurer un tableau sorti des mains du plus habile dessi- 
nateur dans l'art de peindre la nature. 

Aucune partie de l'Asie, si l'on en excepte Boly y 
n'offre peut-être un aspect plus riant : arbres de haute 
futaie, champs labourés, jardins et prairies, tout con- 
court à-la-fois à rendre cette contrée un lieu de délices 
au voyageur, qui ne semble en regretter le séjour en- 
chanteur que parce qu'il pressent déjà les dangers , les 



( ia 9 7 
dégoûts sans nombre, et les obstacles qu'il devra sur- 
monter sur la route qu'il lui reste encore à faire. 
' Avant d'arriver à Albistan, qui contient huit à neuf 
mille âmes la plupart Kurdes, on traverse, sur un beau 
pont de pierre, le Djihan-Irmak , rivière assez considé- 
rable dont la source est à quelques lieues au-delà ; et, 
après avoir arrosé la plaine d'Albistan, elle parcourt les 
sinuosités des hautes montagnes du Taurus, d'où elle 
va se jeter dans le golfe d'Alexandrette, près d'Agusse. 
En partant d'Albistan et se dirigeant vers le sud-est, 
on laissé la plaine, et on commence dès-lors à gravir de 
montagnes en montagnes jusqu'à Manzch. 

D'Albistan à Djéley r 3 lieues. 

La première couchée est à trois lieues distante d'Al- 
bistan au village de Djéley, peuple de chrétiens. gémis- 
sant sous le joug tyrannique des Kurdes , qui en infes- 
tent continuellement le territoire. Rien au monde n'est 
si beau ni plus riant que la perspective des vallons que 
l'on découvre du haut de la colline où est adossé le vil- 
lage , et sur le vaste plateau de laquelle les caravanes 
campent ordinairement. Par sa position, ce lieu domine 
pour ainsi dire les plus hautes montagnes , qui, chacune 
en particulier, offrent à l'admirateur de la nature de 
nouveaux charmes. Qui croirait jamais que des. lieux 
aussi pittoresques, et où la sécurité la plus parfaite de- 
vrait régner, soient un repaire de voleurs Kurdes, les- 
quels mettent à contribution les caravanes et dépouil- 
lent celles qui refusent de leur payer un droit de transit 
qu'ils exigent à main armée ? 

De Djéley à Itch-Ogloumm-Khaneh, 3 lieues. 

De Djéley on continue la route par des chemins qui, 
quoique dominés par des montagnes et entourés de pré- 



( i3o ) 

cipices, ne laissent pas néanmoins d'être assez beaux ei 
agréables. On arrive, après avoir gravi un certain temps 
par un sentier fort étroit bordé d arbrisseaux, de chênes 
et de broussailles , à ItchrQglounun-Khanèh, distant de 
cinq lieues. On y trouve un gîte qui est aussi sauvage 
que le précédent est agréable et champêtre. Il est situé 
parmi de hautes montagnes couvertes de broussailles 
épaisses. Une fois que Ton est entré dans cette gorge 
étroite et tortueuse, le voyageur ne sait plus comment 
en sortir. Les caravanes aiment cet endroit à cause d'une 
source d eau délicieuse, fraîche et limpide, qui jaillit du 
pied de la plus haute montagne des environs. 

De Itch-Oglounun^Khanèh à Hadji-lsTndiUAgha y 
5 lieues. 

De Hitch-Oglounun-Khanèh l'on continue toujours à 
gravir sans presque descendre. Le chemin est beau, large 
et bien battu ; on rencontre par intervalle d'immenses 
coteaux bordés de vignes, où Von aperçoit quelques ma- 
sures éparses situées sur le penchant de ces montagnes, 
et qui servent d'abri aux cultivateurs. Le raisin y est ex- 
cellent, et les propriétaires de ces vignes, turcs de reli- 
gion, dont l'hospitalité est sans exemple, émus à la vue 
d'un voyageur accablé de fatigue et de soif, leur distri- 
buent gratuitement des fruits de leurs pénibles travaux. 

Avant d'arriver à Hadji-Ismaïl-Agha, il faut descendre 
par un beau chemin battu dont la pente est extrême- 
ment rapide, bordé des deux cotés de pistachiers sau- 
vages. Le Djihan-Irmak , rivière dont on a déjà fait men- 
tion, se découvre de très loin roulant au fond d'un large 
vallon. Son aspect imposant, joint au mugissement de 
ses eaux et à l'aspérité des lieux , saisit d abord le voya- 
geur; mais à peine campé sur les bords, il contemple 



( .3. ) 

avec admiration la cime des montagnes qui l'entourent 
couronnées de sapins. 

Quoique les gorges de ces montagnes, que l'on con- 
sidère comme branches du Tau rus, soient propres à ser- 
vir de repaire aux voleurs, on les traverse cependant en 
toute sûreté. Un chrétien arménien nommé Zéïtoun, qui 
prend le titre de Déré Bey (prince des vallons) ,y main- 
tient le bon ordre. Il commande en maître absolu et est 
inaccessible à l'avidité des Turcs, qui ont souvent tenté 
de le détruire. 

De Hadji-hmeïl à j4hour*Dagheu , 8 lieues. 

En partant de Hadji-Isroaïl, on se dirige toujours vers 
l'est, longeant le Djilian-Irmak , dont le cours est si res- 
serré et si rapide, qu'on le prendrait plutôt pour un 
torrent que pour une grande rivière. Du haut de ces 
montagnes qu'il faut continuellement gravir, le voya- 
geur est effrayé de l'espèce d'antre qu'il aperçoit; il 
tremble en songeant qu'il doit franchir cet espace dan- 
gereux. Rien dans la nature n'offre en effet un spectacle 
plus effrayant que les précipices qu'il voit sous ses pieds, 
et les défilés où dix hommes pourraient disputer le pas- 
sage à une troupe nombreuse d'ennemis : aussi les Orien- 
taux appellentrils le chemin de ces défilés C/Uïtan-Yollou 
(chemin du diable). Tout le monde met pied à terre et 
marche pendant cinq lieues. Si quelqu'un était assez té- 
méraire pour demeurer à cheval, il serait exposé à de 
grands dangers ; car, que l'on se figure un glacis de ro- 
ches vives de trois ou quatre pieds environ de largeur, 
dominé à gauche par des montagnes taillées à pic; à 
droite est un précipice de trois cents pieds de profon- 
deur, au bas duquel coule le Djihan-lrmak , l'on aura 
pour lors une idée précise du danger que l'on rencontre 
pendant ce rude et pénible trajet. 



( i3a ) 

Harassé de fatigue» les pieds et les jambes meurtri», 
on arrive à Ahour-Dagheu, situé sur une petite plaine 
assez riante, couverte d arbres et de gazons. On campe 
en rase campagne sur les bords du Djihan>Irmnk , où les 
eaux, étant moins resserrées, coulent assez paisiblement. 
C'est en cet endroit que se termine le département où 
commande Zéïloun; aussi y est-on quelquefois inquiété 
par de petites bandes de voleurs. 

D % Ahour-Ùagheu a Marack, 6 lieues. 

D'Ahqur-Dagheu, longeant toujours versl'est \eDfihanr 
Irmak, on gravit légèrement et Ton se trouve subite- 
ment rendu sur le plateau d'une des plus hautes monta- 
gnes de l'Asie mineure* aux pieds de laquelle est placée 
la ville de Maraeh, que Ton aperçoit au-dessous à plus 
de deux lieues, située au commencement d'une superbe 
plaine bien cultivée , qui peut avoir cinq à six lieues d'é- 
tendue* Vers le sud-ouest, on voit la longue et haute 
chaîne du Kouly-Dagheu (moptagnedu Sang, qui borde 
la côte de Caramanie). Les Orientaux lui donnent cette 
dénomination à cause des fréquens meurtres que les 
Kurdes y commettent. 

Ce n'est pas sans peine qu'on parvient, d'une si pro- 
digieuse hauteur, à atteindre Marachj chef-lieu d'un pa- 
chalik. Quoique le chemin soit large et bien battu, il a 
néanmoins une pente si rapide qu'il est difficile de se te* 
nir à cheval. Les voyageurs, qui, par précaution, mettent 
pied à terre, glissent souvent et sont entraînés malgré eux 
jusqu'à une certaine distance ; mais il n*' y a pas d'exemple 
que des voyageurs soient tombés dans l'affreux préci- 
pice qui borde la partie gauche du chemin , parce qu'il 
est large et commode. 

Arrivé à Marach , on est frappé de l'abondance qui 






( «33) 

règne dans les marchés de cette petite ville, fournis 
d'une prodigieuse quantité de blé, délégumes, de fruits 
et de raisin entre autres, dont le goût excelle celui des 
autres parties de l'Asie. 

Là population de Marach n'excëde guère celle de dix 
à onze mille âmes, tandis qu'à proportion de son éten- 
due, elle pourrait en contenir le double peut-être; mais 
la mutinerie de ses habitans les force d'abandonner le 
beau sol qtri les a tu naître pouT éviter les châtimens 
des gouverneurs , et vont s'enrôler dans les régimens de 
cavalerie connus en Orient sous le nom de Diletyou Defy 
(fou), espèce de hussard portant un long bonnet noir 
cylindrique de peau d'agneau d'Astrakan. 

Le Djikctn-Irmak traverse la ville et la divise au centre 
en deux portions égales que l'on traverse sur deux jolis 
ponts, l'un de bois et l'autre solidement bâti en pierres. 

De Marach a Kqrot-Kaujou, y lieues. 

En sortant de Marach, on parcourt pendant un es- 
pace de six lieues une vaste plaine oà, comme on l'a déjà 
fait remarquer, la nature n'a point épargné ses dons; 
on traverse ensuite pendant une lieue des collines ro- 
cailleuses couvertes d'arbrisseaux de chêne et de brous- 
sailles épineuses qui fatiguent le voyageur, et on arrive 
à Korot-Kouyou (puits noir), endroit fort sauvage, qui 
prend son nom d'un grand puits dont l'eau est délicieuse. 
Plusieurs misérables cabanes éparses l'entourent, habi- 
tées par des paysans dont la pauvreté n'atteste que trop 
les fréquentes excursions des Kurdes. 

De Korot-Kouyou a Aïntab 7 8 lieues. 

Quoique le chemin soit beau et la pente des collines 
assez douce,' cependant le voyageur tremble quelque* 



( «34 ) 

fois à l'aspect des nombreux glacis de roches vives qu'il 
rencontre sur son passage. Cette route est d'ailleurs si 
étroite dans certains endroits , et tellement incommode 
dans d'autres, que, si on ne fait attention, on court 
risque de se froisser les jambes contre les chênes épais 
et fourrés qui bordent le chemin. 

La ville de Aïntab est dominée par fin château, et si- 
tuée sur une petite plaine dont le terrein inégal est en- 
touré de collines gypseuses. Elle contient environ de 
vingt-cinq à trente mille âmes. Ses marchés, aussi beaux 
que ceux d'Alep , abondent en tous genres de fruits et 
de comestibles que l'on vend à un prix très modique. 
Tout annonce que son commerce a dû être jadis très 
florissant; mais elle se ressent aujourd'hui des fréquentes 
querelles intestines qui ont encore lieu maintenant par- 
mi ses habitans. Aïntab renferme de belles mosquées et 
d'autres édifices publics assez remarquables , de beaux 
jardins bien cultivés et fertilisés par diverses sources 
qui jaillissent des montagnes voisines. Le Sadjour tra- 
verse cette ville, et le Koïk, petite rivière qui coule à 
peu de dis tance, vient sillonner à travers les jardins d'Alep» 

De Aïntab a Toumba , 5 lieues. 

De Aïntab pour se rendre à Alep , on couche la pre- 
mière Journée à Toumba, distant de cinq lieues , et on 
campe en rase compagne, au pied d'une haute colline de 
forme conique, sur la cime de laquelle on place ordi- 
nairement une vedette pour annoncer l'approche des 
Kurdes qui infestent cette route, et qui, lorsqu'ils sont 
ou qu'ils se croient être les plus forts, détroussent impi- 
toyablement les caravanes et les voyageurs. 

Lie chemin d' Aïntab est aussi inégal que celui de 
KarOhKougesy à la différence près que celui-ci est plus 



(i35) 

beau et plus commode. La Taste plaine qui se prolonge 
du côté d' Alep à vingt-cinq lieues serait des plus fertiles 
si elle était cultivée, mais on ne peut que gémir lors* 
qu'on songe que cette superbe plaine, jadis si fertile, 
manque aujourd'hui de cultivateurs. Couverte ancienne- 
ment de nombreux villages , on ne rencontre plus en ce 
moment que ruines. Les malheureux cultivateurs, con- 
tinuellement exposés au pillage des Kurdes, et opprimés 
par l'insatiable avidité de leurs agas, ont abandonné 
leurs foyers pour venir chercher dans les villes circon 
voisines leur sûreté et embrasser d'autres professions. 

De Toumba à Ahktarin, 8 lieues. 

De Toumba , on fait encore huit lieues et on arrive à 
Ahktarin , grand village à dix lieues d'Àlep , à cinq cents 
pas duquel on campe, près d'un moulin bâti sur le Koïk, 
petite rivière qui prend sa source au-dessus de Aïntab, 
et vient ensuite se perdre à Meth , quatre lieues plus bas 
qu'Alep, dans une profonde excavation de terre. 

D* Ahktarin à Alep, 12 lieues, 

La journée d* Ahktarin à Alep est plus pénible que les 
précédentes , en ce qu'elle est d'abord plus forte, et qu'il 
faut faire une bonne partie de la route sur un terrein 
rocailleux ; mais en revanche, on est bien agréablement 
dédommagé lorsqu'une fois on atteint Haiïan, village 
abandonné, à trois lieues au-dessus d'Alep, et dont la 
position est vraiment pittoresque. C'est de cet endroit 
qu'on commence à découvrir les nombreux et superbes 
jardins qui environnent cette ville, et qui, sans trop 
exagérer, sont les plus beaux que l'on rencontre dans 
l'empire ottoman. Ils méritent l'attention du voyageur, 
et on pourrait ajouter qu'ils sont dignes de tenir un rang 



( i36 ) . 

distingué parmi les jardins d'Europe , où assurément l'art 
brille plus que la séduisante beauté de la nature. 

JV. B. On observera ici qu'il a été impossible au rédacteur de cet 
itinéraire de déterminer au juste la direction des différentes routes, 
la position des montagnes et le cours des rivières , parce que n'ayant 
à sa portée , lorsqu'il entreprit ce Toyage , ni boussole ni cartes de 
géographie propres à le seconder dans ses recherches, il s'est essen- 
tiellement attaché à la relation succincte et topograpl^que des lieur, 
afin de les reconnaître un jour. 

ITINÉRAIRE DE KAÏSSERY A ALEP. 

Pour se rendre de Kaïssery à Alep, on suit ordinai- 
rement la même route de Gurun à cette dernière ville ; 
on compte donc, en partant de Kaïssery, huit lieues de 
marche pour se rendre à Sultan-Hani y où se fait la pre- 
mière couchée. 

De Sultan-Hani à Guèmerék, il y en a cinq autres. 

De Guèmerék , on continue toujours sa route sur une 
plaine magnifique qu'on ne quitte point du lieu de dé- 
part à Gurun, et on se trouve rendu à Ebessfa six lieues 
de la troisième couchée. 

D'Ebessy, on fait encore huit lieues, et on vient ram- 
per à Kara-Bounar, d où Ton compte encore huit lieues 
pour arriver à Gurun. 

N. B, Ainsi qu'on l'a déjà fait remarquer ci-dessus, la route de 
Kaïssery à Gurun se fait à travers une immense et magnifique plaine 
de trente-cinq lieues d'étendue ; elle est des mieux cultivées. De toutes 
parts on n'aperçoit que des villages dont les habitans chaque année 
s'enrichissent des abondantes moissons que son sol leur procure.. 



(i3 7 ) 



Résumé des distances. 



Ds Sewas 

à Oulatcli. 6 lieues. 

Kazy-Maghara. . . 5 

Khourmarli 6 

Mandjelik 3 

Guron 8 



a8 lieues. 
Ds GuRUif 

à Tchag-Iaghan. ... 8 

. Albiatan .... .5 

Djéley ... 3 

Itch - Oglounun- 

Khanèh 3 

i i 

Hadji-Tsmaïl-Agha. 5 

Ahour-Dagheu. ... 8 

Marach, '.'. £ 

Korot-Koyou .... 5 

Aïntab • . . . r 8 

* 

Toumba ........ 5 

Ahktarin .8 

Àlep xa 



De Kaïssbhy 
à Sultan-Hani. . 

Guèmerék. . . 

Elbessy 

KaraBounar 

Gurun 



8 lieues. 

S 

6 

8 

8 

35 lieues. 



78 



106 lieues. 



xx3 lieues 



( «38) 



Récit d'une navigation dans les eaux de la Colombie 
et d'un séjour de six années sur le versant occidental 
des montagnes Rocheuses, au milieu de tribus indiennes 
inconnues jusqu à ce jour, avec des détails sur un voyage 
à travers le continent américain; par Ross Cox. — 
a vol. in-8°. Londres, i83i. (i) 



En vertu à une charte donnée en 1670 par Charles II, 
la compagnie de la baie d'Hudson eut le privilège ex- 
clusif d'établir des comptoirs dans celte baie et ses af- 
fluens. En 1770, Hearne fut chargé d'explorer l'inté- 
rieur du pays baigné par l'océan Arctique ; mais avant 
cette époque, des marchands canadiens avaient pénétré 
bien au-delà du lac supérieur et formé divers établisse- 
mens, tels que le fort Dauphin, le fort Bourbon j etc. La 
conquête du Canada ouvrit à la compagnie de 1» baie 
d'Hudson ce débouché, qui fut ensuite monopolisé par 
la compagnie Nord-Ouest du Canada, composée de mar- 
chands anglais et canadiens , qui , à laide des conduc- 
teurs de canots français établis dans le pays , acquirent 
une grande influence sur les tribus indiennes, et ren- 
versèrent tous les projets des agens de l'autre compagnie. 

Les directeurs de cette dernière, dans le but d'arrêter 
les progrès de leurs rivaux, réclamèrent le droit exclusif 
de trafiquer non-seulement sur la rivière anglaise et ses 
tributaires, mais aussi sur la Saskatshawan , la rivière 

(1) Adventures on the Columbia river, including the narrative ofa rési- 
dence of sixjears on the western side ofthe Roçfy mountains among va- 
rions tribes oflndians hitherto unknown; together with a journey across 
the American continent, bjr Ross Cox. — a vol. in-8°. London, i83i. 



( »3 9 ) 
Rouge et 7 tous les affluens du grand lac Winepie, dont 

les eaux se déchargent dans la baied'Hudson parles ri- 
vières Nelson et Severn. La compagnie Nord-ouest > 
sans égard pour cette prétention , éleva de nombreux 
comptoirs, à Athabasca, sur la rivière de la Paix, les 
Grands- Lacs, dans la Nouvelle-Calédonie, et sur la Co- 
lumbia , au moyen desquels ils devinrent maîtres de l'in- 
térieur du pays, dans une étendue de près de deux 
mille milles. 

Vert ce temps, John Jacob Astor, négociant de New- 
York , invita la compagnie Nord-ouest à s'unir à lui pour 
créer un établissement sur la Columbia, mais cette pro- 
position fut rejetée. En 1809, il forma une société sous 
le nom de compagnie des fourrures de V océan Pacifique 
( Pacific fur companjr), dont il fut le directeur en chef, 
et à laquelle vinrent se joindre plusieurs membres de la 
compagnie Nord Ouest. De ce nombre fut M.Alexandre, 
Kay, qui avait accompagné sir Alexandre Mackenzie 
dans son voyage à travers le continent jusqu'à l'océan 
Pacifique. 

Le Tonquin, armé par cette société , fit voile, le 6 sep- 
tembre 18 io , de New- York pour la rivière Columbia, 
avec une cargaison pour les Indes et la Chine, et ayant 
à bord quatre sociétaires , neuf commis et plusieurs mé- 
caniciens et voyageurs. Vers le même temps > une expé- 
dition composée de MM. Hunt et Mackenzie, intéressés 
dans ce commerce , de trois commis et de soixante-dix 
autres personnes , s'avançait parterre de Saint-Louis sur 
le Missouri à la rivière Columbia par la route de Lewis 
et Clarke. 

L'aimée fraisante, le BeaiW Ae quatre cent quatre- 
vingts tonneaux , mit en mer pour fat même destination , 



( i*> ) 

avec un sociétaire, six. commis , l'auteur de cet ouvrage, 
et un certain nombre d'artisans et de voyageurs. 

Les trois premiers chapitres ( de cinquante pages) tra- 
cent la route de ce navire autour du cap Horn, des îles 
Falkland, Juan-Femandez, Massafuero et Sandwich, 
dont il serait hors de sujet, de s'occuper ici. 

Le Tonquin, dont il est question ci-dessus , avait fait 
voile de la Columbia le. 5 juin i8it, et s'était avancé 
vers le nord jusqu'à la rivière de Cook. M. M c &ay, qui 
était à bord de ce navire, était malheureusement en di- 
vergence d'opinions avec le capitaine Thorn. Le pre- 
mier avait avec lui un interprète parfaitement versé dans 
tous les dialectes des habitans de la côte, qui fit le récit 
suivant de la destruction de ce bâtiment et de son équi- 
page. Le commandant, capitaine Thorn, avait jeté l'ancre 
vis-à-vis un gros village nommé New-Whitty, dans le 
voisinage deNootka , où il fut parfaitement reçu, et dont 
les naturels apportèrent au navire quantité de fourrures; 
mais l'un des principaux d'entre eux ayant été surpris 
au moment où il commettait un larcin , fut battu par le 
capitaine. En conséquence , un complot fut tramé pour 
s'emparer du bâtiment et le détruire. Les Indiens vinrent 
dans de grands canots offrir leurs fourrures , et furent 
reçus à bord. Le capitaine, soupçonnant quelque trahi- 
son, les pressait de se retirer, quand, à un signal donné 
par l'un des chefs , ces sauvages se précipitèrent sur les 
gens de l'équipage avec des cris affreux , et les massa- 
crèrent à coups de sabre, de couteaux et de bâtons; 
trois matelots seulement réussirent à gagner la cabine, 
où ils se barricadèrent, et les Indiens, sachant qu'ils 
étaient maîtres d'un grand nombre d'armes à feu , con- 
sentirent .aies laisser partir sur une chaloupe. Ces trois 
hommes y descendirent par lune des fenêtres de la ca« 



N 



( *4i ) 

bine, et gagnèrent l'entrée de la baie ; mais avant leur 
départ ils avaient attaché une mèche au magasin à pou- 
dre, qui fit explosion au moment où les Indiens y péné- 
traient, en fit sauter plus de deux cents et en blessa 
grièvement un pareil nombre. Malheureusement, 1 état ' 
du vent et la marée ne permirent pas aux trois marins de 
gagner la pleine mer, et les contraignirent à se réfugier 
dans une petite crique, où ils furent découverts et tués 
par les sauvages. 



TORT ASTORIA. 



L'établissement de la compagnie sur le fleuve Go* 
lumbia renfermait cinq propriétaires , neuf commis et 
quatre-vingt-dix artisans et conducteurs de canots. 
Tonquin y avait amené trente-six individus , parmi les- 
quels plusieurs natifs des îles Sandwich : total cent qua- 
rante hommes. 

Le 12 avril ^ on choisit un lieu convenable pour bâtir 
un fort, à P oint- George y sur le bord méridional du 
fleuve, et à douze milles du cap. En même temps, l'on 
6 occupa de la construction d'une goélette de trente ton- 
neaux, dont la carcasse avait été amenée de New-York. 

En juillet, M. David Thompson, astronome de la 
compagnie Nord-Ouest , arriva avec neuf hommes à As- 
toria , accompagné de M. David Stuart , de trois clercs 
et d'un parti de Canadiens. Stuart avait découvert un 
Heu propre à faire un port commercial à environ sept 
cent milles en haut de la Col umbia, à l'embouchure d'une 
rivière appelée Oakinagan, près d une tribu amie , et où 
se trouvaient des castors en abondance. 

Le 1 8 janvier 1812, deux canots arrivèrent de l'inté- 
rieur , ayant à bord MM. Donald Mac-Kenzie , Mac- 



11 



( »4«) 
Lellan et Read, un propriétaire, un clerc et dix hommes. 
Ainsi qu'on la dit plus haut , ils avaient quitté Saint- 
lirais en août 1810, et avaient passé l'hiver de la même 
année dans un lieu appelé Nadwau, sur les bords du 
Missouri, où ils furent rejoints par M. M* Lellan, Grooks 
et Miller, tous trois Américains, voyageant pour le 
compte de M. Astor. Au printemps de 181 1, il remon- 
tèrent le Missouri, dans deux grandes barques, jusqu'au 
territoire des Arkansaw , où ils firent rencontre d'un 
commerçant espagnol qui acheta leurs chaloupes et une 
grande partie de leurs marchandises. 

Ayant fait l'acquisition de cent trente chevaux, ils se 
- remirent en route au commencement d'août pour fran- 
chir les montagnes Rocheuses ; et afin d'éviter une peu- 
plade d'Indiens très hostile aux blancs, ils s'avancèrent 
jusqu'au 4°* degré de latitude méridionale , se dirigeant 
•ensuite versle nord-ouest. L'expédition arriva à un ancien 
port marchand sur une petite rivière qu'on espérait de» 
voir conduire dans la Columbia, et des canots furent 
construits pour la descendre. Cependant M. Miller re- 
fusa d'aller plus loin, et retourna aux Etats-Unis, escorté 
•de quelques hommes. Le reste de l'expédition , compre- 
nant environ soixante individus, s'embarqua; mais ayant 
perdu un homme et une partie des bagages , à cause de 
la grande rapidité du courant, on résolut de prendre 
terre et de continuer en côtoyant les deux rives. En 
conséquence, on se divisa en quatre détachemens, qui 
marchèrent trois semaines le long de rochers très élevés 
qui bordaient ce torrent. Ceux qui suivaient le côté 
gauche eurent bientôt épuisé leurs provisions, et se 
virent réduits au cuir de leurs chaussures; à peine s'ils 
pouvaient descendre la pente rapide qui conduisait à 
l'étui , pour étancher leur soif. Les gens qui étaient sur 



( '43 ) 

la rive droite éprouvèrent des souffrances moins vives , 
ayant trouvé à se soutenir avec quelques chevaux ap- 
partenant à des Indiens qui avaient ftfî à leur approche. 
Les Canadiens nommèrent cette rivière la maudite ri- 
vière enragée* 

Après une séparation de plusieurs jours, les voyageurs 
se retrouvèrent en vue les uns des autres; et au moyen 
d'un canot fait de la peau d'un -cheval, M. Hunt fit passer 
quelque nourriture à ses amis affamés. Ces derniers es- 
péraientse servir de cette frêle embarcation pour gagner 
un à un, l'autre rive, mais le premier qui s'y aventura 
perdit la vie; on fut donc obligé de poursuivre sa route 
chacun de sdncôté. Les gens de M. MaoKenzie rencon- 
trèrent une rivière considérable, qui fut ensuite recon- 
nue pour celle de Lewis, et où des Indiens amis leur ven- 
dirent quelques chevaux* Il se trouva aussi parmi cette 
tribu un vieillard blanc, dans un état d'aliénation men- 
tale , mais qui lui laissait quelques momens lucides $ dans 
l'un de ces intervalles, il déclara que son nom était Ar- 
chibald Petton; qu'il était natif de Connecticut; qu'ayant 
remonté le Missouri avec M. Henri, négociant améri- 
cain , qui avait formé un établissement dans là partie 
supérieure de la rivière Mad; ils furent attaqués (il 
y avait à-peu-près trois ans) par les sauvages, qui massa- 
crèrent tout leur monde el que lui . seul échappa à ce 
carnage. M. Mac-Kenzie l'invita à se joindre à lui* 

Parvenu à la jonction de la rivière Lewis avec la Co- 
lutabia , il échangea , avec les natifs , quelques chevaux 
pour des canots, et arriva à Astoria le 18 janvier i8iâ* 
M. Hunt ne toucha cette place que le i5 février suivant; 
après sa séparation de l'autre parti, il avait séjourné 
pendant dix jours chez une peuplade hospitalière pour 
faire reposer son monde, M. Hunt avait laissé M. Croôks 

ii. 



( »44 ) 

et cinq hommes , incapables de continuer le voyage , au 
milieu de ces Indiens qui promirent de les bien traiter et 
de les remettre dans leur bon chemin ; mais après le dé- 
part de l'expédition, ces sauvages (qu'on croit être une 
branche de la nation Snake) les dépouillèrent totalement 
et ne leur laissèrent à chacun qu'une mauvaise chemise 
pour se couvrir. Ils arrivèrent dans cet état à Astoria. 

En juin i8i3, seize agens de Ta compagnie Nord- 
Ouest débarquèrent à Astoria, et apportèrent la nouvelle 
de la guerre qui venait d'éclater entre les États-Unis et 
la Grande-Bretagne , par suite de laquelle cet établisse- 
ment était cédé à la compagnie Nord -Ouest, sous la 
condition de prendre les fourrures, marchandises et 
provisions à une certaine évaluation , et de transporter 
aux États-Unis, soit par mer, soit par terre, ceux des 
citoyens qui voudraient y retourner. 

Le 5 juillet, MM. Ross-Cox et laRocque montèrent 
dans deux canots, accompagnés de seize hommes , pour 
faire connaître cette cession à Oakinagan et à Spokan , 
et se rendre ensuite, en traversant les montagnes Ro- 
cheuses, au fort Williams, entrepôt général à la tête du 
lac supérieur. Après une navigation pénible et ennuyeuse 
de deux mois , en luttant contre le courant , les voya- 
geurs atteignirent l'une des sources de la Columbia. Ils 
y furent rencontrés par trois associés de la compagnie 
Nord-Ouest, escortés de vingt hommes, qui se rendaient 
à Astoria, munis de pleins pouvoirs pour traiter de la 
remise de l'établissement. Les deux troupes s'étant réu- 
nies, entrèrent à Astoria le 1 1 octobre, après un voyage 
de a3oo milles. 

Les propriétaires ayant résolu d'envoyer un fort parti 
dans l'intérieur, pour étendre leurs relations commer- 
ciales , l'auteur de cet ouvrage avec six agens de la corn- 



i i45) 

pagnie et cinquante-cinq hommes furent dépéchés à ce 
sujet. Arrivés à la hauteur des rapides et du premier 
partage de la Columbia, ils aperçurent cinquante ou 
soixante Indiens qui étaient postés pour disputer le pas- 
sage, et qui réussirent même à s'emparer de quelques 
ballots de marchandises; mais plusieurs de leurs femmes 
et enfans ayant été faits prisonniers, ils consentirent à 
rendre ce qu'ils avaient pris et à mettre bas les armes. 
L'expédition continua sa route , et lorsque les provisions 
commencèrent à s'épuiser , on acheta une vingtaine de 
chiens dont les Canadiens préféraient la chair à celle du 
cheval; on s'en procura encore cent cinquante autres dans 
divers villages, avant d'arriver à la rivière Wallah-Wallab* 
M. Ross-Cox , accompagné de cinquante-quatre cano- 
tiers, fut attaqué, une autre fois, sur la route ÛOakana- 
gan, au-dessus de l'entrée de la Wallah-Wallah, par un 
parti de cent cinquante guerriers, tous bien armés de 
fusils, de tomahawks, d'arcs et de flèches , et qui vou- 
laient venger la mort de deux Indiens. L'auteur et ses 
compagnons eussent probablement été battus sans l'in- 
tervention d'un jeune chef, âgé de a5 ans et nommé 
Etoile du matin , qui effectua la réconciliation. Dix-neuf 
chevelures, qui avaient appartenu à des ennemis tués de 
sa main, pour venger la mort de son père, étaient sus- 
pendues autour du cou de son cheval de guerre ; il ne 
lui manquait plus qu'une tête à scalper pour atteindre le 
nombre vingt, qui est l'apogée de la gloire pour un 
guerrier. — Ces Indiens appartenaient aux tribus des 
Chimnanpum,Yackamans, Sokulks et Wallah-Wallahs, 
qui parlent à-peu -près la même langue. En temps de 
guerre ils se réunissent contreles Shoshonnes ou Serpens. 
Le i* T décembre i8i3 , le capitaine Black, comman- 
dant le sloop de guerre le Racoon , débarqua à Astoria 



dans le but de détruire cet établissement; n'ayant point 
connaissance de la convention conclue entre les deux 
compagnies, il s'empara de la place au nom de sa majesté 
britannique et en changea le nom en celui deFort-George. 

Un détachement de dix-sept hommes, sous le com- 
mandement de deux agens de la compagie, sortit du 
Fort-George avec une cargaison de marchandises pour » 
l'intérieur , fut vivement attaqué par les natifs entre le 
premier et le deuxième portages , et forcé de rétrogra- 
der en abandonnant ses marchandises, cinquante fusils 
et une grande quantité de munitions; mais le tout fut 
ensuite ressaisi, avec l'aide de quelques chefs amis. 

Une colonie d'Écossais et d'Irlandais a été établie sur 
la rivière Bouge du lac Winepic, par feu le comte de 
Selkirk , dans un terrein fertile et sous un climat tem- 
péré. Cette place étant le grand dépôt de la compagnie 
Nord-Ouest, pour son commerce de peaux de buffle, 
elle s'opposa à cet établissement ; il s'ensuivit des hosti- 
lités qui cessèrent en 1821, par l'association des deux 
compagnies Nord-Ouest et de la baie d'Hudson. Les 
préliminaires furent signés en mars de cette année, et 
confirmés au fort Guillaume en juillet suivant. 

La compagnie a eréé une aujtre factorerie sous une 
plus grande échelle que celui de Fort-George , dans un 
site agréable, à la Pointe de Bellevue, au nord et à en- 
viron 80 milles de la bouche de la Columbia. Cette pointe 
avait été, ainsi nommée par le lieutenant Broughton, qui 
avait remonté le fleuve par ordre de Vancouver: c'est en 
l'honneur de ce fameux navigateur que le nouvel éta- 
blissement a été appelé FoH*Vancouver. 

RIVIÈRES. 

La Columbia est navigable sans rapides, pendant 



( «47 ) 
tyo railles et pendant ioo milles, pour les navires de 
troiscents tonneaux. Elle a rarement moins d'un mille de 
large, et dans, quelques endroits elle a jusqu'à 2 et 
3 milles. Ses bords sont en général escarpés et couverts 
de bois épais de diverses sortes d'arbres, tels que le chêne 
blanc, le frêne, le bouleau, Je peuplier, l'aune et l'érable. 
Au-dessous des rapides, la navigation est obstruée par 
des bancs de sable, qui sont à sec au temps des basses 
eaux; dans ces endroits, les rives sont peu élevées, et 
offrent à la vue de vastes et riches prairies bordées de 
mûriers et autres arbustes fruitiers. Au-dessus des ra- 
pides, se trouvent déciles d'un à 3 milles de longueur, 
les unes couvertes de bois, < les autres d'un riant gazon ; 
les canots qui naviguent trop rapidement sont en dan- 
ger de se briser contre des arbres (nommés chicots par 
les. Canadiens) qui avoisinent ces îlots et qui sont cachés 
à fleur d eau. 

La longueur des premiers rapides est de 3 à 4 milles: 
la partie supérieure est une chute perpendiculaire de 
seize pieds do haut environ. Le canal n'excède pas deux 
cents yards (verges) (i) en largeur; au-dessus du portage 
le fleuve a près d'un demi-mille, et est embarrassé par des 
rochers et des îlots partiellement boisés. Depuis les pre- 
mières chutes jusqu'aux plus resserrées , ou les dalles 
(comme les appellent les Canadiens), les eaux sont pro- 
fondes et le courant très rapide, avec des brisans sou- 
vent funestes aux canots. A partir de ce point, on ne 
voit plus au lieu d'arbres qu'un sol sablonneux couvert 
d'une faible végétation. 

A mi-chemin, entre les premiers rapides et l'étroit 
canal, s'élève un hardi promontoire formé de rochers, 

(i) La masure delà verge est de 3 pieds anglais. 



( «48 } 

noircis et très élevés , qui s'avancent dans le fleuve à 
distance considérable , et qu'on a nommé le Cap-Horn. 

A partir des dernières eh u tes, le lit de la Columbia 
est resserré dans un canal étroit qui n'a guère au-delà de 
soixante à soixante-dix verges de large, et qui n'offre 
qu'une continuité de gouffres et de tourbillons. Au-delà, 
pendant quatre ou cinq milles, le fleuve coule comme un 
torrent jusqu'à un point où deux niasses de rochers 
escarpés , qui partent de chaque rive, ne laissent plus 
qu'une espèce de détroit de cinquante verges de large 
au plus y le courant s'y précipite , et pendant un demi' 
mille ne présente plus qu'un monceau d'écume. 

Entre les premières chutes et la rivière Lewis , il y a 
plusieurs rapides , mais avec de longs intervalles de cou- 
rans paisibles. 

La rivière des Canots (Canoe-River) , l'une des princi- 
pales sources de la Columbia est située sous le 5 2° jr 9" de 
latitude nord. Dans l'été, elle est large mais pleine d'é- 
cueils; des bancs de sable obstruent son entrée. 

Dans la partie la plus unie d'un plateau des montagnes 
Rocheuses sont situés deux petits lacs, ayant chacun 
cent pieds de circonférence , et séparés l'un de l'autre 
de vingt-cinq à trente pieds. Deux rivières , qui prennent 
leur source dans ces lacs, vont par des directions oppo- 
sées se perdre dans deux océans différens. La première 
est un affluent de la Columbia qui se jette dans la mer 
Pacifique septentrionale 5 l'autre , appelée Rocky-Moun- . 
tain-River^ est un affluent de YAthabasca, qui, après 
avoir fait sa jonction avec l' Unjiga, ou rivière de la Paix, 
coule dans le grand lac des Esclaves (Great-Slave-Lake\ 
lequel , par la rivière Mac-Kenzie , épanche ses eaux dans 
l'océan Arctique. 

YÏAthabasca , à sa jonction avec la Rocky -Mountain , 



( i49 ) 
a une largeur de quatre cents verges environ ; son cou- 
rant est rapide et franchit souvent ses limites naturelles. 
A l'endroit' nommé Rocky-MountainrHouse , par le 53° 
18' 4°" de latitude nord, sont deux lacs ayant environ 
trois milles de long et deux milles de large , formés par 
les inondations de cette rivière. 

La distance par terre de la Golumbia à Rocky-Moun- 
tain-House est estimée être de quatre-vingt-cinq à quatre- 
vingt-dix milles ou à dix jours de marche. Cette maison 
est située près d'un ruisseau connu sous le nom de Ri- 
vière du Volcan , quelques chasseurs ayant affirmé 
avoir vu un volcan près sa source. 

L'auteur de cette relation descendit l'Athabasca, qui 
arrose de riches pâturages et un pays bien boisé., sans 
rencontrer déchûtes ni de rapides. A cent vingt milles, 
au-dessus de sa jonction avec la rivière de l'Elan (Elk- 
River\ la navigation est facile et le pays environnant est 
riche et fertile. 

La Flat-Head-Rwer{Riviere Tête-Plate), sort des mon- 
tagnes Rocheuses, arrose les terres des Indiens du même 
nom, ainsi que celles des Pointed-Heart , 'Spokans et des 
Chaudières, et joint la Golumbia à neuf cent milles de 
son embouchure. Sa direction est généralement à l'ouest. 
Quand l'expédition la traversa elle avait quatre cents 
verges de largeur et un courant paisible, qui devint 
plus rapide par les froids qui survinrent et la neige qui 
tomba sans discontinuer pendant quatorze jours. Les 
bords en sont très escarpés. 

La Wallamat ou Multnomàk fait sa jonction à environ 
cent milles de la mer. Son cours qui se dirige générale- 
ment vers l'est, traverse un pays uni et couvert de fo- 
rêts, dans une longueur de plus de soixante milles, et 
jusqu'à une chute considérable qui intercepte la navi- 



( «5o) 
gaûon* Au-dessus de cette chute , le canal de la rivière 
se resserre , et ses bords deviennent plus élevés et moins 
boisés. 

La Coweliskee entre dans la Columbia, à environ 
demi-jour de marche puis bas que le confluent de la 
Wallamat. Elle vient du nord et son courant est embar- 
rassé par des rapides. Ses rives sont hautes et couvertes 
d'arbres épais. 

La Wallah-Wallah) qui se jette dans la Columbia à 
environ quatorze milles au-dessous de la rivière Louis f 
est presque un torrent de quarante-cinq verges de large 
et de plus de six pieds de profondeur» Ses eaux trans- 
parentes coulent sur un lit de sable et gravier. On sup- 
pose qu elle prend sa source dans une chaîne de hautes 
montagnes qui se dessinent sur l'horizon à une très 
grande distance , dans la direction du sud-est. Les Cana- 
diens les appellent montagnes Bleues à cause de leur 
couleur. 

La rivière Louis a plus de six cents verges de large à 
son confluent avec la Columbia; son courant est rapide 
et ses eaux profondes, blanchâtres et légèrement topi- 
ques; celles de la Columbia sont transparentes et froides; 
à sa jonction avec la rivière Louis, ce fleuve a mille 
verges de largeur. Le pays environnant est riant et 
agréable. 

GRAND RAVIN. 

A environ quarante milles au-dessus de la rivière 
Louis , près l'endroit nommé Spokan-House y notre au- 
teur traversa un ravin d'environ quatre-vingt milles de 
longueur et qu'on croit avoir été autrefois un bras de 
la Columbia. Il est bordé de rochers et de précipices. Le 
fond est un terrein solide et blanchâtre coupé de petits 



( *5i ) 
lacs et de rochers isolés, qui ont plus d'un quart de 
mille de circonférence , et dans les flancs desquels sont 
de petites cavités horizontales qui indiquent l'action de 
l'eau. 

MONTAGNES. 

Le,plateau des montagnes Rocheuses est à environ 
onze mille pieds au-dessus du niveau de la mer ; leur 
base a environ huit mille pieds au-dessus de celui de 
l'océan Pacifique. Du niveau de la rivière des Canots 
jusqu'à la partie unie des montagnes de sable, on compte 
trois mille pieds ; des sommets beaucoup plus élevés 
sont couverts de neiges et de glaces éternelles. 

climat. 

Depuis l'embouchure de la Columbia jusqu'aux chu- 
tes, le climat est doux; le mercure descend rarement au- 
dessous de zéro et ne monte jamais au-dessus de 8o° 
(Fahr.) ( n6° 66' centigrades ). Les vents d'ouest domi- 
nent pendant le printemps et l'été , et sont remplacés 
par ceux du nord-ouest qui se font sentir assez vivement 
durant l'automne. D'octobre à janvier régnent les vents 
du sud, et les pluies ne cessent guère avant la fin d'a- 
vril : pendant plusieurs semaines le soleil est invisible. 

Depuis les chutes jusqu'au territoire de Spokans , le 
climat est sain , chaud en été et froid en hiver ; on voit 
rarement un nuage sur l'horizon. 

A Spokan-House, dans l'été de i8i5, le thermomètre 
(de Fahr.) monta de 84 (28 88 cent.) à 96 (35° 55 cent.)> 
et, le 5 juillet, jusqu'au ni à l'ombre, mais la chaleur 
était modérée par les brises du soir. À la fin d'août et 
durant le mois de septembre le mercure s'élevait, vers 
midi à 86° (3o cent.) , tandis que le matin et le soir il 
n'était qu'à 25° ou 3o° (3, 88 cent.) (i° 11 cent.). 



( '** ) 

Vers le milieu de février 1816, la neige et la glace 
commencèrent à se fondre sous les rayons du soleil; en 
moins d'une semaine on vit succéder aux frimas une 
verdure riante et délicieuse. En mars, la Golumbia n'é- 
tait plus qu'un torrent non interrompu. 

La réflexion des masses de neige congelées ou en par- 
tie dissoutes sur la vue, cause des maux d'yeux assez, 
violens et rend aveugle près de la moitié de la tribu 
d'Indiens appelés Téles-Plates , qui vivent au pied des 
montagnes Rocheuses. Là, le climat est généralement 
humide, en raison des vents de l'ouest et du sud-ouest 
qui y dominent constamment huit mois de l'année. Les 
masses de nuages amoncelées sur les hauteurs qui bor- 
dent la côte viennent fondre et éclater sur la base occi- 
dentale de ces montagnes. 



SOL. 



Au-dessus des chutes, le sol est improductif et pré- 
sente une surface sablonneuse et jaunâtre. Les plaines 
sont couvertes d'une herbe courte, entremêlée d'ar- 
bustes épineux et de grandes touffes d'herbes pen- 
dantes , qui ont jusqu'à trois ou quatre pieds de 
haut. Çà et là sont des pièces de trèfle, auprès des- 
quelles on trouve la Chappalêl et le Camas ou Qua- 
mask, mentionnés par Lewis et Clarke. Sur les bords du 
fleuve, croissent en abondance des petits ognons sauva- 
ges; ou y rencontre aussi, de temps en temps, le coto- 
nier, le saule rabougri, le sumac et la salsepareille, mais 
principalement depuis les chutes jusqu'à la rivière Spo- 
kan. Pendant cinq cents milles, il n'existe pas de grands 
arbres. 

Dans de certaines vallées , le sol fertile et riche est 



( i53 ) 

composé d'une première couche d'un terreau noirâtre 
de six pouces de profondeur, reposant sur une terre 
grise très froide, sous laquelle est un sable graveleux et 
enfin un lit de cailloux très durs. Dans les parties élevées, 
on découvre sous une couche de terre végétale très lé- 
gère de bonnes carrières de pierre. Au midi de la pointe 
Adams, il se trouve un banc de terre blanche ressem- 
blante de la craie, et un peu plus loin, dans la même di- 
rection, des masses de terre rougp, grise et jaune, et 
une espèce d'argile lourd et épais assez semblable à de la 
mine de plomb. Il n'y a point de pierres calcaires aux 
•environs d'Astoria. 



ARBRES. 



Sur le versant oriental des montagnes Rocheuses les 
arbres sont très petits , tandis que du côté opposé les 
pins et les cèdres sont aussi majestueux que ceux qui 
croissent à l'embouchure de la Golumbia; ce qui est dû 
à la grande humidité produite par les vents du sud et 
du sud-ouest. 

Les pins de la plus grande espèce acquièrent des di- 
mensions extraordinaires. Il en existe un près le fort, 
de quarante-six pieds de circonférence , mesurée à dix 
pieds du sol et cent cinquante pieds de tronc sans les 
branches; le sommet a été brisé par la foudre, et on pré- 
tend qu'avant cet accident , sa hauteur totale était de 
trois cents pieds. Cet arbre était surnommé par les Ca- 
nadiens le roi des pins. Dans le pays appelé Umpqua , 
an sud de la Golumbia, on admire un pin magnifique 
de deux cents seize pieds de haut sans branches et de 
cinquante-sept pieds de circonférence; il n'est pas rare 
de voir des pins de deux cents à deux cent quatre-vingts 
pieds de haut, et de vingt à quarante pieds de circonfé- 



("54) 

rence. 11 y a cinq ou six différentes espèces de pins, ex- 
cellentes pour la construction et les usages domesti- 
ques. 

Au-dessus des chutes, les pins décroissent en grandeur 
et sont entremêlés avec d'autres arbres parmi lesquels 
domine le noisetier. 

Les cèdres, dans le voisinage d'A&toria, ont vingt à 
trente pieds de circonférence et une hauteur propor- 
tionnée; les aunes ont douze à vingt pouces de diamètre. 
À quelques lieues du fort, on trouve le frêne et le chêne, 
le premier de dimensions ordinaires et le second très 
chétif. 

VÉGÉTAUX. 

Les navets acquièrent une grosseur extraordinaire. 
Un seul pesait quinze livres et demie et avait trente-trois 
pouces de circonférence. La pomme-de-terre manque 
souvent , en raison de l'humidité du terrein. 

D'immenses quantités de salsepareille croissent sur. 
la pointe d'Oakinagan. 

Le wappito vient au-dessous des rapides. Cette 
plante excellente ressemble à une petite pomme-de-terre, 
qu'elle remplace avec succès quand elle est grillée ou 
bouillie. Les naturels en font d'amples provisions pour 
leur consommation et pour faire des échanges. 

Le tabac découvert chez les Wallamas, il y a quel- 
ques années } est de bonne qualité. * 

Fruits sauvages. En juin , il mûrit des fraisiers d'un 
goût agréable, ijui viennent dans des terreins à l'ombre 
et dans des buissons de dix à quinze pieds. ,, 

En juillet, août et septembre, on récolte des groseil- 
les, des mûres , des cerises sauvages et des espèces de 
poires et de pommes sauvages. 



( «55 ) 
Le pays abonde en plantes nutritives , dont quelques- 
unes sont anti-scorbutiques. 

ANIMAUX. 

Les principaux quadrupèdes sont l'élan, le daim rouge, 
le daim & queue noire, les ours noirs, bruns et gris, 
la panthère, le loup, le chat-tigre, le chat sauvage, la 
marmotte, le castor, la feutre de terre, le rat musqué, 
le rat des bois et la loutre de mer le plus estimé de 
tous l$s animaux portant fourrure. 

Entre les chutes et la rivière Spokum, il existe des 
chevaux, des petits daims, des loups, renards rouges, 
blaireaux , fouines , lièvres et des chiens. On ne trouve 
point de castors. Les Indiens prétendent que le buffle 
abondait autrefois dans les plaines qui ont été abandon- 
nées par l'élan et la brebis montagneuse. 

Les chevaux vivent en grande partie parmi les Têtes- 
Plates, les Cootonais, les Spokans, etc., dont les terres 
sont couvertes d épaisses forêts , en nombre suffisant 
pour les besoins de ces peuples. Mais chez les Wall ah - 
Wallahs, les Nez-Percés et les Shoshonis, qui possèdent 
de vastes prairies bien arrosées et peu boisées , ces ani- 
maux y bondissent par milliers dans un état sauvage. 
Leur hauteur ordinaire est d'environ quinze palmes. Il 
n'est pas rare d'en voir des bandes de sept cents à mille; 
et dans le pays appartenant à la tribu du serpent (Snake 
lndians) on prétend qu'il en a été aperçu une troupe de 
quatre milles, par l'expédition qui traversa le continent 
par la foute du Missouri (i). Ils sont doux et facilement 

(i) Des Espagnols de San Francisco informèrent nos voyageurs , 
qu'en 1812 , ils furent obligés de tuer plus de trente mille chevaux 
dans la Californie , afin de conserver des pâturages pour les buffles, 
dont la dépouille forme an article important de commerce. 



( i56 ) 

domptés; on ne les ferre ni ne les attache. Ceux qui 
travaillent continuellement sont usés avant l'âge de dix 
à onze ans. 

Les renards rouges et les loups sont très nombreux 
dans les plaines. Les loups des prairies sont d'une taille 
inférieure à ceux des bois; ils voyagent par bande de 
cinquante à cent. Leurs pegux n'ont pas de valeur; ils ne 
sont pas si féroces qu'en Eurd^e. On ne trouve point de 
renards noirs sur les bords de la Columbia; mais il y 
en a d'un poil gris argenté à Oakinagan et Spokan, 
dont la fourrure est très estimée des mandarins de la 
Chine. 

Les lynx sont moins nombreux , mais plus farouches; 
ils ne vont que deux à deux. 

Les ours sont en grande quantité dans le voisinage 
des forets et des lacs; quand ils sont blessés, ou que 
leurs petits sont en danger, ils terrassent un homme 
bien armé. Un de ces animaux, d'une grosseur prodi- 
gieuse, s'étant avancé jusqu'auprès d'une douzaine de 
Canadiens, qui prenaient leur repas autour d'un grand 
feu , saisit un de ces hommes qui tenait un os à la main, 
l'enleva par la ceinture avec ses deux pattes de devant et 
courut l'espace de cent cinquante pieds , appuyé seule- 
ment sur celles de derrière. L'animal lâchant une griffe 
pour s'emparer de l'os, le malheureux Canadien tenta 
de s'échapper, mais en vain ; pendant que l'ours l'étran- 
glait, il criait tue! tue! à la tête! Un de ses compa- 
gnons nommé Leblanc, très habile chasseur, ajusta et 
étendit l'animal d'une balle à travers les tempes. 

L'élan est très commun dans les parties inférieures ; 
il est d'une belle espèce et d'une bonne consommation 
pour la table. Sa peau est à l'épreuve de la flèche, et à 



( '5 7 ) 
quatre-vingt ou quatre-vingt-dix verges, à l'épreuve de 
la balle. 

La brebis des montagnes rocheuses (appelée big-horri) 
Ovis Montana de M. Geoffroy, a une chair délicieuse , 
ressemblant à celle du mouton, mais plus délicate. 

Les serpens à so/mettes sont aperçus au-dessus des 
chutes, à environ quatre ou cinq milles, de distance. 
Ces animaux ne sont pas très dangereux et on les dé- 
truit facilement avec un long bâton ployant; ils ont une 
extrême répugnance pour l'odeur du tabac. Leur chair, 
qui est blanche, a, dit-on, un goût exquis; mais si cet 
animal n'est pas tué du premier coup, il se mord lui- 
même, et cette nourriture, ainsi empoisonnée, est fa* 
taie à ceux qui la mangent. 

Au-dessous des chutes , on trouve dans quelques en- 
droits un petit serpent noir, dont le venin est plus mor- 
tel que celui des serpens à sonnettes. Il y a un grand 
nombre de serpens de diverses couleurs tout-à-fait 
inoffensifs. 

Les moustiques sont très incommodes* Au fort con- 
struit au confluent de l'Oakinagan et de la Columbia , 
de nombreux essaims arrivaient matin et soir. A table , 
on était obligé de placer à chaque extrémité, un pot de 
fer remplie de sciure ou de bois pourri, pour les chas- 
ser par la fumée. Les chevaux souffrent beaucoup de 
leurs piqûres , ainsi que de celles des taons. Ces ani- 
maux, qui ont la queue et la crinière courtes, s'enfuient 
jusque dans les feux allumés , où ils se bfgfent les sa- 
bots et les jambes , pour éviter les attaquesxle ces insectes. 

Le saumon, qui a un goût exquis, est pçché.en abon- 
dance depuis juin jusqu'à la fin d'août. Il est si commun, 
qu'il cause quelquefois des dyssenteries qu'on prévient 
par les qualités astringentes de l'assaisonnement. 

12 



( '58 ) 

En août et septembre, on pêche des esturgeons en 
quantité considérable. Quelques-uns ont jusqu'à onze 
pieds de long et pèsent trois cents ou quatre cents livres. 

Au printemps , les rivières abondent en une espèce 
de petits poissons, que Lewis et Clarke appellent anchois; 
séché à la fumée, il est échangé contre des légumes 
avec les Indiens des parties hautes du fleuve. 

On trouve de là truite et de la carpe dans la rivière 
Spokan. 

Les oiseaux habitent principalement les forêts im- 
menses qui bordent la Columbia , près son embouchure. 
Les principaux sont l'aigle noir et brun, lepervier, le 
pélican, le cormoran, le cygne, le héron, la grue, 
l'ouarde, l'oie blanche et grise, le canard sauvage y etc. 



INDIENS. 



Les Indiens qui habitent près l'embouchure de la Co- 
lumbia , diffèrent peu les uns des autres sous le rapport 
du caractère et des usages. Toutefois les Cathlamaks 
sont généralement plus doux ; les Kilfymucks plus ru- 
sés ; les Clatsops plus civils , et lès Chinooks plus conti- 
nens. Les Chitts^ petite tribu de la côte, au nord du cap 
Désappointement, réunissent une partie de ces qualités 
et de ces défauts. 

Tous ces peuples maintiennent l'usage d'aplatir la tête 
des nouveau-nés. Aussitôt sa naissance, l'enfant est 
placé dans un berceau rempli de mousse et dont la par- 
tie qui soutient la tête est plus élevée. On pose ensuite, 
sur son front, une espèce de coussin , recouvert par un 
morceau d ecorce de cèdre, et au moyen de odrdes tra- 
versant de petits trous pratiqués de chaque côté du 
berceau, la pression s'opère. L'enfant reste dans cette 



( »5 9 ) 
position pendant une année $ et dans cet état ses petits 
yeux noirs ressemblent assez à ceux de la souris prise 
dans un piège. Au moyen de ce procédé , la tête est tel- 
lement aplatie, qu'elle excède rarement un pouce d'é- 
paisseur. Toutefois cette difformité, qui reste pour la 
vie, est considérée comme un degré essentiel de beauté, 
et elle sert à distinguer ces naturels de leurs esclaves, 
qui ont la tête ronde et dans sa forme naturelle. 

Les hommes varient en grandeur de cinq pieds à cinq 
pieds six pouces $ les femmes ont ordinairement six ou 
eept pouces de moins. Lies deux sexes ont le nez plat 
avec les narines enflées; la bouche rarement fermée, les 
dents courtes, noires et irrégulières. Les hommes sont 
biens formés. Les femmes , en f aisott des ligatures dont 
elles font usage, ont les jambes de travers, avec la che- 
ville grosse et le pied large et plat ; leurs mamelles sont 
flasques et pendantes ; elles ont les oreilles fendues et le 
fiez percé. Leur tête est remplie de matières grasses et 
leur peau barbouillée d'huile de poisson. 

Les bonnes qualités de ces peuplés sont l'industrie , 
la patience et la sobriété ; leurs vices , la prodigalité , le 
mensonge , le goût des femmes et du jeu, et souvent la 
cruauté. 

Us achètent des esclaves aux nations voisines en échan- 
ge de peaux de castors et de loutres , de graines, etc. 
Quand un malheureux captif est malade, il est aban- 
donné, et périt de la manière la plus misérable. Son corps 
est jeté au pied d'un arbre ou dans la forêt la plus voisine. 

Il y a envirott trente ans, la petite-vérole causa de 
grands ravages parmi ces Indiens; ce fléau s'étendait 
alors du Missouri à l'océan Pacifique. Ceux qui en étaient 
atteints se plongeaient, au plus fort de la fièvre, dans 
une rivière, ce qui amenait une mort instantanée; des 

12, 



/ 



( ■«•) 

milliers se pendirent eux-mêmes aux arbres; tous les 
villages furent dépeuples , et ces malheureux croyaient 
■ que le grand être les avait livrés au mauvais esprit, 
à cause de leurs fautes. > 

Quanta leurs croyances, ils pensent que les hommes 
bons iront dans un lieu de délices , où ils trouveront 
du poisson et des fruits en abondance , tandis que les 
méchans seront condamnés à vivre dans un pays froid 
et stérile, où ils n'auront pour subsistance que quelques 
mauvais fruits et de l'eau salée. Pour ce qui est de l'ori- 
gine du monde, ils croient que l'homme fut créé par 
une divinité , nommée Etalapass , mais dans un état très 
imparfait : sa bouche et ses yeux étaient clos ; ses mains 
et ses pieds immobiles. Une autre divinité moins puis- 
sante, mais plus bienfaisante, nommée Ecannum , eut 
pitié de cet être, et au moyen d'une pierre aiguë, ouvrit 
sa bouche et ses yeux, et imprima le mouvement à ses 
membres. Elle lui enseigna ensuite à construire des ca- 
nots , des corbeilles , des filets et des ustensiles domes- 
tiques. Ces peuples n'adorent aucune idole. 

Le mariage est célébré dans la cabane , préparée pour 
la résidence future du jeune couple , où sont échangés 
les présens qui consistent en esclaves, grains, chaudiè- 
res , haiqua (i), bracelets et ornemens de cuivre, etc. 
Un mari peut répudier sa femme, qui, dans ce cas, a 
le droit d'épouser un autre homme; il peut aussi avoir 
autant de femmes qu'il est capable d'en entretenir, et 

(i) Le haiqua est un coquillage blanc et rond , d'une extrême du- 
reté , de un a quatre pouces de long , et de trois 1 quatre huitièmes 
de pouce de diamètre, creux et légèrement recourbé sur le* bords. 
Cet objet forme un article important de commerce local : une brasse 
des plus gros égale en valeur dix peaux de castor. On trouve ce co* 
quillnge dans le voisinage de Noolka. 



. ( *6. ) 
quelques-uns en ont jusqu'à quatre et cinq, qui vivent 
dans une parfaite union. 

Chaque village est sous l'autorité d'un chef, qui. est 
respecté en raison du nombre de ses épouses et de ses 
esclaves. Lorsqu'il meurt , toute la tribu, en signe de 
deuil, coupe ses cheveux et chante, pendant plusieurs 
mois, des espèces d'hymnes funèbres en sa mémoire. 

Les Chinoeks , dont il est parlé ci-dessus, notifient à 
leurs ennemis le jour où ils commenceront les hostilités. 
Ils combattent dans des canots, que les femmes aident à 
manœuvrer. Leurs armes sont l'arc et la flèche 1 et une 
épée de boisa double tranchant, de deux pieds et deirii 
de long et six pouces de large. — Pour se garantir des 
coups, ils ont deux chemises en peau d'élan, qui des- 
cendent jusqu'à la cheville et sont à l'épreuve des flè- 
ches. Leurs canots , taillés dans le tronc d'un cèdre bu 
d'un sapin , ont plus de cinquante pieds de long et peu- 
vent porter vingt à trente personnes. 

Leurs ustensiles de cuisine consistent en une grande 
chaudière carrée en bois de cèdre, quelques plats 'de 
bois et quelques cuillers en frêne. La cuisson s ? opère en 
versant une certaine quantité d'eau dans la chaudière y 
et , en y jetant des pierres rougîes au feu r qui détermi- 
nent promptement l'ébullition ; quand le degré de chsu 
leur est convenable, on met le poisson ou tout autre 
objet dans la chaudière qu'on recouvre d'une petite 
nappe, afin d'empêcher, l'évaporation» Par ce procédé,, 
le saumon est bouilli en moins de vingt* minutes. 

Avec un ciseau fait avec une vieille lime, une espèce 
de pierre oblongue dont ils se servent comme de mar- 
teau et un maillet fait d'un bois noueux, ces naturels 
coupent des arbres de trente à quarante pieds de gbc* 
conférence. 



I 



( !«») 

Chez les Chinooks, on saigne toutes sortes de mala- 
dies de la manière suivante. Le docteur, appelé « £ hom- 
me fort çn médecine », fait étendre le malade sur le dos 
en présence de ses parens et amis, qui, avec un bâton 
long et un court, battent la mesure d'un air de bra- 
voure que chante le docteur et qu'ils accompagnent par 
intervalles. Ensuite celui-ci se met à genoux et presse 
fortement avec ses poings l'estomac du malade, de ma- 
nière à, lui causer une grande douleur, tandis que les 
assistans entonnent k tue-tête « le chant de médecine ». 
A la fin de chaque strophe, l'opérateur presse les mains 
du patient et souffle dessus; il continue ce manège jus- 
qu'à ce qu'une petite pierre blanche qu'il a eu le soin de 
placer dans la bouche du malade vienne à tomber, et il 
la montre alors aux parens et amis , en les assurant que 
celui qu'il a ainsi soigné sera bientôt rendu à la santé. 
Que sa prédiction s'accomplisse ou non, il n'en est pas 
moins récompensé. 

Quand un Chinook vient à mourir, son corps est en- 
veloppé dans des peaux ou nattes et déposé dans un 
petit canot avec son arc, ses flèches, etc. Il est ainsi 
placé sur une plate-forme élevée par le cours de la ri* 
vière ou sur des. rochers à l'abri de l'action de la marée, 
et il est recouvert par un canot plus grand ou par des 
nattes. Ses femmes, parens et esclaves commencent la 
journée par se couper les cheveux, et se rendent pen- 
dant quelque temps dans le bois le plus voisin, au lever 
et au coucher du soleil, pour exécutes des chants funé» 
raires en l'honneur du défunt. 

Les Chaudières (ou Kettle lndians), tribu peu nom- 
breuse qui réside sur le côté nord de la chute du même 
nom, la plus forte de la Columbia, à environ sept cents 
milles de son embouchure, et quatre-vingt-dix de Spo* 



( i63 ) 

kan-house. Cette chute, située sou* le 48* 37 'de latitude 
et vers le 11 6° de longitude ouest de Greenwich, à 
soixante ou soixante-dix pieds de hauteur perpendicu- 
laire aux basses eaux, et environ quarante-cinq, dans 
le printemps et une partie de l'été. 

Cette petite peuplade, d'une quinzaine de familles, 
occupe quelques huttes entre Spokan-House et la chute 
des Chaudières. — Leur chef porte un vêtement féminin , 
couvert de grains, de dés et de petits coquillages; mais 
on reconnaît son sexe à ses formes musculaires * à sa 
barbe touffue et au son de sa voix. Il ne s'associe jamais 
avec aucune femme; deux ou trois en fan s le servent or- 
diuairement, prennent soin de ses chevaux, recueillent 
les provisions et préparent ses mets. Lorsqu'ils devien- 
nent assez grands pour se marier, le chef leur fait un 
présent et les congédie pour en prendre d'autres. Son 
habitation était propre, couverte de larges peaux de 
daims et tapissée de nattes. Les femmes le considèrent 
comme un être surhumain. 

Les Yackamans, nation nombreuse qui habite la rive 
septentrionale de la Columbia, depuis son confluent 
avec la rivière Louis, jusqu'auprès d'un autre affluent 
qui vient du nord et qui porte le nom de cette tribu. 
Les Indiens qui la composent vivent en paix avec les 
Ckokoptins et les fV allahrfV allahs ^ et ils font cause 
commune contre les Shaskones. 

Les Sinapoils occupent un territoire sur le côté nord 
de la Columbia entre les rivières Spokan et Oakinagan. 
Ils se nourrissent principalement de saumon et de cam- 
mas y leurs. terres étant peu fertiles. Us sont sales et pa- 
resseux, joueurs et querelleurs. Leur principale demeure 
est à quarante-cinq milles au-dessous de la jonction de 
la rivière Spokan et de la Columbia. 



1 



( i«4) 

Les Crées supérieurs vivent dans le voisinage de la ri- 
vière d'Athabasca. 

Les Cœurs-Pointus (Pointed-Hearts) les Cœurs-d Alênes 
(Hearts of Awl) sont peu nombreux et habitent près 
d'un lac à cinquante milles de Spokan-House, un pays 
abondant en castors, daims, etc. 

Les Cootonais sont établis dans une plaine agréable, 
quoique peu étendue, au pied des montagnes Rocheuses 
à 60 milles au nord-est des terres des Têtes-Plates {Fiat 
Heads) et presque entièrement environnée de monts 
sourcilleux couverts d'épaisses forêts , où abondent le 
castor, le daim et la brebis montagneuse. Ces Indiens , 
reste d'une tribu guerrière et autrefois puissante, sont 
d'une taille moyenne et infiniment supérieurs sous le 
rapport physique, aux autres nations voisines. Leur prin- 
cipal établissement commercial est par le 49° 3o' de lati- 
tude nord et le 1 1 5° de longitude ouest de Greenwich. 

Leur langage n'a point d'affinité .avec celui des tribus 
de l'ouest et est beaucoup plus doux. Ils ont récemment 
fait une alliance offensive et défensive avec les Têtes- 
Plates afin de forcer les Pieds-Noirs (BlacL-Feet) à leur 
laisser librement chasser le buffle, dans les plaines qu'oc- 
cupent ces derniers. Les Cootonais sont honnêtes, fidè- 
les à leurs engagemens et ennemis du mensonge, qua- 
lités peu communes chez les Indiens. La polygamie est 
inconnue parmi eux ; on les voit rarement se livrer à la 
gaîté et ils paraissent jaloux des blancs. Ils sont propres 
sur leurs personnes et dans leurs habitations. 

Les Kamloops occupent un district d'environ cent 
cinquante milles au nord-ouest de la rivière Oakinagan, 
dans la direction de celle de Thompson , avec laquelle 
on peut communiquer par terre ou par le canal de l'Oa- 



C ifô ) 

kinagan et du lac du même nom. Ces Indiens sont mal- 
propres, fripons et querelleurs. 

Les Wallah'WallahS) qui habitent les bords de la 
rivière du même nom, sont bien faits , bons chasseurs 
et excellens cavaliers. Ils montrèrent aux voyageurs qui 
les visitèrent beaucoup d'amitié et de bienveillance. Au» 
oune de leurs femmes ne montrait cette familiarité re- 
poussante qu'on remarque chez celles des tribus situées 
au-dessous des chutes. 

Les' Nez-Percés, ainsi appelés par les Canadiens , for- 
ment une nation nombreuse et puissante , dans la par- 
tie haute de la rivière Louis. Ils ressemblent beaucoup 
aux Wallah-Wallahs pour le vêtement et le langage, 
mais ils sont moins communicatifs. Leurs habitations, 
ont depuis vingt jusqu'à soixante-dix pieds de longueur 
et dix ou quinze en largeur; elles sont couvertes de 
grandes nattes fixées sur des perches, avec une ouver- 
ture dans le sommet qui sert de fenêtre et de cheminée; 
leur formé est carrée, oblongue et conique. Les femmes 
portent des robes de cuir qui descendent jusqu'aux ge- 
noux et couvrent les épaules , la poitrine et partie des 
bras. Les hommes en ont de semblables , mais plus cour- 
tes, avec des espèces de bas montant à mi-cuisse et at- 
tachés à la ceinture. Les deux sexes sont parfaits cava- 
liers. Ils possèdent des troupeaux innombrables de che- 
vaux sauvages ou domptés. 

La tribu des Spokans occupe un territoire à près de 
cent cinquante milles de la rivière Louis, en allant vers 
le nord-est. La compagnie Nord-Ouest y avait formé un 
comptoir. La route qui conduisait à ce district depuis 
la rivière Louis était une plaine continue, rocailleuse et 
sablonneuse, avec quelques touffes de gazon long et 
épais répandues çà et là. 



( i<56) 

Les Spokans sont civils et inoffensifs ; leurs femmes 
remplissent bien leurs devoirs d'épouse et de mère. On 
trouve chez eux beaucoup plus de propreté que chez 
les autres Indiens de la côte. Les maisons, de forme 
oblongue ou conique, sont couvertes en nattes ou en 
peaux suivant la fortune des individus. Leur principale 
richesse consiste en chevaux, qu'ils sont obligés d'a- 
cheter aux Nez-Perces en échange de divers articles, parce 
que les loups détruisant les poulains, ils ne peuvent éle- 
ver de ces animaux. Ils sont grands joueurs et risquent 
souvent tous leurs chevaux. 

Quand un Spokan est mort, on tue plusieurs chevaux, 
dont les peaux sont attachées au bout de perches plan- 
tées sur les tombeaux. Dans le cimetière et aux alentours 
on suspend des peaux semblables, des robes de buffles 
et de daim, de morceaux d étoffe bleue, grise et écar- 
late, des chemises de cuir, des couvertures, des bandes 
de calicot, des mocassins, des vivres et des armes; toutes 
choses qu'on suppose être indispensables au défunt dans 
le séjour des esprits. 

Les Têtes-Plates (FUti-Heads) sont établis au pied des 
montagnes Rocheuses, dans un pays où le buffle abonde, 
situé à deux cent quarante milles nord-est du confluent 
des rivières Spokan et Pointed-Heart , où se tenait le 
comptoir de la compagnie Nord-Ouest. Ils sont continuel- 
lement en guerre avec les Pieds-Noirs (Black-Feet) qui 
demeurent sur le versant oriental des montagnes Rocheu- 
ses, et qui s'opposent à<ce que les tribus du côté opposé, 
viennent y chasser le buffle dans l'été et dans l'automne ; 
prétention qui donne lieu à de sanglans conflits. 

Les Tôtes-Plates sont francs et hospitaliers, propres 
et braves. Les deux sexes sont beaux , comparés aux 



( i6 7 ) 
autres Indiens des bords de la Golumbia. Leur teint est 
légèrement cuivré; leur taille svelte et bien prise. 

L'habillement des hommes consiste en longs panta- 
lons appelés mutasses, par les Canadiens, et qui des* 
cendent depuis les hanches jusqu'à la cheville , et sont 
retenus par une ceinture de cuir au milieu du corps ; 
ils ont en outre une chemise de peau de daim bien dres- 
sée, avec de larges manches pendantes jusqu'aux genoux. 
Les femmes portent une ample robe de même peau, 
ornée de franges , de grains de coquilles et de dés. Cha- 
que individu a deux ou trois habits de rechange, tous 
appropriés avec la terre de pipe, très commune dans 
ces parages. Ils n'ont pas de coiffure généralement 
adopté; dans les mauvais temps, ils la couvrent avec un 
pan de peau de buffle. 

Leurs cabanes, de forme conique, bien abritées par 
des peaux, sont tenues avec propreté; le foyer est au 
milieu et entouré de nattes ou de fourrures arrangées 
avec soin. 

Le principal chef de cette tribu exerce une autorité 
héréditaire; mais le chef des guerriers est élu chaque 
année. Ce dernier a auprès de lui deux espèces d aides- 
de-camp, choisis parmi les plus actifs; il conduit les- 
hommes au combat; et, au retour, il commande larrière- 
garde. Ce chef est armé d'un long fouet, dont le man- 
che est orné de chevelures et de plumes, et qui lui sert 
à infliger des corrections pour des fautes de discipline. 
Celui qui exerçait ces fonctions, lorsque notre auteur 
visita ce peuple, avait été cinq fois réélu et était âgé de 
trrtite-cinq ans; il avait tué , de sa propre main , vingt 
Pieds-Noirs dont les chevelures scalpées étaient sus- 
pendues à la porte de sa cabane. 

Les Têtes-Plates soignent les fractures ordinaires en 



( *<* ) 
entourant la partie malade par de légers bandages et des 
morceaux de bois placés en longueur, et assujétis par 
des liens en cuir. Pour les contusions, ils pratiquent 
des saignées aux tempes , aux bras ou à la cheville, avec 
un caillou aigu ou la pointe d'une flèche. En cas de rhu- 
matisme aigu, on plonge le malade chaque matin dans 
l'eau de la rivière, la plus voisine, même quand elle est 
couverte de glace, et on le frotte fortement; il est ensuite 
enveloppé dans une couverture, et placé auprès d'un 
bon feu ; ce traitement est continué pendant vingt-cinq 
jours. Les rhumatismes chroniques sont traités, en met- 
tant celui qui en est atteint dans une pièce conique dans 
laquelle sont des pierres qu'on fait chauffer à un haut 
degré ; on verse de l'eau sur ces pierres , et la vapeur qui 
s'en exhale amène chez le malade uneforte transpiration; 
après quoi on l'enveloppe de couverture, et on le met 
au lit. 

Quant aux idées religieuses, les Têtes-Plates croient 
à l'existence d'un bon et d'un mauvais esprit, et à une 
vie future , avec des châtimens et des récompenses. Les 
justes iront dans un lieu où ils jouiront d'un printemps 
perpétuel , où ils retrouveront leur femme et leurs enfans, 
. où les rivières abonderont en poissons, et les plaines 
seront couvertes de buffles ; leur temps se passera à chas- 
ser et pêcher, sans jamais avoir à craindre la guerre, le 
froid et la famine. Les méchans seront exilés dans un 
pays couvert de neiges éternelles, où ils seront glacés 
de froid, en présence de feux ardens; où ils verront de 
l'eau, sans pouvoir étancher la soif qui les dévorera, 
et des troupeaux de buffles et de daims qu'ils ne pour- 
ront atteindre, lorsqu'ils seront affamés. Suivant les 
mêmes croyances , les bons sont séparés des coupables 
par une forêt impénétrable peuplée de loups, de pan- 



( »<& ) 

thères et de serpens. Toutefois les peines ne durent pas 
pendant l'éternité ; elles sont plus ou moins abrégées , 
suivant la gravité des fautes ; et après cette expiation , 
on va retrouver ses amis dans l'Elysée. 

Natifs d 'Oakinagcuu — Us comptent environ 200 guer- 
riers. Us sont amis des Kamloops , Sinapoils et autres 
petites tribus peu éloignées. — Ces naturels, simples et 
tranquilles, s'occupent principalement de la pêche du 
saumon ; ils chassent peu le daim et le castor. 

Leur position est très favorable à un établissement 
commercial , le sol étant fertile et le climat salubre. La 
rivière est aussi très poissonneuse. Les chevaux seraient 
avantageusement employés pour les transports par terre. 
On communiquerait à la mer par la Columbia, et dans 
l'intérieur par ce fleuve et la rivière Oakinagan. 

Ces- Indiens ont une croyance assez singulière. Ils se 
représentent le malin esprit, comme un être ayant la 
figure, les bras et les jambes d'un homme , avec une lon- 
gue queue et des oreilles de cheval ; ils prétendent qu'il 
saute d'arbre en arbre, armé d'un fort bâton pour ros- 
ser les coupables. 

Des Oakinagans guérirent la jeune fille de l'un des pro- 
priétaires, qui était réduite , dit-on, au dernier degré de 
phthysie, en plaçant ses pieds et ses jambes dans le 
corps d'un chien tué à l'instant, et les y laissant jusqu'à < 
ce que la chaleur de l'animal fût éteinte; ensuite on eut 
soin de les envelopper avec delà flanelle brûlante., Cette 
opération répétée chaque jour pendant un mois amena 
par degré laguérison. 

On terminera cette notice en faisant remarquer que 
les femmes sont traitées d'une manière bien différente 
parmi les diverses tribus dont on vient de parler. Chez 
les Indiens des parties hautes du fleuve, où les hommes 



( *7° ) 
se chargent seuls de fournir , la femme est condamnée 
à une vie bien pénible. Elle rapporte le gibier au logis , 
ramasse le bois pour entretenir le feu, prépare les mets, 
fabrique et nettoie les vêtemens, etc. Chez les Indiens 
des parties inférieures , où les femmes s'occupent de la 
récolte de la racine appelée wappitoô, elles ont un cer- 
tain air d'indépendance , et dans des cas d'importance 
les matrones sont consultées comme les hommes* 

Quant au langage , les naturels voisins de l'embou- 
chure de la Golumbia parlent un dialecte des plus diffi- 
ciles à prononcer, composé entièrement de gutturales i 
qui servent le plus ordinairement à l'expression des 
pensées humaines. Une des personnes delà compagnie, 
qui avait le plus d'habitude de leur langue, assure que 
les lettres F, Y et plusieurs autres ne sont pas articulées 
dans leurs mots , la lettre R manque aussi, mais quelques 
mots prononcés avec un accent fortement guttural, tels 
que chubdt, approche du son de cette consonne; les 
terminaisons en tl, thl, h, sont aussi très fréquentes, 
comme elles le sont dans la langue mexicaine. 

On concevra facilement les avantages qu'on peut re» 
tirer en commerçant avec ces diverses tribus par les 
exemples suivans : vingt peaux de castors , valant au 
moins 25 livres sterling, ont été données pour un fusil 
dont le prix est d'une livre 7 shillings; un autre mar- 
chand échangea contre six ou huit peaux semblables, 
valant 8 ou 10 livres, deux aunes de drap coûtants 
peine 12 shillings. 



NOUVELLE CALEDONIE. 



Ce pays situé sur le versant occidental des montagnes 
Rocheuses, communique avec celui d'Athabasca , par la 
rivière de la Paix, et s'étend depuis le 5i° îo' jusque 



( *7' ) 

t 

vers le 56° de latitude septentrionale; sa limite le plus 
à l'ouest est sous le 124° io'. Au sud et au sud-est, la 
tribu Atnah ou Chin occupe une étendue de terrein 
d'environ cent milles; à l'est, une chaîne de lacs et de 
montagnes bordent la rivière Thompson ; à l'ouest et au 
nord-ouest çant les terres des Indiens Naskotins et 
Clinches. 

Le principal établissement' est situé sur la rivière de 
Frazer, vers le 53° de latitude nord* est et nommé 
Alexandrie. , en l'honneur du célèbre sir Alexandre 
MaoKenzie qui s'arrêta dans ce lieu, lors de son voyage 
de découverte, en 179$. Il voulait s'y embarquer pour 
descendre la rivière jusqu'à son embouchure, mais en 
ayant été détourné par les conseils des Indiens, il navi- 
gua jusqu'à celle appelée West-Road, d'où il gagna en- 
suite par terre les bords de l'océan Pacifique. Le pays 
qui environne Alexandria présente un aspect agréable et 
pittoresque. Cependant le sol est en général peu fertile; 
la couche de bonne terre n'a que huit pouces de pro- 
fondeur sur un lit de sable et de gravier. 

ClimaL~-Le printemps commence en avril et vers la 
fin de mai la température est délicieuse; il pleut beau- 
coup en juin avec les vents du sud et de l'est; en juillet 
et *oùt la chaleur est insupportable; les brouillards 
régnent en septembre et octobre , et occasionnent des 
maladies ; en novembre, les lacs et la plupart des rivières 
gèlent, et en janvier le thermomètre de Farenheit tombe 
quelquefois à a5 degrés au-dessous de zéro. La neige a 
jusqu'à vingt - quatre pouces de profondeur. Générale- 
ment , le climat de la Nouvelle-Calédonie est malsain et 
désagréable. 

Rivières et lacs,— Les rivières les plus considérables 



( l 7* ) 
sont celles de Frazer, Quesnel, Rough-Poplar, Ckilco- 
tin et fFest-Road. La première est seule navigable, h 
seconde et la troisième qui s'y jettent viennent des pe- 
tits lacs situés à l'est. 

La rivière Ghilcotin prend sa source dans le lac du 
même nom et se dirige vers le sud- sud-est ; son cours 
est de cent quatre-vingts milles ; sa largeur varie de qua- 
rante à soixante verges; son cours est embarrassé de 
beaucoup d'écueils et de rapides. 

Le lac, de soixante milles de long et d'un demi-mille 
de large, est environné de montagnes escarpées d'où 
s'échappent un grand nombre de sources. Il contient de 
la truite , un petit poisson nommé sucet et du poisson 
blanc. 

Suivant le rapport des Chilcotins, on peut se rendre 
en six jours , en franchissant une chaîne de montagnes, 
du lac ci-dessus à une rivière qui se jette dans l'Océan, 
et à l'embouchure de laquelle les Indiens viennent tra- 
fiquer avec les Européens. Le voyage d'Àlexandria au 
lac Chilcotin exige dix- huit jours.- 

Animaux. — Quadrupèdes. — Le daim sautant (Jum- 
ping-deer) ou chevreuil , le renne et le cerf de Virginie 
fréquentent les environs des montagnes ; dans l'été ils 
descendent souvent sur les bords des rivières et dans le 
plat pays adjacent. 

La marmotte et le rat des bois sont très communs. 
La chair du premier de ces animaux est excellente ; on 
fait des vêtemens avec sa peau. Le rat des bois est un 
animal très destructeur. 

Les chiens de petite stature ressemblent à ceux des 
Esquimaux; ils ont le museau allongé, les oreilles pe- 
tites et la queue courte. 



( i?3 ) 

Animaux à fourrures. — Les castors, les ours noirs, 
bruns et gris ; les loutres , lynx, martres, renards rouges. 
Les lapins sont en. si grand nombre que les naturels en 
font leur principale nourriture quand le saumon vient à 
manquer. 

Oiseaux. — Les bustards ou outardes canadiennes (oies 
sauvages), les cygnes, canards, éperviers, pluviers, 
grues, les aigles à tête blanche, les pies, corneilles, 
vautours, grives des bois, mouettes, pélicans, perdrix, 
faisans, oiseaux de nuit, etc. 

Le saumon manque ordinairement d'une année à 
l'autre, et si complètement chaque quatrième année, que 
les naturels, qui sont paresseux et indolens, périssent 
souvent de faim faute de pouvoir se procurer un autre 
aliment. 

Arbres.— Les arbres qui croissent dans ce pays sont 
le peuplier, le cyprès, l'aune, le cèdre, le bouleau et 
diverses espèces de pin et de saule. Les fruits sauvages 
n'y sont pas aussi abondans que sur les bords de la Co- 
lumbia. — On y trouve des sorbiers, groseillers, frai- 
siers, etc., ainsi que diverses sortes de végétaux que les 
Indiens font sécher et conservent pour la saison des sé- 
cheresses. On remarque aussi la racine appelée tza- 
chin, quia un goût amer; la plante appelée herbe de 
Saint-Jean ; un arbuste toujours vert avec de petites 
graines ramassées en forme de grappes ; la salsepareille 
et Y ellébore j dont une forte décoction, avec les graines, 
a été employée avec succès dans des maladies véné- 
riennes. 

Minéraux. — La terre blanche abonde dans le voisi- 
nage du fort , et on a découvert beaucoup de charbon 
' de terre. On trouve aussi une espèce de lave qui paraît 
être d'origine volcanique; du quarz, du cristal de 

i3 



( *74 ) 
roche , du cobalt , du talc, du fer, de la terre à fou ton, 
du granit, de beaux échantillons de marbre noir, enfin 
des pierres calcaires qui semblent venir des montagnes. 

Indiens. — De nombreuses peuplades habitent des 
villages , semblables à ceux des Indiens vivant sur les 
bords inférieurs de la Columbia. Ces naturels ressem- 
blent aux Chinooks pour l'extérieur et les manières, 
leur nom national est Carriers , mais les habitans de- 
chaque village ont une dénomination distinctive. En 
général , leur langage varie peu de celui parlé sur Ja 
cote; ils sont hospitaliers , mais paraissent enclins à la 
violence et à la colère. 

Ceux qui habitent les bords supérieurs de la rivière 
Frazer se divisent en plusieurs tribus, sous les noms 
suivans : Slowercuss, Dînais, Nascud , Dinne et Talko- 
tin, toutes issues évidemment d'une même origine. 

Plusieurs familles vivent dans la même habitation,, 
qui est proportionnée au nombre des occupons et divi- 
sée en plusieurs cases. Ces peuples, sales et indolens, 
sont couverts d'une vermine qu'ils se plaisent à manger;, 
ils ne connaissent point l'usage des bains, et prétendent 
que la crasse les préserve du froid pendant l'hiver et d& 
l'ardente chaleur pendant l'été. Les femmes pour pa- 
raître belles se frottent les cheveux avec de l'huile de- 
saumon, et les couvrent ensuite de duvet d'oiseaux; elles 
se peignent aussi avec de l'ocre rouge mêlé d'huile. Ces 
Indiens sont en général dune taille médiocre; il y en a 
peu qui atteignent cinq pieds neuf pouces (anglais)» Ils 
ont le teint légèrement cuivré , les cheveux longs et 
plats , et les yeux noirs. Les femmes sont plus petites et 
plus malfaites que les hommes. Le vêtement des deux* 
sexes consiste en une robe faite de fourrures de mar- 
mottes ou. de peaux de lapin ,. attachée autour du eoui 



\ l 7* ) 
et descendant jusqu'aux genoux; dans I été les hommes 
vont nus. Ces naturels aiment passionnément la danse 
et les jeux, et invitent à leurs fêtes les habitans de villages 
amis à trente ou quarante milles à la ronde. 

La polygamie est permise parmi eux, mais ils n'ont 
guère plus d'une femme. 11 n'y a point de cérémonie ma- 
trimoniale. Beaucoup de femmes sont stériles en raison 
des rudes travaux auxquels elles se livrent, et les avor- 
temenssont fréquens. La prostitution est ordinaire parmi 
les jeunes femmes et la lèpre est commune aux deux 
sexes. 

La manière de guérir les maladies est la même que 
chez les peuples des bords de la Columbia ; mais en cas 
de mort du malade, il est rare que ses parens ne sacri- 
fient pas le médecin ou quelqu'un des siens. 

Ils traitent leurs prisonniers avec une cruauté inouïe. 

Les funérailles se célèbrent d'une façon particulière. 
Chez les Talcotins, le corps de l'individu décédé est 
gardé pendant neuf jours dans son habitation; le 
dixième jour, il est transporté sur une espèce de bûcher 
formé par des branches de cyprès , dans les intervalles 
desquelles on place une grande quantité de bois gom- 
meux; on dispose tout à l'en tour les objets qui ont ap- 
partenus au défunt. Pendant la neuvaine prescrite, la 
veuve est obligée de coucher côte à côte du cadavre de 
son mari depuis le coucher jusqu'au lever du soleil ; et 
pendant que le médecin fait une dernière tentative pour 
ressusciter le mort, elle s'étend sur le bûcher jusqu'à ce 
que son corps soit couvert d'ampoules; aussitôt que 
l'opérateur est éloigné , elle doit passer lentement ses 
mains à travers les flammes et se frotter la figure et le 
corps avec de la graisse liquéfiée qui s échappe du ca- 
davre. Enfin, la cérémonie achevée, elle suspend der- 

ï3- 



( i;6 ) 

rière elle les principaux ossemens, enveloppés dans une 
écorce de bouleau, qu'elle garde ainsi quelques années, 
et elle est ensuite traitée comme esclave. Lorsque les os 
sont retirés de leur enveloppe , ils sont placés dans une 
boîte taillée, qui est clouée ou attachée à une porte de 
douze pieds de haut; un homme couvre ensuite la tête 
de la veuve de duvet d'oiseaux, tandis qu'un autre verse 
-sur elle le contenu d'une vessie pleine d'huile; elle est 
libre alors de contracter une nouvelle union , mais il y 
a peu de femmes qui veulent courir le risque d'être en- 
core assujétie aux cérémonies du veuvage. 

Les hommes sont soumis aux mêmes lois; mais beau- 
coup d'entre eux s'enfuient dans des régions éloignées 
pour se soustraire à ce traitement barbare. W. 



DEUXIÈME SECTION. 

DOCUMENS, COMMUNICATIONS., NOUVELLES. 
GEOGRAPHIQUES, ETC. 

ANCIENNES NAVIGATIONS DES NORMANDS 

En Afrique , aux Indes \ et en Amérique. 

M. Estancelin, membre de la chambre des députés, 
vient de publier un volume qui porte ce titre : Recherclies 
sur les voyages et découvertes des navigateurs normands, 
en Afrique, dans les Indes Orientales , et en Amérique. 
C'est l'œuvre d'un homme studieux, jaloux de constater 
les gloires nationales, de célébrer les faits domestiques [i). 
Déjà ce culte de la terre natale lui fit écrire, il y a quel- 
ques années, une histoire des comtes d ! Eu ; le même at- 
tachement au foyer paternel se décèle aujourd'hui dans 
le livre où il rassemble les fastes nautiques de Dieppe. 

- (i) Cdebrare domestka faeta. — Horatius. 



( "77 ) 

Les barbares appelés Normands ne se firent d'abord 
connaître à l'Europe civilisée que par leurs courses ma- 
ritimes, qu'ils poussaient jusqu'en Espagne, et peut-être*, 
au-delà, dès le commencement du neuvième siècle. De- 
venus possesseurs paisibles de la Neustrie, ils ne renon- 
cèrent point sans doute à tout jamais à la vie aventu- 
reuse de la mer et des vaisseaux; les Maures d'Espagne, 
ou les Espagnols eux-mêmes, leur enseignèrent la plage 
africaine, et leurs vaisseaux, familiers aux périls de 
l'Océan, allèrent probablement jusqu'à de grandes dis- 
tances explorer la côte occidentale, bien avant que les 
navigateurs portugais ou ceux de la Méditerranée osas- 
sent se risquer à doubler chacun de ces caps que leur 
méticuleuse inexpérience regarda successivement comme 
des barrières insurmontables. 

Les récits de Villaut de Bellefond offrent l'histoire 
détaillée des expéditions que les Dieppois envoyèrent, 
dès 1 364, jusqu'au-delà de Sierra-Léone, à 1 embouchure 
du Rio dos Gestos, où ils établirent dès-lors le comptoir 
ou loge du Petit-Dieppe ; des explorations qu'ils poussè- 
rent l'année suivante jusqu'à la Côte -d'Or, dans ce 
Ouanqârah des Maures si obstinément cherché depuis 
à l'intérieur du continent africain (i), et des comptoirs 
qu'ils échelonnèrent ensuite le long de la côte, depuis 

(i) Le schéryf Edry si avait le premier signalé cette riche Terre de 
Ouanqârah, pays de l'Or, île immense, entourée par le Nyl des Nègres^ 
«t située, d'après Ebn -al-ouàrdy, au bord de la grande Mer. Le consul 
anglais Joseph Dupuis est le premier Européen qui ait reconnu et 
déclaré formellement, d'après les explications qu'il avait reçues, 
dans le pays même, delà bouche des Musulmans qui y sont établis, 
que le Ouanqârah de la géographie mauresque n'est autre chose que 
la Guinée des Européens depuis et y compris la Côte-d'Or jusqu'au 
Vieux-Kaibar aussi inclus. Bowdich avait déjà recueilli les élémens 
de la même solution , mais sans en apprécier la portée réelle. 



( i7« ) 
le Gap -Vert jusqu'à la Mène, où ils bâtirent, en i383, 
une église que Ton y voyait encore en 1669. 

Vainement des étrangers envieux élèvent , contre la 
véracité de ces récits, des doutes intéressés ; en vain 
l'esprit de détraction qui caractérise nos jaloux voisins 
d'outre-Manche se rue contre la prétendue forfanterie 
de Villautet des auteurs qui, avant comme après lui(i), 
ont répété les mêmes faits : les noms de Baie de France, 
de Petit- Dieppe, de Petit-Paris , de Bastion de France à 
la Mine, de Château des Français à Aschem (2) , et les 
souvenirs locaux subsistant encore sur la côte deux 
siècles après, sont des témoignages que la critique éclai- 
rée de nos jours ne peut dédaigner , et dont un scolas- 
tique pyrrhonisme conteste vainement l'autorité. Peut- 
être, au surplus, les archives de Rouen, à défaut de 
celles de Dieppe , offriraient - elles quelques preuves 
contemporaines de ces navigations. 

Quoi qu'il en soit, c'est une vraie dérision que de 
mettre encore aujourd'hui sur le comptedes Portugais les 
premières reconnaissances au long des côtes occidentales 
d'Afrique, lorsque les dates de leurs voyages sont bien 
connues et fort postérieures non-seulement aux naviga- 
tions des Normands, mais même à divers monumens géo- 
graphiques où ces prétendues découvertes portugaises 
se trouvent à l'avance consignées. Tel est le portulan 
dessiné sur vélin et collé sur bois (3) qui existe à la bi- 

(1) La Popelinière, Barbot, Desmarchais, même l'Anglais Tuc- 
key, l'Ecossais Pinkerton , etc. 

(2) Axim, suivant l'orthographe portugaise, qui a prévalu dans 
l'usage vulgaire. 

(3) M. Walckenaer le dit dessiné sur bois; Bowdich , gravé sur bois : 
€11 réalité , c'est un superbe manuscrit sur vélin, richement enluminé, 
et collé ' sur douze ais de bois se repliant à charnières comme les 
feuilles d'un paravent. Malte-Brun lui attribue expressément la date 



( '79 ) 
bliothèque du Roi, et où Ton voit les détails de la côte 
jusqu'au Rio do Oitro : cette pièce, que M. Walckenaer 
et Malte-Brun ont reconnue pour être du milieu du qua- 
torzième siècle , et dont je crois pouvoir fixer la date 
précisée Tannée i3y5, a donc représenté, 4^ ans, 59 ans, 
67 ans d'avance, les découvertes faites en 1 4 17, en i434> 
et jusqu'en i44 2 ? sous le patronage direct du prince 
dora Enrique d^e Portugal!... Tel est encore le manuscrit 
génois dont M. Graaberg de Hemsoe a transcrit (1), 
entre autres passages, la mention de l'envoi d'une ga- 
léace, par le Catalan Joan Ferne, jusqu'au Rio do Ouro 9 
en i346* c'est-à-dire 96 années avant qu'Antonio Gon- 
zalez arrivât au même point. (2) 

Au reste, c'est chose avérée que les hommes auxquels 
la vulgaire renommée attribue tout l'honneur d'une dé- 
couverte, en sont rarement les premiers et véritables 
auteurs : presque toujours d'autres hommes, moins 
avides de célébrité, leur dnt frayé la voie. 

Ainsi, toute la gloire de la découverte de l'Amérique 
est restée attachée au nom de Colomb ; et pourtant d'au- 
tres Européens y avaien t'aborde avant lui : sans compter 

de i346 , et le suppose écrit en castillan, tandis qu'il est en langue 
catalane ou provençale. 

(1) Annali di geografia è di statistèca, lomo n. 

(2) Je profite de l'occasion pour consigner ici un rapprochement 
curieux qui peut-être n'avait point échappé à la sagacité de Malte- 
Brun. Le manuscrit de Gènes contient > à propos du RiodoOuro, dont 
il vient de parler, à raison de l'expédition envoyée par le Catalan 
Joan Ferne, la phrase suivante : Utud est caput finis terrarwn Jfricœ 
occidentalis. La carte de la bibliothèque c!u Roi est rédigée en cata- 
lan; et près de l'entrée de rivière qui représente le Rio do Ouroi on 
voit une légende de six lignes, effacée et pénible à lire en quelques 
parties, mais dont le commencement, bien conservé, se lit claire- 
ment : Cap de Finistera occidental de Jfricha. Ne semble-t-il pas qu'il 
y ait rapport intime entre cette carte et l'armateur Joan Ferne? 



( i8o ) 

la navigation de Leif Erikson et de Biorn à la terre incon- 
nue qu'ils nommèrent Vinland 7 au commencement du 
douzième siècle; sans parler de celle des frère» Zéni à 
Estotiland, en i38o; sans faire cas de celles des marins 
basques à des époques que leurs compatriotes disent 
fort anciennes ; sans s'arrêter non plus aux indications 
des îles Antilia et Brazil ou Berzil dans les cartes de Fran- 
cesco Picîgano, en 1367 d'Andréa Bianco en i436, de 
Fra Mauro, et autres, les Normands ont aussi leur part 
à revendiquer de cette découverte importante. 

Les mémoires de Dieppe racontent qu'en Tannée 1488 
un capitaine de navire, nommé Cousin, s'étant élevé fort 
au large dans l'océan Atlantique , fut porté vers l'ouest 
sur une terre inconnue, à l'embouchure d'un grand 
fleuve, qui ne serait autre que le Rio Maranhâo ou bien 
am; il avait avec lui un étranger appelé Pinçon , marin 
insubordonné , qu'à son retour à Dieppe il fit renvoyer 
du service de la ville. 

Et ce fut avec trois frères du nom de Pinçon que 
Colomb entreprit, quatre ans après, sa découverte du 
Nouveau-Monde : c'étaient des marins expérimenté», 
qu'il consultait fréquemment, et dont le plus habile don- 
nait ses avis comme un pilote qui connaît d'avance sa 
destination. Et il devait la connaître en effet , si cet 
homme, qui se montra de même fort insubordonné kuj. 
Génois, était le même Pinçon qui avait navigué sou* le* 
ordres de Cousin, comme il est assez naturel de le croire. 
Ainsi encore, tout l'honneur de la première naviga- 
tion aux Indes Orientales est dévolu à Vasco de Gama; 
et cependant les annales de Dieppe citent un voyage de 
ce même Cousin y antérieur de sept années à Ja célèbre 
expédition chantée par Camoëns, 

Enfin , la terre inconnue où Paulmier de Gonnevillp 



( i8i ) 

aborda en 1 5o3 , en se dirigeant au sud, après qu'une 
tempête dont il fut assailli près du Cap de Bonne-Espé- 
rance, l'eût jeté hors de la route des Indes, parait à 
M. Estancelin ne pouvoir être que X Australie ; et les 
Normands se trouveraient ainsi être encore les véritables 
auteurs de la première découverte de cette autre partie 
du monde. 

Mais les détails et les pièces justificatives de ces aven- 
tureuses expéditions, où les trouver aujourd'hui?... Non 
plus aux archives de Dieppe, détruites par le bombar- 
dement de 1694; mais peut-être dans les vieux papiers 
des Archives de la Marine, peut-être dans des collections 
particulières. Espérons que dans ce siècle où les recher- 
ches historiques ont repris faveur, des géographes labo- 
rieux, des amateurs zélés de l'histoire nationale et des 
gloires de nos aïeux (1), tenteront efficacement la dé- 
couverte des titres justificatifs de ces honorables tradi- 
tions : c'est un appel que je fais ici au patriotisme de tous 
mes confrères. 

Un heureux hasard a procuré à M. Estancelin une 
pièce de ce genre, qu'il s'est hâté d'arracher. à un long 
oubli par une publication textuelle : c'est le Voyage du 
capitaine Parmentier à Sumatra en 1D29. Ramusio en 
avait donné un résumé, comprenant aussi le récit succinct 
des voyages à Terre-Neuve et au Brésil, effectués par le 
même capitaine; mais le nom du navigateur était resté 
inconnu au compilateur italien. 

Faisons des vœux pour que nos fastes nautiques soient 
enrichis par de nombreuses publications Je cette nature. 

Paris, le 16 septembre i83a. 



(1) Gloria: majorum, devise de la Société royale des Antiquaires de 
France. 



9 

Etats-Unis. — Tableau de la population de chaque Etatq 

revu et rectifie par k 




Maine 

New-Hanipsbire. . . . 

Massachusetts. 

Rlipde-Island 

Connecticut 

Verraont 

New-York 

New- Jersey 

Pensylvanie 

Delaware 

Mary 1 and 

Virginie 

Caroline du nord . . . 
Caroline du sud 

Géorgie 

Alabama 

Mississipi 

Louisiane 

Tennessee 

Kentuck y 

OLio 

Indiana 

Illinois 

Missouri 

i Arkansas 

Micbigan .......... 

Floride . . . . . 

District de Colombie. 



Totaux. 



200,687 
x3i,i84 
394,685 
45,333 
143,047 
139,986 

951,441 

i5a,5a9 

665, 812 

38,845 

147,340 

347,887 

a3 5,954 

130,590 

i53,288 

100,846 

38,466 

49,715 

«75,066 

267,1:13 

478,680 

175,885 

82,048 

6i,4o5 

14,195 

18,168 

iq,236 

13,647 



5,354,o88 



197,573 
137,537 

308,674 

48,288 

i46,556 

139,790 

916,620 

147,737 

644,088 

28,756 

143,768 

346,4i3 

236,889 

127,273 

143,5x8 

89,560 

3 ',977 
3g,5i6 

260,080 

250,664 

447>G* 1 
x63,5i4 
73,oi3 
53,390 
11,476 
13,178 
8,149 
13,916 



5,171,144 



398,260 
268,721 
6o3,359 
93,62 1 
289,603 

*79»776 

1,868,061 

3oo,266 

1*309,900 

57,601 

291,108 

694,300 

. 47»,843 

257,863 

296,806 

190,406 

70,443 

89,23 c 

535,746 

5x7,787 

926,3 1 1 

33 ^i 3 99 
1 5 5,o6 x 

ii4,79 5 
25,671 

3r,346 

x8,385 

27,563 



10,524,232 



1 Y compris 125 individus non comptés dans les classes, et remis d'aprè 

2 Y compris 210 idfim idem. 



rritoire de l'Union, d'après le cinquième dénombrement en 1 83o, 
vrétaire d'état. 









\ 






* 




ESCLAVES. 




GENS DE COULEUR LIBRES. 


TOTAL 














GÉSÉRAL 










. 






de la 




MALES. 


FEMELLES. 


TOTAL. 


MALES. 


VEMKX.LVS 


TOTAL. 


POPULATION. 




» 


6 


6 


600 


571 


1,171 


399*437 




m 


5 


5 


a 79 


3a3 


602 


269,328 




M 


4 


4 


3,36o 


3,685 


7,045 


610,408 




3 


11 


U 


i,544 


a,oao 


3,564 


97> r 99 




8 


17 


25 


3,85o 


4,i97 


8,o4 7 


397,675 




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426 


455 


881 


280,657 




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a3,4o4 


44*869 


I,9i3,i3i l 




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1,195 


2,254 


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8,802 


i8,3o3 


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17a 


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4o3 


18,377 


19,553 


37,930 


1,348,233 




1,806 


i,48« 


3,29a 


7,882 


7,973 


i5,855 


76,748 




53,44a 


49,552 


102,994 


24,906 


28,o32 


5i, 9 38 


447»o4o 




239,077 


a3o,68o 


469,757 


22,387 


24,961 


47,348 


i,2n,4o5 




124, 3i3 


121,288 


a45,6oi 


9f 5 6x 


9.98a 


iy,543 


7 3 7,9 8 ? 




155,469 


159,932 


3i5,4oi 


3,672 


4,*49 


7,9 ai 


58i,i85 




108,8x7 


108,714 


217,531 


1,261 


i,aa5 


2,486 


5i6,8a3 




59,170 


58,3 79 


ii7,54y 


844 


728 


1,572 


309,527 




33,oyg 


3a,56o 


65,659 


a88 


a3i 


519 


1 36,6ai 




57»9 XI 


51,677 


109,588 


7,23o 


9,48o 


16,710 


21 5, 7 3 9 a 




70,216 


71,387 


141, 6o3 


2,l3o 


2,4^5 


4,555 


681,904 




82,309 


82,904 


i65,ai3 


2,652 


2,265 


4,9*7 


687,917 




X 


5 


6 


4,788 


4,779 


9,567 


935,884 




u 


3 


3 


x,85 7 


1,772 


3,629 


343,o3 X 




347 


4oe 


747 


824 


8i3 


i,63 7 


i57,44â 




11,439 


12,65a 


25,091 


284 


a85 


56 9 


i4o,445 




2,293 


2,283 


4,576 


88 


53 


141 


3o,388 




ai 


10 


3a 


i$9 


10a 


261 


3i,639 




7,9 85 


7,5i6 


i5,5oi 


383 


46 X 


844 


34,730 




a, 85a 


3,267 


6,119 


a,645 


3,5o7 


6,1 5a 


39,834 




1,012,822 


996,228 


2,009,060 


i53,a43 


166,333 


319,576 


12,853,193 




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e noi 


uveaux rei 


nseignemei 


1S. 




„ 


w. 



( «84) 



TROISIEME SECTION. 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ. 
PROCÈS -VERBAUX DES SÉANCES. 

Séance du y septembre i83a. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M, Alexandre Barbie du Bocage écrit à la Société pour 
lui annoncer son prochain voyage en Italie, nécessité 
par l'état de sa santé ; il offre en même temps ses ser- 
vices à la Société , et promet de répondre à toutes les 
questions qu'elle jugerait à propos de lui adresser. 

Cette lettre est renvoyée à la section de correspon- 
dance, avec l'invitation de satisfaire aux désirs de M. 
Barbie du Bocage. 

M. Julian-Robert Jackson , colonel d'état major au ser- 
vice de Russie, qui a fait de nombreux voyages en Asie,, 
en Turquie, et un séjour prolongé dans les In des orien- 
tales, écrit de Saint-Pétersbourg à la Société pour lui 
exprimer le désir d'être reçu au nombre de ses mem- 
bres. La Commission centrale s'empresse de l'admettre 
sur la proposition de MM. Jouannin et Roux de Ro- 
chelle. 

M. le professeur Rafinesque remercie la Société de la 
médaille d'or qu'elle a bien voulu lui décerner pour son 
mémoire sur X origine des races nègres asiatiques , et il 
témoigne le désir que cet écrit soit publié parmi les Mé- 
moires de la Société. 



( «85) 

MM. Vander-Maelen et Meisser adressent à la Société 
un exemplaire du dictionnaire de la province de Namur, 
de la carte de la Belgique, et du relevé de la population 
de ce royaume , qu'ils viennent de publier; ils font con- 
naître en même temps le plan de leur travail sur la Bel- 
gique, et expriment le désir qu'en considération des dif- 
ficultés qu'ils ont eu à vaincre, la Société veuille bien in- 
viter un de ses membres à lui rendre compte de ces ou- 
vrages. 

M. C. Moreau, chargé par les auteurs de présenter ces 
ouvrages à la Société, est invité à lui en rendre compte 
et à lui donner des renseignemens sur rétablissement 
géographique fondé à Bruxelles par M. Vander-Maelen. 

M. Warden adresse à la Société le tableau de la popu- 
lation générale des Etats-Unis et l'éloge du docteur Mit- 
chill par M. Pascalis. 

M. Eyriès annonce à la Société la mort récente de 
M. le baron de Zach, et rappelle les grands services qu'il 
a rendus à la science. 

Séance du 21 septembre i83i. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

MM. les comtes Anatole et Alfred de Montesquioa 
adressent leurs remercîmens à la Société, qui vient de les 
admettre au nombre de ses membres. 

M. Barbie du Bocage communique plusieurs lettres de 
M. Ch. Guys, ancien consul de France à Tripoli; une 
entre autres est relative à ses excursions dans la Syrie et 
à la publication prochaine de son voyage. 

Renvoi d'un extrait de ces lettres au comité du Bulletin. 

M. Jomard communique une lettre de M. A. Cochelet, 
aujourd'hui consul-général près la république du Guate- 



( 186 ) 

raala, datée de Philadelphie , le 8 août i83a , annonçant 
le voyage de M. Galindoaux ruines de Palenqué, et ren- 
fermant plusieurs itinéraires détaillés du Mexique à Gua- 
temala. M. Cochelet fait remarquer l'activité qui règne sur 
les bords du Mississipi, et le nombre des constructions 
nouvelles qui s'élèvent journellement sur ses rives comme 
par enchantement. — Renvoi au comité du Bulletin. 

M. le colonel Juan Galindo adresse une description 
des ruines de Palenqué, datée du lieu même, 27 avril. 
Sa lettre est accompagnée de plusieurs esquisses des 
monumens de cette ancienne ville. M. Galindo entre dans 
de grands détails sur les monumens de Palenqué, et 
donne des éclaircissemens sur la topographie du lieu. La 
Société entend avec un vif intérêt cette description , et 
arrête qu'elle sera insérée dans le plus prochain numéro 
du Bulletin. Des remercîmens seront adressés à M. le 
colonel Galindo pour cette communication. 

M. Jomard fait un rapport favorable sur la première 
livraison de l'ouvrage relatif aux antiquités mexicaines, 
publié par MM. Baradère , Lenoir et Farcy, et accompa- 
gné d'une dissertation par M. Warden , contenant la re- 
lation de l'expédition du capitaine Dupaix et les dessins 
de Castaneda, artiste de l'expédition. On doit ces maté- 
riaux à M. Baradère. Le rapporteur conclut en émettant 
le vœu que cette intéressante publication soit continuée 
et reçoive des encouragemens du public. Le rapport est 
adopta et renvoyé au comité du Bulletin. 

])1. d'Avec l*t Uïl€ notice sur les anciennes naviga- 
tions 4qs Normands , à l'occasion de l'ouvrage de M. Es- 
tancelin, membre de la chambre des députés , intitulé : 
Recherches sur les voyages et découvertes des juwiga- 
leurs normands en Afrique , dans les Indes orientales et en 
Amérique. 



( *8 7 ) 

Après qtielquesobservations de MM. Jomard et Eyriès 
sur les anciennes cartes attribuéesà ces navigateurs , an- 
térieures au seizième siècle, cette notice est renvoyée au 
comité du Bulletin. (Voy. page 176.) 

M. Albert-Montémont communique de la part de 1 au- 
teur, M. Richard, de Rémi remont, un mémoire manuscrit 
sur la coutume judiciaire de la Bresse, département de* 
Vosges, dans le moyen âge, écrite sous le règne de 
Charles III, duc de Lorraine, en 1 595, et qui a subsisté 
jusqu'en 1789. 

L'heure avancée ne permet pas d'entendre la lecture 
de ce méftioire ; elle est ajournée à la prochaine séance. 



MEMBRES ADMIS DANS LA SOCIETE. 

Séance du 7 septembre. 

M. le chevalier Julian-Robert Jackson , colonel d'état- 
major au service de Russie. 

Séance du 21 septembre. 

M. Chanut, professeur d'histoire et de géographie a iv 
collège royal de Henri IV. 



ouvrages offerts a la SOCIÉTÉ: 
Séances des y et 21 septembre. 

Par M. Vander-Maelen : Dictionnaire géographique de 
la province de Namur, 1 vol. in-8°. — Relevé de la popu- 
lation du royaume de Belgique par province etparcircon- 



( »88) 

scription judiciaire au premier janvier i83ï , i vol. in-8°. 
— Carte du royaume dé Belgique y une feuille. 

Par M. Gide : Nouvelles Jnnales des voyages^ cahiers 
d août et septembre. 

Par M. le directeur : Cahier de septembre du Mémo- 
rial encyclopédique* 
• Par M. Eyriès : Carte du Loffode Nordland. 

Par M. de Moléon : Recueil industriel et manufactu- 
rier, cahiers de juillet et août. 

Par la Société d'agriculture du département de Seine- 
et-Oise : 3 a" volume de ses Mémoires. 

Par la Société de Civilisation : premier numéro de la 
Revue sociale. 

Par la Société des méthodes d'enseignement : Cahier 
d'août de son Bulletin. 

Par M. Boucher : Opinion de M. Christophe sur les 
prohibitions et la liberté du commerce , 3 e partie. 

Par les directeurs : Quatre numéros du Moniteur 
Ottoman et quatre numéros du Courrier de Smyrne. 



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BULLETIN 



DE LA 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE. 



N° 114. — OCTOBRE l83îl. 



PREBIIÈRE SECTION. 



MÉMOIRES, EXTRAITS, ANALYSES ET RAPPORTS. 



DOCUMENS NOUVEAUX 



» # 



SUR LES MORUMENS DE PALBRQUE , DANS L AMERIQUE 



CENTRALE, 



Et sur les routes qui conduisent de Mexico à Guatemala. 



Lettre de M. Gochelet, consul général et chargé 
a" affaires de France près le gouvernement de la répu- 
blique de l'Amérique centrale, 

A M. Jomard, membre de P Institut. 

Philadelphie, 8 août i83a. 

Je tous dirai, comme une chose certaine, que 

l'expédition scientifique de M. Waldeck (i), s'était em- 

(i) Voir le Bulletin de la Société, n° 106 , p. xoi. 

14 



( x 9° ) 
barquée à la Vera-Cruz , deux jours avant mon départ 
de ce port, qui a eu lieu le 7 avril dernier, et qu'elle 
s'était dirigée sur 1 état de Tabasco, pour atteindre les 
ruines de Palenqué par le plus court chemin. 

Il faut espérer, cette fois, que le monde savant , qui 
désire depuis si long- temps obtenir des faits plus positifs 
sur ces ruines mystérieuses , ne sera pas encore frustré 
dans son attente. Car indépendamment du docteur Cor- 
roy, dont vous me parlez encore dans votre lettre, et 
qui a dû , dites-vous , retourner à Palenqué dans le mois 
de mars dernier , pour y faire des fouilles , il parait 
qu'un officier supérieur de l'Amérique centrale, nommé 
J. Galindo , s'est aussi rendu au commencement de cette 
année à Palenqué dans un but d'exploration. C'est au 
moins ce que je viens de lire dans un journal français, 
qui s'imprime à New-York , et qui a inséré , à cet égard > 
un assez long article , que je crois devoir vous envoyer 
ci-joint , parce que je suppose qu'il intéressera la Société 
de géographie, si elle n'en a pas déjà eu connaissance. 

Ce que vous apprendrez sans doute avec plaisir, mon- 
sieur, c'est que je serai bientôt plus à portée d'offrir 
mes services aux explorateurs de Palenqué , et de rendre 
compte de leurs succès à la Société de géographie. Mes 
fonctions diplomatiques au Mexique ont cessé depuis le 
mois de mars , et il a été décidé que j'irais les remplir 
auprès du gouvernement de la république de l'Améri- 
que centrale. J étais déjà arrivé à la fin de mars à la 
Vera-Cruz, où je croyais trouver un de nos bàtimensde 
guerre de la station de la Havane , qui devait me con- 
duire dans le golfe de Honduras. Mais les circonstances 
de la guerre civile du Mexique ont rendu sa présence 
indispensable sur les côtes de ce pays, afin de protéger 
efficacement les intérêts de nos nationaux , et j'ai dû 



( «S* ) 

aller forcément aux Etats-Unis du nord de l'Amérique $ 
pour y chercher les occasions d aller prendre possession 
de mon poste. 

Cette direction inattendue ma fait faire un long et 
beau voyage; car, après avoir été chercher à la Nou* 
velle-Ûrléans un navire de commerce, que je n'y ai pas 
trouvé, pour me conduire àOmoa ou Belise , je me suis 
acheminé vers le nord des Ëtats-Unis , seul' point où 
l ? on en trouve quelquefois, et j'ai remonté le Mississipi 
et l'Ohio jusqu'à Pittsburg, par Louis-Ville, Cincinnati 
et Wheeling , c'est-à-dire pendant a,o34 milles , ou si* 
cent sôixante-dix-huit lieues. Je ne vous parlerai point 
de tout ce que ce voyage offre de remarquable , car des 
milliers de personnes le font tous les ans, et parmi elle* 
il y en a beaucoup qui publient des narrations autre- 
ment intéressantes qu'un simple récit comme celui que 
je pourrais vous faire. Qu'il vous suffise donc de savoir 
qu-il n'y a aucun des nombreux pays que j'ai parcourus 
dans l'ancien et le Nouveau-Monde où j'aie vu tin tel 
mouvement ascendant et qui présente un cadre d'acti- 
vité et de prospérité comme dans la partie des Etats- 
Urtïi que j'ai traversée. J'ai Vu de tous cités lés rives dtf 
Mississipi et de l'Ohio se couvrir de villages , de botirgfr 
et de villes. J'ai vu de tous côtés deà fondations" nou- 
velles et des édifices publics sortir de dessous terre éotamé 
par enchantement. La fureur des spéculations sut* les 
terreins où Ton bâtit s*est emparée de toutes les têtes , 
comme il y a quelques années à Paris. Afin de votts citer 
un seul fetempîe entre plusieurs, je vous dirai que Cin- 
cinnati, qui n'avait que cinq cents habitans en ij#5, 
et quatre mille en *8i3, renferme aujourd'hui une po<* 
pulation de trente mille âmes. Il paraît que cette ville 
n'en restera pas là, car j'y 'ai vu adjuger pour cent ans, 

M- 



( l 9* ) 
devant moi, la nue-propriété d'unterrein où l'on voulait 
bâtir à raison d'une location par an de douze piastres 
(63 fr. , 60 c.) le pied de terre de face sur une certaine 
profondeur pour la bâtisse. L'adjudicataire était un riche 
propriétaire auquel le jeu des terreins a fort bien réussi , 
Car il y a fait une énorme fortune. 

Ce qu'il y a d'aussi remarquable que l'agglomération 
des populations sur les bords des grands fleuves des 
Etats-Unis , c'est l'activité que l'on remarque parmi elles* 
Cette activité est merveilleusement entretenue par les 
nombreux bateaux à vapeur qui sillonnent les fleuves 
en remontant et en descendant. Ces bateaux qui ressem- 
blent à des maisons flottantes richement ornées, et où 
l'on trouve toutes les commodités de la vie, semblaient 
déjà avoir atteint le dernier degré de perfection, et ce- 
pendant on en construit de tous côtés, et surtout à 
Wheeling et à Pittsburg , le Birmingham des Etats-Unis, 
de plus grands et de plus somptueux, où le luxe le dis- 
pute à l'art. On ne peut se faire une juste idée du mou- 
vement qui règne sur toutes les parties des rives du Mis- 
sissipi et de l'Obio , au moyen de ces machines ambu- 
lantes qui distribuent de chaque côté du fleuve, non- 
seulement tous les gens actifs et industrieux employés à 
un commerce d'échange entre le nord et le midi , ou qui 
se livrent aux travaux de l'agriculture, mais eucore les 
habitans des villes malsaines du midi , qui vont respirer 
dans le nord un air plus pur, ou chercher des distrac- 
tions nouvelles. 

Ce mouvement et cette activité de tous les jours, à 
l'exception du dimanche, où tout rentre dans un calme 
profond, sont surtout remarquables quand on sort du 
Mexique. Je dois dire cependant que l'aspect de ce der- 
nier pays est changé sous quelques rapports depuis 1829, 



( «93) 
époque à laquelle j'y suis arrivé , et que Ton voyage sur* 
tout avec plus de facilité et moins de danger sur la route 
de Mexico à la Vera-Cruz. Je serais bienheureux si dans 
l'Amérique centrale les moyens de transport étaient 
aussi bien organisés. Il paraît qu'ils sont des plus diffi- 
ciles. Je viens encore de recevoir une lettre du 10 mai, 
d*ùn ancien officier français, M. Mercher, que les évè- 
nemens politiques de i8i5 avaient jeté dans le com- 
merce, et qui a eu l'obligeante et malheureuse idée de 
venir depuis Guatemala à ma rencontre jusqu'à Belise, 
où il supposait avec raison que je devais arriver à l'épo* 
que où il m'écrit : « Lorsque j'ai quitté Guatemala , l'en- 
trée du golfe d'Izabal était occupée par les nègres ctft les 
galériens d'Omoa , commandés par Dominguez. Ce fâ- 
cheux événement m'a forcé de faire un détour de trois 
cents lieues que j'ai parcourues en vingt-six jours. C'est 
le plus affreux voyage que j'aie jamais fait, et j'ai voyagé 
beaucoup. Nulle trace de civilisation , et un climat mort. 
Le lendemain de mon arrivée , je suis tombé dangereu- 
sement malade des suites des fatigues de mon long et 
pénible voyage, qui rencontre bien des incrédules. Je 
suis maintenant bien faible, mais en pleine convales^ 
cence. » 

Je suppose que M. Mercher aura fait la route de Gua- 
temala à Belise par le district de Peten , dont je vous ai 
déjà envoyé l'itinéraire. Quant à moi, mon intention est 
toujours d'aller par Izabal, afin de rendre autant que 
possible le voyage moins long et moins pénible. Voici la 
route qui m'a été donnée, et que je suivrai probable- 
ment. 

De Belise (colonie anglaise au sud de la presqu'île du 
Yucatan), on se rend à Izabal , petit port de la républi- 
que de l'Amérique centrale au fond du golfe Dulce 7 il 



I 



y a environ deux jours de navigation sur un petit canol 
sans abri; 

D'Izabal à Mico (en sortant d'Izabal , en trouve imme* 
diatement une très haute et très difficile montagne à 
traverser, qui n'est praticable que dans les temps de sé- 
cheresse); on met presque un jour à Caire ce trajet; 

De Mico , si on a été favorisé par le pas des montures 
dans le passage de la fameuse montagne, et si on n'a 
pas éprouvé d'accident, on peut aller le même jour cou- 
cher à lguana; 

D'Iguana à Gualan (Gualan est un bourg que l'on 
regarde comme le premier endroit assez salubre de la 
route) ; 

De Gualan à Zacapa, dix lieues (Zacapa parait être le 
meilleur gîte de la route pour les voyageurs et les mules) ; 

De Zacapa à Chimalapa, huit lieues; 

De Chimalapa à Guastatoya, onze lieues;. 

De Guastatoya à Omoy ta , neuf Ueues ; 

D'Qmoyta à San José, huit lieues; 

De San José à Guatemala, huit lieues. 

Vous savez, monsieur, que d'Omoa, qui est l'autre 
port sur le golfe de Honduras le plus rapproché de Gua- 
temala, il y a cent soixante-trois lieues jusqu'à cette ca- 
pitale. Peut-être la Société de géographie n'a-t-elle pas 
un itinéraire complet de cette distance, je vais mettre 
sous ses yeux celui qui m'a été communiqué : 

D'Omoa à San Pedro 16 lieues. 

à la Cofradia xo 

à Quimistan 10 

à Sala 8 

à la Venta l3 

à laEntrada . 4 



( *95 ) 

à la Boca del Monte 5 

àSantaRosa . . 16 

à laBorea 7 

à Llano Grande 6 

à Jocatan 11 

à Chiquimula 7 

à Zacapa 6 

(Ici on rejoint la route d'Izabal à Guate- 
mala.) 

à Guatemala (selon l'itinéraire ci- 
dessus) r 44 

Distance d'Omoa à Guatemala i63 lieues. 

J'aurais bientôt composé un alraanacb des postes ou 
plutôt des stations de cette Amérique presque sauvage, 
si je vous envoyais , monsieur, tous les itinéraires qui 
m'ont été donnés pour me rendre à Guatemala par des 
amis bienveillans que le sort réservé à ma famille dans 
ce pénible voyage intéressait vivement. Les uns, d'ac- 
cord en cela avec mon désir, voulaient que j'allasse 
m embarquer à Acapuico , sur l'océan Pacifique; mais 
il n'y avait pas un seul navire au port, et il s'y en trouve 
rarement. Les autres m'engageaient à aller par la lagune 
de Terminos à Peten , en suivant ensuite la nouvelle 
route dont vous avez l'itinéraire; mais je crois que cette 
route n'a été fréquentée jusqu'à présent, dans quelques 
parties , que par les Indiens Caraïbes , et il serait par trop 
imprudent d'aller faire voyager une jeune femme et un 
enfant en bas âge au milieu de peuplades encore sauva- 
ges. Les troisièmes (et le nombre de ceux-ci était consi- 
dérable , parce qu'il représente les peureux du Mexique , 
qui n'aiment pas la mer et toutes ses chances) m^ con- 
seillaient d'aller droit sur Guatemala par le chemin de 



terre, en traversant les CordiHières. J'ai hésité quelque 
temps si je suivrais cet avis , mais j'étais arrêté par Vin- 
certitude et les dangers pour ma famille d'une longue 
route à faire à dos de mulets, et que j'aurais été plu- 
sieurs mois à parcourir. Je m'y serais cependant résigné , 
si j'avais pu prévoir que le bâtiment de guerre ne pou- 
vait pas me conduire à Bélise dans la seule saison de 
l'année où le chemin d'Izabal à Guatemala parait être 
praticable. 

Vous serez sans doute curieux d'avoir quelques ren- 
teignemens sur cette route fort peu connue, mais dont 
l'itinéraire sera utile aux négocians , aux voyageurs et 
aux géographes qui s'occupent d'une nouvelle carte du 
Mexique. Je vous l'adresse donc , partant de Guatemala. 



Db Guatemala * 




Db âmatsnakgo à 




Mixco. 


3 lienes. 


Ciudad Real. 


7 lieues 


Santiago. 

Sampango. 

Pasoa. 


9 

3 

IO 


Iztapa. 

Chiapas. 

Tuxtla. 


8 
5 
3 


San Andréa. 


6 


Ooosocantla. 


7 


Argueta. 

Totonicapan. 

San-Franciscou 


S 

9 
3 


Sîntalapa. 

Macuilapa. 

Dolores. 


IO 

8 
8 


Agna Caliente. 
Guigietenango. 
Rosario. 
Todos Santos. 


5 

io 
S 

7 


Tapâna. 
Sanatepeque. 
Niltepeqne. 
La Venta. 


8 


San Martin. 
Jacaltenango, 
San Àndrès. 


S 

6 
3 


Iztalpeque. 
Tehuantepec. 
Yerba Santa. 




Yalisjao. 
San José. 


4 
8 


Tequisistlan. 
Las Vaccas. 


7 


Iuncana. 


6 


San Bartolo. 


8 


Comitan. 


5 


San Carlos. 


8 


Àmatenango. 


X* 


Tapanala. 


7 

* 



lieues. 



Db Tapabala â 

Tototapa. 7 

3an Dionisip. $ 

San Lucas. a 

Oaxaca, 7 

San Juan del Rey. 6 

Ataclanta. 5 

D n ppmingalUo. 4 

Qulclacan. 3 

Tiotepeque. 5 

Los Cois. 3 

San Antonio. 4 

San Sébastian. 6 

Chemin de terre de Guatemala à Mexico. 



( *97 ) 

Db Sa* Sbbastiah à 

Teguacan. 4 lieues. 

Tepango. 5 

Hacotepeque. 6 

La Venta de Alcorta. 3 



Tepiapa. 


4 


Mosoge. 


5 


San Martin. 


6 


Las Tablas. 


6 


Rio Frio. 


4 


Chalco.} 


5 


Mexico. 


6 



371 lieues. 



Me voilà , monsieur, bien éloigné actuellement de ce 
chemin ; mais quand je pense à toutes les aventures qui 
auraient pu in arriver dans une si longue route et au 
milieu de tels gîtes, en voyageant seul avec ma famille 
et quelques domestiques du pays, qui sont souvent les 
premiers à dévaliser leurs maîtres , comme cela m'est 
arrivé au Mexique , je préfère encore mon long trajet 
par mer et mes huit à dix journées par terre d'Izabal à 
Guatemala, quelque pénibles et fatigantes quelles 
soient. Je ne manquerai pas de faire un examen attentif 
du pays que je parcourrai, et je le soumettrai à la So- 
ciété de géographie.... 

Signé Ad. Cochblbt. 



Ehbata d'une faire précédente de M. Cochelet, insérée dans le cahier de 

février i83a. 

Page 102, ligne 9 3, au lieu de : demandé aux évéques, Usez : 
demandé au congrès. 
Page 107 , ligne %i , au lieu de : son sommet , lisez : Sonsonnau. 3 



( *&) 

Mémoire de M. Gàlihdo, officier supérieur de la répu- 
blique de F Amérique centrale , adressé à M. le secré- 
taire de la Société de géographie de Paris. 

> 

i — 



i 
i 

Ruines de Palenqné , s 7 avril. 
1 

1 

Monsieur le secrétaire , 

Au milieu de ces ruines admirables, qui annoncent 
fièrement au monde, la hau{e civilisation de ces pays 
dans les temps passés , et sauvent l'Amérique ancienne 
du reproche de barbarie , à qui puis -je m adresser plus 
justement, pour faire connaître à l'Europe nos droits à 
sa considération, qu a votre Société honorable et.re- 
nommée ! 

La chaîne de montagnes % sur le sommet de laquelle 
s'étendent ces ruines , traversent le continent de l'orient 
à l'occident, depuis la source du Yalchilan, petite ri- 
vière tributaire des eaux de l'Usumâsinta jusqu'à quelques 
lieues à l'ouest d'où j'écris : elle sépare politiquement 
les républiques centre- américaine et mexicaine, et na- 
turellement les plaines unies et chaudes deTabasco, des 
pays élevés et tempérés du Peten , qui restent au sud. 
De son extrémité occidentale, la chaîne tourne vers le 
sud et sépare encore la province centre-américaine du 
Peten de l'état mexicain de Chiapas ; un morceau de ce 
dernier état pénètre aussi au nord de ces ruines , et là 
se trouve la ville de Santé Domingo del Palenqué (Saint- 
Domingue de la Lice), qui a eu l'honneur, chez l'étran- 
ger, de donner son nom à ces ruines, qui ici sont con- 
nues généralement sous celui de « Las Casas de Piedra» » 

Cet endroit se troure à Forient de l'isthme de Tehtian- 



( *99 ) 
tepec, un des points qui unissent les deux grands con- 
tinens du nord au midi : 1 état de Tabasco occupe les 
vastes plaines entre les ruines et le golfe de Campêche , 
entrecoupées par l'Usumasinta, et ses tributaires des 
canaux naturels et des bouches nombreuses, qui for- 
ment tout ensemble (i) le Suez , l'Egypte , la Méditer- 
ranée , le Nil et le Delta de cette Thèbes américaine. 

Une tribu des Mayas sauvages appelés Lacandons, qui 
habitent un district immense dans le centre du conti- 
nent, embrassent toute la partie occidentale du Petenj 
errçnt sur les bords supérieurs de l'Usumasinta et le 
pays qui se trouve au sud de l'endroit d'où j'écris. C'est 
l'unique reste des nombreuses tribus des Mayas indé- 
peudans, qui, à l'époque de la conquête espagnole, 
occupaient la partie orientale de Tabasco, toute la pé- 
ninsule de Yucatan, et ce qu'on appelle aujourd'hui les 
provinces de Honduras britanniques, Livingston et le 
Peten , qui s'étendent sur les côtes depuis le lac 4e Ter- 
minos jusqu'à Owoa. 

Les Lacandons sont fort peu civilisés , néanmoins Us 
ne sont pas trop féroces; ils emploient la langue de 
leurs ancêtres , qui se parle aussi chez les Indiens con- 
quis, et même chez plusieurs autres habitans des pays 
qu'occupaient les Mayas au temps de la conquête. Ils 
s'habillent de coton et de l'écorce de l'arbre qui produit 
la gomme élastique, et se fient à la pêche et à la chasse 
pou? leur principale nourriture; à lâchasse, ib em- 
ploient des flèches de canne ayant des têtes de cailloux* 
U? cultivent aussi des petites quantités de maïs, de ca- 
cao et de tabac, celui-ci d'une qualité fort supérieure, 

(i) On a cru devoir conserver le style de cette lettre , malgré les 
tOBfnvre* étrangères qu'on y remorque de temps à antre. 

(,7V. P.Jt) 



( aoo ) 

et qu'ils échangent pour le sel. Ils ne possèdent aucune 
tradition de l'antiquité, et ont presque oublié la con- 
quête du Peten , qui n*a eu lieu qu'au commencement 
du siècle passé. 

Les Espagnols trouvèrent les Mayas de Yucatan dans 
un état avancé de civilisation. Un peuple qui parlait la 
langue puctunc ou chol , qui n'est qu'une corruption 
légère du maya , possédait le pays de ces alentours ; 
mais il n'avait aucune idée des fabricateurs de ces an- 
ciens édifices. Les Puctuncs ne furent jamais , depuis 
qu'ils sont connus , aussi civilisés que les Mayas , et à 
présent qu'ils restent conquis, ils sont dans un grand état 
d'abrutissement; si on leur demande qui bâtirent ces 
édifices , ils répondent « le diable » , et ils les regardent 
avec une espèce de crainte superstitieuse. Les autres ha- 
bitans du pays, voyant la stupidité des Indiens, et ne 
connaissant d'habileté que parmi les blancs, croient 
qu'une race de blancs fut l'auteur de ces bâtimens et des 
autres antiquités du pays ; mais je suis décidément d'un 
avis contraire. 

Les Espagnols fondèrent une ville qu'ils appelèrent 
Santo Domingo del Palenqué , il y a un peu plus d'un 
siècle, parmi ces ruines , attirés par la beauté du climat et 
l'absence des maringouins et d'autres insectes incommo- 
des; mais ils trouvèrent les chauves-souris si nombreuses 
et nuisibles , qu'ils changèrent la situation de la ville à 
une lieue au nord et dans la plaine; c'est à présent un 
très joli endroit : ses belles femmes ont une grande ré- 
putation, et la longue vie de ses habitans est aussi re- 
marquable , comme preuve de l'excellence du climat. 

Les pays voisins de Tabasco et le Peten contiennent 
de nombreux restes d'antiquités qui prouvent qu'à une 
époque éloignée , cette contrée était la plus civilisée de 



( 20I ) 

l'Amérique ; je juge cette époque beaucoup plus reculée 
que la fondation de la ville de Mexique, au commen- 
cement du quatorzième siècle, et pour différentes rai- 
sons : premièrement , je vois que les anciens peuples de 
ce pays possédaient l'art c|e représenter les sons par des 
signes, ce qui était ignoré par les Mexicains, et jusqu'à 
présent, je croyais qu'aucuns Américains avant la con- 
quête ne savaient écrire : les Mexicains, qui auraient 
été nos voisins , et qui n'étaient point dépourvus de ta- 
lent, auraient infailliblement appris d'ici l'art de l'écri- 
ture, si supérieur aux hiéroglyphes qu'ils employaient. 
Encore je suis d'avis que cette nation ancienne fut dé- 
truite par une irruption de barbares du nord-ouest, ce 
qui est une raison pour leur donner une époque beau- 
coup plus éloignée que la fondation de la ville de Mexi- 
que, en i34?, puisque j'ignore si aucune ancienne his- 
toire ou tradition parle d'une telle irruption, ni avant 
ni après cette année ; son antiquité doit ainsi être 
plus reculée que toutes nos connaissances historiques 
sur cette partie du monde. 

Quelques lieues à l'ouest et dans la direction de la ville 
de Mexique, se trouve un pont de pierre sur la rivière 
Tulija (tributaire de l'Usumasinta); ses arches sont ca- 
chées sous l'eau , qui a séparé la rive droite du pont (sic) ; 
la rivière a environ cinq cents pas de large en cet en- 
droit. Ce doit être cet objet qui a donné origine à la 
ville fabuleuse de Pulha, dont parle M. Juarros dans son 
histoire de Guatemala. Les deux paragraphes de cet au- 
teur sont la seule chose que j aie vue écrite sur les anti- 
quités de ce pays : comme c'était un ecclésiastique qui 
ne sortit jamais de sa ville natale , toutes ses descriptions 
hors de là, sont fondées sur des rapports, et ses infor- 
mations sur cet endroit ci sont fort incorrectes. Il dit 



( aoa ) 

que "ces ruines d'oà j'écris étaient inconnues avant le 
milieu du dix-huitième siècle, ce qui est absolument 
faux ; puisque je suis persuadé , que depuis la conquête, 
ces édifices ont été connus des Espagnols, quoiqu'ils 
n'aient jamais pu rien décider sur leur origine. Au lieu 
de n'avoir que six lieues de circonférence, cette ville rui- 
née a plus que cela de large. Le nom de Culhuacan que 
M. Juarros lui donne est sans autorité, puisque nous 
ne connaissons point ce nom-là dans tout le voisinage. 
Il y a une ville près de la mer dans l'état de Tabasco , 
appelée Gundoacan , mais à plusieurs journées d'ici. 

Au nord-est, à sept lieues de distance, se trouve une 
cuvette circulaire, de vingt pieds de diamètre, et deux 
au-dessus de la plaine, mais elle en a huit de profondeur 
en dedans, et est à présent peuplée de crocodiles* 

A une lieue de Tenosique sur le bord de l'Usuma- 
sinta , se trouve une pierre monumentale , remarquable 
par les caractères qu'elle contient. 

Plus haut sur la rivière Usumasinta, et dans un grand 
souterrain sur la rive gauche, H y a des ruines extraor- 
dinaires et magnifiques que je n'ai pas vues. 

Beaucoup plus loin, à l'autre côté[de la ville de Flores 
(chef-lieu du Peten), se trouve le lac de Yacha de deux 
lieues de largeur, qui contient quatre petites fies, une 
desquelles, qui est pierreuse et élevée, ayant plus de 
mille pas de diamètre , est couverte de débris de pierres; 
le plus remarquable, c'est une tour carrée de cinq éta- 
ges, chacun de neuf pieds de haut, la base a vingt- 
deux pas sur chaque côté, et les étages entre deux pieds 
en dedans de tous les bords : il n'y a aucune entrée ni 
fenêtre dans les premiers quatre étages ; mais du côté de 
l'ouest, un escalier de sept pieds de largeur conduit 
jusqu'en haut. Les marches de l'escalier n'ont que quatre 



i 



( »°* ) 
pouces chacune ; deux portes fort basses dans le cin- 
quième étage, permettent d'y entrer à quatre pattes; et 
cet étage consiste en trois chambres sans toit, jointes par 
«le semblables petites portes ; quoiqu'il y ait apparence, 
par le son, qu'il y a au-dessous un vide, cependant il ne 
paraît aucune entrée aux premiers étages : les pierres 
dont la tour est construite sont un peu plus gran- 
des que celles employées dans le Palenque , mais d'une 
même forme , qui est la seule ressemblance que je trouve 
entre l'architecture d'ici et celle de Yachà : soit que le* 
édifices de Yacha soient plus modernes , ou son atmo- 
sphère moins corrodante, ou pour d'autres causes ; là, des 
parties des poutres, des portes restent encore, d'un bois 
qu'on appelle jabin; mais ici, touteeapècede bois a déjà 
disparu , et il ne reste que des pierres ettlu plâtre. 

L'endroit où je me trouve était sans doute la capitale 
de l'ancienne nation; les œuvres de ce peuple forment 
à présent son unique histoire; le géographe le moins 
instruit verra d'un coup-d'œil les grands avantages que 
possédait cet endroit pour être le siège du gouvernement 
d'une nation civilisée, commerciale et étendue : la tem- 
pérature la plus agréable par l'élévation du lieu ; en ar- 
rière un pays tempéré , capable de produire tout ce qu'on 
ne trouve point dans les pays chauds; et devant les im- 
menses plaines fertiles de Tabasco et Yucatan. Sans 
parler de sa position sur le globe , entre les deux conti- 
nens de l'Amérique et les deux grands océans , à une 
petite portée de chacun , on remarque que ce lieu est au 
fond du golfe de Mexique , la plus enfoncée des mers 
américaines, mais assez retiré de la pote pour ne. pas 
éprouver sa chaleur incommode ni ses maladies, et pos- 
sédant dans les plaines qui se trouvent à $ea pieds, un 
réseau d'eaux navigables, qui traversent 1 état de IV 



(»»4) 
basco dans tous les sens; la rivière Chacamas, qui pour 
ainsi dire, baigne les pieds de ces murailles est naviga- 
ble et tombe dans l'Usumasînta ; les rives du Catasajâ, 
qui communique aussi à l'Usumasinta , sont à peu de 
lieues de distance : enfin lescanaux et rivières profondes 
de Tabasco, et leurs embouchures nombreuses, dans le 
golfe de Campéche , offrent toutes les facilités pour le 
commerce. 

Je ne puis que proclamer avec enthousiasme que le 
héros américain , fondateur de cette métropole , devrait 
voir son nom placé à côté ou au-dessus de ceux d'A- 
lexandre , de Constantin et de Pierre-le-Grand. 

Le peu de curiosité des habitans actuels de ces envi- 
rons fait que les ruines sont peu explorées ; il n'y a que 
deux chassedrt indiens, Pedro Lopès et Victorio Bas- 
ques , qui en connaissent quelque chose , et ils les mon- 
trent avec difficulté , soit par superstition, soit une autre 
cause inconnue. Toutes les ruines se trouvent envelop- 
pées dans une forêt épaisse, et on pourrait passer des 
mois entiers à les observer de la manière la plus inté- 
ressante. 

Les débris de cette ville ancienne s'étendent jusqu'à 
près de sept lieues sur le sommet de la chaîne ; les édi- 
fices principaux se trouvent sur les endroits les plus 
élevés, et des escaliers conduisaient jusque-là, en par- 
tant des vallons. Il me paraît que la ville était une conti- 
nuation de maisons sur la chaîne, assez séparées les 
unes des autres, ne contenant peut-être dans toute sa 
grande étendue qu'un même nombre d'babitans qu'au- 
rait une ville moderne d'une lieue de large. 

Les maisons se composent de galeries (Vo-y. fig., 
a» i", qui en représente le profil) de huit pieds de large, 
séparées par des murailles de trois pieds d'épaisseur; 



( *o5 ) 

deux rangs de galeries complètent l'édifice; la hauteur 
des murailles jusqu'aux bords des toits, est de neuf 
pieds ; et de là , il y a neuf pieds de plus jusqu'au haut, 
qui est couvert de pierres horizontales d'un pied de hu>. 
geur. Les vides entre les deux toits intérieurs se trou- 
vaient toujours remplis, quoique contenant des gran- 
des niches (Voy. fig. n° a) ; à présent ils sont géné- 
ralement couverts de buissons et d'arbres de la plus 
grande proportion. L épaisseur de la forêt , même dans 
les cours et anciennes habitations , empêche de faire 
l'esquisse d'une maison entière, sans compter que je 
suis un artiste des plus mauvais. 

Les pierres dont sont construites toutes les maisons 
ont dix -huit pouces de long , neuf de large et deux d e- 
paisseur , jointes par du plâtre fin; elles sont toujours 
placées horizontalement , et se portent peu-à-peu vers 
l'intérieur en formant le toit : les bords extérieurs des 
toits posent sur des grandes pierres qui sortent de plus 
de deux pieds. é 

Il y a plusieurs portes dans toutes les salles ou gale- 
ries , et les parties qui contenaient les poutrelles sont 
conservées, quoique tout le bois ait disparu, là et par- 
tout dans - les ruines ; on ne trouve d'autres restes qu'en 
pierre et en plâtre. Les habitations doivent avoir été fort 
obscures , si les portes étaient de bois et fermées, puis* 
que les fenêtres ne sont que de petites embrasures cir- 
culaires et carrées , sans règle. On peut bien remarquer 
que ces architectes évitaient la symétrie , non par igno- 
rance, mais avec préméditation. 

Outre les niches dans les toits et les fenêtres, les mu - 

i5 



( ao6 ) 
railles se trouvent percées par des trous <le cette forme, 

■■ cm 

Ll 

chacun, de prés de deux pieds de large; et quoiquil* 
traversent tes murailles , ils sont toujours partagés au 
milieu par une partie déplâtre; je ne puis imaginer leur 
usage; néanmoins ils sont fort nombreux. Plusieurs 
creux dans les murailles contiennent des petits piliers 
d'un pouce à six de haut, quelques-uns capables de re- 
tenir Fammal le plus fort, et d autres d'une petitesse 
délicate ; il y a de ces piliers en haut et en bas, et pas 
toujours l'un vis-à-vis de l'autre. 

Des alto-relievos (reliefs en ronde bosse), représentant 
des figures humaines, se trouvent en dehors, sur les co- 
lonnes qui séparent les portes (sic); et dans plusieurs, 
il est assez difficile de distinguer les hommes des fem- 
jries, puisque leur habillement paraît le même : la tête 
ornée de hautes plumes, la poitrine et les bras nus, avec 
des colliers et bracelets, quelquefois couverts d'une pa- 
latine courte, la ceinture et les cuisses dans une enve- 
loppe pleine d*brnemens , et ses bouts , finement tra- 
vaillés , pendant entre les jambes qui restent nues comme 
les pieds. Quelques figures se distinguent par la hauteur 
bizarre de leurs coiffes, et la projection horizontale des 
archets et des bouts de la ceinture qui attache l'enve- 
loppe au milieu. Tous les visages sont de profit. Plu- 
sieurs portent de longs bâtons dans les mains , surmon- 
tés par quelques objets que Ton ne peut définir. On voit 
aussi quelques figures assiaes, apparemment de plébéiens, 
à la suite des autres; ils ont des enveloppes, mais sans 
ornemens ni coiffes. Les ceintures , etc. de plusieurs pa- 
raissent avoir été colorées, et même Vécriture était peinte. 



( *°7 ) 
L'édifice le plus remarquable que j ai rencontré et que 
j'appelle le palais (Voy. fiç. n tf 3) , se trouve près de 
l'extrémité occidentale des ruines : sa latitude, 17 19' 
nord et longitude 74° 5a 4 occidentale duFerrot(i); il 
est compose de plusieurs carrés ; les galeries principales 
courent du nord-nord-est au sud-sud-ouest , calculant 
la variation de la boussole , qui est de 9* à lest. Cette 
direction et sa perpendiculaire se conservent exacte- 
ment dans tous les édifices que j'ai vus, ve qui est ex 
traordinaire, puisqu'elle ne provient pas de la position 
dea rues , attendu qu'il n'y eut jamais de ces eommuni* 
cations régulières entre les maisons. La façade du palais 
contenait cinq portes, hautes et larges comme dans tous 
1er édifices^ aur chacune des colonnes qui les séparaient, 
se trouve une figure humaine de plâtre en alto relievo 
(Voy*. fig. n* 4» qui est celle du nord) (2). J'imagine que 
c'est une épée qu'elle tient dans la main droite , ou une 
arme pareille à celles employées par les anciens Mexi- 
cains, c'est-à-dire de bob, ayant des morceaux de cail- 
loux enchâssés dans la lame. C'est d'autant plus proba- 
ble , que les anciens habitans de cette ville ne connais^ 
soient point le fer, et qu'on trouve partout des mor- 
ceaux de cailloux bien travaillés , semblables (mais plus 
grands) à. ceux qu'emploient les Laeandons d'aujour- 
d'hui pour armer leurs flèches. 

(1) Cette longitude eit défectueuse (Voyez les cartes les plus ré- 
centes). (N.D.R.) 

(*) Cette figure et toute* celle» qui ont été jointes ici laissent a- de- 
sirernoo* la correction. Noos noua borneront à renvoyer à l'ocatragc 
de M. de HumbokU aux le» monument de l'Amérique; à celui qui a 
paru à Londres en 18 ta, sous le titre de Description of tke rtiins of an 
ancient c'tiy àiseovertd ntar Palcnqaé, etc., in-4°, 16 pi.; au nouvel 
ouvrage de M. Baradère (voyez page *i8 ci- dessous le rapport sur 
cet ouvrage) , et au tome n àeh Mémoires âV la Société. 

10. 



( *o8 ) 

La grande entrée centrale du palais qui unit ses deux 
galeries de front, et sous laquelle j'ai bivouaqué, n'eut 
jamais déporte; son sommet est circulaire. Vis-à-vis de 
la seconde galerie un escalier descend à une cour inté- 
rieure , et de chaque côté se trouvent trois bustes gigan- 
tesques en alto relievo sur des pierres penchées ; un est 
dessiné sous le n° 6 : la croix, placée sur la poitrine de 
cette figure , et qu'on voit si souvent dans toutes les 
ruines, est une circonstance fort singulière. 

Dans une autre cour on voit une tour carrée, mais 
tout-à-fait différente de celle de Yacha , puisque celle-ci 
a une suite régulière de portes ou fenêtres; les degrés 
sont rectangulaires et conduisent en dedans jusqu'en 
haut ; le sommet est tombé , mais la tour a encore une 
hauteur de cent pieds. 

Dans une des galeries du palais, il y a un tableau sur 
une pierre ovale de six pieds de diamètre, les figures 
sont en alto relievo , et gardent encore les vestiges de la 
peinture» Une dame, vêtue à l'ordinaire et avec des pen- 
dans d'oreille, est assise, les jambes croisées, sur un sofa 
ou banc, qui, je crois, représente un banc de pierre, 
ayant à chaque bout la représentation d'une tête d'ani- 
mal , comme de tigre , avec des colliers : une vieille 
femme, vêtue d'une palatine et enveloppe j tes deux d'une 
étoffe bigarrée, offre à genoux, à la dame assise, une 
tête humaine ornée d'une seule plume : le derrière de 
la tête est tourné vers la dame, qui la regarde fixement; 
pendant que l'expression de sa douleur et de son horreur 
est bien représentée, sa main droite est près de son cœur 
et la gauche reste sur sa cuisse. Quelques tablettes car- 
rées sont inscrites dans la partie supérieure du tableau : 
la muraille à l'entour est de différentes couleurs; et une 
inscription est peinte sur la corniche en haut, formée 



( ao 9 ) 
de deux lignes horizontales de petites tablettes carrées. 

Près d'ici se trouve l'entrée principale' des souter- 
rains, qui courent sous le palais, et que j'ai traversés 
avec des chandelles, quoique fort incommodé des grandes 
chauves-souris qui infestent toutes les ruines. En dessus 
de cette nieme.entrée sont travaillées , en alto relievo, la 
figure d'un lapin d'un coté, et celle d'une figure humaine 
difforme de l'autre ; toutes les deux environnées de fi* 
tigrane, qui imite apparemment des rameaux et des plu- 
mes. L'architecture des souterrains est semblable à celle 
des bàtimens en dessus : il y en a deux étages ; quelques 
habitans des villages voisins y ont creusé en divers en- 
droits pour chercher des trésors, mais sans succès. Une 
JDete en dessus d'un des passages des souterrains (Voy. 
fig. n° 5), indique la douleur ou le sommeil (i) : de 
<:ette circonstance, et de ce que les souterrains contien- 
nent plusieurs lits de pierre, je juge 'qu'ils servaient de 
dortoirs : cependant peut-être, c'étaient des prisons, puis- 
que leurs entrées sont en petit nombre , petites et fa- 
ciles à garder. . 

A l'ouest du palais, dans le vallon en bas, je vois une 
pierre circulaire laissée comme par hasard ; elle a six 
pieds de diamètre et un d'épaisseur, et est tout-à-fait 
semblable à une pierre de moulin ; mais sans trou dans 
le milieu ; je ne puis découvrir de caractère dessus , ni 
crois-je qu'elle en a eu, puisque ceux de ce peuple s'é- 
crivaient toujours dans des carrés comme ceux d'un 
échiquier. Je ne puis pas déterminer son usage. 

Près de deux cents pas à l'est du palais, se trouve 
l'origine d'un ruisseau limpide ; il sort parmi des ro- 

(i) Le même sujet, plus complet, est figuré dans l'ouvragé pu 
felié à Londres, 7 e planche. 



( aie ) 

chers, et depuis sa source il est couvert d'une galerie, 
qui suit son cours pendant cent pas : ce doit être 
l'aqueduc ( faussement nommé ainsi ) , dont parle 
M. Juarros. A l'endroit où se termine la galerie, se trouve 
une continuation d'édifices jusqua cinquante pas phis 
loin en suivant le cours du ruisseau , et où je suppose 
que furent des bains; la galerie protégeait la source de 
toute souillure. 

L édifice que j'appelle X étude se trouve sur une colline 
voisine et plus haute que celle du palais; sa montée est . 
fort escarpée , mais facilitée par des degrés qui paraissent 
entourer toute la colline. L étude a vingt-quatre pas de 
knig , et a cinq portes, dont la boiserie a disparu en lais- 
sant ses traces; les piliers ou murailles qui les séparent, 
contiennent chacun des figures humaines de six pieds de 
haut; deux d'entre elles portent des en&ns nus sur le bras 
droit, et une de celles-ci a une robe tombant presque 
jusqu'aux chevilles. Les murailles intérieures de X étude 
contiennent trots grands quadrangles x de pierre, chacun 
divisé par des lignes eu deux cent quarante corapartir 
mens égaux, de six pouces en carré; douze de haut en 
bas, et vingt d'un coté à l'autre, et contenant différent 
caractères en bas-relief (Voy.,n°9,lacopied'un caractère). 
Les mêmes caractères paraissent rarement répétés dans 
les différentes tablettes. 

Un autre édifice consacré à la religion se trouve à l'est 
du palais, et sur une colline encore plus haute que celles 
des précédons ; il est formé de deux galeries , celle du 
devant occupe toute sa longueur , celle de derrière est 
séparée en trois pièces : la plus orientale a l'air d'un ca- 
chot; cependant son entrée, qui est petite, n'a aucun 
sÂgnede porte : celle de l'occident est une chambre toute 
simple ; la pièce du centre n'a point de porte; mais , à 



( «o 

cause des piliers qui se trouvent dans la muraille, je 
suppose qu elle se fermait avec des rideaux : cette pièce 
contient une petite chapelle bâtie en dedans avec un toit 
plat ; la façade de la chapelle est formée de deux dusses (i ) 
de pierres jaunes, qui laissent entré elles une grande en- 
trée. Sur la pierre occidentale est représenté un homme 
qui est tourné vers la porte; sa tète est ornée déplumes 
et de rameaux; sur un de ceux-ci est assise une petite 
grue avec un poisson à la bouche; il a une palatine, des 
pantalons jusqu'à mi-jambe , des bandes autour des gras 
de la jambe et une espèce de bottes sans semelles qui 
couvrent seulement le derrière de la jambe : une figure 
d'homme horrible, assise, le dos tourné à celui qui est, 
debout , n'a pas de pieds ; mais ses jambes finissent en 
queue : onze tablettes de deux pouces et demi carrés 
sont inscrites en haut et en face de l'homme qui est de- 
bout, sur la même dosse (Voy. fig., n°* y, 8 et 10). 
L'autre dosse de pierre contient un vieillard hideux avec 
une sorte de rameau ou pipe dans la bouche. Vis-à-vis 
de ces deux figures, il y a des piliers pratiqués dans la 
muraille, tant en haut qu'en bas, auxquelles, peut-être, 
on attachait des victimes ou des criminels. En dedans , 
sur le dos de la chapelle, parmi du filigrane (sic), il y a 
deux figures humaines, hautes de trois pieds; la plus 
grande place la tête d'un homme sur le sommet d'une 
croix 9 exactement comme celles qu'employaient les chré* 
tiens! l'autre figure est apparemment un enfant : toutes 
les deux ont les yeux fixés sur la tête (sic), les pieds nus 
et les chevilles ornées. Derrière les deux figures , il y a 



(1) On pourrait interpréter ce mot d'après les glossaires, avec le 
sens de dais, si M. G. ne l'employait une page plus loin pour 
exprimer une pierre à moudre ( page 41% ). (N. D. il.) 



( ala ) 

des petites tablettes qui contiennent des caractères bien 
travaillés. (Voy. fig. n°* n et 12.) 

Peut-être ai-je tort de croire que c'est ici une chapelle, 
et qu'on y sacrifiait des victimes humaines; ees sacri- 
fices devaient, à ce que Ton croit, s exécuter devant de 
grandes assemblées du peuple ; or, que peu de gens 
pourraient en avoir été témoins, s'ils s'étaient faits dans 
ce lieu; peut-être était-ce un dais sous lequel siégeaient 
des magistrats en administrant la justice. 

Au-dessus de toutes ces chambres s élèvent deux mu- 
railles parallèles et étroites, jusqu'à une hauteur de 
quatre-vingts pieds de terre ; elles sont percées par des 
trous carrés, et on monte entre elles, par des pierres 
saillantes jusqu'en haut, d'où il y a une vue des plus 
étendues sur les plaines , vers le nord. 

La physionomie des figures d'hommes sur les alio re* 

lievos indique qu'ils étaient d'une race non différente 

des Indiens modernes, peut-être plus hauts de taille que 

ceux-ci qui sont d'une stature médiocre, ou plutôt pe- 

% tite , en comparaison des Européens. 

On trouve aussi parmi les ruines , des pierres pour 
moudre le maïs , de la même forme que celles qu'em- 
ploient les Indiens centre-Américains et Mexicains d'au- 
jourd'hui, c'est-à-dire une dosse de pierre de trois 
pieds, travaillée du même morceau, et un manche de 
pierre rond comme une règle , mais plus épais, avec le* 
quel les femmes mondent le maïs sur la dosse. 

Quoique la langue maya ne se parle pas dans toute sa 
pureté dans ces environs, je suis d'avis qu'elle dérive 
plus particulièrement de l'ancienne nation de ces ruines, 
et qu'elle est une des grandes mères- langues de l'Amer 
rique; elle est parlée encore par la plupart des Indiens, 
et même par les autres habitans de la partie orientale de 



( "3) 
Tabasco , du Peten et de Yucatan. On imprime des li- 
vres en maya, et les curés prêchent et confessent les 
Indiens dans la même langue. L'oraison dominicale et le 
. symbole des apôtres sont comme il suit en maya : 

Cayum; yanech ti Caanob , cilich cunabac a kaba : tac 
â uahaulil c okel , utzcinabac a uolah , ti luum , baix te 
ti caane; sa ca zamal kin uah toon helelae; zatez ix ca 
zipil, bay ca zatzic u zipil ah ziplob toone : maix a uilic 
calubul ti tumtabale : heuac lùkezon ichil lobil, Amen. 

' Ocan ti. uol Dios Yumbil , uchuc tumen tu zinile , 
yahmenulCan, yetel luum.Ocanix ti uol ca Yumil ti Jesu- 
Cristo : û ppelel megenile , lay hichnabi ti Espiritu San- 
to, zihi ix ti Zuhui ixcilich Maria; tali tu chi Poncio 
Pilafo : numci ti ya , zini ix ti Cruz ; cimitun, ca ix muci i 
caix emi tu kazal metnal , limbo û cabac : Tu yoxkin ca* 
put cuxlahi ichil cimenob. Ca naci ti Chan. Ti ix culan 
tu noh Dios Yumbil uchuch tumen tu zinil. Ti tum likul 
cabin tac, û xotob û kin cuxanob, yetel cimenob. Ocanix 
ti uol Espiritu Santo ; yetel Santa Iglesia Gatolica baix 
û mul otmal Santoob. Uzatzalix kebanxan. U caputcux- 
talix ca bakel yetelix hunkul eux ta). Amen. 

Je copie l'orthographe usitée ; voici les nombres : 

i hunppel. 6 uacppel. 

a cappel. 7 uucppel. 

3 yoxppel. 8 uaxacppel. 

4 camppel. 9 bolonppel. 

5 boppel. xo lahunppel. 

Plus loin est un vocabulaire de la langue maya, écrit 
par un Indien de la ville de Flores; s se prononce ts> 
x , ch y et c, q. 

La langue puctunc est parlée par les Indiens de U ville 



( «4) 

moderne du Pblenqué, et vers le sud -ouest, aussi loin 
que Tila , Guis tan , etc. , plus près de l'océan Pacifique ; 
les mots suivans sont de cette langue : 

King. Soleil. 

Uh Lune. 

Ek « Étoile. 

Ha Eau. 

Kak Feu. 

La langue kachiquel se parle dans l'intérieur de l'état 
de Guatemala ; elle était celle du peuple le plus civilisé 
que les Espagnols trouvèrent entre le Mexique et le 
Pérou, sans excepter les Moscas de Cundinamarca. 
M. Juarros parle longuement de leur histoire et de leurs 
coutumes. Je suis aussi persuadé que leur langue, comme 
celle des Quiches et Pocomans, est dérivée du ma ya, 
et peut-être encore plusieurs des autres nombreuses 
langues centre-américaines que j'ignore. Voici les nom* 
bres de la langue kachiquel : 

x hoon. 16 waklahoo. 

j2 kai. 17 wuklahoo. 

3 oshee. x8 wakshaklahoo. 

4 kahee. ' 19 balaklahoo. 

5 wod. 90 hpobiûflk. 

6 w&kakee. 21 hoobinah hoon. 

7 wojoku. a a hoobinak kai. 

8 wakshakee. 3o hubinaklahoo. 

9 bajabé. 4o cabînak. 

xo lahoo. 5o lahooosbkal. 

xx hu lahoo. 60 oshkal. 

ia cablahoo. 70 lahooum. 

i3 oshlahoo. 80 umuk. 

14 caklahoo. 90 laboowokal. 

i5 wolahoo. 100 wokal. 

U me sera toujours de la plus grande satisfaction, en 
tout ce que je puis , de répondre à chaque demande , ou 
satisfaire la curiosité de votre sage Société. 

Signé Juaji Gamhdo. 



<«i5) 



VOCABULARIO 



DE LAS LBHGUAS CASTBIXANA T MAIA. 



Sol. 


Kin. 


Luna. 


Vh. 


Estrellas. 


Ek. 


Nube. 


Mullal. 


Ltubia. 


Kanha. 


Trueno. 


Humcaan. 


Relampago. 
Lus 6 claridad. 


Lemba. 
Sasil. 


Obscuridad . 


Ekhocher. 


Fuego. 
Frio. 


Kak. 
Ceel. 


Galor. 


Kilcab. 


Tierra. 


Luum. 


Terablor. 


Cicilancil. 


Arbol. 


Cbe. 


Casa. 


Né. 


Pueblo. 


Cah 


Agugero. 
Camino. 


Hol , anglice. 
Vé. 


Tabaco. 


Kuz. 


Agua. 
Mar. 


Haa. 
Kanab. 


Canoa. 


Chem. 


Pescado. 


Cai. 


Caïman . 


Abaucai. / 


Hombre. 


Xib. 


Muger. 
Indio. 


Chup. 

Maseval. 


Hombre blanco . 


Jul. 


Padre. 


Llum. 


Madré. 


Né. 


Mihijo. 


Inmehen. 


Mi bij'a. 


In vixmehen. 


Mi hermano maior* 


In sucun. 


Mi hermano menor. 


In vizin. 


Mi hermana. 


In cic. 



,.6) 



Esclabo. 


Penlac. 


Culebra. 


' 1 Cau. i , , 


Garrapata. 


Tigre. 


Cbacmol. 


Dama. 


Zimiuche. 


Miedo. 


Sabcil. 


Valor. 


Thahil. 


Bueuo. 


Malob. 


Halo. 


Kas. 


Grande. 


Nohoch. 


Cliico . 


Chichan. 


Blanco. 


Sasac. 


Negro. 


Eek. 


Colorado. 


Chachac. 


Amarillo. 


Kankan. 


Ami. 


Y.J.T. 


Verde. 




Lindo. 


Cichcelem. 


Fto. 


Kas. 


Mucho. 


Yab. 


Poco. 


Sesec. 


Amar. 


Yacunah. 


Yo amo. 


'i'encinyacuuah. 


Tu amas. 


Teclicayacunah. , 


Aqnel ama. 


Teycu yacunah. 


Sfogotroa amamos. 

Aquellos aman . 

Ta ainasle. 
Aquel a nid . 
Nosoti'os amabamoB. 


Toonyacunab. 


Teex c a y acu n a hex . 


Leyobticuyacunaob. 


Ten yacunahnahen. 


Techy acu n'aima liée . 


Leyyacunahnahi. 
Toony acuaahnahon . 


Vosotros amasteîs. 


Texyacuiiatinahen. 


Aquellos amaron. 
Yoamare. 


Leytiobyacuuahnabob. 


Te 1 1 t i n va eu il ahn a cen 


Tuamarag. 


Tech vin y a cunahnacecb. 


Aquel amara. 


Leytiviuyacunahaac. 


Nosolim j mos. 


T oon vin y a c imah n a eu n . 


Vosotros amutii. 


Texviny acuna hnace x . 


Aquellos a mai ai . 


I -e v ti ob v î ny a cud ah n acoli . 


Taylar. 


Vkot. 


Brincar. 


S«, 


Correr. 


Alcab. 


Corner. 


Haiial. 


Yo como. 


TencinbaDal. 



J I 



( 9I 7 ) 



Veber. - 


Vkul. 


Pegar. 


Loxtanba. 


Escribir. 


Jib. 


Leer. 


Xoc. 


Oir. 


Vyah. 


Elolle. 


Teiticuyubic. 


Ver. 


llah. 


Aborrecer. 


Pectah. 


Morîr. 


Gimil. 


i hutnpel. 


a a calahunkai. 


a capel. 


a3 * oxlahunkal. 


3 oxpel. 


a4 canlabunkal. 


4 canpel. 


a5 holhunkal. 


5 fa6pel. 


a6 vaclahunkal. 


.6 vacpel. 


27 vaxaclahunkai 


7 vucpel. 


28 yuluclabunkal. 


'IWaxacpel. 


29 Toloalahunkal. 


9 yolonpel. 


3o hotukal. 


io lahunpis. 


40 cankal. 


ti hunlahunpis. 


5o lahuncankal. 


m lahcapis. 


60 oxkal. 


i3 oxlahunpis. 


70 yaxackal. 


14 can lahunpis. 


80 vuLuckal. 


i5 holhunpîs. 


90 volonkal. 


16 yaclahunpis. 


100 hokal. 


17 Tuclahunpis. 


aoo lahankal. 


18 vaxaclahunpis. 


5oo holhunkaJ. 


19 volonpis. 


1,000 honbak. 


ao humkal. 


10,000 hunpic. 


ai humlahunkal. 





Flores , yebrero , 1 8 , an. 1 8 3 1 . 



PSRFECTO BâBZO. 



( ai« ) 

Rapport sur un nouvel ouvrage contenant la relation des 
trois expéditions du capitaine Dupaix en i8o5, ipoô 
et 1807 , pour la recherche des antiquités mexicai- 
nes , etc. 

La Société a bien voulu me charger d'un rapport sur 
un nouvel ouvrage contenant la Relation des trois ex- 
péditions du capitaine Dupaix en 180 5 , 1806 et 1807 , 
pour la recherche des antiquités mexicaines , accompagnée 
des dessins de Casianêda et d!une carte du pays, suivie de 
plusieurs dissertations par M. Warden et par MM. Alex. 
Lenoir et Ci. Farcy, avec des notes explicatives par 
M. Baradère, etc. Ces mots sont l'abrégé d'un titre fort 
étendu que porte la première livraison de cet cuijrrage. 
Quoique la publication n'ait pas marché avec autant de 
célérité que les auteurs s'en flattaient, je n*ai pas cru de- 
voir cependant différer de remplir la mission dont j e- 
tais chargé par la Commission centrale, et je viens m'en 
acquitter de«an,t elle., Les découvertes se multiplient sur 
te sujet des antiquités mexicaines; les mon utnetts s'accu- 
mulent, les publications se succèdent. Il doit en jaillir 
des lumières a«* l'histoire des aborigènes, et taême sur 
l'ethnologie générale : aucune question ne peut donc 
intéresser la Société de Géographie à un plus haut de- 
gré sous le rapport historique. La Société peut se félici- 
ter d'avoir donné l'impulsion à ces recherches , par le 
programme qu'elle a publié en 1826. Il faut donc encou- 
rager les voyageurs et les amis des sciences géographi- 
ques qui né craignent pas de faire des sacrifices dispen- 
dieux pour taire jouir le public du fruit de leurs re- 
cherches sur cet important sujet. 

L'ouvrage que nous annonçons est dédié au congrès 



m 



( a *9 ) 
général de 1a fédération mexicaine. M. Baradère , le xélé 
voyageur à qui Von doit les matériaux,, adresse au con^ 
grès» dans sa dédicace, de justes actions de grâces pour 
l'avoir rendu possesseur des dessins et des manuscrits 
originaux des expéditions de Dupaix., et il fait des vœux 
pour que le gouvernement mexicain ordonne l'explora- 
tion ultérieure et complète de toutes les antiquités du 
, pays. Dans un discours préliminaire dont on ne possède 
encore qu'une partie, AL Gh. Farcy expose l'historique 
de la découverte des casas de piedras % c'est-à-dire* des 
monuroens singuliers et pleins d'intérêt de Palenqué» 
qu'on trouve dans le district de Carmen., province de 
Chiapa. 

Selon un voyageur encore peu connu, M. Galiodo, 
dont un journal de New-York vient de faire connaître 
l'excursion toute récente, ces ouvrages de l'art américain 
occupent le sommet de la crête qui sépare le pay$ des 
Indiens sauvages, dans le district de Peteu* 

On sait que te n'est qu'en 1 786 que le roi d'Espagne or- 
donna l'exploration de et lieu , et la confia à Antonio del 
Rio, qui fit, à ce sujet) un rapport succinct daté du ?4 
juin 1789, et traça quelques esquisses imparfaites. 

En 180 5, le capitaine Dupaix fut envoyé, avec une 
escorte, et avec les moyens nécessaires pour recueillir 
des observations plus complètes. Ce sont les matériaux 
qui furent réunis alors avec beaucoup de aèle et de suc- 
cès, pa? ce voyageur, pendant ses trois expéditions qui sp 
sont succédées en i8o5, 1806 et i807,que M, Baradère 
et ses collaborateurs se proposent aujourd'hui d'offrir au 
public. Ils consistent principalement en cent vingt-cinq 
dessina de M. Gastaneda , dessinateur de l'expédition. 
Les relations du capitaine Dupaix feront aussi jointes » 
l'ouvrage; elles contiennent des descriptions topogrâ- 



( aao ) 

phiques et géographiques, indépendamment des anti- 
quités. La Société de Géographie avait témoigné le désir 
de posséder de tels documens à l'appui des dessins , 
comme un éclaircissement indispensable, (i) 

Il suit de ce court exposé que l'ouvrage commencé 
par M. Baradére promet un recueil très précieux et au- 
thentique, tout-à-fait digne de l'intérêt et de l'attention 
du public. La première livraison renferme, avec le fron- 
tispice, neuf planches bien exécutées : elles offrent des 
sujets variés dont les plus importans sont le plan du mo- 
nument principal de Palenqué; trois bas-reliefs du même 
édifice sur une assez grande échelle; plusieurs vues pit- 
toresques représentant un pont construit avec des pierres 
colossales et des pyramides à degrés, etc.; enfin, des 
fragmens et des instrumens de différentes espèces. Plu- 
sieurs de ces sujets étaient déjà connus à Londres ainsi 
qu'à Paris, et même notre Société en a fait graver quel- 
ques-uns dans le second volume de ses Mémoires, à l'ap- 
pui de l'intéressante dissertation de M. Warden ; mais 
l'exécution des planches, dans le nouvel ouvrage , est à 
une plus grande échelle, et très soignée. Tous tes sujets 
sont lithographies, mais avec correction, et l'on peut 
espérer, si la publication est continuée avec le même 
soin , que l'ouvrage sera digne de l'attente du public. Il 
est donc à désirer que l'on encourage cette publication, 
et que les auteurs soient invités à la continuer. Quand 
l'ouvrage sera plus avancé, un rapport plus étendu sera 
présenté à la Société. 

17 septembre 18 3a. 

Jomard, rapporteur. 

(1) Jusqu'ici ils n'avaient pas été publiés, même dans le vaste re- 
cueil de lord Kiugsborough , véritable monument élevé en. l'honneur 
des antiquité* mexicaines. 



( MI ) 



DEUXIEME SECTION. 

DOCUMENS, COMMUNICATIONS, NOUVELLES 
GÉOGRAPHIQUES, ETC. 



FRAGMENT DE l'aLBUM d'un VOYAGEUR. 



Coutume de la Bresse. 

Située dans une vallée profonde de l'arrondissement 
de Remiremont, département des Vosges, la commune 
de la Bresse était autrefois administrée par une coutume 
particulière qui n'a été écrite que sous le règne de 
Charles III, duc de Lorraine, en 1 595, et qui a subsisté 
jusqu'en 1789. 

La justice était composée d'un maire (majeur), d'un 
lieutenant du maire , de huit jurés-, et d'un doyen ou 
agent de police {prœcones villœ\ huissier ou appariteur. 

On ne pouvait être maire qu'une seule fois dans sa 
vie; mais rien ne s'opposait à ce qu'on remplît les fonc- 
tions de lieutenant du maire après une année d'inter- 
valle. 

L'élection du maire, qui avait lieu au mois de mars, 
se faisait sur un tableau offrant les noms de neuf candi- 
dats choisis par les anciens maires, qui entraient en 
séance à la maison commune, dans l'ordre de leur rang 
d'ancienneté de la mairie. 

Le jour fixé pour cette opération, le maire, son lieu- 

16 




( 22% ) 

tenant , et les huit jurés dont les fonctions allaient cesser, 
se retiraient dans une salle située au rei^de-chaussée, à 
la fenêtre de laquelle on avait affiché le nom des candi- 
dats dont il vient d'être parlé, et y recueillaient les suf- 
frages qui devaient être donnés verbalement en faveur 
de l'un d eux par les chefs de famille, les veufs et céliba- 
taires des deux sexes. 

La majorité relative suffisait pour la légalité de l'élec- 
tion. Quand cette opération était terminée, l'ancien 
maire faisait inviter son successeur à venir prendre 
séance, et là, il choisissait seul son lieutenant, qu'il ne 
pouvait prendre que dans la classe des anciens maires. Lie 
doyen était nommé sur une liste de trois candidats qui 
lui était présentée par les jurés sortans. Ces derniers, au 
nombre de huit , faisaient le choix de trois nouveaux ju- 
rés, le maire remplacé étant de droit le quatrième; les 
autres étaient ordinairement nommés, par acclamation, 
par le peuple assemblé sur la place. 

Les anciens et les nouveaux fonctionnaires se réunis- 
saient à un souper qui avait lieu le soir même de l'élec- 
tion , et dont les frais étaient faits par le maire sortant à 
l'aide d'une rétribution que les plaideurs devaient dé- 
poser entre ses mains, afin de se mettre en droit , et s'il y 
avait peu pour fournir au repas, dit la coutume, le 
reste se prenait sur les habitans. Cette rétribution, qui 
consistait dans la médiocre somme de trois sous, était 
exactement remboursée aux plaideurs qui avaient gagné 
leurs causes. C'était , comme on voit , les battus qui 
payaient le repas, encore ils avaient plus tard l'espoir 
d'être admis à l'honneur de le partager. 

Avant leur entrée en fonctions, le maire, son lieute- 
nant et le doyen , devaient prêter serment entre les mains 
du lieutenant du baillage de Remiremont , qui se rendait 



( «3 ) 
à cet effet à la Bresse; le premier le recevait ensuite des 
jurés, auxquels les officiers du chapitre de la même ville 
remettaient immédiatement à chacun une petite bûché de 
bois ou bûchette y qui vraisemblablement n'était autre 
chose qu'un petit bâton blanc 

Les jurés ne pouvaient être parens entre eux; si l'un 
d'eux était allié aux parties, il devait se retirer et être 
remplacé par un ancien juré, qui était tenu, avant de 
siéger, de prêter serment. Il en était de même du maire, 
qui se faisait représenter par un ancien maire ; celui-ci 
prêtait aussi serment avant de présider le plaid. 

L'audience, qui avait lieu tous les samedis, était ou- 
verte par une sorte de proclamation du doyen, qui disait 
à haute et intelligible voix : « Il est défendu de jurer, 
comme aussi de parler sans avoir obtenu permission ». 
L'amende du plus léger jurement, même des mots de ma 
foi, était de cinq francs. 

« Il n'était loisible à personne, dit l'article xxxn delà 
coutume, plaidant par-devant ladite justice, de former ou 
chercher incidens frivoles et superflus ; ains faut procéder 
au principal ou proposer autres fins pertinentes, afin 
que la justice ne soit prolongée. » 

Le maire, son lieutenant et les huit jurés, étaient as- 
sis sur des bancs de pierre grossièrement taillés, rangés 
cireulairement sous un orme séculaire planté au centre 
de la place dite le Ghamptel. * 

Le maire avait son lieutenant à sa droite , le doyen 
derrière lui , les quatre jurés nommés par les anciens ju- 
rés d'un côté, et de. l'autre côté les autres jurés qui 
avaient été choisis par les habitans. Il recueillait les opi- 
nions en commençant par prendre celle du juré qui était 
le plus près de lui, et en ayant soin d'alterner. Les jurés 
pouvaient connaître les avis de leurs collègues, mais le 

i& 






C»"4) 

public, qui se tenait à une certaine distance, les ignorait 
toujours. Le maire n'émettait pas d'opinion, ni son lieu- 
tenant non plus; seulement, en cas de partage, le doyen 
pouvait être appelé à donner la sienne. 

Il n'existait devant ce tribunal agreste et patriarcal 
ni table ni écritoire. Si on demandait , ce qui était fort 
rare, une expédition du jugement, un juré s'empressait, 
à l'issue de l'audience, de la remettre sans frais aux par- 
ties après l'avoir fait signer par tous les autres jurés. Dans 
toute autre circonstance, tes jugemens étaient toujours 
signifiés verbalement pendant la durée du plaid, ou au 
plus lard dans la huitaine , par le maire , qui avait donné 
lui-même l'assignation, et qui dans toutes les occasions 
était aussi cru sur sa parole. 

Ce magistrat faisait faire les ventes en sa présence par 
le doyen ; il devait veiller à ce qu'on n'exigeât aucun sa- 
laire des parties dans les appositions de scellés, dans les 
actes d'inventaire, de partage, les nominations de tu- 
telle, et dans tout ce qui avait rapport aux matières flu- 
viales ou forestières , dont la juridiction lui était spécia- 
lement attribuée. 

Les juges de cette commune, quoique lourds et gros- 
siers en apparence, montraient beaucoup de bon sens, 
mais surtout un sérieux glacé, sans aucun respect hu- 
main, ni pour parens, ni pour amis, ni pour ceux qu'ils 
devaient craindre, ainsi que le prouve ce qui, en 1789, 
arriva à un avocat de Remiremont, qui, étant appelé à 
la Bresse pour y défendre la cause d'un particulier de 
cette commune , s'était permis de citer dans son plaidoyer 
quelques textes latins du code et des lois ; il fut averti 
par la justice de se retirer ainsi que les parties , et peu 
d'instans après rappelé pour entendre prononcer lasen- 
te.nce suivante : • Monsieur l'avocat, la justice remet la 






( 2*5 ) 

cause à quinzaine, pendant lequel temps vous apprendrez 
à plaider selon la coutume de la Bresse; elle vous con- 
damne en même temps à cinq francs d'amende pour vous 
être avisé de nous parler un idiome inconnu ». Le juge- 
ment reçut son exécution. 

Il existe encore dans la même commune quelques 
usages particuliers relatifs à la vie privée, qui, par leur 
singularité comme peinture des mœurs actuelles, nous 
semblent mériter d'être connus. 

Les jeunes filles conduisent la future mariée, huit 
jours avant la célébration de son hymen, devant l'autel 
de la sainte vierge, et y chantent des cantiques. Cet hon- 
neur n'est jamais accordé qu'à celles qui ont constam- 
ment joui d'une réputation sans tache. On sait que chez 
les Athéniens , les futurs étaient présentés au temple de 
Diane, protectrice aussi de la virginité, et que cette so- 
lennité était toujours accompagnée de prières et de sa- 
crifices. 

La veille du jour fixé pour la cérémonie du mariage,, 
la mère et la marraine, et à défaut , les deux plus proches 
parentes de la jeune future mariée, vont conduire sur 
un char ses effets et ses meubles chez le futur et y pré- 
parer le lit nuptial. Cette soirée est terminée par un re- 
pas auquel les devoirs de la bienséance ne permettent 
pas à la future d'assister ; son prétendu va souper avec 
elle, et lui apporte une assiette de riz au lait, ordinai- 
rement très sucré; mets sans aucun doute symbolique, 
et qui doit indiquer les prémices des douceurs de l'union 
conjugale. 

Quand le prêtre a béni l'anneau nuptial, la sœur du 
marié, ou une de ses parentes, le reçoit de l'a main de 
ce dernier, passe un large ruban noir à travers, et l'at- 
tache par un gros flot au doigt de la mariée , en lui di- 



( aa6 ) 

sent : « Je vous donne cet anneau au nom démon frère ; 
souvenez-vous , ma sœur, que vous lui devez amour et 
fidélité ». La mariée doit conserver ce flot de ruban noir, 
' qui lui cache presque entièrement la main , jusqu'après 
l'offrande qui a lieu à la messe paroissiale du dimanche 
qui suit son mariage ; il est destiné, par sa couleur sé- 
vère, à l'avertir fréquemment que, désormais éloignée 
des frivolités du jeune âge, ses occupations vont deve- 
nir plus sérieuses et plus dignes de son nouvel état. Dès 
ce moment aussi, se& parens et ses amies les plus in- 
times cessent de la tutoyer, etc. etc. 

M. Richard (des Vosges), 

Associé correspondant de la société royale de» 
antiquaires de France, de celle d'agriculture, 
sciences, commerce et arts du département 
de la Haute-Saône; associé libre de la société 
d'émulation des Vosges. 



Du voyage par mer au Rio do Ouro en i346. 

Dans la courte notice sur les anciennes navigations 
des Normands, insérée au précédent cahier du Bulletin, 
une omission de l'imprimeur a tronqué l'annotation re- 
lative à un rapprochement curieux entre un passage du 
manuscrit de Gênes, signalé par M. Graaberg de Hemsoe 
sous le nom d'Usodimare, et la carte sur bois de la Bi- 
bliothèque royale de Paris. 

Cette annotation devait se terminer ainsi : 
« Ne semble-t il pas qu'il y ait rapport intime entre 
cette carte et l'armateur Joan Ferne } surtout si Ton re- 



( aa 7 ) 
marque, près du même point, la mention d'un voyage 
par mer en Tannée m. ccc. xlvj , avec l'indication (peu 
lisible sur le fac-similé lithographique que je possède , et 
que je ne puis actuellement collationner sur l'original ) 
d'un nom qui est celui de /. deFerne même , ou un autre 
fort approchant. » 

Ce doute n'en est plus un ; M. Jomard a eu l'obligeance 
de faire, à ma prière, la vérification que je regrettais de 
n avoir pu effectuer moi-même, et il m'en a transmis le 
résultat. Voici la légende que présente la carte originale 
à l'endroit indiqué : 

« Partich luxer dh Joe (i ) Ferer per mar 
ai riudelor al gorn de sên Lorens qui 
es a x. de agost , i/o en Vày m. cec. xîvj. » 

Littéralement : « Partit le sieur don J. de Ferer , par 
mer, à la rivière de l'Or, le jour de saint Laurent, qui 
est le io d'août, et ce fut en Tannée i346 • 

Voici maintenant le passage correspondant du manu- 
scrit de Gènes : 

« Récessif de ciritate Majoricarum galcatia una (a) Joannù Ferne r 
Catalani, infesto S. Lanrentii, quod est ùl dmuna die mensis augustî 
anno domini i34ô, causa eundi ad Ruj entra. » 

Littéralement : « Partit de la cité de Mayorque la ga- 
léace du sieur Jean Ferne, catalan, à la fête de saint 
Laurent, qui est le dixième jour du mois d'août, en Tan 
du seigneur i346, pour aller à Rujaura. - 

C'est donc bien au même voyage que se rapportent, 
ces deux monumens géographiques. 

Paris, le 6 octobre i83». 

*A 

{*) Le* indication du faosiraile me paraissent n'admettre ici d'au, 
tre leçon <jpe celle de S. de au lieu de Jâc. 

(a) Je suppose que una est une lecture erronée pour dhi (domini). 



( "8 ) 



La Guêpe de l'Himalaya. 

On lit dans un ouvrage du capitaine Skinner, ayant 
pour titre : Excursions dans F Inde , les détails suivans 
sur un des insectes les plus venimeux de l'Inde : 

C'est une gyèpe en miniature , de la grosseur d'une 
petite mouche, et dont les mâchoires forment une paire 
de forceps avec lesquels elle fait les blessures les plus 
douloureuses. Impossible de rester en repos devant elle, 
il faut s'agiter constamment. Les montagnards de l'Hi- 
malaya , une fois piqués par la guêpe, abandonnent leurs 
travaux, bondissent, caracolent, dansent .comme des 
fous, se battent avec la main toutes les parties du corps, 
et après quelques momens se remettent à leur besogne, 
jusqu'à ce qu'un autre insecte vienne fondre sur eux et 
les oblige à recommencer ce pénible exercice. La mor- 
sure laisse une marque noirâtre sur la peau, et le corps 
de l'Indien en est parfois tellement couvert, qu'on aper- 
çoit à peine la couleur naturelle de la peau. 



Population de Pétersbourg. 

D'après un recensement de i83i la ville de Péters- 
bourg renferme 448,22 1 habitans, répartis ainsi qu'il 
suit : par sexes, 3i6,ai i hommes, i3a,oio femmes; par 
états et conditions : clergé, 1924 ; noblesse, 49?9 QI 9 
militaires, 45,829; marchands et négocians, 6,800, dont 
3,i43 étrangers; bourgeoisie, 44^3 ; artisans, 11,795; 



( «9 ) 
gens libres, de conditions diverses, 63, 119; paysans, 
117,426; domestiques de seigneurs, 98,098; habitans 
d'Okhta, 2,911; étrangers, i3,o35. 

La capitale comptait alors : 140 églises gréco-russes , 
19 églises de cultes étrangers, 20 églises ou chapelles de 
dissidens, 2 monastères, 4 chapelles, 4 maisons archi- 
épiscopales, 9 palais, le château des ingénieurs, 2,634 
maisons de pierre, 70 de bois, 187 fabriques ou établis- 
semens industriels. 

Il avait été, en i83i, amené pour la vente à Saint- 
Pétersbourg, 140,602 bœufs, vaches et veaux; il en 
avait été tué 46,100. On avait consommé 428,720 vo- 
lailles , 212,758 pièces de gibier à plumes, 3i4>483 dou- 
zaines d'oeufs, 94)936 pouds (1) de beurre, 1,060,994 
pouds de fourrages et 1 27,55 1 chariots de paille. 

( Abeille du Nord.) 



Lettre de M. le major d'Oesfeld, directeur du levé 
trigonométrique des états prussiens. 

J'ai l'honneur d'offrir à la bibliothèque de la Société 
deux exemplaires d'un petit ouvrage destiné principale- 
ment aux officiers de l'armée prussienne, mais qui, je 
pense, ne sera pas sans intérêt pour les officiers et les 
ingénieurs des armées étrangères, ainsi que pour les 
amateurs de cartes géographiques. J'ai donc l'espoir que 
la Société voudra bien l'accueillir avecr une bienveillante 
indulgence. 

(1) Le pond équivaut à 16 kilogrammes. 



( *3o ) 
En traçant ce double tableau , j'avais [tour but : 

i° De donner dans un si petit volume un aperçu suc- 
cinct des meilleures cartes, avec le nombre de feuilles 
dont chacune se compose : 

2° D'en présenter les échelles, 

a, par rapport à la longueur naturelle, 

b, en pouces , lignes et fractions décimales du pied 
décimal de Prusse, 

c , en pouces , lignes et fractions décimales du pied 
du Rhin ; 

3° La grandeur du mille de Prusse (à aooo verges du 
Rhin) de ces cartes, par subdivision en verges du Rhin 
et en pas militaires ; 

4° De faire voir : 

a y combien de pouces rhinlandiques vont sur un 
mille ou une fraction de mille prussien , 

b , combien de pouces, d'après le 'calcul décimal, 
vont sur un mille ou une fraction du mille prus- 
sien; 

5° De présenter d'un seul coup-d'œil un tableau de la 
grandeur respective des milles, européens , autant que 
leur grandeur est déterminée avec exactitude. Les pre- 
miers élémens ajoutés facilitent le difficile calcul pour 
l'application des différens services. 

Le catalogue des cartes en indique 34o différentes 
dont; 

a4a S( >nt représentées par 56 différentes échelles sous 
trois formes de rapports et par tableau graphi- 
que en milles de Prusse , 
98 ; il ne se trouve que le rapport à la longueur na- 
turelle. 



( *3* ) 

Sur ces 34o cartes se trouvent ou en partie ou en 
totalité : 

Pour l'Espagne et le Portugal, 16 ; pour la Grande- 
Bretagne, 1 1; la France , 5o; les Pays-Bas , s*4 , la Suisse, 
17; l'Italie, 37; la Scandinavie, la; l'Allemagne, i4> 
le Hanovre, le Mecklenbourg , i5 ; la Hesse , le Nassau, 
i3 ; la Souabe, 10; la Prusse, 47? la Saxe, i3 ; la Ba- 
vière, 12; l'Autriche, à l'exception de l'Italie, 44 > la 
Russie, la Pologne, 217 ; la Turquie , 5. — Total, 307 ; 
mais il n'y en a en effet que 34o. Ainsi 37 pays se trou- 
vent répartis sur d'autres cartes. 

Outre les differens états-majors, les dépots, etc., on 
trouve mentionnés ao6 auteurs et éditeurs dont environ 
107 sont Allemands, 5 1 Français, et 71 probablement 
encore vivans. 






( *3>; 

TROISIEME SECTION. 

ACTES DE LA SOCIÉTÉ. 
PROCÈS- VERBAUX DBS SÉANCES. 

Séance du 5 octobre i83a. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. le major d'Oest'eld, directeur du levé trigonomé- 
trique des états prussiens, écrit à la Société pour lui 
adresser un grand tableau gravé mentionnant 34o cartes 
différentes avec leurs échelles respectives , comparées au 
mille prussien, aux pieds de Prusse, du Rhin et aux di- 
vers milles usités en Europe, de manière à présenter 
d'un coup-d'ceîl la grandeur absolue et relative des milles 
européens. — Renvoi de la lettre et du tableau au co- 
mité du Bulletin (Voy. page 229.) 

M. Monin écrit à la Société pour lui offrir un exem- 
plaire de son atlas du voyage du jeune Anacharsis; il 
exprime en même temps le désir d être admis au nombre 
de ses membres. 

M. Douville donne lecture à la Société de la réfuta- 
tion qu'il a faite de l'article critique sur son voyage au 
Congo , inséré dans le Foreign quarterly Review, et re- 
produit par extrait dans le journal le Temps. 

Après cette lecture, M. le président fait remarquer 
que la Société de Géographie a déjà exprimé l'opinion 
qu'elle s'était formée du voyage de M. Douville, lors- 
qwMle lui a décerné le prix pour la découverte la plus 
importante qui venait d'être faite en géographie. Quant 
à la discussion qui s'est ouverte ensuite, et qui vient de 
donner lieu aux observations de M. Douville. la Société 



(»» ) 

pensera peut-être qu'elle n'a pas à intervenir elle-même 
dans ces explications. 

Séance du ig octobre. 

Le procès-verbal de la.demière séance est lu et adopté. 

M. Dezoz de la Roquette , consul de France en Dane- 
mark, écrit à la Société pour lui proposer l'admission 
de MM. le baron de la Salle , chargé d'affaires de France 
en Danemark ; MacGregor, consul d'Angleterre, et d'E- 
beling, consul de Russie à Elseneur. 

L'Académie royale des Sciences de Berlin adresse à la 
Société les deux volumes de ses Mémoires pour les an- 
nées 1828 et 1829. — Remercîmens. 

M. Graaberg de Hemsoe écrit à la Société pour lui an- 
noncer un nouvel ouvrage sur l'empire de Maroc, et en 
rappelant qu'il a fait connaître les travaux de la Société 
dans X Àntologia, il manifeste le désir d'être nommé cor- 
respondant étranger. 

La Commission centrale décide qu'elle nommera, à la 
prochaine séance, aux places vacantes de correspotidans 
étrangers. 

M. Jomard offre à la Société un rapport général qu'il 
a publié sur 1 état de l'instruction primaire en France et 
à l'étranger , contenant des notions et des tableaux sta- 
tistiques sur la population française comparée, à divers 
ftges,£OUS le rapport de l'instruction élémentaire. 

Le même membre annonce que M. Jaubert a achevé 
la traduction du deuxième climat de la géographie d'El- 
Edrissi, et qu'elle est prête à envoyer à l'impression. 

M. Roux de Rochelle communique à la Société le 
Tableau officiel de la population des Etats-Unis d'après 
le recensement de i83o : il est prié de vouloir bien en 
rendre compte dans le Bulletin. 



i 



(a34) 



MBMBRBS ADMIS DANS LA SOCIBTX. 

Séance du 5 octobre. 

M. Charles Monin , géographe. 
M. Townsbnd, de la ville d'Albany. 

Séance du ig octobre. 

M, le baron os la Salle, chargé d affaires de France 
en Danemark. 

M. Mac-Grbgor, consul d'Angleterre à Elseneur. 
M. d'Ebbling, consul de Russie idem. 



OUTBAG*ft OFFS&TS A LA SOCIETE. 



Séances des 5 et ip octobre. 

Par l'académie royale des sciences de Berlin : Mé- 
moires de cette académie pour 1838 et 1829. a ▼. in-4°. 

Par M. le major d'Oesfeld : Grap/usc/te Darstellung 
der Europaischen Meilen, etc. ; Preussische Meilen zu 
2000 Rheinlandiscken Ruthen, etc. Berlin, i83i. Une 
feuille. 

Par M. Ch. Monin : Atlas du voyage du jeune Ana- 
charsis, in*8°. 

Par M. Jomard : Rapport général fait à la Société 
pour V instruction élémentaire sur la situation et les progrès 
de renseignement primaire en France et à F étranger 9 etc. 
Une brochure in-8° avec plusieurs tableaux. Paris, i83a. 



( a35 ) 

Par M. Rienzi : Réponse à M. le marquis Fortia 
d'Urban sur une question importante de manuscrits et 
d'inscriptions antiques* In -8°. 

Par M. Gide : Nouvelles Annales des wyages^ cahier 
d'octobre. 

Par M. Feathertonhaugh : The montfdy American 
journal of geology and natural science , cahiers de mars, 
avril et mai. 

Par M. le directeur : Cahier d'octobre du Mémorial 
encyclopédique* 

Par la Société asiatique : Cahier de septembre de son 
journal. * 

Par la Société d'agriculture du département de l'Aube : 
Deuxième et troisième trimestres de i832 de ses Mémoires. 

Par la Société d'agriculture du département de la 
Seine-Inférieure : Extrait de ses travaux, 45 e cahier. 

Par M. de Monglave : Des colonies de bienfaisance à 
établir en France sur le modèle de celles de Hollande et 
de Belgique. In-8°. 



( a36 ) 

Bibliographie géographique. 

Extrait du catalogue de la foire de Leipsig, année 1 83 a. 



§ I er Ouvrages généraux. 

Description de la terre, avec des 
cartes, par Hoffman. 4 premières 
livraisons, in 8°. 

Manuel complet delà géographie 
moderne^xr Gaspari , Hassel, etc. 
Quatrième livraison du ao vo- 
lume. — République argentine , 
états de Rio de la Plata, d'Ura- 
guay et de Paraguay ; publié par 
J. Frœbel. In-8". A l'institut géo- 
graphique deWeimar. 

ASIE. 

Mémoires sur le Mongol, par le 
moine Hyacinthe; trad.du russe, 
avec planches et cartes. In- 8°. 

AFRIQUE. 

Le pays entre les cataractes du 
Nil, avec une carte astronomique 
d'après un voyage fait en 1817, 
par le major Prokesch. 

EUROPE. 

Manuel de la géographie militaire 
de l'Europe, avec une carte oro- 
hydrographique de cette partie 
du monde , par F. von Malchus. 

Russie. 

Esquisses tirées du portefeuille 
d'un voyageur russe qui a par- 
couru dans l'été de 1827 une 
grande partie des provinces de 
l'ouest et du sud -ouest de sa pa- 
trie ; avec a lithographies. In-8 9 . 

Prusse. 

Manuel historique, statistique 
et topographique pour Berlin et 
tes environs, avec un plan , par 
Helhnig. 

Autriche. 

Mémoires pour servir à la con- 
naissance géographique de la par* 



tie de l'Autriche au-dessous de 
l'Ens , publiés sur l'invitation des 
états par une société formée spé- 
cialement pour cet objet, x vol. 
avec 1 a petites cartes gravées sur 
bois, 4 lithographies et a grandes 
planches gravées sur cuivre. 8 gr. 
Vienne. 

Tableau géographique et statis- 
tique de l'empire d'Autriche, par 
Franz Grœffer. In-folio. 

Manuel pour les voyageurs en 
Autriche, par Jenny. 1 vol. gr. 
in-8°. Vienne. 

Bavière. 
Lexicon topographique et sta- 
tistique de la Bavière. Deuxième 
édition. 

§ 2. Atlas y Cartes géo- 
graphiques, etc. 

Ados d'Europe, en aao feuilles 
au i/5 00,000, parWeiss et Wœrl. 
Quatrième et cinquième livrai- 
sons. Freibourg. 

Carte militaire de l'Allemagne, 
par Klein. Stuttgard. 

Carte de la Courlande, de la Sa- 
moffitie, de la Lithuanie, de la 
Poaolie et de la Wolhynie. 

Carte spéciale du duché de Sty- 
rie, 5 feuilles, par Gall. von Gai- 
lenstein. 

Le Wurtemberg, Bade et Ho* 
henzolhern, en 1 a f. au 1/200,000, 
par Wœrl. 

Carte du grand duché de Hesse, 
publiée par l'état-ityajor général, 
au i/5oo,ooo. \ 

Carte du grand duché de liesse, 
par Glasez. 

Carte des montagnes du Hartz. 

Plans de Hambourg, de Berlin 
et de Magdebourg. 3 feuilles. 



ir?i. 



N?5. 



JBuUaùv cUIcl <foc. cU Gevgr. &?-&£. 





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1 



ni clans ce&e>*nênu>pari2ioiirele "hves. 
i dessus efcla.Iïgr.JPï'të'. 




VinfxZH** de T. JStneètau. tu* dms Ma&urùi ( B,&*'f8. 



IA** 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 



N° 115. — novembre i83a. 



PREMIERE SECTION. 



MÉMOIRES ^ EXTRAITS , ANALYSES ET RAPPORTS. 



CEYLAN. 



L'île de Ceylan, en anglais Ceylon, la Simundi des 
Grecs, la Taprobane des Romains, et nommée par les 
indigènes Singala ou Chingala^ mot qui veut dire ile 
des Lions; située à l'extrémité sud*est de la péninsule 
indostane, à l'entrée du golfe du Bengale, par 5° 56' 
4° 46'lat.N., et yf iff, 79 4a' long. E.; longue è% 
quatre-vingt-quinze lieues, large de trente à rinqjuante;> 
d'une surface de deux mille cinq cent, soixante lipues 
carjées; aussi belle que riche et fertile, avec un sol 
adapté à toutes les productions oriep taies , est habitée 
par neuf cent mille Indous, peuplé soumis, patient et. 
inoffensif, professant en majorité le boudhisme^t quel-, 
ques-un* la religion chrétienne, sous l'ii 

«7 



(aS8) 

gouvernement britannique , maître de cette île depuis 
1796, époque où il la prit aux Hollandais. 

Le climat comme le sol , les havres comme la situation 
et les ressources intérieures, font de Ceylan un des 
points les plus importans de l'Inde pour le commerce 
européen, s'il n'est même le plus avantageux, à cause 
dé sa. température moins dévorante. 

Cette île, néanmoins, ne produit pas encore de quoi 
nourrir tous ses habitans; elle tire du dehors, et princi- 
palement du Bengale ou de la côte de Malabar, divers 
articles de subsistance, comme du riz dont elle ne ré- 
colte qu'une faible quantité, bien qu'il soit presque 
Tunique aliment des indigènes. 

Les objets de première nécessité sont plus chers à 
Ceylan qu'au Bengale, et la main-d'œuvre également 
plus coûteuse. Il y existe moins de liberté que sur le 
continent indien, gouverné par la compagnie des Indes, 
tandis que Ceylan a un gouverneur spécial, nommé di- 
rectement par le roi d'Angleterre; gouverneur, in- 
vesti d'un pouvoir absolu dont il use largement , soit 
ea prescrivant au peuple un travail forcé et gratuit , 
cornue peur la construction des routes et autres objets 
d'utilité publique; soit en exilant qui bon lui semble de 
1» coku>ie t sans en donner de motif; soit même en con- 
fisquant des propriétés particulières. Ii a le monopole de 
la cannelle, du chank et de la pâehe des perles, et com- 
merce pour le compte du gouvernement, ce qui annule 
presque on du moins paralyse tout commerce privé. 
Lee droits d'exportation et d'importation sont extrême- 
ment élevés. Les importations venant de l'Inde, bornées 
presque* des céréales, paient de 5o à ?5 p. i/o. Les 
productions anglaises sont de même sujettes à nn droit 
exorbitant ^ comme les exportations de Ceylan pouf 



(*39) 
l'Inde, où cependant un système bien plus raisonnable 
a été adopté par la compagnie en faveur des produits 
des trois royaumes-unis, produits dont l'entrée est? 
exempte de tous droits , excepté les marchandises en 
pièces de coton , frappées seulement de % 1/3 p. oyo. 

Par sa position géographique , Ceylan renferme une 
plus grande variété de climats qu'il n'en existe dans aiir 
cun territoire d'égale étendue sur le continent indien* 
La portion orientale , participant du climat de la côte du 
Çoromandel , est brûlante et sèche ; la portion occiden- 
tale , analogue à la côte du Malabar, est tempérée et hu- 
mide. L'île étant traversée dans sa longueur par une 
chaîne de montagnes, le point culminant appelé le pic 
d'ddam , est élevé de plus de sept mille pieds au-dessus 
du niveau de l'Océan, et forme le centre de hautes terres 
singulièrement propres aux productions des pays tem- 
pérés. Plusieurs belles rivières descendent des deux ver- 
sans, et vont sejeter dans la mer des Indes, après avoir tra- 
versé quelques plaines où leur cours est plus lent: durant 
les pluies équatoriales elles sor ten t de leurs lits et inondent 
la campagne. La Mahavelle^ la seule navigable, débou- 
che dans la baie de Tnnqiiemale ou Trincomali, Toutes 
ces rivières qui serpentent à travers les districts orien- 
taux et occidentaux, rendaient jadis de grands services 
eu remplissant de vastes réservoirs pour l'irrigation des 
terres. Les anciens habitans étaient très habiles à exé- 
cuter des ouvrages pour réunir et pour distribuer les 
eaux. Quelques-uns de ces anciens travaux semblent te- 
nir du prodige, notamment celui du géant que/ Von 
voit encore dans las plaines qui s'étendent de Trinque- 
maie à AnArojpoura , l'ancienne capitale v outre une digue 
en pierres, qui fut construite à travers la rivière à'Àripo, 
pour en détourner le cours. Ces diverses constructions 

x 7- 



( M») 

paraissent se rapporter à une période antérieure à l'ère 
chrétienne, et l'on en trouve de nombreux débris dans 
la province de Tangalle ainsi que dans les districts main- 
tenant déserts du nord et de Test. 

Le sol uni des provinces du littoral a occasioné la 
formation de vastes lagunes d eau salée qui facilitent les 
relations intérieures et les communications avec l'Inde* 
Les Européens qui se sont emparés de File ont com- 
mencé à construire , dans les districts de Columbo et de 
Galle, des canaux propres à aider à ces relations com- 
merciales. 

Sous le rapport du climat, la distinction entre les 
provinces du nord et du midi est si tranchée, que tandis 
que, sur un versant delà montagne, la pluie tombe par 
torrens, sur l'autre, la terre est dune sécheresse brû- 
lante et la verdure flétrie; de même aussi, pendant que 
d'un côté les naturels se garantissent contre l'inonda- 
tion, de l'autre ils distribuent le peu d'eau qu'ils ont 
pu, dans leurs citernes ou réservoirs, conserver des 
pluies de la dernière saison. Dans la culture du riz, sur 
des terrasses pratiquées à travers le flanc des collines , 
les habitans de la province de Kandy déploient beau- 
coup d'art. 

Le sol des plaines méridionales est sablonneux, assis 
sur une forte marne rouge ou argileuse, dont la base est 
le gratût.La cannelle y prospère aussi bien que dans les 
terrains plus riches y partout où il y a suffisamment d'au 
midité. Sur quelques-unes des hautes terres le sol est 
plus vigoureux > et sur les montagnes y il est granitique 
et considéré comme fertile. Les provinces d'Ouvak , de 
Wellase et de Bintenne, à l'est ; les districts de Suffira* 
gam et de Tangalle qui se touchent , et les vastes plaines 
du nord des montagnes, aujourd'hui dépeuplées et dé- 



{ »4i ) 
séries, passent généralement pour fécondes et offrent 
de belles nappes d'érables et de beaux pâturages. lie sol 
de la partie septentrional? est un calcaire sablonneux , 
reposant sur du madrépore. Il est bien cultivé ; le dis- 
trict de Jctffna est surtout éminemment productif. 

Suivant le colonel Colebrooke (i), l'administration 
civile et militaire de Geylan coûte à la couronne britan- 
nique, environ 4*36o livres sterling ou 10,900,000 fr.; 
les revenus bruts ne se montent qua 33o,ooo livres ou 
7,750,000 francs. 

Le gouvernement ne perçoit rien sur les terres qui 
appartiennent aux temples, et les possessions des tem- 
ples constituent une grande portion des terres cultivées 
dans les provinces Itandiennes; mais il prélève un droit 
pour la garde de la relique de Boudha , exposée une fois 
l'an aux regards superstitieux des dévots, cérémonie 
qui a lieu dans la ville de Kandy avec une grande 
.pompe , et qui attire une foule immense des diverses 
contrées de l'île. 

Relativement à l'éducation élémentaire, le gouverne- 
ment britannique n'a pas encore fait faire beaucoup de 
progrès aux Singalais ; ils n'ont que quatre vingt-dix 
écoles publiques. Les maîtres sont généralement foït 
ignorons; ils. n'enseignent à lire que dans les idiomes du 
pays et à écrire qu'avec les caractères indous. Ces écoles 
dépensent environ 2,000 livres sterling par an. Les maî- 
tres reçoivent la modique rétribution annuelle de $ livres 
.sterling, mais il se font un. petit casuel sur le registre! des 
mariages. Le nombre des enfans instruits dans les. école* 
publiques ou particulières est d'environ douze niille sur 
. une population de neu^cent mille individus , et le n&m- 

(i), Asiate journal, juillet iSia it M ; i; j 



( »4* ) 

bre de ceux qui apprennent l'anglais ne dépasse pas hait 
cents, lorsqu'il existe plus de deux cent cinquante mille 
impubères dans File. Quelques missionnaires évangéli- 
ques, cependant, ont obtenu des succès isolés dans la 
partie septentrionale. Dans quatre provinces , celles de 
Cotta, Kandy, Baddagame et Nellore , en i83i, ils 
avaient cinquante-sept écoles et deux mille cent cinquante- 
cinq écoliers, ainsi que vingt- et-u ne congrégations. Sui- 
vant le MUsionaiy Register, de juillet i832, qui nous 
fournit ces derniers chiffres ( les précédens étant donnés 
par XAsiatic journal) , les mêmes missionnaires évangé- 
liques ont publié durant ladite année , vingt mille quatre 
cents ouvrages, dont quinze mille cinq cent cinquante 
en singalais, onze cents en anglais, et trois mille sept cent 
cinquante en d'autres langues. 

Pour ce qui touche l'administration de la justice, tout 
encore est subordonné à l'arbitraire du gouverneur. Il 
nomme , déplace et révoque à volonté les juges provin- 
ciaux. Ceux-ci , dansles cas douteux, peuvent recourir au 
procureur fiscal ou ministère public, par l'en t remise du 
gouverneur, pour en avoir de nouvelles lumières. On 
avait cru jusqu'à présent que le jury était en vigueur à 
Ceylan :il n'en est rien. Les juges ou magistrats ne sont 
assistés par aucun juré ou assesseur. Les naturels qui 
suivent l'audience peuvent bien donner leur opinion au 
juge président ; mais elle n'est pour lui d'aucune impor- 
tance. Il n'existe aucune barre à son tribunal ; aucun 
auditoire auquel il puisse manifester sa décision* On ad- 
met un plaideur pour chaque cause dans toutes les 
cours de 111e, excepté devant la cour suprême; il est 
tbbgé de payer un droit de timbre qui , sans procurer 
un revenu considérable , suffit pour détourner de beau- 
coup de procès , car le peuple k Ceylan est trop pauvre. 



(*43.) 

en général, pour payer la justice. Il y a quelques procès, 
gratuits, mais on les a astreints à des règles sévères; les 
plaideurs insolvables «ont censés n'avoir aucun -droit 
aux arrêts dune cour de justice; les antres , promenés 
de délais en délais, finisbent par se ruiner avant d'avoir 
été jugés. 

Le fiscal., qui est 1 officier exécuteur de toutes les cour* 
provinciales, ne reçoit' rien pour mettre à exécution te6 
arrêts, et ne peut être puni par elles, s'il négKge d&h? 
iaire. Dans la cour suprême ,. au contraire, ir a de» ho. 
noraires et peut être condamné à une amende©» même 
à un emprisonnement s'il y a lieu : aussi remplit-il feten 
«es fonctions , tandis que le fiscal provincial s'acquitte 
fort mal des siennes» La juridiction testamentaire est 
aussi dans un dédale inextricable à Geylan. 

Chaque cour inférieure a quatre juges; la haute eour 
•d appel en a cinq, y compris le gouverneur qui de droit 
k préside, comme la cour suprême» La juridiction de 
la haute cour ne s'étend point au-defà de la province ée 
Columbo 9 siège du gouvernement ; celle de la courstft?- 
prêrae embrasse naturellement l'île entière. 

La conclusion à tirer des détails que nous venons d'of- 
frir d'après deux Revues anglaises, c'est que le gouverne» 
ment (continental de la 'Compagnie des Indes est mieux 
entendu , «tans les trois présidences de Bombay., Carb» 
eutta et Madras, que celui de la couronne britannique 
dans l'île de Geylan» » 

Néanmoins, en ces derniers temps, la couronne a 
bit faire <ie notables progrès à la civilisation dans cette 
île. Une malle-poste a été établie de Columbo à Maàk* 
Haine y et cette distance de trente-sept milles* et deitq 
est aujourd'hui franchie en six heures. Les lettres égale- 
ment sont remises à Kandy trois heures plus tôt qu'au- 



( *44 ) 

paravant; La voiture part à quatre heures de relevée, 
sans que par conséquent lies voyageurs aient rien à souf- 
frir du soleil; elle est d'ailleurs bien pourvue de lampes. 
Malgré la superstition tenace dès indigènes , les mis- 
sionnaires américains ont encore obtenu quelques suc- 
cès dan» les provinces de lest. Ces succès seraient bien 
plus marquans , sans l'influence pernicieuse des institu- 
tions locales mêlées et confondues sous la même auto- 
rité; institutions connues sous le titre de sAasters, qui 
passent pour avoir un caractère divin , et pour être aussi 
anciennes que FexistencedesSingalais eux-mêmes comme 
peuple; elles règlent la distinction des castes, observée de 
génération en génération , et l'hérédité invariable du 
sacerdoce qui exerce une suprématie absolue sûr toutes 
les classes; elles sont remplies de récits extravagans 
d'exploits des dieux et des héros des premiers âges, 
comme on le voit surtout dans les puranas ou poèmes 
sacrés; elles enseignent la doctrine de la prédestination 
et la transmigration des âmes; elles entretiennent non- 
seulement les goûts impurs ou obscènes du peuple et 
ses sentimens dépravés , mais aussi la servitude des 
femmes , en établissant comme principe , qu'être né de 
ce sexe est un malheur, puisque sa condition, néces- 
sairement inférieure , est de rester l'esclave de l'homme; 
enfin , les Sihgalais , généralement légers, imbécilles et 
crédules, sont élevés par leurs prêtres dans la flatte- 
rie, l'hypocrisie, la dissimulation, la fausseté et une 
foule d'autres vices ; ce qui augmente les obstacles que 
rencontrent les missionnaires pour les convertir au 
christianisme, et rend les progrès de l'éducation bien 
plus lents. 

Albert-Mowtbmoht. 



(*45 ) 



MOEURS ET COUTUMES DES KIRGHIZ. 



Ceux qui vantent le bonheur de letat sauvage modi- 
fieraient sans doute leurs idées à cet égard , s'ils allaient 
observer ou les Dayaks indigènes de Bornéo, qui ne 
se plaisent qu'à couper les têtes, ouïes indigènes de 
l'Australie, ces hommes de la nature chez qui le rapt est 
l'unique mode de mariage, en même temps qu'ils dévo- 
rent sans pitié leurs semblables; ou bien si, pour ne pas 
courir au loin chercher nos antipodes , ils pénétraient 
seulement dans le pays des Kirghiz , autres modèles de 
la vie brute, et qui, sans se livrer à l'anthropophagie, 
Comme les Australiens de la Nouvelle-Zélande, ne sont 
pas moins féroces. 

Les Kirghiz, sur lesquels nous allons offrir quelques 
détails extraits d'une relation anglaise toute récente, in- 
sérée dans Y Asiatic journal d'août i832 , relation qui est 
peut-être un peu sombre, du du moins qui n'est point 
flattée , sont des tribus nomades que rien ne pourrait 
assujétir à la condition sédentaire. Ils vivent errans au 
milieu des steppes incultes de l'Asie , qui s'étendent de 
la mer Caspienne et du lac Aral aux confins de la Sibé- 
rie moscovite, et depuis le voisinage de* la ville russe 
d'Orembourg, située vers l'Oural, jusqu'aux frontières 
de la Tartarie Chinoise ; vastes plaines d'une superficie 
d'environ 5 0,000 lieues carr&s, où l'on rencontre des 
serpens blancs, des ânes et des chevaux sauvages. 

Les Kirghiz ou KaisaTts , forment trois grandes divi- 
sions appelées Hordes , et qui ensemble réunissent près 
de a,5oo,ooo habitans , tous à visage européen , mais 



( »4« ) 

un peu jaune; avec le nez écrasé, les yeux petits, et 
parlant un dialecte dérivé du turk. 

Plongés dans la plus complète barbarie, et jouissant 
delà liberté la plus absolue, dont ils usent pour mal 
faire , sans scrupule et sans remords , ils rejettent fière- 
ment tout ce qui tendrait à policer ou adoucir leur ca- 
ractère violent , dur et jaloux. La rapine est leur élément, 
le pillage leur occupation favorite (i), la cruauté leur 
loi. Chez eux, nulle forme de gouvernement, nul cher 
avoué, car leurs khans ou sultans n'ont guère qu'une 
autorité nominale; nul congrès, nulle diète, nulle con- 
férence diplomatique; l'anarchie est leur situation per- 
manente (2) , et la satisfaction de leurs hideux pencha n s,, 
leur règle. Ils ignorent ou dédaignent les arts, même 
agricoles; quelques-uns chassent avec des aigles appri- 
voisés comme jadis nos faucons. Généralement assoupis 
dans leur ignoble nonchalance, étendus sous la tente, 
en été parce qu'il fait trop chaud ,en hiver parce qu'il neige 
autour d'eux, ils ne sortent de leur inaction, de leur/wr 
mente stupïde, que pour renouveler leurs provisions 
épuisées , comme le tigre de l'Inde se relire au fond de 
ses broussailles ténébreuses, jusqu'à ce que la faim te 
rappelle au carnage (3). Dans ce repos duerime, le Kir- 
ghiz s'abandonne à la luxure avec une ardeur effrénée. 



(1) Suivant M. de Meyendorff, « Le Kirghiz le plus honnêteté 
« livre à son goût pour le pillage , tant l'esprit de rapine est enraciné 
« chez lui. •• ( Voyage tfOrembourg à Boukhara , en i8ao. ) 

(a) Seulement , • ils respectent les anciens ob chefs de famille, dont 
ils suivent les conseils. » ( Voyage d'Oremkoarg à Btmkhar*, en if***-, 
par le baron de. Mevendorff. ) 

(3) « Nous trouvions sur la route des centaines de cadavres qui 
servaient de pâture à des chiens et à des oiseaux de proie. » ( Voyage 
h Boukhara. ) 



C*47 ) 

La* de débauches, il lui faut des récits merveilleux, d$s 
nouvelles fausses ou vraies ; il n'accueille l'étranger dans 
son camp décoré du titre à'aoul) que sous la condition 
d'en ouïr quelque histoire amusante; et ici , par étranger, 
nous voulons dire seulement le Kirghiz voyageur , car 
le Kirghiz n'exerce l'hospitalité qu'envers les siens. 

Mélancolique et sombre, le Kirghiz aime la solitude, 
et s'enferme souvent pour être seul avec ses concubines. 
Singulièrement crédule , car il n'a point de despote (i) à 
redouter et de crainte à nourrir; il joint à cette crédu 
lité aveugle une extrême perfidie. Aussi ne peut-on ajou- 
ter nulle foi à ses promesses; aussi nulle convention, 
nul traité n'est praticable avec ce peuple aventurier , l'un 
des plus sauvages comme l'un des plus vicieux de ta 
terre. Il semble pourtant un peu moins atroce dans les 
lieux baignés par le Sir ou Sihon , grand fleuve qui va 
mêler ses ondes à celles du lac Aral , ou nier des Aigles , 
fleuve dont les beaux rivages forment son paradis (a), 
pendant qu'à l'instar des mahométans il considère la 
ville sacrée de Turkestan comme sa Médine. 

Borné dans ses besoins, sans luxe dans son intérieur, 
excepté dans ses chevaux, le Kirghiz n'est pas moins 
d'une sordide avariée, et d'une cupidité insatiable, au 
point que souvent d'horribles conflits s'élèvent pour le 

• 

(x) M. de MeyendorfF dit , toutefois , que le khan a droit de -vie et 
de mort sur les Kirghiz , qui sont , il est vrai , garantis par Popinion 
publique , très paissante chez ce peuple nomade. Cette opinion li- 
mite le pouvoir du khan , mais ses sujets étant fort inconstans, quoi- 
qu'il la respecte, il n'en est pas moins fréquemment renrerté. (f&jrage 
à Suukhara. ) 

(4) «Les Kirghiz sont fiers de posséder un si grand fleure dans 
leur territoire; les contrée* qu'il arrose forment leur paradis, t» 
( forage à Botikhara. ) 



\ 



( *48) 
partage des plu» chétifs lambeaux; car, après le pillage 
d'une caravane, on se distribue le butin, et Ton brise 
les plus petits, articles pour que chaque maraudeur en ait 
sa part: une montre, par exemple, disparaît en frag- 
mens, un rouage d'un côté, un ressort de l'autre ; et 
sous la tente, ces fragmens sont encore partagés entre 
les parensou amis que le pillard y trouve assemblés. 

LeKirghiz n'a que la bravoure du l^che, il attaque 
par surprise, et dévalise ou tue à l'improviste (i). Averti 
de l'approche d'un convoi, il s'élance à cheval, le sabre 
au poing, et le cordon tout prêt à enlacer un prisonnier, 
à la manière des Sud- Américains dans leur chasse aux 
taureaux ou chevaux sauvages. Son premier choc est 
impétueux, terrible; mais si on lui résiste , le Kirghiz 
étonné s'enfuit comme l'éclair. La vue d'un mousquet 
l'interdit, et le bruit du canon le remplit de terreur. Il 
ne se bat qu'en escarmouche ou bien en embuscade, ja- 
mais en rase campagne; voilà pourquoiil n'ose inquiéter 
•dans leur marche, les caravanes russes qui se rendent à 
Boukhara, escortées d'une force imposante. 

Si le Kirghiz n'était pas tellement avide de gain , il ne 
ferait point de quartier aux étrangers qu'il parvient à 
saisir; c'est à cette soif inextinguible de profit qu'ils sont 
redevables de n'être pas exterminés. Il les réduit en es- 
clavage, et les vend aux Boukhariens, en échange des 
objets qu'il désire. Pour juger de sa cruauté, il faut le 
voir dans ses accès de vengeance, envers quelqu'un de 
sa horde : il le lacère , le torture et le brûle, après s'être 

(i) Suivant la relation de M. le baron Meyençlorff , « cesbrîgûinis 
font quelquefois des excursions au nombre de quatre à cinq mille ; 
leurs attaques .sont toujours aussi brusques qu'imprévues ; ils effraient 
par. des cris et des hurlemens les chameaux des caravane*. » ( Xay. 
à BouAhara. ) 



(*49) 

« 

lave les mains dans son sang, et s'en être abreuvé: il 
ne lui manquerait plus que d'en manger la chair, (i) 

Si vous demandez à un Kirghiz quelle est sa religion, 
il vous répond ; • je n'en sais rien ». Il n'a pas de tem- 
ple ; il singe le rite mahométan , mais dans ce qui s'y 
trouve de mal ; il en profite pour exercer plus à son 
aise ses brigandages sur le Kafir et sur le Guèbre. Il a 
quelques prières imitées dn khoran , et quelques idoles; 
mélange bizarre de cultes et de superstitions dans lequel 
surgit cependant une croyance consolante , et qui prou- 
ve que la barbarie ne réussit pas à bannir totalement du 
cœur humain le principe du bien et du mal : cette 
croyance, assez répandue chez les Kirghiz, c'est que les 
âmes des morts s'en vont habiter les. étoiles , et y sont 
escortées par de bons ou de mauvais génies, pour les char- 
mer ou les tourmenter, suivant qu'elles ont été vertueu- 
ses ou méchantes sur la terre. Gela explique l'attention 
du Kirghiz à contempler, dans une belle nuit, le firma- 
ment et surtout la lune qu'il paraît chérir davantage. (2) 

Le Kirghiz est très attaché à ses steppes sablonneuses* 
S'il en est arraché, comme lorsqu'un détachement 
de troupes russes emmène des prisonniers à Orembourg 
ou Astrakhan, rien ne peut lui faire oublier son pays; 
et s'il parvient à y retourner, à peine a-t-il dépassé la 

(1) Il y a peut-être ici de l'exagération dans le récit anglais; néan- 
moins', M. de Meyendorfïa vu les Kirghuz « lier les bras et vouloir 
couper la tête à des gens de leur borde. Loin de s'appitoyer sur le 
sort de quelqu'un , ils en rient. Ils sont très irascibles ; la cause la 
plus légère suffit pour les porter à une vengeance cruelle. • ( Fojage 
à Boukhara. ) 

(a) « Dans leur mélancolie , les Kirghiz passent souvent la moitié 
de la nuit, assis sur une pierre, à regarder la lune et à improviser des 1 
parafes assez tristes sur des airs qui ne le sont pas moins. » ( Foyagm 
à Boukhara. ) 



( a5o ) 

fronlière , que dans l'excès de sa joie, il couvre de bai- 
sers et nouille de pleurs la terre de ses hordes. Ainsi, 
partout , l'amour du sol natal est gravé dans les cœurs, 
et l'homme le plus sauvage parait encore le sentir plu» 
vivement que l'homme le plus civilisé, . 

Superstitieux autant que barbare, le Kirghiz a foi à 
des magiciens ; il est vrai que ces derniers lui promettent 
force butin et force jolies femmes , double objet de sa 
convoitise. Il peut avoir autant d'épouses que sa fortune 
le lui permet ; on se passe de cérémonies nuptiales. Il 
va, de préférence, chez les Kalroouks, ses voisins, leur 
enlever des compagnes, parce qu'elles conservent plus 
long- temps les attraits du jeune âge, et sont d'un ca- 
ractère plus doux que celles de son pays. 

Les femmes kirghizes, du reste, valent mieux que les 
hommes; on dirait même que ces monstres bipèdes ont 
accapara tous les vices, en ne laissant à l'autre sexe que 
les bonnes qualités. Ce dernier, en effet, montre de la 
compassion, compte des mères tendres et des épouses dé" 
vouées, qui, chargées des soins domestiques, préparent 
les repas, confectionnent les vétemens , traient les cava» 
les, sellent les chevaux, et quelquefois suivent leurs 
maris dans une expédition lointaine (i). S'ils ramènent 
des captifs, c'est à elles que ceux - ci doivent fréquem- 
ment la vie et toujours des adoucissemens à leur capti- 
vité. Chacune a sa tente séparée, comme chaque né- 
gresse du Bihé,en Afrique, a sa propre cabane, que, 
tour- à -tour, le nègre favorise de sa visite, comme le 



(l) «Les femme» duKirgbit sont ses uniques ouvriez*; ce sont 
elk* qui font aa cuisine, façonnent ses habits, sellent «on cheval; 
tandis qu'avec une nonchalance imperturbable, il borne se» soins à 
garder sou troupeau. » ( Voyage à Boukhara. ) 



(»5i ) 

Kirghiz passe alternativement de Tune à Vautre de ses 
tentes; et il e^t des Kirghiz, comme des nègres, qui ont 
jusqu'à deux cents compagnes. Voilà bien des politesses 
à rendre. Mais le nègre possesseur d'un si intéressant 
troupeau x est du moins généreux : presque partout, et 
notamment au Congo ou vers le Monomotapa, il en fait 
les honneurs à l'étranger qui lui arrive , et celui-ci , qui ne 
pourrait, sans l'offenser gravement, refuser une consola- 
trice, la choisit en échange d'un léger présent, et abrège 
auprès d'elle les lenteurs uniformes de la nuit équi- 
noxiale, tandis que le féroce Kirghiz, au contraire, vous 
éventrerait sur l'heure, si vous osiez lancer un regard 
tendre à l'une de ses brebis humaines : jalousie, au sur- 
plus, naturelle; car le harem kirghiz, sous des tentes en 
plein air , est une faible barrière contre les entreprises 
des lovelaces de ces contrées ; et dans les steppes d'Asie, 
aussi bien qu'en Europe , dès que les maris s'en, vont à 
la maraude, l'amour, à pas de loup, vient marauder 
également chez eux. 

Hâtons-nous d ajouter, pour la justification des belles 
Zaïres du pays des Kirghiz , que , nonobstant leur affec- 
tion pour leurs époux farouches, presque tous les mal- 
traitent jusqu'à la barbarie. 

Une seule est à l'abri des fureurs maritales : c'est celle 
qui a le rang de première épouse et le titre de baibicka, 
mot qui veut dire fetnrne riche, parce qu'elle possède un 
assez riche douaire. Son époux légitime, et qui le de- 
vient sans être obligé , comme le Dayak ou aborigène de 
Bornéo, d'abattre auparavant une ou deux tètes humai* 
nés, peut lui donner des ordres, mais non la battre, et 
encore moins la tuer; elle peut même divorcer , s'il la 
rebute ou la néglige; alors elle rejoint se* paréos pour 
convoler ensuite a de nouveaux liens ; c'est ainsi qu'en 



( a5a ) 

usent exactement les femiftes noires du pays de Baka, 
comme celles également d'une autre province du Congo, 
qui, plus elles ont d'aventures galantes, plus elles sont 
recherchées par leurs nouveaux époux ; et une jeune 
baibicha, comme chez nous une riche héritière, ne man- 
que, non plus, jamais de prétendans. 

Pour ce qui est de ses autres compagnes, le Kirghiz 
a sur elles une autorité absolue, un droit de vie et de 
mort ; à son gré , le tyran peut d'un coup de cimeterre 
abattre une tête charmante, dont le sang coule et reste 
sans vengeance. En un mot, la servitude la plus affeuse, 
voilà le destin de ces pauvres femmes , qui envient en 
secret celui de leur baibicha , ou sultane affranchie, à 
laquelle, d'ailleurs, elles doivent complète obéissance. 
Que serait-ce donc si elles venaient un jour à connaître 
le juste privilège des femmes de nos climats, qu elles 
gouvernent par la triple magie de l'esprit, de la grâce et 
de la tendresse? 

AXBERT-MONTÉMOKT, 



il 



LES KHOLES , PEUPLADES DE L INDE. 

Les Kholes ou Cotes sont des tribus englobées dans 
les provinces de Bahar et Orissa , au Bengale, à environ 
trois cents milles de Calcutta. Ce sont , à ce qu'il paraît, 
des descendans des aborigènes de l'Inde , et les districts 
occupés principalement par eux sont Chota-Nagpore et 
Singhboum ; mais on en retrouve çà et là dans les mon- 
tagnes de Chunar. 

Le district montagneux de €Hota*Nâgpore , presque 



( a53 ) 

entièrement couvert de forêts , est situé à l'extrémité 
sud de Bahar et borné au sud-est et à l'ouest par le Gond- 
wana. Les hautes terres sont entrecoupées par de pro- 
fondes ravines et partiellement couvertes de jungles ou 
broussailles , entre lesquelles sont clairsemés les villages. 

Le district de Singhboum, dans l'Orissa, est borné de 
trois côtés par ceux de Chota-Nagpore , Midnapore et 
Mohurbunge, et au sud par celui de Kunjour. 

Les Kholes se partagent en deux classes, entre les- 
quelles existe une mutuelle antipathie très prononcée: 
lesLurka-Rholes et les Dhangar-Kholes. 

Les Lurka-Kholes habitent le Singhboum, et sont 
gouvernés par un rajah soumis au pouvoir britannique: 
c'est un peuple simple et inoffensif , qui redoute les 
Dhangar-Kholes, regardés par lui comme des démons 
pleins de cruauté. 

Les Kholes ne paraissent avoir aucun système de reli- 
gion. Leur pays est bien cultivé ; mais ce sont les femmes 
que les hommes chargent de ce soin , comme de toutes 
les affaires domestiques, pendant qu'ils vont à la chasse 
ou se reposent dans l'indolence ou la débauche. Ils aiment 
passionnément les liqueurs fortes, qu'ils tirent de plantes 
et de riz fermentes. Ils sont malpropres , et mangent de 
la chair de serpent ou de tigre. 

Les Kholes, en général, se distinguent par une sauvage 
bravoure que leur inspire le mépris de la vie. Leurs 
armes consistent en arcs, flèches et haches appelées 
îanghies. Les femmes sont mieux vêtues que les hommes , 
si l'on peut nommer habillement une nudité presque 
complète , à l'exception d'un tablier de feuilles d'arbre* 
Elles portent à leur cou de très lourds chapelets. Les 
deux sexes sont d'une couleur très noire , comme on en 
voit balayant les rues de Calcutta. 

18 



(*S4) 

Les Dhangar-Kholes qui hantent ChoU-Nafpqrew»i 
paresseux, bas et stupres, gouverné* aussi par des 
rajahs ou zeiqindars, vassaux de la puissance britan- 
nique. Ils n'ont jamais été complètement soumis. Ils vont 
tout nus , à l'exception d'une pièce étroite de. drap qui 
leur couvre en partie les reins. Ils sont plu* barbâtes 
que les Lurfea-Kholes; cependant leurs attaques sont 
précédées d'une sorte de parlementaire. Lorsqu'ils veulent 
envahir un village., ils envoient une flèche à celui qui y 
commande. Si elle est acceptée, ils cQpsidèjrçm) cela 
comme une preuve d'amitié, et placent une branche 
d'arbre à travers le seuil de sa maison. Ce signe la retod 
inviolable comme les pantoufles , d m» Muffulilian à la 
porte d'une femme , et personne n'oserait ^ entrer. Les. 
Kholes alors visitent le village et prennent ; à l^ur aise? 
tout ce dont ils ont besoin. Le renvoi dç la flèche est 
considéré comme une déclaration de guerre, et si on la 
brise, c'est un outrage irrémissible, et que lie sang peut 
seul laver. En ce moment ils harassent les trotfpe* an- 
glaises de la compagnie, des Indes * dont qu^lquçs déta»» 
chemens sont : pc€upés.à les réduira comme l>m)once 
XAsiatic Journal, du mois d'août i83a : „.qiû noua a 
fourni ces détails. . 

■ A.-M. 



». . 



( o55 ) 

Statistique de plusieurs provinces du brésii/, de 
Pedro Magai.es , extraite par M. Adam de Sauve. 



PROVINCE DE PARA. 



M. Adam de Bauve annonce qu'il doit aux temps de 
troubles dans lesquels le Brésil était plongé , .autant qu'à 
l'amitié de M. Fournier de Ghoisy, colonel du génie, 
•chargé du dépôt des cartes, d'avoir recueilli les détails 
qu'il possède sur les provinces de Para, Solimoens, 
Guyane et Matto- Grosso; ayant voyage lui-même dans 
l'intérieur de ces deux dernières provinces, il a été à 
même de se convaincre de l'exactitude de la relation sur 
les principaux points. Mais il faut, dit-il, se prémunir 
contre l'exagération, chaque fois qu'on aperçoit le nom 
de ville qui n'est souvent qu'un rassemblement de quel- 
ques centaines de mauvaises maisons, où se trouvent 
toujours une ou plusieurs églises et souvent un tribunal 
ressortissant à la juridiction de Para. 

La province dé Para confine au nord avec l'Océan et 
le Maranhâô mi A*»a2one, qui la sépare de là Guyane; 
à l'ouest avec là rivière Madeira ; au sud avec les pro- 
vinces de Goya* et Matto-Grosso ; à l'est avec celle de 
Maragnào. 

Quatre rivières considérables, le Tocantins, Xingu, 
Tapazoz et Madeira partagent cette province en autant 
de districts > qui sont : 

IBelem ou Para. 
Bragança. 
Gollares. • 

18. 



( *56 ) 

{Villa-Viçoia. 
Gurupà. 
Melgaçâo. 

rSantarem. 
Tapâjonia. vSouze). 
• (ÂlterdoChaô. 

I Villa-Nova da Reinha. 
Borba. 
Villafranca. 

para (district). 

Xe district de Para confine au nord avec l'Océan; an 
sud avec la province de Goyaz; à Test avec celle de 
Marantlâo; à l'ouest avec le district de Xingutania, du- 
quel il est séparé par le Tocantins. Il a cent trente 
lieues nord et sud, et plus de soixante de l'est à l'ouest, 
ïl présente lin pays plat, couvert de bois et coupé d'un 
grand nombre de rivières» Les fleuves Guama , Acara et 
Mojù sont les plus considérables de ce district. La partie 
méridionale est infestée d'Indiens sauvages. 

Belem ou Para, capitale de la province située sur la 
rive orientale du Tocantins , dans la baie Guajarà , à 
l'angle septentrional de la rivière Guajà ou Guamà, en 
face de l'île das Onças, à vingt-cinq lieues de l'Océan. 

Siège épiscopal. Contient une cathédrale, deux belles 
églises , plusieurs chapelles , cinq couvens d'hommes , 
deux de femmes, un collège avec des professeurs de 
latin, rhétorique, philosophie, etc. On entretient dans 
cette ville un jardin de naturalisation de plantes exoti- 
ques et d'un grand nombre de celles des plus précieuses 
du pays. 

Comme dans toutes les relations on s'est principale- 



(*5 7 ) 

ment appesanti sur la forme du gouvernement et ta. 
composition des tribunaux , l'auteur n'en parle pas. 

En 1824 , lors de son passage à Para, la garnison se 
composait de trois mille hommes de* troupes régulières 
et de deux mille de milices, tant à pied qu'à cheval,, 
frisant le service de la ville et delà banlieue, conjoin- 
tement avec la troupe à laquelle elles étaient assimilées, 
pour la solde. 

Le port , dans lequel la marée monte de onze pieds y 
diminue de fond. On exporte de Para, du cacao, du 
café, du riz, du coton, de la salsepareille, des clous de 
Maragnào, des cuirs crus et tannés, du copahu, du 
bapioca, des clous de girofle, du rocou, de la mélasse, 
de la gomme élastique, des châtaignes de Maragnào et 
des bois de construction. Les orages sont fréquens; il 
règne tous les matins un vent de terre, et vers midi une 
brise de mer qui modère l'ardeur du soleil-: il est rare 
aussi qu'il ne tombe pas une petite pluie dans la journée* 

Les premiers grains commencent en novembre; à de 
fortes pluies succèdent plusieurs semaines de beau temps* 
espèce d'été, appelé veronnico; les pluies recommencent 
en janvier ou février et durent jusqu'en juin ou juillet, 
mais avec de forts intervalles, et jamais on ne voit après 
une grande avalanoche\e même temps continuer le jour 
suivant. 

A une demi-lieue nord-ouest de la ville est une. cha- 
pelle dédiée à nostra-senora de Nazareth, journellement 
fréquentée par les habitans de tous rangs. 

Bragance, anciennement Capté, une des plus an* 
ciennes villes et la plus considérable de la province, 
bâtie sur la rive gauche de la rivière. Cayté est à six lieues 
de l'Océan , trente est-nord-est de la capitale, vingt-trois 
est-sud«est de Ponta Tigioca. Un pont divise cette ville 



( a5* ) 

en deux quartiers; le septentrional est principalement 
habité par des Indiens. La marée monte f dans le port r 
de huit À douze pteds , c'est l'escale des embarcations na- 
viguant de Maragoâo à Para. » 

• $ept Uçues set demie de Bragançe, est*ftud-eat j est si- 
tué le Jmurg de Cerzedello* Neuf lieue* su4?aud-qtiest , et 
vingt-quatre de* la. Capitale , est la petite ville d y Ouœm r 
sur la rive droite de la rivière Guama. ' 

Vigia,^ yille naguère florissante par ses exportations 
de cacao, café, coton; à quinze lieues de la capitale 
Ht>rd-nord-é$t, sur le bord de la rivière Toeantins ou 
Para : il y a deux couvens d'hommes et un de femmes. 

Quinze Heues, ouest-nord-ouest de Bragance, vingt* 
' trois nord-est de Para , cinq est de ViUanova , est située 
la petite ville de Cintra, à l'embouchure de la rivière 
Maracànan ; la population diminue depuis plusieurs an- 
nées. Au notfd-est de Cintra, Salinasoù se prend ordi- 
nairement 'le pilote pour entrer dans la rivière de Paca. 

Collâtes ) autrefois assezr importante , à trois lieues 
nordUnord-est de Para, située dans une île de six milles 
de largeur* nord et sud, 

. : Quatre sud-est da Ponta Ttgioca r et dix-huit nord- 
est ffe U.eapàtale, ViUanova del Rçy> sur la rive est un 
peu aU-de$eu> de l'embouc&nre de la rivière Curuça. Ses 
habitans , dont beaucoup sont Indiens > cultivent le 
maïs, coton, café^^z j cacao. 

GurUpy, avantageusement située sur la baie de ce 
nom , était une ville assez importante en 1660. «Escale 
des embarcations naviguant de fifaragn^Q à Para. 

Bayd*,,gvos bourg, où résident quelques marchands 
blanc* , sur la rive est de Toqantins , onze lieues au- 
dessus de Game ta, escale de>, embarcations de Gpyaz. 
Ses habitant cultivent diverses denrées. 3a situation 



(»5 9 ) 

avantageuse, l'accroissement de sa population et la fer- 
tilité de ses environs lui présagent une importance peu 
éloignée. 

Pederneira , habitée par des Indiens civilisés , pêcheurs 
et cultivateurs sur la même rive du Tocantins, cinq 
lieues au-dessous du fort SAlcobraça; là, la rivière 
commence à être semée d'îlots jusqu'à Para. lie village 
de Condé , sis au sud-ouest de Belem , celui XJtbajrté % de 
Bejàj tous trois dans une île formée par le Tocantins, 
Muju et Igarapé Mirim^ font aussi partie du district de 
Para. Arcbs, sur la grande anse de Turyvassu, l'établis- 
sement le plus oriental de la province, n'est pointasses 
peuplé pour obtenir en agriculture les avantages que 
promettent la fertilité du sol. Sur la même cote sont en- 
core les paroisses de José, de Piriàet de Vizeu y habitées 
par des Indiens pécheurs et cultivateurs. Sur les rives 
ou dans les environs de la rivière Guama, on trouve les 
paroisses de Carapara^ Bajara r Anhangapi, Trituya, 
San- Miguel da Cachoeira San-Domingos à l'embouchure 
de la rivière Gapim. 

xiir6cm.Ni a {district). 

« • ♦ » 

< Ce district a soixante lieues carrées ; il y a au nord l'A- 
mazone , à l'ouest le Xingu qui lui donne son nom et le 
sépare du Tapajonia; au sud, le Tarapiquia et à l'est, 
ie Tocantins; L'intérieur est* peu connu et presque en- 
tièrement habité par diverses nations sauvages qiii com- 
mercent avec les habifans des diverses rivières qui limitent 
ce tËstrict. Les terreins qui sont cultivés sont fertiles et 
appropriés à toute espèce de culture; les cacaos s'y 
trouvent en abondance, et les cannes y réussissent par- 
fekement. Un grand nombre de rivières dont quelques- 



( a6o ) 

unes assez considérables y sortent du centre de cedifr- 
Xïict. U Annapû qui le traverse du .sud au nord débou- 
che en face de Vile de Marajo; son cours est considé- 
rable et les environs de ses. rives produisent le girofle 
du pays (arvore de cravo ). 

Le Pacajaz ou Pacajra, à Test de l'Annapû , reçoit 
Ylriuanna et communique avec l'Annapû. Il prend son 
nom d'une nation indienne qui habite ses rives* 

Le Jacundaz ou mieux Hyacwida x fleuve rapide, dé- 
bouche à lest du Pacaya. 

\lAratica sort aussi , à l'est, du Ryamuda et se jette 
dans la vaste baie qui baigne l'île de Marajp au sud. 

La rivière das Arêas se jette dans l'Amazone , au nord 
du détroit de Taygipuru; on la remonte pendant vingt 
jours sans trouver de barres. 

La rivière dos Tacan/iunàs, ainsi nommée des Indiens 
qui l'habitent, se jette dans le Tocantins, proche de 
l'Itaboça. 

ViHa-Ficoza^ premièrement Cameta, une des plus 
anciennes villes de ta province, grande et commerçante, 
située sur la rive gauche du Tocantins , vingt-six lieues 
sud-ouest de la capitale ; il s'y est établi plusieurs mar- 
chands anglais et français; escale des canots de G oyaz. 
et de ceux de Alto Maragnâo. Le Tocantins a ici dix 
milles de largeur et est couvert de beaucoup d'îlots, dont 
quelques-uns assez considérables. 

Cinq lieues nord-ouest, qui est la direction de ce fleuve 
jusqu'à sa jonction à l'Océan est l'île Ararahy ou Ara- 
gachy r de trois lieues d'étendue, qui le divise en deux 
canaux , dont l'oriental est appelé improprement baie de 
Marapatà , et l'occidental baie de Limoeiro. Peu au-des- 
sus de la pointe méridionale de l'île Ararahy , sur la rive 
orientale du Tocantins est l'entrée de Xlgarapé Mirim, 



(rfl ) 

et en face sur la rive opposée, l'embouchure du Japim y 
qui va se jeter dans le canal qui baigne la côte méri- 
dionale de File de Marajo. 

* Vingt-six lieues par eau au-dessus deVilla-Viçoza,sur 
la même rive du Tocantins , est situé le fort HAlcobaca 
où se fait la visite des embarcations de Goyaz , et trois 
milles au-dessus celui d'Arnopos où se remplit la même 
formalité. Là , la marée se fait encore sentir. 

Gurupa, jolie petite ville sur l'Amazone, douze lieues 
au-dessus de l'embouchure du Xingu. On y fait de la 
poterie , des tuiles et des briques. Ses habitans cultivent 
du cacao, des viores , et recueillent la salsepareille. De 
ce point on aperçoit, au nord, les vastes chaînes de mon- 
tagnes de Velha, et plus loin celles de Para, dune hau- 
teur considérable^ les seuls que les navigateurs de l'A- 
mazone reconnaissent depuis Para jusqu'à Borja. 

Melçaçaû, ville médiocre sur le côté occidental du 
lac Annapii, traversé par la rivière de ce nom, cinq 
lieues au-dessus dp son embouchure. Ses habitans s'oc- 
cupent principalement de l'extraction du caoutchou. 

Portel, sur le côté oriental du lac Annapû, proche de 
l'embouchure du canal qui communique avec le Pacaya, 
deux lieues sud de Melgacfto. 

Oeyras,j>eûte ville sur XAraticu, à cinq lieues de son 
embouchure, trois lieues au nord de Villa- Viçoza, et onze 
à l'est de Melgaço. Ses habitans cultivent du riz et du 
manioc; on y fabrique quelques étoffes grossières de 
coton. Cette ville fut d'abord établie entre cette même 
rivière et le Panauhâ qui court un peu plus à l'ouest, et 
s appelait alors Aldeia dos Bocâs, du nom des Combocas, 
ses premiers habitans , d'où on continue de nommer 
baie dos Bocas , la grande anse qui se prolonge à l'ouest 
jusqu'à la barre de la rivière Parauhau , qui 



( *6» ) 
près de l'entrée méridionale du détroit de Taygipuru. 
. Porto de Moz , sur la. rive sud du Xjngù , quatre lieues 
de l'Amazone. 

F.eyroS) ville moyenne, sur le Xingu , seize lieues au- 
dessusde Porto de Moz. Ses habitai» cultivent des viores, 
et recueillent la salsepareille et divers baumes. 

Pomhal, à cinq lieues au-dessus de Veyros, promet 
de devenir considérable par l'accroissement journalier 
de- blancs et de nègres; •* . . \ v 

i;. L'île, de Maoaja } à raison de sa proximité y est consi- 
dérée Gomme dépendance de ce district. Cette île , située 
entre, le Tocantins et l'Amazone , a l'Océan au nord et 
le détroit eu Taygipuru au sud Son étendue est de 
vingt^sept lieues nord et sud , et trente-neuf éstet ouest. 

Sea principales rivières sont XAnajas^ qui sort d'un 
lac et court à l'ouest; il a seize lieues en ligne droite: 
VArahy ou plutôt jérary, un peu plus considérable, et 
jtjui sçrtd'unautre lac et se jette par dent. embouchures 
sur la partie orientale*. Le Mondin cçurt aussi , à l'est, 
et XAtita au sud-ouest. Toutes ces rivières navigables 
pour d'<as6çé fortes embarcations, avec le secours de la 
.marée, sont remplies de caïmans et très poissonneuses. 

On trouve dans l'île de Marajo les villes suivantes : 

Montfojte ou VUIçl Juanna y située sur une éminerice , 
dans la baie de Marajo , à quinze lieues nprd de Para, 
Son tribunal est présidé par un juiz de lorà» 

Monçarazy premièrement Cçhya^ trois lieues sud de 
Monforte. 

'. Saùtaterm, située à l'embouchure delà rivière Mon- 
din, deux lieues et demie au sud de Monforte. 
. Soyrre , trois lieues nord de Montforte, surleMondtn. 
i Chaues , porto Salve , à l'embouchure de la rivière Ma» 
xajo-As&ù, en face de la vaille de Condé. Punie dePedru, 



( a63 ) 

plus nord, el ViUar, sont les paroisses de l'intérieur. 
Les Indiens ont presque entièrement disparu de ce^je 
île, couverte d'immenses troupeaux de gros bétail et de 
chevaux. Les villages de ScUnt-Amaro et de Moëri, éta- 
blis depuis peu d'années, où se sont établis des mar- 
chands blancs, et surtout ce dernier, par la commodité 
de son port, doivent acquérir une assez grande im- 
portance. 

ta» ajonia ( district ). 

Ce district confine, au nord, avec l'Amazone, au sud 
avec ie territoire dos Arinos ; à l'ouest avec le Mundra- 
cania , dont il est séparé par le Tapazoz d'où il prend 
son nom , et à l'est avec Xingutania. Il a cent lieues 
nord et sud , et soixante de largeur. 

La partie méridionale qui est la seule connue, ren- 
ferme des mines d'or et d'argent ; entre autres nations 
qui habitent les environs du Tapazoz, on remarque les 
Mundrucùs et )eç Hyau-hains. 

Souzelj petite ville sur le revers d'une montagne , qui 
.domine le Xingu; &e& habitans recueillant le.cophu et 
.diverses plantqs pnécfch&aiçs. *EUe est située à trente-cinq 
lieues de l'Amazo^ .. 

Santervm , ville glande et 'florissante ,: à l'embouchure 
-dits Tapazoz, escale des canots* qui naviguent' pour Mat- 
UHÛrosse ^8t l'Alto Miragnâo. Dépôt des diverses denrée» 
du pays ; habitée presque eetièreinem par des blancs, 
qui s'occupent de l'éducation du bétail. 

AUer-do+Châo, <çto% bqurg, situé sur un lac à pe* 
de distance du Tapazoz y avec lequel i) communique pres- 
que sur la cime d'tme montagne* aésez élevée , à trois 
lieues sud de Santârem. Ses habitans cultivent des 
Viores et d'excellent tabac. 



•! 



(>«4) 
Aveyro, à vingt lieues an-dessus d'Alter-do-Cbào ; sa 
■ihiation est agréable, ses eaux salutaires et son terri- 
toire approprié à la culture du coton, tabac et cacao. 

mcndkacaria ( district ), 

Ce district, qui confine au sud avec celui de Juruenna,. 
et au nord l'Amazone, à l'ouest la rivière Madeû-a, et 
à l'est le Tapazoz. Il a quatre-vingt-dix lieues nord et 
sud , et sa largeur moyenne est de soixante. L'aspect de 
ce territoire n'offre guère que des marécages qui nour- 
rissent un grand nombre d'oiseaux aquatiques. L'inté- 
rieur offre cependant des espaces considérables couverts 
de bois. 

Entre autres rivières qui se jettent dans le Madeira, 
on remarque X ' Ankangatiny dont l'embouchure est par 
cinq degrés et demi , le Mataura qui débouche six lieues, 
plus bas et communique avec le Canoma dans l'inté- 
rieur du district, le rio dos Marmellos, voisin du lae 
Marucula. 

L'intérieur de ce district est arrosé par les rivières 
Canoma, Abacachy, Apitiqttiribo ,Mavbè-Q/ia$sù, Matdté- 
Mirim, Massary, Andirâ, Tupinambara qui se jettent 
dans une branche du rio Madeira. La plus considérable 
est la rivière Canoma qui décrit une courbe, et traver- 
sant plusieurs lacs, vient se jeter dans l'Amazone, sous, 
le nom de rio Mankés , cinquante lieues au-dessous de 
la principale embouchure du rio Madeira. Ce rio Mannes, 
ainsi nommé d'une nation qui habite ses bords, a été 
aussi ton fondu sous le nom Tupinambara* , d'une 
aidée de Tupinambas qui existe sur le lac Vyacurapa , 
sur sa rive eil, et à douze lieues de son embouchure. 
Dans un espace de douze lieues , de là rivière Canoma 



I 
> 



( 265 ) 

à la ville de Borba , on voit les lacs Annamahâ, Guari- 
bas, Cauhintû, Cabocâ, Trechal, Macaoos et Jatuâranna, 
qui tous dégorgent dans la rivière Madeira. Douze lieues 
au-dessus de la même ville, on rencontre encore les lacs 
Mataryet Murucutaba. Entre l'emboucbure de la rivière 
Madeira et celle de Canoma débouche le lac Massurany. 

Les principales nations qui habitent ces parages sont 
les Junumas, les Manhés, les Pommas , les Parintinnis, 
les Muras y les Addiras , les Araras, et les Mundrucus. 
Plusieurs tribus vivent errantes, d'autres se sont jointes 
aux chrétiens , desquels ils ont appris à cultiver la terre 
et à faire usage de vêtemens. 

Villafranca^ bâtie régulièrement sur un lac qui com- 
munique avec l'Amazone et le Tapazoz , à huit lieues 
sud-ouest de Santarem. 

Vittanova da Reinha y à l'embouchure du rio Manhés , 
bourg d'Indiens. 

Borba , petite ville sur la rive droite de la rivière 
Madeira, à vingt- quatre lieues de l'Amazone. Sa popu- 
lation est un composé d'Indiens, de mulâtres et d'Euro- 
péens ; le cacao , le tabac qui est renommé et la pêche 
de tortues sont les sources de sa prospérité. 

'Villaboim^ sur la rive gauche du Tapazoz, à quinze 
lieues de l'Amazone. 

Pinhel, à cinq lieues de Villaboim. 

Vittanova de Santacruz y à quatre lieues au-dessus de 
Pinhel. Ses habitans cultivent le tabac; il s'y trouve un 
assez grand nombre de blancs. 

Au-dessus de Villanova de Santacruz, et à une grande 
distance sur la rive ouest du Tapazoz, sont les Mun- 
drucus, dont plusieurs hordes entièrement sauvages. 

(La suite à un autre numéro.) 



( 366 ) 



DEUXIÈME SECTION. 



i i 



DOCUMENâ, COMMUNICATIOSTS, NOUVELLE* 
GEOGRAPHIQUE^ BTC, . 



Notes sur l'Egypte, ainsi que sur le caractère , les vues 
et la politique de Mohammed- Ali [communiqué par 
M. le docteur Clot-Bey). 



lu M 



Mohammed-Ali est un homme éclairé, réunissant à«« 
génie naturel et rare, des qualités personnelle» peu com- 
mune» chez les princes, turcs ; .il est doué de beaucoup 

de courage fit d'une fotfce de caractère rex^raordin^ir^ 
favorisée par, une actwijé, physique plu^, extraordinaire 

encore f csm kXàçe de soixante âne, U; vok e$ (ait, tout 
par lui-même^ ilpasee la, jquflnée, dans ses prsenap*,4ao* 
ses fabriques et ses chantiers, il, active tout par sa pré- 
sence : nouveau Pierre-le-Grand , on )e voit toujours k 
premier à son poste t> il 4st$tfr pied depuis çirçtre heures 
do matin jnsquÀion^o heures du soir; il lit qfrftjue jour 
les rapports<qui lpi parviennent de chaquç province # 
des diverses administration*^ eptendjale^qre. de Rou- 
tée les pétitions qui -lui som, adressé^.;, répond à)tp/)tf 
-et en même tempa qu'il s'oocupe du>gPHyertiQ||ientlJiY*lf 
de l'année, de l'agriculture, de l!indu3trie,et,dw com- 
merce de l'Egypte,, il se fiait lire tous les articles intéres- 
sa ns des journaux de l'Europe, pour n'être étranger à 



(a67) 

rien de ce qui s'y passe de remarquable. En trois ans, il 
a fait construire cinq vaisseaux à trois ponts, plusieurs 
navire* de second rang, >et un arsenal à Alexandrie 
oointne ily en a peu en Europe. 

Mohammcd-Ali estetepnpt des préjugés vulgafres, mais 
il feint de les respecter et; les ménage; il dit* souvent 
qu*îl faut 4 considérer les préjugés d'un peuple ignorant 
comme de la braise qu'il est dangereux de toucher. Pour* 
ce qui estsdes réformes, il nç les fait que peu-à-peu; 
quand on tangage à opérer tel ou tel autre changement, 
il répond toujours ; les médecins ne donnent pas tous 
leurs médicament à+la-fois. Les erreurs' populaires sdnt 
comme ces maladies qu'il faut guérir insensiblement. - 
Une des qualités qui le distingent encore, c'est la gé- 
nérosité» Il paie: largement les services qui lui sont 
rendus , ceux, surtout -qui tendent à J améliorer l'état de 
l'Egypte et le soit de ses peuples* Lorsqu'il est mécon- 
tent d'un offieier, d'un employé quelconque, le plus 
grand châtiment qu'il lui inflige est de lui enlever ses 
fonctions sans toucher à ses appointeiuens , qu'il con- 
serve toujours. : ' ' ' 
Mohammed -Ali affectionné beaucoup les Européens, 
notamment les Français; il veut qu'ils soient respectés 
comme il le» respecte lui-même. Il témoigne souvent 
du regret de ne pouvoir se tenir debout lorsqu'il reçoit 
des visites : «Ce sont mes.bêtés de Turcs, dit -il alors, 
qui me forcent à être grossier». Il se trouvait un jour 
dans son divan des officiers anglais de distinction ; comme 
à son ordinaire, il les invita à s'asseoir et leur fit appor- 
ter dii café; un des individus qui le servaient, l'ayant, 
par fanatisme , présenté de la main gauche, le pacha, 
qui s'en aperçut, se contint pour le moment ; mais dès 
que les officiers furent partis, il fit donner la bastonnade 



( 268 ) 

a celui qui avait osé insulter ainsi des étrangers venus 
pour le visiter dans son palais. 

Mohammed-Ali a été souvent trompé par des aventu- 
riers ou des ignorans , et s'est trouvé bien des fois déçu 
dans ses espérances ou dans ses projets; mais cescontre- 
temps n'ont jamais lassé sa persévérance. 

Ce prince n'est arrivé au commandement de TE* 
gypte que par la force de son épée et de son génie : il 
n'a pu s'y maintenir que par cette même force. Aujour- 
d'hui encore il serait le premier à marcher au combat, 
s'il y était obligé. 

La grandeur d'âme est une qualité qui a caractérisé 
presque tous les grands hommes, surtout les conque* 
rans; Mohammed- Ali la possède au suprême degré. Loin 
d'agir envers les officiers turcs vaincus, comme leurs 
sultans, qui font stupidement trancher la tête à tout 
général battu, ou qui, malgré sa bravoure, n'a pu être 
vainqueur, il a toujours traité avec la plus grande bonté 
ceux que le sort des armes a fait tomber en son pouvoir 
pendant sa longue et brillante carrière militaire; il les 
a traités en frères ; il s'en est fait presque toujours des 
amis, des serviteurs dévoués, qu'il a portés aux places 
et aux honneurs. Il suffit, parmi des milliers d'exemples, 
de citer celui de son premier ministre, feu Mohammed 
Bey, si connu par son dévoûment et sa fidélité; et si 
l'on en veut un plus récent, quel acte de clémence plus 
éclatant que celui qu'il vient d'exercer envers Abdallah 
Pacha ? 

La réputation que Mohammed-Ali s'est acquise dans 
toute la Turquie, et son influence auprès de la Porte, 
ont fait que de toutes parts on est venu réclamer son 
assistance ou sa protection. Aussi, combien de pachas 
compromis ont obtenu leur pardon par son in terme- 



(*6 9 ) 
diaire, alors mêmequSl s'agissait de leur vie! Mohammed- 
Ali 'a toujours trouvé le moyen de les sauver; il ne se 
bornait pointa une simple médiation ; il a souvent acheté 
leur grâce avec des sommes considérables, entre autres 
celle d'Abdallah -Pacha lui-même, qui, bloqué depuis 
long-temps par les armées de la Porte , était sur le point 
de succomber, lorsque Mohammed-Ali paya plusieurs 
milliers de bourses afin de le délivrer. En outre, il ac- 
corde à tous les personnages réfugiés dans ses états des 
pensions proportionnées à leur rang , et il s'en trouvé 
beaucoup de ce nombre. 

Mohammed- Ali n'est point sanguinaire ,' comme on a 
voulu le représenter (i). Le massacre des Mamlouks n'en 
est pas une preuve, car ils avaient conspiré mille fois sa 
perte, et lavaient jurée. Elle eût été inévitable sans cette 
mesure de rigueur. Avant lui, chaque bey, chaque ca- 
chef avait droit de vie et de mort sur un fellah. Aujour- 
d'hui, personne n'a ce droit, si ce n'est les tribunaux, 
et même leur sentence ne peut être exécutée, s'il ne L'a ' 
revêtue de son approbation. 

Avant lui, l'Egypte était, comme on le sait, au pou- 

(i) Ce n'est. qu'après des attentats répétés de la part de ses perfides 
ennemis, que Mohammed- Ali a cédé enfin aux conseils de ses fami- 
liers, prévenu par-là sa perte certaine , et assuré le succès de ses pro- 
jets de réforme dont aujourd'hui l'on admire les fruits. Nous ne vou- 
lons pas justifier cette scène sanglante, mais il est probable qu'elle 
sera un jour signalée dans l'histoire , plutôt comme un de ces actes 
de politique trop fréquens dans les annales des nations, que comme 
on trait d'aveugle barbarie, et qu'il sera jugé moins atroce que le 
massacre des Strélitz et la catastrophe récente des Janissaires sous le 
sultan régnant. Consultez sur cette scène et sur les motifs qui ont di- 
rigé toute la conduite de Mohammed-Ali pacha , V Histoire de l'Egypte 
sous Mohammed' AU, etc. , par M. Mengin, et les notes du x er volume. 

Ë. JOMARD. 

*9 



( *7° ) 
vbir des braves, mais ignorons et barbares Mamlouks, 
et sous leur domination, elle ne se serait jamais tirée de 
Veut de dégradation et de misère où elle était plongée , 
pas plus que sous celle des pachas, tels du moins, que 
ceux auxquels les, autres provinces de l'Orient sont 

confiées. ••,,.;• .•■ 

Mohammed-Ali .(*) est le premier des gouverneurs de 
l'Egypte, qui, depuis l'expédition française, ait repris 
&nuvre<de la civiUsatian, le premier qui ait songé et 
ïéussifr former une armée régulière, à fonder des éta- 
blissemens, à rétablir l'ordre, à organiser son gourer- 
cernent à -peu- près à l'européenne jet. pour assurer le 
succès 4e ses vues. et de ses travaux, pour naturaliser 
^u Egypte! ,les principes mêmes ;de ces améliorations, il 
a, le premier des princes arabes, envoyé à grands frais 
de$ centaines déjeunes gens en "Europe et surtout 
en JKratice, étudier. les isoiences et les arts, (a) • ;.«;: '. < * 
, Ce n'*»t qua.son exemple que la sultan Mahmoud a 
songé à ces nouveaux moyens d'organisation; mais, 
n'ayant pas le génie du grand homme qui gouverne l'E- 
gyptf ,;il ( n'a pas, comme lui, opéré ces réformes gra- 
duellement , avec prudence , en respectant les opinions 
aetigiapse*,' en ménageant les préjugés y en persuadant 
son» peuple par cette éloquence naturelle qui caractérise 
Mohammed- Ali , et en finissant, a force de persévérance, 
par s attacher ceux -mêmes qui lui étaient les plus oppo- 
séf. Le sultan Mahmoud, au contraire, en réformateur 
téméraire et fougueux, voulait en un seul moment 

>■ • 

(i) Depuis l'année i8r5 , et dès ayant , le vice-roi s'est occupé de la 
civilisation de l'Egypte -, et de tontes les réformes qui étaient ^ttprea 
* l'introduire par degrés (Vof. l'oumge cité» ci-dessus \'et les xiotes 
sur le Jeteur le af *ol.* <E.J.) . :•. *v- ^-. % 

(a) Vçiy*kii*te.{x), pag. 377. 






( 37 1 ) 
changer la face de la Turquie, s attachant plutôt aux ré- 
formes promptes et saillantes qu'aux modifications es- 
sentielles et profondes, croyant que toute civilisation 
consiste à faire porter aux musulmans des souliers , des 
pantalons à la franque , et à leur apprendre à boire du 
vin. Le sabre est le seul argument qu'il a employé; qua- 
tre cent mille têtes d'hommes plus ignorans que coupa- 
bles , sont tombées à ses pieds par la force de cette rai* 
son suprême; aussi a-t-il mis en quelque sorte l'empire 
entier en état de révolte contre lui. 

L'ordre et la sécurité ont été rétablis en Egypte par 
Mohammed* Ali. Avant lui, on n'était pas sûr chez soi, on 
oc pouvait pas s'éloigner des villes sans craindre d'être 
dépouillé ou assassiné par les Bédouins, qui venaient 
jusque dans les faubourgs. Les chrétiens surtout avaient 
à redouter ces ennemis, et d'autres plus voisins encore. 
Les Mamk>uks ont souvent enlevé et violé impuné- 
ment, des femmes chrétiennes ou juives. 

Il a plus fait encore, il a soumis les hordes de Bédouins 
indomptées jusqu'alors, qui infestaient les déserts, depuis 
les Pyramides jusqu'au Sennar: ces déserts peuvent de 
nos jours être parcourus en toute sûreté par des Euro- 
péens, même vêtus à la franque, costume si abhorré par 
les mahométans. 

Dans toute la Turquie, les Européens ne peuvent 
-voyager qu'avec difficulté ; les firmans et les escortes ne 
les mettent pas toujours à l'abri des insultes ; ils paient 
souvent -de leur tête la plus légère voie de fait sur un 
musulman ; ils sont condamnés au même sort pour la 
moindre licence envers les femmes turques; ils ne peu- 
vent avoir ni esclaves, ni domestiques musulmans. En 
Egypte, au contraire, toutes ces fautes sont tolérées : les 
Européens ont des esclaves et des domestiques du pays ; en 

*9- 



( *7 2 ) 
un mot , il n'y a pas de différence entre eux et les Arabes. 
Il suffit même d'être Européen pour avoir plus de privilè- 
ges que les autres. Cette liberté va malheureusement jus- 
qu'à la licence; car les aventuriers y abondent, et les 
voyageurs de cette sorte honorent fort peu les nations 
auxquelles ils appartiennent. 

On crie beaucoup contre l'administration de Moham- 
med-Ali, prétendant qu'il ruine son pays, en enlevant 
l'argent et les hommes. Ceux qui ont connu l'Egypte 
avant qu'il s'en emparât sont convaincus que les Arabes 
n'ont jamais été ni plus riches ni mieux habillés. Si les 
^revenus de l'Egypte sont aujourd'hui considérablement 
augmentés, ce' n'est point en pressurant davantage le 
peuple, mais en augmentant l'étendue de ses possessions 
par la conquête du Sennar et du Cordofan; en cultivant 
une beaucoup plus grande quantité de terrein ; en in- 
troduisant de nouveaux produits , tels que le coton à 
longue soie surtout, le maha, l'indigo, etc., etc. 

Si l'on compare le commerce d'importation et d'expor- 
tation qui se fait actuellement en Egypte avec celui qui se 
faisait anciennement , on verra qu'il est au moins comme 
cinquante est à un.J Année commune, il] s'exporte en 
coton seulement, de cent à cent cinquante mille balles; 
les importations y sont considérables, surtout en métaux, 
bois de construction , armes, draps manufacturés, etc. 

Cette prospérité, ces produits et ce commerce ont leur 

première source dans le génie et l'activité de Mohammed- 

* 

Ali; les Fellahs, abandonnés à eux-mêmes, ne creuseraient 
jamais de canaux, ne feraient des sakiéhs que pour arro- 
ser le doura (millet), qui leur est nécessaire pour vivre, 
etl'Egypte ne fournirait que quelques quintaux de mau- 
vais coton. Ses nouvelles manufactures deviendraient 
inutiles, et l'importation du numéraire , qui est à pré- 



J 



( 27 3 ) 

sent de quelques millions, n'excéderait pas , dans ce cas , 
quelques centaines de mille francs. 

Mohammed-Ali ne peut être comparé à ces pachas ava- 
res du reste de la Turquie, qui pressurent le peuple et 
extorquent les revenus pour entasser des trésors. Ceux 
de l'Egypte sont employés à entretenir l'armée, à corn 
struire des fabriques, des manufactures de tout genre, 
à fonder des établissemens utiles , à envoyer , à grands 
frais, des sujets s'instruire en Europe. En conséquence, 
tout le revenu du pays est dépensé au profit du pays, 
et il résulte de cette généreuse administration, que Mo- 
hammed-Ali forme dans tous les arts et toutes les scien- 
ces des hommes qui bientôt viendront ou sont déjà ver 
nus concourir à la civilisation de leur patrie. 

Il est vrai pourtant que la force militaire qu'entretient 
sur pied Mohammed-Ali n'est point en rapport avec la 
population , et que les frais de cette armée exigent des 
contributions qui surchargent le peuple ; mais , quelles 
que fussent ses bonnes intentions et le bien qu'il eût pu 
faire à l'Egypte , tout cela ne le mettait point à l'abri des 
intrigues et des injustices de la Porte, qui a souvent mis 
le gouvernement de l'Egypte à l'enchère, en envoyant 
des sicaires à cordon , pour attenter à la vie d'un homme 
qui avait déjà rendu des services à l'empire , surtout celui 
de la conquête de la Mecque et de la destruction de la 
ceste des Wahabites, qui ne menaçaient rien moins que 
d'envahir la Syrie après l'Arabie. C'est donc pour sa pro- 
pre conservation , et pour assurer à l'Egypte la durée et 
l'heureuse influence de ses réformes , que Mohammed- 
Ali a dû songer à former une armée redoutable, pour se 
mettre en mesure de résister. 

Mohammed-Ali n'avait jamais songé à se révolter contre 
la Porte; bien loin de là, il lui avait toujours montré la 



( »74 ) 
plus grande soumission , payé annuellement un tribut 
considérable et excédant de beaucoup celui de ses pré- 
décesseurs , envoyé des subsides pécuniaires toutes les 
fois qu'elle en a eu besoin, et plus que tout cela, il avait 
entretenu une armée en Grèce pendant long-temps, dé- 
fendu l'empire du Croissant épuisé, contre ses plus mor- 
tels ennemis, et soumis à son autorité les îles de Chypre 
et de Candie. 

Mohammed-Ali était donc, par le fait, le plus fidèle et 
le plus ferme soutien de la Porte, celui même dont elle 
retirait le plus d'avantages. Néanmoins la Porte ne pou- 
vait lui pardonner sa puissance. Mohammed- Ali ne l'igno- 
rait pas, car il a de puissans amis à Constantinople 
comme dans tout le reste de la Turquie. 

Plusieurs motifs devaient engager Mohammed- Ali à 
s'emparer de Sain t-Jean-d' Acre: d'abord parce que là était 
un ennemi que la Porte armait contre lui, et puis parce 
qu'il avait essuyé delà part d'Abdallah -Pacha des insultes 
que son honneur ne lui permettait pas de laisser sans 
vengeance, la Porte n'ayant pas voulu lui en faire avoir 
satisfaction. 

Mohammed- Ali, dans son expédition de Syrie, n'avait 
pas eu d'abord d'autre intention que de châtier Abdallah- 
Pacha, et remettre Saint-Jean-d'Acre au pouvoir de la 
Porte. La Porte, loin d'intervenir amicalement et' d'une 
manière honorable pour Mohammed- Ali, le menace et en- 
voie une armée pour le combattre; elle fait plus, elle 
nomme des gouverneurs pour le remplacer lui et son fils ; 
elle emploie en même temps l'anathème et l'excommuni- 
cation contre lui. Mohamed-Ali doit déployer des forces 
pour se défendre; Saint-Jean-d'Acre tombe enfin en 
son pouvoir, il l'annonce à la Porte; il fait encore un 
dernier acte de soumission, en déclarant qu'ayant eu sa- 



( *?5 ) 

tisfecfkm de l'injure qu'il avait reçue, il était prêt à re* 
mettre la place, j i .> » ; 

Gomment cette proposition a -t* elle été- accueillie par 
l'aveugle et orgueilleux divan ? Il a préparé de-nouvelle* 
troupes , fait des proclamations injurieuses contre Mo- 
hammed-Ali et son fils, qu'il espérait intnhider pftfe 
des menaces, et qu'il n'a pu que s'aliéner davantage. 

Mohammed-Ali est considéré par les musulmans 
comme un guerrier , libérateur des- lieux saints. Quant 
aux forces militaires du Grand -Seigneur, Mohammed- 
Ali' savait parfaitement à quoi s'en tenir, il n a jamais 
douté de la victoire. Il a souvent dît que toutes les 
menaces du sultan étaient des 'fanfaronnades, et que 
son armée A'enfans, sans- discipline, .sans expérience et 
mal commandée, ne résisterait point devant de braves 
Arabes dirigés par son fils. 

En effet , sa fameuse armée de quatre-vingts ou cent 
mille hommes, commandée par le feld-maréchal Hussein- 
Pacha, a été détruite , comme lavait prédit Mohammed- 
Ali; son artillerie, ses munitions , etc. , sont tombées 
au pouvoir d'Ibrahim-Pacha. 

- Le sort d'Ibrahim Pacha se trouve lié à celui de son 
père; d'ailleurs, il professe les sentimens du fils le plus 
soumis et le plus dévoué. 

Ibrahim-Pacha a le goût et le génie militaire; il est 
doué d'une intrépidité et d'une bravoure à toute épreuve, 
dans les campagnes de lHegiaz et de la Moréé , H a ac- 
quis l'habitude de la guerre et l'affection des soldats ara- 
bes; il exerce sur leur esprit l'influence magique que 
Napoléon avait sur les Français. 

Les officiers de l'armée sont exercés depuis plusieurs 
années; la plupart ont fait les cainpagnes de l'Hegiaz, 
du Sennar et de la Morée; les principaux chefs sont 



( *76) 
dévoues, la plupart des généraux et des colonels sont des 
parens de Mohammed-Ali ou des esclaves élevés dans 
sa maison, dont le dévouaient est égal à celui de son 
propre fils. Les autres sont aussi des hommes éprouvés. 

Les Arabes sont de très bons soldats , courageux, 
sobres, obéissans, supportant sans murmurer les fati- 
gues de la guerre. La séduction ne pourrait rien sur 
eux, car ils aiment leurs chefs; en un mot, l'armée de 
Mohammed -Ali forme un*corps homogène bien orga- 
nisé , et animé du meilleur esprit. 
- Quant à l'armée navale de Mohammed- Ali, elle se com- 
pose de cinq superbes vaisseaux et de quelques frégates , 
sans compter un assez grand nombre d'autres bàtimens, 
tels que corvettes , bricks et goélettes. 

Tous ces navires sont neufs, bien armés, bien équipés, 
et montés par des marins exercés. Les navires de haut 
bord sont commandés la plupart par d'habiles officiers , 
parmi lesquels se trouvent plusieurs Français et Anglais. 

L'amiral qui la commande , Osman -Pacha (i), est un 
personnage distingué par son instruction et ses lumières, 

(i) Osman-Pacha, aujourd'hui amiral de la flotte égyptienne, est 
ce même Haggi-Osman Noufeddin qui vint à Paris en xSao. Il est le 
premier Egyptien qui soit venu s'instruire en Europe , et qui en ait 
rapporté uue instruction solide. C'est lui qui , aidé du consul géné- 
ral de France, le chevalier Drovetti, fit agréer au vice roi notre pro- 
jet, tendant a faire instruire à Paris, des indigènes , dans toutes les 
branches des arts, et à les mettre en état de propager ces arts dans 
leur patrie. En effet, peu d'années, après, une centaine de jeunes 
élèves , Arabes ou Osmanlis, Effendis , Cheykhs ou Fellahs , ont été 
envoyés en France succesivement. La moitié est déjà retournée , et 
une partie d'entre eux rend déjà à l'Egypte des services signalés. 
(Voir Abrégé de Géographie, etc., par Adrien Balbi, pag. 854-859, le 
nouveau Journal asiaàqus, tora. H, pag. 96-1 16 et divers documens 
publiés dans le Moniteur depuis 1 826 jusqu'à ce jour. (E. J.) 



( »77 ) 
ayant vécu long- temps en Europe, possédant bien le 
français et plusieurs autres langues , entendant parfai- 
tement la marine, qu'il a organisée et en quelque sorte 
créée en Egypte, homme dune bravoure et dunsang- 
froid imperturbables. ( i) 

Aussi l'armée navale du vice-roi d'Egypte, quoique 
inférieure en nombre à celle du sultan, peut se mesurer 
avec elle; il est même presque certain que si elle la ren- 
contre réunie, elle la battra , et probablement la détruira 
tout-à-fait; car la flotte du . Grand-Seigneur est compo- 
sée de mauvais bàtimens mal armés , mal équipés ; les 
équipages ont été formés d'un ramassis de misérables, 
de vagabonds, d'ouvriers, de boutiquiers pris dans des 
presses faites dans les rues de Constantinople : aussi le 
capitan-pacha et les autres chefs ont tellement la con- 
science de leur faiblesse , qu'ils évitent la rencontre de 
la flotte de Mohammed-Ali. Que peut-on attendre de 
marins de l'espèce de ceux qui se sauvaient avec tant 
de précipitation et de peur devant les brûlots grecs? 
Les bàtimens du vice-roi ont déjà capturé une cor- 
vette, un brick et plusieurs autres navires qui se sont 
rendus sans tirer un seul coup de canon; en sorte 
que les succès de l'armée navale ne sont pas plus 
douteux que ceux de l'armée de terre. 

Mohammed-Ali estle seul homme de la Turquie capable 
de relever l'empire désorganisé, qui croule et se dé- 
membre. Tous les actes qui ont signalé son gouverne- 
ment en Egypte sont, il nous semble, des assurances 



(f ) Un des vaisseaux de la marine égyptienne est commandé par 
Hajsan-Effendi, l'on des officiers envoyés en France pour s'instruire, et 
qui, après avoir étudié à l'école navale de Brest , a fait plusieurs cam- 
pagnes dans les deux océans, à bord des vaisseau* de la marine royale. 



(a 7 8) 

non équivoques que l'empire (tarirait ei se eonsdwte* 
mit, s'il en prenait les renés» ■' •■ 

' Mohammed-Àli ne voudra pas probablement profiter 
des avantages de sa position; il se limitera, selon toute 
apparence, à la conquête delà Syrie (i)* Cette province 
oonvient à celui qui possède déjà l'Egypte. Il le sentira 
trop bien pour jamais se résoudre à l'abandonner. La 
Porte ne sera jacpats en état de l'en déposséder, surtout 
depuis qu il est devenu maître de Sain t- Jean -d'Atre^ 
qui, entre ses mains , sera inexpugnable, et beaucoup 
plus qu'il ne Tétait avant,: si, en réparant les fortifica- 
tions , il les fait rétablir d'après de meilleurs plans, : . 

• Pendant que la Syrie i au pouvoir de Mohammed-Ali \ 
deviendra un nouveau débouché- de commerce pour 
l'Europe, ce prince domptera les mœurs .barbares des 
habitans^qui, jusqu'à présent, ont étouffé tout germe 
décimalisation. Ce n'est qu'avec la plus grande difficulté, ei 
jamais sans danger, que les voyageurs peuvent k» pa«* 
éourir. Tout lé monde connaît la destruction des comp- 
toirs français par Djezzafr- Pacha, les vains efforts qu'a 
faits de nos jours une des premières puissances du monde 
pour parvenir à placer un consul à Damas ; enfin les 
vexations et les avanies que supportent les chrétiens de 
la Terre-Sainte. La conquête de Mohammed - Ali est 
donc un véritable bienfait pour le commerce, les sciences 

et l'humanité. 

i 

• «,.. Marseille, 24 septembre 1 833.. . ,. 1 

! 
(1) La question politique a été traitée dans un écrit composé, eu 

janvier dernier , dès la première nouvelle de la rupture entre la 

Porte et l'Egypte. Les vues qui précèdent sont parfaitement d'accord 

avec fécrit dont il est question , et auquel nous nous contentons de 

renvoyer le lecteur. (Voy. France littéraire, tome III , pages 275-298.) 

(E.J.) 



( a 79 ) 
Remarques sur la population des Etats-Unis d Amérique* 

Le premier dénombrement de la population des Etats- 
Unis d'Amérique eut lieu en 1790. Ce pays renfermait 
alors 3,929,325 habitans. Le cinquième recensement, 
qui n'a été officiellement publié que le 10 juillet dernier, 
s'est commencé en 1 83 o, et il a montré que, dans cet 
intervalle de quarante ans, la population s'était presque 
quadruplée; elle s'élève aujourd'hui à 12,866,020 ha- 
bitans. Ce nombre se compose de 10,526,248 blancs, 
de 2,009,043 esclaves, de 319,599 personnes libres de 
couleur. 

Les progrès de la population n'ont pas été les mêmes 
dans les difTérens états de l'Union : on remarque un ac- 
croissement beaucoup plus rapide dans les nouveaux 
états que dans les anciens, plus sensible surtout dans 
les contrées au travers desquelles se sont ouvertes de 
grandes lignes de communication. 

Les pays arrosés par TOhio, le Sciotto, et leurs affluens, 
en offrent un frappant exemple. Ce n'étaient en 1791 , 
que d'immenses forêts où la hache pénétrait à peine : on 
essaya d'y transplanter alors quelques colonies ; et le 
marquis de Marnésia, l'un de leurs plus honorables 
chefs , dut renoncer à ses projets d'établissement. Mais 
depuis cette époque, les nations sauvages ont été reje- 
tées sur d'autres territoires; le sol qu'elles occupaient a 
été soumis à la culture : de plus heureuses colonies s'y 
sont formées; et l'état de l'Ohio, qui n'a encore que 
trente années d'existence, renferme déjà près d'un mil- 
lion d'habitans. Aussi quels avantages il assure, par sa 
situation territoriale, au commerce et à l'agriculture; et 



• ( 2&0 ) 

que de richesses trouve à y mettre en œuvre l'industrie 
de ses habitans ! Ce pays est devenu le centre, le foyer 
d'une immense circulation; les grands fleuves qui le tra- 
versent sont encore liés, par des canaux artificiels, au 
bassin du lacErié, qui, à son tour, communique, soit 
avec les autres lacs de cette région centrale, soit avec 
l'océan Atlantique , par d'autres cours de navigation. 

Les états du Kenlucky et du Tennessee, bornés, comme 
celui de l'Ohio, par le Mississipi, et traversés par d'autres 
grands fleuves, participent du même mouvement pro- 
gressif. La fécondité de leur territoire, et les facilités, 
qu'il offre au commerce, y attirent tous les ans de nou- 
veaux essaims de cultivateurs, et d'ouvriers; et, sans 
multiplier ici les exemples, la même remarque peut; 
s'appliquer à d'autres états nouvellement formés. 

Si la population de quelques parties du littoral atlan- 
tique n'a pas fait les mêmes progrès, si celle du Connec- 
ticut s'est à peine augmentée, si celle du Newhampshire 
du Massachusetts, du Rhode-Island , du New-Jersey, de 
la Delaware, du Maryland ne s'est pas doublée, on peut 
trouver dans leur situation même la cause de cette dis- 
proportion. Les Etats-Unis, circonscrits dans leur ter- 
ritoire, ressemblent à la vieille Europe , où toutes les 
places sont mises en culture, où il faut chercher sa sub- 
sistance dans d'autres moyens de travail , et où la con- 
currence de l'industrie en rend les résultats moins pro- 
ductifs. Le nombre d'habitans qui excéderait les res- 
sources de ces contrées, deviendrait une charge pour 
elles, et cette population surabondante va chercher de 
nouveaux établissemens au-delà de la chaîne des Allé- 
ghanys. 

Les anciens états de New- York, de la Pensylvanie 
de la Géorgie, des deux Carolines, n'étant pas également 



(a8i ) 

limités dans leur territoire , se trouvaient placés dans 
des circonstances plus favorables à l'accroissement de 
leur population. A mesure que les nations indiennes se 
sont repliées vers l'occident , ils ont pu hériter de leurs 
possessions, et livrer d'immenses domaines à la culture. 

On a observé que les émigrations des Européens pour 
les Etats-Unis ne contribuaient que pour la huitième 
partie à l'accroissement de cette population : c'est dans 
retendue et la fertilité du pays, c'est dans la féc0ndité 
des familles qu'elle trouve les principaux élémens de sa 
progression. 

La population des esclaves ne s'est pas augmentée 
dans la même proportion que celle des blancs : elle ne 
s'est accrue, d'un recensement à l'autre, que dans le 
rapport de 29 à 3o pour cent , lorsque celle des blancs 
s'élevait de 33 à 36. Cette différence d'accroissement 
entre Tune et l'autre classes résulte sans doute de celle 
de leur situation politique et civile; car la première 
source de tous les progrès est dans la propriété et la 
liberté; mais il faut aussi tenir compte de l'abolition de 
la traite, qui, malgré les tentatives du commerce inter- 
lope, a cessé de suppléer à une partie des pertes de la 
population. 

Le nombre des hommes libres de couleur s'était d'a- 
bord accru dans une proportion beaucoup plus grande, 
par l'effet des affranchissemens successifs; mais cette 
augmentation n'a plus été que de 19 pour cent dans le 
recensement de 1820, 

Une telle diminution s'explique surtout par la fon- 
dation de la colonie de Libéria, sur les côtes de Guinée. 
Les Etats-Unis y ont transporté une partie de leurs 
hommes libres de couleur , et ces nouveaux habitans 
reviennent comme citoyens dans les contrées où leurs 



( 28a ) 

pères avaient été vendus comme esclaves : philanthro- 
pique établissement, placé sur les rivages d'Afrique, 
comme un monument expiatoire que les voyageurs eu- 
ropéens visiteront plus d'une fois! 

Nous n'avons parlé jusqu'ici que de la population 
soumise a des lois ou à des maîtres. Celle qui jouit encore 
déboute l'indépendance de la vie sauvage, bien loin d'é- 
prouver une augmentation progressive , s affaiblit et dé- 
croît graduellement. Les Indiens établis dans les limites- 
des Etats-Unis ne sont qu'au nombre de 98,000; et l'on 
évalue à 2i5,ooo ceux dont les tribus, dispersées à l'oc- 
cident et au nord-ouest de ce territoire , occupent les 
deux versans des montagnes Rocheuses, d'un côté jus- 
qu'à l'état du JlfissoUri, d'un autre côté jusqu'à l'océan 
Pacifique. Une .région presque égale à celle que la civi- 
lisation a conquise est donc encore le dpinajne de cçs 
nations aborigènes, autrefois si terribles et si renoiqinçes, 
an£qu£]les, .appartenait toute cette zone du continent 
américain ; mais l'action du temps les consume ; elle n'est 
favorable qu'à leurs vainqueurs; et cette différence de 
destinée entre les nations sauvages et policées nous 
offre 1$ preuve éclatante des bienfaits de l'association et 
de la salutaire influence des lois. Les forêts ont couvert 
le, begceau des sociétés ; mais elles les retiennent dans 
l'enfance : il faut à l'homme un champ phis libre, plus 
fécond, plus ouvert au grand jour; c'est là qu'il se dé- 
veloppe, qu'il étend sa raison , multiplie ses forces, et 
agrandit incessamment son empire. ; 

Nous joignons à ce mémoire un tableau explicatif, où 
l'on a rapporté dans cinq colonnes différentes la popu- 
lation de chacun des états de l'Union, telle qu'elle a été 
successivement déterminée parles recensements de 1790, 
i8cq, i8io, 1830 et i83o. Ces nombres, rapprochés les 



T*83) 

uns des autres, permettent de suivre avec exactitude, et 
d'époque en époque , la marche constamment progres- 
sive de cette population. 

Une sixième colonne indique, d'une manière approxi- 
mative , le nombre d'Indiens qui se trouvaient encore en- 
clavés, en i83o, dans le territoire delà plupart des états 
de la Confédération, et le nombre de ceux qui occupaient 
au-delà de ces limites, les régions occidentales et celles 
du nord-ouest. 



R. 



À 



New-Hampabire. . . 

Massachusetts 

Ruode-Ialan-d 

Connecticut 

Vcrmont 

New-York 

New-Jeraey 

Pensylvanie....... 

Ddaware 

Mary] and 

Caroline du nord. . 
Caroline du nid . . . 

Géorgie. . 

Alabama. > 

Miaaiiaipi S 

Louisiane . ., 

Tennessee 

Keutucky 

Obio 



Micbigan , 

Arkansas 

Floride 

District de Colombia.. 



POPULATION DES ÉTATCUt 



151,719 

i83,838 
«fci« 

586,o5o 
an, 149 
6oa,54S 
84,a 7 3 
345,8i4 
880,100 
478,103 
345,S 9 i 
i6»,G86 



3,g3g,3a6 5,3og t 5^S 7,i394»3 



47>Mo 
76,9)1 

2I 7 ',Uh 

810,09' 
)MJ( 
38o,5,S 

555,5=o 

iii.iii 

a53,433 



,6,556 

4o6,in 
.30,760 



.,;6i 



(1} Ce nombre repréaente quelque» articles qui avaient été d'abort 



1RIQUE. 



en 1890. 



«98,335 

523,2*3 

83,o59 
978,248 

335,764 
1,372,81a 

979,67s 

1,049,3 1 5 

7*>74$ 

407,3 5* 

i,o65,366 

638,8*9 

502,74 1 

340,999 
127,901 

75,448 

153,407 

420,8 t 3 

564.317 
58 1,437 

'4M7* ^ 
55,2ii 

66,586 

8,896 
ifc*7S 



33,o39 



9,638,x66 



en i83o. 



399,455, 

269*328 

610,408 

97>i99 

•97,67* 

280,652 
1,91 3,oo6 

3a9,8»3 

1,348,233 

76,748 

447>p4o 
i,2ii,4o5 

7*7»^7 
58i,i85 

5i6,823 

309,527 

x36,62t 

2x5,629 

**if9ft4 
687,917 

^57,oof 
343 f o3f 
157,445 
i4o,455 

3r,639 
3%388 
34,7*© 
39,884 



(1) û,i3o 



» •— 



12,866,020 



POPULATION DES TRIBUS INDIENNES 



dans les diiïe- 
rens états. 



«■*»•» ■qpm^^ 



T*T7 



2,583 

4,820 
3oo 



3,ioo 

3 00 

5,ooo 

I9>«* 
23,ooo 

9 5 9 

I.OQO 

1,877 

4,o5o 

' 8,9°° 
5,63 x 

9,549 
y,aoo 
4,000 



98,239 



BO&S DBS LIMITES. 






Territoire Huron 
ou Nord-Ouest . 20,200 

Entre le Mississipi 
et les montagne* 
Rocheuses. « « • • 9^>3*o 

Dans les montagnes 
Rocheuses. .... 20,000 

A l'ouest de ces 
montagnes. .... 80,000 



» » 



Total 214,500 

D'autre part ..... 98,239 



m***m> 



T«*>L 



al n%#3i9 



• ê i 



dénombrement de x83o* 



a« 



■ » ■ AL»I I , 



*o 



( *86 ) 



'BANGALOAB. 



Xa ville de Bangalore est située par i3° o' lat. N. , cfc 

"77° 4^' long. E. du méridien de Greenwich, dans le ter- 

nîtoiré du rajah de Mysore , k upe distance d environ 

ai 5 milles de Madras, et à 3,ooo pieds au-dessus du 

Tiiveau de la mer. Cette situation élevée rend le séjour 

i 

•de Bangalore très salubre, le froid n'étant pas trop aigu 
•la nuit, ni la chaleur trop grande le jour pour les Euro- 
péens. Le pays «est agréablement boisé et entrecoupé de 
collines et' de ravins. Bangalore est un des plus vastes 
cantonnemens militaires de la péninsule indienne, et 
•cette ville, qui a des fortifications remarquables, fut 
fondée par le célèbre Hyder-Ali. Sa population agglomé- 
rée est de 5o à 60,000 âmes, dont la moitié habite le 
>Pettah^ et le reste la ville malabare. Les babitans de 
Pettah, dont un petit nombre sont mahométans, parlent 
la 'langue canarèse; et ceux de la ville malabare, princi- 
palement le tamul : les mahotnétans, entre eux, parlent 
•d'ordinaire l'indoustatii , mais ils comprennent égale- 
ment les idiomes des indigènes au milieu desquels Ils 
•demeurent. 

Une vingtaine de villages qui environnent Bangalore 
<X qui contiennent ensemble au moins 7^000 babitans, 
sont depuis quelques années visités par des missionnaires 
anglicans, qui cherchent à y introduire le christianisme; 
quelques succès partiets en font espérer de plus décisifs 
|>our l'évangile; mais il faut reconnaître que les préjugés 
du peuple sont de puissans obstacles au progrès désiré, 
et oc progrès est encore moins sensible chez les filles 
q*e chez les garçons, à cause de la répugnance presque 
invincible des Indous à instruire leurs femmes. 

( The Missionary Register, octob. i83a.) 



C^)1 



. I 



TROISIEME SECTION. 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ. 

PROGBS-VBRBAUX DBS SB AN CBS. 

t * 

Seàhce du a novembre i83»» 

> 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.. 

M. le secrétaire de la Société royale asiatique de Lon- 
dres transmet àla Société huit volumes de la collection 
des Recherches de la Société de Calcutta , dont l'envoi 
avait été annoncé dans une des. dernières séances. . 

M. Townsend, admis récemment, adresse ses remer- 
cimens à la Société. 

M. Warden recommande à la Société plusieurs savans> 
américains, qui lui paraissent avoir des titres pour ob- 
tenir les places vacantes de correspondans étrangers. . 

M. Dourille , en signalant à la Commission centrale* 
une nouvelle attaque dirigée contre lui, au sujet, d&soiv 
voyage au Congo ,, dépose sur le bureau plusieurs lettres^ 
du gouverneur de Loanda, datées du mois d'avril 1828,, 
comme attestant qu'il était en Afrique à cette époque* 

M. Dubeux, employé à la bibliothèque du roi, a dresse, 
une proposition tendant à insérer dans les mémoires de 
la Société, une relation du royaume d'Angola, inédite, par 
Antonio de Oliveira de Cadornega, capitaine portugais , 
manuscrit de la bibliothèque royale, composé de 3 vol. 
in-fol. de 1680. A sa lettre est jointe la liste des chapitres 



(' *88 ) 

dont celle relation est composée , ainsi qu'un spécimen 
en portugais et en français, relatif à quelques coutumes 
et usages des gens d'Angola. 

M. Dubctix offre ses soins pour la surveïHanee de l'im- 
pression. Cet ouvrage ayant été demandé dans un pays 
voisin , pour y être publié, M. Dubeux a cru devoir s'a- 
dresser d'abord à la Société française. 

» 

La Commission centrale accueille avec intérêt celte 
proposition, et elle charge la section de publication de 
prendre connaissance du manuscrit et de faire un rap- 
port à la prochaine séance. 

M. Albert-Montémont donne lecture de trois notices 
sûr nie de Ceylan; sur les moeurs des Ritghîz, et sûr les 
Kholes ,' peuplades de l'Inde. Ces notices sont traduites 
AtY À siatic journal. (Voy. pag. 23;r, s*45 et aSa.) 

La Commission centrale procède à l'élection aux places 
vacantes parmi les correspondant étrangère ; ces places 
sont au nombre de cinq d'après le règlement. 

MM. le capitaine Graah, à Copenhague, chargé de la 
dernière exploration du Groenland; Ainsworth, direc- 
teur de XEdinburgh journal ,• Adrien Balbi, à Pàdoue , 
auteur du nouvel Abrégé de Géographie ; Graberg de 
Hêmsô, à Florence , ancien consul général de Suède à 
Tripoli, et le major Long, à Washington, chef des deux 
expéditions aux montagnes Rocheuses , sont nommés 
membres cbrrespondans étrangers. 

M. C. Moreau dépose sur le bureau , pour être discu- 
tées dans une prochaine séance, deux propositions rela- 
tives au nombre des correspondans et aux conditions 
qu'ils ont à remplir. 



K 



I 

Le prncè*verbal delà dermèDeséericeeatJuetJriQpte» 
M,;BaU>r«crità la Société pour Jari offrir un eauuo* 
plaire de non Abrégé de Géographie, et y d'après son 
detâr, la Commission centrale invite un de ses membres, 
M. Alber&Jttoutémant, à vouloir bien lui rendre compte 
de cet oavrage. 

La Société philosophique américaine de Philadelphie 
adresse le volume rv (a e . partie) de ses Trarisadions. 
•• il. Waitdeftdépesteysur le bureau* le cahier de juillet 

M. iiuetir-Merhn adresse mu résumé du tableau dû 
coémiereb de le Franc» avec aetoèlQwaa et les prima» 
jteler puissance*, 'pendant Tannée i83x. 

- «M. Eyriè», au^nom de la section de publication^ rend 
compte de ls'rénmm de «ette section, ayant* pour but 
leaanien de k proposition faîte par BL Dtftbeux d'insé- 
rer , dans le Recueil des mémoires de la Société, une re* 
lation inédite du royaume d'Angola, qui- se trouve à la 
bibliothèque du* roi. • 

II' est lait plusieurs propositions : la première de pu- 
blier' le texte original portugais. 

<La deuxième, de publier une traduction française de 
l'ouvrage. 

- La troisième , de publier le texte portugais avec k 
traduction en regard. 

Après diverses observations sur les avantages et les 
inconvéniens que présentent ces trois modes de publi- 
cation , la Commission centrale décide en principe que 
la relation sera publiée, et elle invite les sections de 
comptabilité et de publication réunies à se concerter avec 



/ 



I a 99 ) 
Fauteur de la proposition pour évaluer les frais de copie ^ 
de traduction et de corrections d'épreuves. 

M. Jomard annonce, en même temps, qu'il a fait les 
démarches nécessaires auprès de la bibliothèque royale 
pour obtenir l'autorisation de publier le .manuscrit. 

M. Roux de Rochelle lit quelques remarques sur les» 
progrès de la population des Etats-Unis; elle» sont ren- 
voyées au Comité du bulletin. (Voy. pag* 279,) 

M. Albert-Montémont communique un fragment de- 
son voyagea Londres , en i83o. •* • ... 

M. Jomard dépose une notice.de M. le docteur Clôt- 
Bey, au sujet du vice-roi d'Egypte, et ensuite il annonce 
que l'examen de douze élèves égyptiens nouvellement as* 
rivés, instruits dans rétablissement, aura lieu . le. 18 no- 
vembre prochain, devant l'Académie royale de. méde- 
cine; MM. les membres de. la Société .qui désireraient, 
être témoins des progrès de ces jeunes élèves, sont in- 
vités à assister à l'examen. (Voy. la notice pag. 266.) 

Sur la proposition, de l'un de ses membres, la Com- 
mission centrale fixe au 1 4 décembre l'époque de sa. 
prochaine assemblée générale. 

M. le président signale diverses communications qui. 
pourront foire l'objet de lectures intéressantes , entre 
autres, i°un fragment du deuxième climat de la géogra- 
phie de l'Edrisi, dont M. Jaubert a achevé la traduction ; 
2° un fragment de la relation d'Angola; 3° un document 
proposé par M. Menzikoff relatif aux voyages des cara- 
vanes de Russie en Chine. 



( *9* ) 



IUMBKBS ADMIS DAR8 LA SOCIKTÉ. 

Séance du 16 novembre. 

M. Gazeaux, ingénieur hydrographe. 

M. le docteur Clot-Bey, inspecteur du service de 
santé des armées du vice-roi d'Egypte, directeur de l'E- 
cole de Médecine d'Abou-Zabel , membre de plusieurs 
sociétés savantes. 

M. le baron de Ladoucette, ancien préfet. 



OUVEAGES OFFEBTS A LA SOCIÉTÉ. 

Séances des a et 16 novembre. 

Par la Société Asiatique de Calcutta : Recherches asia- 
tiques, tomes 6, 7, 8, 12, i3, 14? i5 et 16. 

Par MM. Lapie père et fils : ai* livraison de leur At- 
las universel. 

Par M. Dufour: Carte administrative, physique et rou- 
tière de la France , etc. , dédiée au roi par H. Dufour.— 
g* livraison de son Atlas universel de géographie an- 
cienne et moderne. 

Par M. de Moléon : Recueil industriel et manufactu- 
rier, cahier de septembre. 

Séance du 16 novembre. 

Par la Société philosophique américaine de Philadel- 
phie : Volume 4> a* partie de ses Transactions. 



( *» a ) 

Par M. Adrien Balbi : Abrégé de Géographie, rédigé 
sur un nouveau plan, a" après les derniers traités de paix 
et les découverte* leê plus récentes 9 etc. Un vol. in-8°. 

Par M. Sparks : The North American Revient, trimestre 
de juillet 1 83a, 

Par la Société des Missions Évangéliques ; Cahier 
d'octobre de son Tournai. 

Par M. César Moreau ; Résultats de la valeur officielle 
du commerce général et de la navigation entre la France 
et V étranger, depuis i8?5 jusqu'à i83i inclusivement. 
Une feuille. , ... 

Par l'Académie de l'industrie : N° a3 du Journal de 
ses travaux. 

Par la Société française de statistique universelle: 
JV° 4 > octobre, du Journal de set travaux. 



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BULLETIN 



DE LA 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE. 



N° 116- — DÉCEMBRE l83*. 



DOCUMENS 

LUS DANS LA SEANCE GENERALE D<7 l4 DÉCEMBRE ï83â. 



Notice sur Its travaux de la Société de Géographie pen- 
dant Vannée i832, par M. Alexandre Barbie du 
Bocage, secrétaire général. 

Messieurs , 

Voici la onzième année que Yotre secrétaire général 
vient vous soumettre le compte rendu de vos travaux. 
Pour la première fois , cette tâche m'est échue ; votre 
bienveillant intérêt, en m'appelant à l'honneur de la 

ai 



( >94) 
remplir, m'a imposé un devoir que le talent éè mes. de- 
vanciers a rendu difficile. Je me serais récusé, messieurs, 
si je n'avais pensé que l'indulgence qui m'a placé dans 
la position où je suis, daignerait m'y accompagner et m'y 
soutenir. 

Instituée dans la seule vue de hâter les progrès de la 
géographie , et de répandre , par son aide , les bienfaits 
de la civilisation partout où l'homme peut pénétrer, votre 
sociét é n'a cessé , malgré les obstacles que les circon- 
stances ont fait naître sous ses pas , de marcher vers son 
but ; et cette année encore , votre correspondance , re- 
cherchée par les sociétés savantes et les académies na- 
tionales et étrangères les plus renommées , l'échange 
respectif des publications des unes et des autres, des 
prix distribués , avec non moins de libéralité que par le 
passé, aux travaux utiles et vraiment recommandables , 
sont des faits qui prouvent combien vos louables efforts 
ont obtenu de succès. Sa majesté a daigné prendre un 
intérêt direct et particulier à vos travaux; et si nous je- 
tons les yeux sur les noms qui sont venus successivement 
grossir la liste de vos membres , nous y voyons figurer 
non-seulement ceux de savans ou d'amis de la science , 
appartenant à tous les pays, mais encore ceux de quel- 
ques Orientaux de marque , plus disposés à concourir 
aux progrès de la civilisation qu'on ne le croit généra- 
lement dans l'Occident. Parmi eux, nous distinguons le 
prince Malek-Kassem-Mirza, frère puîné du prince royal 
de Perse, et Ahnied-Efendi, membre de la Mission égyp- 
tienne à Paris. Notre gouvernement, juste appréciateur 
de vos travaux, MM. les ministres des affaires étrangères 
et de la marine, et M. le directeur général de la guerre, 
vous ont fait des dons d'une haute importance» En 
outre , M. le ministre de la marine , à qui vous devez 



( *9 S ) 

plusieurs communications scientifiques intéressantes, a 
souscrit à vos publications; et son collègue, M. le mi- 
nistre de la justice, vous a fait espérer que les presses de 
l'imprimerie royale pourraient être employées pour l'im- 
pression dé votre recueil de mémoires. 

Ce court préambule doit vous faire bien augurer, 
messieurs, de l'avenir de la Société , et accroître encore 
davantage , s'il est possible , le dévouaient de tous ses 
membres à ses intérêts. 

Afin d atteindre le but que vous avez sans cesse devant 
les yeux, vous employez deux moyens dont le succès a 
prouvé refficacité : vous fondez et distribuez des prix , 
et vous faites des publications. Vos prix excitent partout 
une noble émulation ; vous appelez , avec la plus con- 
stante impartialité, à vos concours les amis de la science 
dans tous les pays du globe, et vous mettez ainsi digne- 
ment en pratique ce principe énoncé par vous dès les 
premiers momens de l'existence de la Société , quelle 
est universelle. Aussi , messieurs , si , se reportant vers 
le passé, on suit la marche que vous avez adoptée depuis 
les onze années que la Société existe, on verra avec sur- 
prise peut-être que nulle association ne peut se féliciter 
d'avoir, dans un espace de temps aussi court et avec 
d'aussi faibles moyens que la cotisation annuelle de cha- 
cun de vous , produit des résultats aussi éminemment 
utiles, aussi étendus, et qui répondent mieux à Ses vues. 
Vos programmes ont porté l'infortuné Pacho, enlevé 
trop tôt à la science et à notre amitié, dans la Cyrêndîque y 
où tant de tentatives avaient déjà échoué, quoique 
payées un haut prix. Son ouvrage subsiste; il nous a ou- 
vert une mine féconde, vous l'avez couronné. M. Cajllie 
a parcouru l'Afrique, et le premier des Européens qui 
se sont avancés au centre de cette contrée, il a vu Tern- 

21. 



( *9& ) 
boctoit) et en est revenu. Son ouvrage est entre vos mains. 
Qui l'a couronné? c'est vous encore. D'où avait-il. reçu 
son impulsion? de vos programmes. Ainsi, grâce au dé- 
vouaient de ces généreux compatriotes et à l'honneur 
que confèrent les palmes que vous distribuez, la carte 
de l'Afrique se meuble insensiblement , et chaque année 
le champ des découvertes géographiques s'y resserre. 
Certes, ce sont là des résultats positifs et d'une véritable 
importance. Plût à Dieu que des encouragemens plus 
nombreux que ceux que vous recevez, vinssent soutenir 
vos propres efforts, et qu'enfin votre utile association 
pût jouir d'une dotation annuelle qui, si faible qu'elle 
fût, vous permettrait du moins de vous étendre plus lar- 
gement encore dans la voie que vous vous êtes tracée. Mes- 
sieurs , en récompensant des compatriotes , vous n'avez 
point dédaigné la gloire étrangère : le nom du capitaine 
Franklin, couronné pour son voyage sur les rivages de 
la mer Polaire, celui du major Laing, qui le fut pour son 
voyage à Temboctou , où cet infortuné périt si malheu- 
reusement; ceux du capitaine Graah, de la marine da- 
noise, et du professeur Rafinesque, de Philadelphie, 
qui le furent aussi, le premier, pour son exploration des 
côtes du Groenland , et le second , pour son Mémoire 
sur l'origine des nègres asiatiques ; enfin la mention 
honorable de l'important voyage des frères Lander 
sur le cours et à l'embouchure du Niger, et de la belle 
exploration des côtes de l'Amérique méridionale par le 
capitaine King, n'attestent • ils point l'impartialité qui 
règne dans vos jugemens ? A présent encore la lice reste 
ouverte , et indépendamment du prix que vous décernez 
à la découverte la plus importante en géographie, vous 
appelez l'attention des voyageurs et des savans sur plu- 
sieurs points particuliers du globe, tels sont, en Afrique, 



( a 97 ) 
les lieux connus sous le nom de Marawi; en Asie, \z partie 
méridionale de la Caramanie ; en Amérique, les antiqui- 
tés américaines, et la Guyanne-; et, en outre, vous portez 
celle de nos compatriotes sur une région naturelle quel- 
conque du territoire français, et surjes opérations de ni- ^ 
pellement; enfin vous proposez un prix pour Y histoire 
mathématique et critique des mesures de degrés, (i) 

Un généreux anonyme vous avait offert un somme 
de iooo francs, pour être appliquée à un voyage dans ht 
Darfour. Cet anonyme : a«, comme vous en avez, reçu 
l'annonce de la bouche de* M. Jomard, reporté cette 
somme sur un voyage aux sources du Bahr el-Ahiad et 
aux rives orientales du lac Tchadl M. le baron Benjamin 
Delessert a bien voulu- se joindre à cet anonyme pour 
une somme de 5oo francs; d'autres souscriptions ont 
été également' offertes. Nous devions, messieurs, vous 
signaler ce fait, parce qu'il prouve le noble désintéres- 
sement avec lequel quelques esprits élevés favorisent les 
découvertes géographiques. 

Cette année, à la suite de savans rapports , vous avez 
couronné les travaux de M. Douville, honorablement 
cités ceux de MM. King et Lander, et encouragé, par le 
don d'une médaille d'or; ceux de M. Rafinesque. Un seul 
mémoire vous a été envoyé pour le concours relatif au 
nivellement de la France ; ce mémoire est celui de M. le 
baron d'Hombre's-Firmâs , à qui vous avez, sur le rap- 
port de M. le général Bonne, décerné également une 
médaille d'or. 

Si on en vient à l'examen de vos publications , on les 
voit , quoiqu'elles ne soient point encore ce que l'on 

(i) Bulletin de la Société , tome xtii , n° 108, avril 1 83a, page *5 1 
et seq. 



( * 9 8 ) 
doit espérer quelles seront un jour, concourir avec 
succès au même but. En admettant dans votre Re- 
cueil de mémoires Y Orographie de F Europe, par M. B&u- 
guière , ouvrage d'une haute importance, et que vous 
avez vous-mêmes couronné en 1826, vous avez rendu à 
la science un véritable service. La traduction de la Géo~ 
graphie de VEdrisi, dont s'occupe l'un de nos orienta* 
listes les plus distingués , M. Ambdée Jàubbrt, qui doit 
y joindre les parties récemment découvertes et non en- 
core éditées, du même auteur, et celle de la Description 
manuscrite de la Perse et despays voisins, du persan Hamd- 
Allaliy par le savant M. Etienne Quatremèke, donne- 
ront à vos Mémoires une importance qui les fera recher- 
cher avec avidité de tous ceux qui aiment à s'occuper 
des progrès de la géographie. 

Outre votre Recueil de mémoires, qui constitue réel- 
lement la partie savante de vos publications, il est un 
autre Recueil que quelques-uns d'entre vous sont peut- 
être trop portés à considérer comme étant d'une impor- 
tance secondaire , et qui nous paraît cependant devoir 
mériter, dans les intérêts de la société, la première place 
en quelque sorte parmi les objets dont vous vous occu- 
pez. Le Bulletin de la Société est un véritable moyen de 
correspondance entre vous et ceux de vos confrères qui 
sont éloignés, entre vous et les diverses sociétés savantes 
et corps littéraires avec lesquels vous entrez en relation, 
entre vous, les voyageurs et savans épars sur tous les 
points du globe. Sans lui, nous osons le ajire, plus de 
Société ; il est le lien qui nous unit tous. Mais, pour que 
cette publication soit digne de son but, il faut qu'elle 
ait tous les moyens possibles de se soutenir; qu'elle soit 
abondante , nourrie de bonnes choses, et toujours bien 
présentée; qu'elle offre enfin tous les avantages des re- 



( 2 99 ) 
cueils du même genre, sans en avoir les défauts. Ce bul- 
letin sera dès-lors pour la Société un moyen puissant d'ac- 
tion. Ne nous le dissimulons pas; malgré tous les change- 
mens et toutes les améliorations que tous avez introduits 
dans sa rédaction , il reste encore beaucoup à faire. 
Permettez-nous d'exprimer à ceux qui ont bien voulu 
se charger de la tâche pénible et laborieuse de rédacteur 
les remercîmens de la Société entière. 

Parmi les personnes qui ont bien mérité de vous, 
messieurs, soit par les communications qu'elles vous ont 
faites , soit par les rapports qu'elles vous ont lus , vous 
devez surtout distinguer MM. Jomard, Warden, Dumont- 
d'Urville, Roux de Rochelle, le baron Walckenaer et 
Quatremère, Bouvard, le général Bonne, Eyriès, de La- 
renaudière, d'Avezac, Barbie du Bocage, Daussy, Albert- 
Montémont , Sueur -Merlin, Cou lier, Peytier, Jouan- 
nin, Denaix,Huerne dePommeuse, Morin, Paravey, de 
la Roquette, G. Moreau, deCouessîn, de Rienzi, savant 
voyageur; le chevalier de Wiebceking et Rafn, savans 
hollandais et danois; Van der Maelen, et nos confrères 
MM. Jontanier et Guys dk Asie, Mimaut en Egypte, et 
Gochelet dans l'Amérique du nord. La plupart de ces 
communications ou rapports, insérés en entier ou par 
extrait dans votre Bulletin, ont contribué à y répandre 
de la variété et de l'intérêt. 

Ce sont là vos travaux intérieurs; pour vos rapports 
avec l'extérieur, ils n'ont pas été moins aotifs dans Tannée 
qui vient de s'écouler que dans Tannée précédente. L'é- 
change de vos recueils contre les publications des Aca- 
démies ou Sociétés stwantés nationales et étrangères, mon- 
tre que partout on apprécie vos travaux. En Amérique 
surtout on les juge importans. Indépendamment des 
nombreux ouvrages que vous ont adressés des particu- 



( 3oo ) 

liers de. ces conjtrées, vous avez reçu delà Société philo- 
sophique de Philadelphie ses doctes Transactions. En. 
Europe, l'Académie impériale des sciences de Saint-Pé- 
tersbourg , la Société royale des antiquaires de Copen- 
hague, la Société royale de Londres , les Sociétés asia- 
tique, de géographie et médico-botanique de la même 
capitale , L'Académie royale de Turin et autres , vous 
ont transmis des Recueils de mémoires qui ont considé- 
rablement enrichi votre bibliothèque. Les Académies de 
Rouen, de Lille, de Dijon; les Sociétés d'agriculture, 
sciences et arts des départemens du Yar, de la Charente, 
Je l'Aube, de Seine -et -Oise, etc., sont aussi entrées en 
rapport avec vous. Les communications que vous en 
avez reçues vous ont souvent paru dignes d'intérêt. À. 
Paris, vos relations ont continué avec la plupart des so- 
ciétés, existantes. Toutefois, s il en est ainsi particulière- 
ment des Sociétés asiatique et géologique, je dois faire 
ressortir à vos yeux, et d'une manière toute spéciale, les. 
services que vous pouvez attendre de la Société des mis- 
sions? évangéliques et de la Société coloniale de l'état 
d'Alger. La première envoie des missionnaires clans les 
diverses parues du globe , et publie un Recueil qui ren- 
ferme des pièces descriptives d'un haut intérêt* L'Afrique 
méridionale est surtout en ce moment le théâtre que 
parcourent ses missionnaires. En. entrant en rapport 
avec vous, elle espère des communications, des instruc- 
tions qui facilitent l'extension de ses honorables travaux;, 
en .échange, elle vous offre le partage des connaissan- 
ces géographiques qu'elle acquiert. Votre Bulletin ren- 
ferme plusieurs renseignemens dus à cette société; vou& 
aurez pu juger par vous-mêmes de leur importance. 
La Société coloniale de l'état d'Alger commence; elle 
vous a transmis ses statuts et réglemens , et elle se fera 



( *°i ) 

un . devoir de répondre à toutes les questions scientifi- 
ques que vous lui adresserez. Ainsi félicitez- vous, mes- 
sieurs, du concours actif que vous offrent ces associa- 
tions ,' puisque leurs travaux doivent venir accroître le 
domaine: de la géographie, et puisque elles-mêmes sem- 
blent attendre de leurs rapports avec vous une sorte 
d'impulsion que vous ne pourriez leur refuser. 
, Des demaudes d'instructions spéciales vous ont été 
également adressées par divers voyageurs ; en les rédi- 
geant, vous avez répondu à leurs désirs. M. David , notre 
consul à Cuba, en a reçu de vous sur l' Amérique j 
M. Carr, consul général des Etats Unis à Maroc, sur le 
nord de l'Afrique; M. le chevalier d'Erco, sur l'Orient, 
et M. H. Ternaux, sur les contrées du nord de l'Europe. 
Vous devez penser qu'ainsi munis de vos instructions, 
ces - voyageurs vous entretiendront de leur marche . et 
des observations qu'ils feront. Ces demandes d'instruc- 
tion» spéciales font naturellement désirer une série de 
questions générales sur la géographie. Mais qui de vous 
ignore les difficultés d'un semblable travail ?... La Société 
de géographie de Londres l'a jugée d'une assez grande 
importance pour le mettre au concours. Pourquoi ne 
tenteriez -vous pas d arriver au même but par la même 
voie? 

Votre bibliothèque s'est enrichie d'ouvrages importa» s; 
plusieurs vous ont été offerts par des ministres, un grand 
nombre l'a été, soit par vous, soit par des étrangers, et 
ses derniers lui donnent, nous devons le dire, un intérêt 
particulier. Elie renferme en effet des ouvrages que l'on 
ne rencontre dans aucune autre bibliothèque de la ca- 
pitale. C'est là un avantage précieux dont l'importance 
se concevra mieux à mesure que la Société prendra les 
.accroissemens auxquels sa destinée l'appelle. Il est à re- 



gratter cependant que des fonds spéciaux ne puissent; 
être consacrés en assez grande quantité à l'achat des ou- 
vrages géographiques dont le don ne vous est point fôit ! 
Nous ne vous parlerons point des recueils scientifiques 
que MM. Bajot, de Férussac, Gide et Eyriès, Bailly de 
Merlieux, Arthus Bertrand, de Moléon , D. Ramon de la 
Sagra, de Cuba; J.SparksetFeatherstonhapg, de PUIa* 
phie; Blaque, de Smyrne, et autres auteurs ou éditeurs 
continuent à vous envoyer, non plus que ceux des corps 
savans dont nous vous avons déjà entretenus; nous ne 
voulons rappeler ici à votre attention que les plus impor- 
tans des ouvrages que vous avra reçus. M. le directeur 
général du dépôt de la guerre vous a remis un nouveau 
volume du Mémorial topographique, et vous avez reçu, 
soit de M. le ministre de la marine, soit de M. le ministre 
des affaires étrangères, la suite des ouvrages dont le 
commencement vous avait été déjà adressé. Tels sont, 
entre autres, les deux beaux voyages des corvettes* la 
Coquille et l'Astrolabe, rédigés , l'un par M. Çuperrey, 
et I autre par M. Dumont-d'Urville, chefs des deux expé- 
ditions; le Pilote français, plusieurs autres cartes hy* 
drographiquesy avec les Instructions nautiques, publiées 
par le dépôt de la marine; les Monumens de la France, 
par M. Delahorde; le Voyage pittoresque et romantique 
dans V ancienne France, par MM. Ch. Nodier, Alphonse 
de Cailleqx et Taylor ; et la collection des Classiques la- 
tins, de Lemaire. Enfin vous devez au Bureau des longi- 
tudes le don de ses publications annuelles. En outre, 
votre bibliothèque a reçu les livraisons successives des 
Atlas universels de MM. Lapie père et fils, et Dufour, 
et dés Atlas de V Europe, de MM, Denaix et Vannier- 
Maelen , et de plusieurs autres ouvrages dont la publi- 
cation n'est point sans importance. Vous en êtes rcde* 



( 3o3 .) , 

vables à MM. d'Urville, Jomard, Warden, Corabœuf, 
Douville, Delavau, Bianchi, Pankoucke, Girard, Dela- 
croix /Cou lier, Morii», Huerne de Pomme use, Virlet, 
Pascal -Marius, Lavallée, Jodot, de Rienzi, Ermann, 
Grœberg de Hemsô, de Hosack, Rafh, Spencer Smith , 
Worcester et autres. 

Vous avez encore présent à l'esprit, messieurs) le savant 
rapport de mon prédécesseur, M. Jouannin. Vous trans- 
portant successivement dans les diverses régions du 
globe, il vous retraçait sur chacune la marche de vos 
travaux : je vais chercher à limiter ; heureux si, comme 
lui, je puis mériter vos suffrages ! 

L'Europe n'est généralement le théâtre que d'un petit 
nombre d'explorations géographiques; on s'y livre plu* 
tôt à des recherches locales ou à des travaux de cabinet , 
qui ne sont point sans intérêt sans doute, mais qui tout 
en apportant quelques faits de plus à la science, n'en 
ont point changé la face d'une manière notable. 

L'apparition soudaine de lîle qui s'éleva du sein de la 
mer, à peu de distance de- la côte de Sicile > et les phé- 
nomènes qui l'accompagnèrent, fixèrent l'attention 
universelle. Les nations livrées à la navigation eurent 
intérêt an moins à connaître son véritable gisement ; la 
sûreté de leurs marins leur en faisait une loi. Ce fut dans 
cette vue que le gouvernement français expédia un bâ- 
timent sous le commandement de M. Lapierre, et dans le 
même temps, afin de rendre cette expédition plus, coin* 
plète, M. Constant Prévost était choisi par l'Académie 
des sciences , pour faire l'examen de cette nouvelle terre 
sous le rapport géologique. Déjà l'île avait été vue, et 
divers rapports avaient été faits. M. le ministre de la ma- 
rine, déférant à votre demande, messieurs , voulut bien 
vous les communiquer. De celui de M. de Saint-Laurent, 



( 3o4 ) 

commandant provisoire de la frégate F Armide, rapport 
daté du a5 octobre i83i , il résulte que cette île était' 
située par 37 ° 1 1' 8 " 00 lat. N. , et 1 o° a4' a3" 70 long. 
E. de Paris, déduite des montres marines réglées à Tou- 
lon le 25 septembre. On l'apercevait à la distance de 
cinq lieues en mer, et une colonne épaisse de fumée en 
signalait encore 1 approche. Due à la masse des matières 
calcinées, soulevées par une force volcanique très active, 
ainsi que le banc qui s étendait, dans le N.-E.,un mille 
au large, cette île pouvait n'avoir elle-même , au plus r 
qu'un demi-mille de tour, et présentait 1 aspect dune 
terre couverte de cendres, de laves et dé scories. La fré- 
gate put facilement la contourner; elle s'en est presque 
toujours tenue à un mille de distance. A cette époque y 
la face de l'île avail déjà changé dé ce quelle était pri- 
mitivement, car le cratère du volcan s'était affaissé, et 
n'offrait plus qu'un bassin rempli d'eau d'une tempéra- 
ture variée, tiède dans le N.-E., et bouillante dans le S.-O., 
dégageant une quantité considérable de vapeurs sulfu- 
reuses. Envahi par la mer, le volcan n'avait plus d'action 
que dans le S.-O. de l'île, mais sans détorination, sans jets 
de flamme, sans même aucune émission nouvelle de ma- 
tières incandescentes; et le sol, quoique très chaud en- 
core, et parsemé de larges fentes d'où sortait une fumée 
sulfureuse très épaisse , permettait l'abordage et la mar- 
che. A l'examen, la plupart des matières recueillies ont 
paru à l'auteur du rapport très riches' en fer sulfuré mêlé 
d'alumine; il y avait aussi quelques carbonates dé chaux 
légèrement sulfurés, contenant de l'alumine et du fer. 
Point de végétation. D'après les observations faites à 
bord et sur le rivage, la hauteur du plus élevé de ses 
deux mornes était de 90 pieds. Le cratère du volcan 
avait 480 pieds de circonférence et 4° de profondeur. * 



( 3o5 ) 

De ces 4° pieds, il y en avait i3 qui étaient alors remplis 
par les eaux de fa mer. Depuis ce rapport curieux , l'île a 
disparu ; comme il arrive à la plupart des îles volcaniques, 
elle s'est affaissée , et à sa place on ne trouve plus qu'un 
banc qui prépare de .nouveaux dangers au marin mal- 
habile. 

Les travaux de M. le professeur Rafn sur les îles 
Féroë l'ont mis à même de dresser de ces iles une carte 
digne d'un véritable intérêt , de même que les observa- 
tions de M. le chevalier Wiebœking sur le Cours des fleu- 
ves de la Hollande ont donné à ce savant le moyen de 
construire un Atlas de la plus grande partie du cours 
navigable du Rhin et des ramifications de ce fleuve jusqu'à 
la mer et au Zuyderzée, ainsi que de la Meuse en aval de 
Boxmeer. 

En 1&29, l'Académie impériale des sciences de Saint- 
Pétersbourg envoya , sous la direction de M. Stroieff, 
une expédition archéologique , dans le but de visiter les 
anciennes bibliothèques et archives de la Russie, et 
$en extraire, ou du moins de faire connaître les maté- 
riaux quelles pourraient offrir pour toutes les branches 
de l'histoire nationale* Depuis lors , M. Stroieff , accoin. 
pagné de M. Berednikoff, a visité les gouvernemens d'Ar- 
khangel , de Vologda, de Nowogorod , de Kostroma , de 
Jaroslalf et de Moscow. Ces travaux ont dû continuer; 
les résultats déjà obtenus sont immenses, si Ton en juge 
d'après la note des volumineux matériaux déjà recueillis 
par M. Stroieff au milieu de difficultés de toute espèce. 

Vous distribuez annuellement , messieurs , à titre 
d'encouragemens, des médailles d'or aux opérations les 
plus remarquables du nivellement d? une partie quelconque 
du territoire français. De cette manière, la représentation 
du relief d'une portion plus ou moins étendue de notre 



( 3o6 ) 

sol se perfectionne chaque année. Au dernier concours-, 
tous n'avez reçu qu'un mémoire intitulé : Supplément 
au nivellement barométrique des Cévennes. Ce mémoire 
faisait suite à celui qui tous avait été adressé en i83i, 
et auquel vous aviez accordé une mention honorable. 
Son auteur, que vous avez couronné à la suite de l'inté- 
ressant rapport de M. le général Bonne , est M. le baron 
d'Hombres-Firmas. Les tableaux produits par M. d'Hom- 
bres présentent un ensemble de tjS cotes portant sur 
autant de points difféttms , et embrassant les départe* 
mens du Gard, de l'Ardèche, de la Haute-Loire et de la 
Lozère. La Nouvelle Carte de France , dressée au dépôt 
général de la guerre, doit avoir ce précieux avantage, 
quelle offrira un relief à-peu- près complet du sol de la 
France, formé suj; six à sept cent mille cotes de nivelle- 
ment qui pourront servir utilement à établir des avant- 
projets de routes , de canaux et autres travaux d'art. En 
encourageant les opérations de nivellement, vous ne fai- 
tes donc. que devancer une opération utile sous tous les 
rapports. L'un des officiers les plus distingués du corps 
des ingénieurs-géographes, auquel est due la confection 
de cette grande carte de France, M. le colonel Cor&bœuf, 
si activement employé 'aux travaux qoi la concernent, 
vous a fait part de son Mémoire sur les opérations géà- 
désiques des Pyrénées*, et la Comparaison de la hauteur 
des deux mers. Vous avez avec raison considéré ce me* 
moire comme étant de la plus haute importance. - 

Nos richesses territoriales ont droit à votre intérêt. 
M. Roux de Rochelle vous a fait, sous ce rapport, des 
cwtmtmicationa précieuses. Il tous a appris que près 
de Monunorot, après divers sondages entrepris sur phi- 
sieurs points 7 dans le but de rechercher la mine de sel 
gemme dont on soupçonnait l'existertoe dans dette lôctiH 



i 

• 



(307) 

lité, on avait atteint enfin, à la profondeur de 397 pieds, 
la couche supérieure de la mine, et que cette couche avait 
été sondée elle-même jusqu'à la profondeur de 108 
pieds , sans que Ton eût dépassé le banc de sel qui la 
forme. On crut inutile de franchir cette limite ; l'impor- 
tance de la découverte paraissait suffisamment consta- 
tée par l'épaisseur de la couche que Ton avait rencontrée. 
Ce brillant succès fit entreprendre de semblables opér 
rations aux environs de la ville de Salins ; mais il a fallu 
sonder la terre jusqu'à 737 pieds de profondeur avant 
d'atteindre la mine de sel gemme , à laquelle on est par- 
venu le 17 juin de cette anàée. 

Les travaux relatifs aux antiquités vous occupent 
moins directement, messieurs, que ceux qui ont trait 
à la géographie proprement dite. Cependant vous avez 
applaudi à la communication des curieuses recherches 
faites à ce sujet par M. de la Pylaie en Bretagne. Les 
études géographiques et historiques tirent en effet un 
grand parti de toutes les recherches locales qui ont pour 
but, non - seulement la connaissance des villes et des 
lieux habités par. les anciens , mais encore celle de leurs 
monumens, qui sont les véritables indices de la marche 
des peuples dans la carrière de la civilisation. 

Si de l'Europe nous passons à I'Asie , nous voyons 
que cette immense division du globe a été l'objet de 
communications non moins instructives. Une des plus 
importantes par les faits nouveaux qu'elle renferme, est 
celle des positions géographiques de FObjr depuis Tobolsk 
jusqu'à la mer Glaciale, corrigées par M. Ermann, secré- 
taire de la section de physique de l'Académie royale des 
sciences de Berlin, Vous avez reçu de notre compatriote 
et confrère, M*Fontanier> une Notice sur la côte de la mer 
Noire appelée Lazistan. Cette partie de la mer Noire est 



( 3o8 ) 

moins connue que les autres, parce que les voyageurs ne 
peuvent y péné rer sans dangers. Placé à Trébizonde, et 
par conséquent dans une position rapprochée de ce pays, 
M. Fontanier pouvait mieux que personne servir les in- 
térêts de la géographie. Il a visité lui-même tout le lit- 
toral depuis Trébizonde jusqu'à Batoum. Il compte dans 
cet intervalle trois ports, Héraclée ou Surmènè,Soouk-Sou 
et Bataoùm. Point d'autre rivière considérable que le 
Tchuruck-Sou ; point de ville à citer, si ce n'est Rizè. 
Après la population turque et mélangée de Trébizonde 
et de Surmène, se trouvent les Grecs de Off, puis les 
Turcs de Rizè, enfin les Golchiens , divisés en Lazes et 
en Géorgiens. Le pays offre partout à-peu-près le même 
aspect : impénétrables forêts et maisons éparses çà et là. 
Ces maisons sont assez vastes quand on sort de Trébi- 
zonde , mais à mesure qu'on s'éloigne , elles dégénèrent 
en chaumières, et enfin en cabanes placées sur des arbres. 
La misère du peuple augmente graduellement, et gra- 
duellement aussi la forme des vêtemens passe du turc 
au géorgien. Indépendamment de cette notice curieuse, 
vous devez à M. Fontanier des nouvelles d'un voyageur, 
M. Tchesny, qui a visité l'Egypte, la Perse et une partie 
de la Turquie, et qui a recueilli par lui-même plusieurs 
sondes dans le cours de l'Euphrate , dont il a préalable- 
ment reconnu le cours, aussi bien que celui du Tigre. 

Quels que soient les succès des voyageurs modernes , 
on ne saurait négliger les auteurs et les voyageurs qui 
les ont précédés. Aussi avez-vous accueilli avec empresse - 
ment et reconnaissance l'offre faite par M. EL Quatre- 
mere y membre de l'Institut , de sa traduction A* une Des- 
cription manuscrite de la Perse et des pays voisins, écrite 
en persan par Hamd- Allah, fils d'Abou-Bekr , qui vivait 
dans le vm e siècle de l'hégire. Cette traduction doit entrer 



■ ( 3od ) 

dans votre Recueil de Mémoires. Les auteurs orientaux 
offrent au géographe une mine féconde; ce n est que là, 
en effet, qu'il peut rencontrer, sur des pays à peine con- 
nus de lui aujourd'hui, des renseignemens satisfaisans et 
utiles. 

MM. Stamaty et CaUUer, compagnons de M. Michaud 
dans son voyage en Orient, ont aussi parcouru avec 
fruit X Asie-Mineure et la Syrie; mais faut-il que nous 
ayons à déplorer la perte de M. Stamaty. Ce jeune voya- 
geur succomba aux privations et aux fatigues qu'il avait 
endurées» Dans le même temps, la même expédition 
perdait un autre de ses membres, M. CarceL Avant de se 
rendre à Smyrne, où ils devaient rejoindre M. Michaud , 
MM. Stamaty et Gaillier parcoururent les contrées qui 
formaient autrefois la Phrygie Epictète, la Lydie, la Mysie 
et la Bithy nie , tandis que M. Michaud , accompagné de 
M. Poujoulat visita les points les plus importans de la 
côte asiatique, depuis Gyzique jusqu'à la Troade. Ce 
voyage de MM. Stamaty et Gaillier, utile à la géogra- 
phie, ne le fut pas moins à l'archéologie; car ils recueil- 
lirent un grand nombre d'inscriptions et de médailles. 
De Smyrne , où ils revirent M. Michaud , qui se sépara 
encore d'eux , pour se rendre en Syrie , ils s'étendirent 
au S. E. des pays qu'ils venaient de parcourir, et pous- 
sèrent leurs investigations* depuis les chemins du Tmo- 
lus , du Messoys et du mont Dindymène jusqu'au mont 
Emich-Dagh et aux vastes bassins qui s'étendent sur le 
plateau de l'Asie-Mineure. De là ils gagnèrent le mont 
Adoreus et les affluens du Sangarius , qui les condui- 
sirent à Engori. Leur principal but était alors de visiter 
les parties inexplorées de la Phrygie et de la Gappadoce, 
de Kara-Hissar à Césarée ; mais tout dut leur faire con- 
sidérer la chose comme impossible. En effet les Kurdes, 
( 22 



(3io) 

établis depuis le mon t Emich-Dagh jusqu'au Kizil-Irmak > 
répandaient la terreur dans toute la contrée. Malgré 
cela les voyageurs tentèrent de pénétrer dans le pays; 
mais ce fut moins de leur part un voyagç qu'une véri- 
table opération militaire. Ils vinrent ensuite à Alep: ce 
fut là que M. Caillier fut obligé de rendre les derniers 
devoirs à son ami et au compagnon de ses travaux. Pour 
M. Michaud, s'étant embarqué à Smyrne pour la Syrie, 
il s'arrêta, sur une multitude de points tant dans les îles, 
que sur le continent , et laissant M. Poujoulat dans le 
Liban , il visita la Basse-Egypte , d'où il reprit la mer, 
pour revenir en France. Un autre Français , M. Ed. de 
Cadalvène, a, pendant ces trois dernières années, voyagé 
dans l'Orient; mais , plus heureux que M. Stama^y, il a 
pu du moins revoir sa patrie. M. de Cadalvène a parcouru 
la Grèce, remonté le Nil jusqu'à la cinquième cataracte, 
et traversé T Asie-Mineure et la Syrie. Parmi les objets 
qu'il a rapportés , vous apprendrez , messieurs , sans 
doute avec plaisir, que ce voyageur archéologue compte 
près de cent cinquante médailles en or de la plus grande 
importance. — Vous avez encore reçu de M. Barbie du 
Bocage aîné la communication d'un Itinéraire circonstan- 
cié de Constantinople à Siwas , recueilli par M. Th. de 
LetsepS) et de M. Ch. Ed. Guys, consul en Syrie, plusieurs 
détails intéressans sur les lieux de sa résidence et sur le 
Liban. 

• Relativement à Xlnde, vous avez dû prendre connais* 
sanqe «les travaux de M. Laimrre-Picqutot dans cette 
contrée et surtout des collections considérables #t pré- 
cieuses que de savant vpyageur a recueillies dans les 
courses qu'il y entreprit successivement de 1835*1829. 
De retour dans sa patrie, après quatre années d'absence, 
M» Lamarre-Picquot rapporte- avec lui près de cent 



( 3" ) 
caisses de toute grandeur. Antiquités, culte, histoire 
naturelle, objets d'arts, meubles, ustensiles, ses re- 
cherches ont tout embrassé : ses collections en font foi. 
Dans son savant et lumineux rapport , M. Jomard tous 
signale l'importance des résultats obtenus par M. La- 
marre-Picquot, surtout sous le point de vue de Y origine 
et de la manière a" être des différentes branches et tribus 
de la famille humaine y partie de la science géographique , 
qu'il nomme ethno -géographie. Il démontre à cette occa- 
sion la nécessité, déjà exposée par lui dans un écrit dont 
il vous a fait hommage (i) , de former des divers objets 
qui se rattacheraient ainsi à la connaissance de 1 ethno- 
géographie , une collection qui s'accroîtrait sans doute 
avec le temps , mais dont un grand nombre des pièces 
rapportées par M. Lamarre-Picquot formerait la base* 
M. Jomard et la commission , dont il était l'organe, ont 
en effet pensé que cette collection devait être placée au 
premier rang parmi celles qu'il est désirable de possé- 
der, pour en faire jouir la science , et vous avez vous- 
mêmes donné à cette opinion , en l'approuvant , tout le 
poids de votre autorité. 

M. Victor Jacquemonty dont la mission se rattachait 
spécialement à I'histoire,naturelle , a de son côté franchi 
la grande chaîne de l'Himalaya indien, pour arriver dans 
la haute et grande vallée qu'arrose le Setledgè supérieur, 
vallée parallèle à la direction des montagnes, et qui 
appartient au bassin de l'Indus. Notre compatriote a 
reconnu, à la partie des montagnes qui bordent la vallée 
du côté du Thibet,une élévation plus considérable qu'à 
celle qui fait face à la presqu'île de l'Inde. Se frayant un 
chemin dans des contrées presque inconnues, il est allé 

(i) Considérations, etc. 

22. 



( 3» ) 

à six journées, au-delà du trente-deuxième parallèle, dans 
la chaîne Thibétaine, en remontant le Spiti, affluent du 
Setledgè. 11 s'est également avancé vers la frontière 
occidentale du Haut-Kanaor, et il 1 eût franchi sans doute, 
si les postes chinois ne lui eussent barré le passage. La 
hauteur moyenne des villages du Kanaor est, le long du 
Setledgè , de trois mille mètres au-dessus de la mer, et 
dans le bassin du Spiti de quatre mille. Sur plusieurs 
points de ce bassin , les cultures et les villages s'élèvent 
à cinq mille mètres environ , hauteur équivalant à celle 
du Moût Blanc , dans les Alpes , et prospèrent sous une 
pression qui n'est que les quatre septièmes de celle à 
laquelle nous sommes soumis dans nos plaines. L'air y 
est habituellemen t d une grande sécheresse. À son reto ur, 
MJacquemont repassa l'Himalaya indien par leBouronne- 
Ghanti, un des cols les plus bas de la chaîne, quoiqu'à 
une élévation de cinq mille mètres, et revint à Delhi, pour 
gagner de là le Pendjab. Tout en félicitant ce jeune voya- 
geur des succès que son dévoûment a obtenus, faisons 
des vœux pour le voir bientôt revenir dans sa patrie , et 
enrichir le monde savant des connaissances précieuses 
que de semblables excursions l'ont mis à même de re- 
cueillir. M. Albert-Montémont^yows a communiqué sur 
une partie de l'Inde, autre que celle vue par M. Jacque- 
mont une notice intéressante , bien que déjà un peu 
ancienne. Nous voulons parler de la Description des 
Aborigènes des Neil-gherrys ou montagnes Bleues du 
Coimbetour, province située dans te sud de la péninsule 
indienne, par M. Hough, de Madras, qui parcourait 
cette contrée en 1 8 19. Le même membre vous a égale- 
ment présenté quelques détails nouveaux et curieux sur 
l'île de Ceylan et sur les Kirghiz des grandes steppes de 
l'Asie. Si les voyageurs s'exposent ainsi sur terre à des 



/ 



( 3i3 ) 
milliers de dangers , les marins n'épargnent rien , pas 
même leur vie , pour accroître ou rectifier nos connais* 
san ces. Les expéditions scientifiques les plus périlleuses 
de toutes, entreprises depuis plusieurs années, le prou- 
vent surabondamment, et, sous ce rapport, la marine 
française s'est acquis une véritable gloire. La corvette 
la Favorite a , sous le commandement de M. le capitaine 
Lnplacô) fait son voyage de circumnavigation comme 
rUranie, la Coquille , V Astrolabe et la Thètis. EUe a 
visité les côtes de l'Inde transgangétique , et, ainsi que 
vous l'apprit M. dUrville , d'après M.JEd. Paris 9 officier 
attaché à cette expédition , et précédemment à la sienne, 
il a été fait un plan détaillé de la baie de Touranne. De 
là on a remonté la côte de la Cochincbine au N.-O. et 
une partie de celle de Tonkin. Il résulte de cette navi- 
gation que toute la partie de la carte de Dayot, au N. de 
Touranne , est très fausse, et que le sud est au contraire 
très bon. De retour à Touranne, l'expédition fit voile 
pour les Naturas y dont la partie orientale a été bien 
reconnue par Ross, tandis que la partie occidentale 
était restée inconnue , peut-être à cause des dangers 
auxquels la navigation y est exposée. Quant aux Anam- 
bas , toutes les parties qu'on en avait étaient erronées. Il 
y a beaucoup moins de dangers au surplus dans cet ar- 
chipel que dans les Naturas , et les habitans en paraissent 
beaucoup plus doux. 

Enfin, tandis que les voyageurs et les marins font leurs 
explorations , les géographes, mettant à profit les ob- 
servations des uns et des autres, construisent les cartes 
ou les rectifient. Maîtresse de la plus grande partie de 
l'Inde , la compagnie anglaise est surtout intéressée aux 
travaux de ce genre qui doivent lui faire successivement 
connaître toutes les parties du pays qu'elle possède" 



( 3i4 ) 

aussi est-ce elle qui publie la grande carte de FHindos- 
tan, de Hall, dont la cent trente-huitième feuille vient 
de paraître , comme vous l'annonçait dernièrement 
M. Jomard. Peu de jours auparavant, vous aviez reçu de 
ce savant confrère le nouvel ouvrage publié par M. Cari. 
Ritter de Berlin r sur l'Asie. Cet hommage, accueilli comme 
il devait 1 être , prouve l'estime que possède pour votre 
société l'un des plus profonds géographes de l'Allemagne. 
M. Louis Lamiot, lazariste qui a vécu très long- 
temps en Chinera, pendant son séjour, extrait de la 
Géographie officielle de la dynastie impériale actuel- 
lement régnante, Y analyse descriptive des diverses pro- 
pinces du céleste empire. M. Paravey, possesseur de 
dix-sept de ces analyses , vous en a fait hommage , espé- 
rant de vous une publicité qui devait mettre au grand 
jour des descriptions importantes d'un pays où tout est 
fait pour exciter l'intérêt. Vous avez compris son désir, 
et une partie de ce travail a déjà été publiée dans votre 
Bulletin. Outre cela, M. Paravey vous a encore remis un 
autre travail de M. Louis Lamiot sur la contrée désignée 
par les Chinois sous le nom de Sy-Yu. Ce second travail 
a également paru. 

- Une question que vous avez jugée digne d'intérêt y 
puisque vous en avez fait le sujet d'un prix , c'est 
Y origine des nègres asiatiques, question immense et pour 
la solution de laquelle , ainsi que le pense M. le rap- 
porteur de la commission chargée de l'examen des mé- 
moires envoyés au concours , les matériaux recueillis 
par la science ne sont point encore assez nombreux. 
Toutefois vous avez cru , avec le rapporteur, M. Dumont- 
d'Urville , devoir reconnaître les recherches auxquelles 
s'est livré M. le docteur Rajinesque, professeur à Phila- 
delphie % auteur du seul mémoire qui vous ait été envoyé % 



(3i5) 

en lui décernant, à titre d'encouragement, une mé- 
daille d'or. 

L'Afrique attire à présent nos regards. Jaloux d'y 
hâter, autant qu'il dépend de vous, les progrès des 
connaissances géographiques , vous l'avez traitée dans 
vos programmes avec une sorte de prédilection. M. fo- 
mard vous a , messieurs , communiqué une lettre extrê- 
mement intéressante d'un voyageur français , M. Linant y 
qui a parcouru , pendant quatorze années , les contrées 
voisines du Nil. Dans cette lettre , M. Linant annonce le 
projet d'exécuter un grand voyage dans la partie supé- 
rieure de la vallée du Nil jusqu'aux régions centrales de 
V Afrique. Le plan que trace de ce voyage M. Linant 
à fixé votre attention d'une manière toute spéciale, 
et vous avez en conséquence chargé deux de vos 
membres , MM. Jomard et Eyriès , de prendre toutes les 
informations convenables. Vos commissaires se sont 
associés M. le baron Walckenaer. Vous avez appris avec 
satisfaction que ce comité a examiné le projet de M? Li- 
nant , et s'est ensuite occupé de rédiger à son tour un 
projet. Présenté au roi , ce projet a été accueilli par sa 
majesté , qui a daigné promettre son appui pour le suc- 
cès du voyage. 

On a quelquefois mis en doute X aptitude des Orientaux 
pour les études scientifiques. Cependant vous avez pu ju- 
ger combien cette aptitude est grande, du moins chez 
quelques-uns d'entre eux; vous l'avez vous-mêmes re- 
connue dans plusieurs de ces jeunes gens venus d'Egypte 
à Paris pour y acquérir de l'instruction. Provoqué sur 
cette question par un de nos savans confrères, dont le 
nom se lie désormais d'une manière indestructible à 
tous les travaux entrepris sur l'Afrique , M. le docteur 
Clôt, directeur de l'hôpital d'Abouzabel et de l'école de 



( 3i6 ) 
Médecine, établissemens situés à cinq lieues du Caire, 
trouve une grande aptitude, pour l'étude des sciences, 
dans les Arabes , mais beaucoup moins dans les Turcs 
et les Mamelucks. Pour lui , il n'est presque entouré que 
d'Arabes ; et , au collège de Casr-el-Aïn , les Arabes seuls 
ont réussi dans 1 étude des mathématiques ; il en est de 
même pour le génie et l'architecture. Dans les fabriques, 
on ne voit que des Arabes ; dans l'armée et la marine , 
les meilleurs officiers sont de cette nation. Et cependant, 
il est à remarquer que les musulmans de la Turquie 
d'Europe 4 sont très in telligens, tandis que ceux de l'Ana- 
tolie sont les plus ignorans de tous, après toutefois les 
Mamelucks de la Circassie et de la Géorgie! Puissam- 
ment aidée par la population arabe, qui ne laisse pas d'y 
être nombreuse , la civilisation de l'Egypte doit donc 
marcher d'un pas rapide. Chaque branche de connais- 
sances y a pour ainsi dire ses adeptes. Vous-mêmes, mes- 
sieurs , navez-vous pas pu en juger par les travaux qui 
von* ont été soumis. Pour ce qui concerne la géogra- 
phie, M. Jomard vous a présenté trois feuilles de la 
carte de l'océan Atlantique et la carte du Grand-Océan y 
sur lesquelles. M. Hassan- Efendi , officier de la marine 
égyptienne, a tracé ses routes, en même temps qu'il a 
tenu son journal ; c'était chose nouvelle ; et le Dejterdar- 
Bey, gendre du vice -roi, est lui-même l'auteur d'une 
carte du Kordofan y la seule que Ton ait de cette contrée! 
Il Ta tracée lors de l'expédition d'Ismaïl-Pacha, fils du 
vice-roi dans la Haute-Nubie. 

La conquête d'Alger impose aux vainqueurs de gran- . 
des , d'immenses obligations ; c'est pour eux une né- 
cessité de rendre ce pays à la civilisation. „ Beaucoup 
d'ouvrages ont été publiés sur ce sujet; beaucoup de 
vues ont été exposées, mais nul moyen ne peut réussir, 



( 3«7 ) 
ce semble, sans colonisation. En formant les populations 
à d'autres mœurs, à des habitudes sédentaires, on change 
leurs dispositions hostiles en dispositions bienveillantes 
et amicales, car la puissance de l'exemple est prodigieuse. 
Vous lavez parfaitement senti , lorsque vous fîtes accueil 
aux statuts et réglemens de la Société coloniale de Vétat 
d? Alger. Cette société a des vues élevées., elle s est im- 
posée une grande tâche, et si elle vous a demandé votre 
concours, vous ne devez pas hésiter à répondre à ses 
désirs. Il serait à souhaiter que l'on recueillit l'idiome de 
chacune des populations avec lesquelles on entre en 
relation , les communications n'en seraient ensuite que 
plus faciles et plus sûres. C'est dans cette vue que tra- 
vaille M. Muller, secrétaire -interprète attaché à l'expé- 
dition, qui s'occupe, ainsi que vous Ta appris M. Jomard, 
d'un vocabulaire de V idiome des Beni-Mozab. A ces tra- 
vaux, il faut en joindre d'autres auxquels se livrent ac- 
tivement MM. les officiers d'état- major; c'est le lever 
du pays dans les parties où l'on peut arriver sans trop 
de dangers. Notre marine partage cette activité. Vous 
savez en effet par M. d'Urville que M. Berard, lieutenant 
de vaisseau, a fait diverses expériences de température 
sous -marines d'un grand intérêt. Déjà les mémoires de 
M. d'Urville vous ont appris tout l'intérêt qui s'attache 
à des expériences de cette nature, non -seulement pour 
la physique, mais encore pour la géographie elle-même. 
Les expériences de M. Berard ont eu lieu entre les cotes 
de l'Espagne et celles de l'état d'Alger. Il en résulte que, 
dans presque toute la partie occidentale de la Méditer- 
ranée, la température des eaux, au-delà de deux cents 
brasses de profondeur, reste uniformément fixée à i3° 
centigrades du thermomètre , du moins jusqu'à la pro- 
fondeur de douze cents brasses, ou six cents pieds, H- 



( 3i8 ) 
mite des efforts tentés par M. Berard. Les faits recueillis 
par M. Berard viennent à l'appui de l'opinion de M. d'Ur- 
ville sur la cause du refroidissement des couches sous- 
marines, dans toutes les mers libres, que ce savant explo- 
rateur attribue au transport continuel des eaux polaires, 
vers l'équateur, dans les couches inférieures de l'Océan. 
Les dimensions rétrécies du détroit de Gibraltar, ne 
donnant accès qu'à une très petite quantité de ces eaux,, 
il s'ensuit naturellement que les couches inférieures de 
la Méditerranée ne peuvent jamais atteindre la basse tem- 
pérature qui paraît exister dans toute l'étendue de l'Océan, 
au-delà de trois ou quatre cents brasses. M. Berard se 
propose de poursuivre ces importantes expériences. 

Vous avez reçu avec un vif intérêt la communication 
d'une Notice géographique sur F empire de Maroc , rédi- 
gée par M. Washington , et publiée par la Société géo- 
graphique de Londres. Vous la devez au traducteur,. 
M. Albert - Montémont , qui, par son zèle actif à vous, 
tenir au courant des publications étrangères > seconde 
puissamment vos efforts. Cette notice semble, au premier 
abord, répondre à toutes les questions que l'on peut 
faire sur le pays, et cependant un autre de nos confrères,. 
M. d'Avezac , a rédigé avec un soin tout particulier une^ 
série X instructions qui, remises à AL Carr, auront sans 
doute une prompte et heureuse solution. On ne saurait 
trop insister, avec M. d'Avezac, sur l'importance qu'of- 
frent les itinéraires , et surtout sur la nécessité de s'en 
procurer le plus possible. Notre confrère semble être en 
Afrique sur son domaine. Outre ce travail, vous lui 
êtes en effet redevables de plusieurs communications 
importantes sur cette contrée. Vous connaissez, comme 
étant de lui, un mémoire intitulé : Examen et rectifica- 
tion des observations astronomiques déterminées en Afrique^ 



(3i 9 ) • 
par MungO'Parckj mémoire qui fait partie d'un grand 
travail sur la géographie critique de l'Afrique; un autre 
ayant pour titre : Examen critique du voyage des frères 
Lander sur le Niger, et de ses résultats géographiques ; 
et un autre sur le voyage de M. Mollien dans la Sénégam- 
bie. De plus, M. d'Avezac tous a offert sa traduction de 
la Relation du voyage fait à Mely et à Ten-Boktoue, dans 
V intérieur de V Afrique y pendant les années i35a et i353, 
par Mohammed-Ebn-Bathoutah\ et enfin plusieurs Notes 
sur les établissemens anglais de la Gambie; sur la troi- 
sième expédition de Lander, et des Instructions sur l'A- 
frique méridionale. Ces communications ont été accueil- 
lies avec le plus constant intérêt. Toutefois, avant son 
examen critique du voyage des frères Lander, vous aviez 
déjà connaissance des judicieuses Remarques de M. Jo- 
mard sur les découvertes de ces deux voyageurs, et les 
conséquences probables qui doivent en résulter, et de la 
partie du savant rapport de M. Eyries (sur la découverte 
géographique la plus importante faite en i83o), qui ren- 
ferme l'analyse succincte de ce voyage si intéressant à 
tant de titres. Dans ses remarques, M. Jomard s'est plu- 
tôt attaché aux considérations générales qui tiennent à 
l'ensemble de la question, qu'à ses détails; M. d'Avezac 
a, au contraire' appuyé sur les détails; et, tout en ren- 
dant justice au rédacteur de la carte du voyage de M. Bê- 
cher, il ne laisse cependant pas d'y relever, en habile cri- 
tique, des incohérences que les travaux exécutés par la 
marine anglaise elle-même eussent dû faire éviter. Sans 
entrer dans aucun détail, nous nous contenterons ici de 
faire ressortir l'importance de la solution que donne ce 
voyage du problème qui occupait depuis si long-temps 
les géographes. Les deux rives du Dioliba ou Kouârâ 
sont aujourd'hui connues depuis Yaouri, ville située un 



( 3ao ) 

peu au-delà du u* parallèle nord, jusqu'au golfe de 
Bénin , où il forme un delta dont on doit espérer que 
les divers bras seront bientôt connus. Le Rio Nun eu 
est la bouche principale. Depuis Boussa, lieu où périt 
l'infortuné Mungo-Parck, le fleuve reçoit, à droite et à 
gauche, plusieurs affluens; mais les plus considérables 
tombent sur sa rive gauche : ce sont la Gouba, la Kon- 
donia et la Tchadda ou Schary. 

Les succès des frères Lander ont produit leur fruit. 
Une expédition nouvelle, dont Richard Lander est le 
guide, est partie de Liverpool pour l'Afrique. Elle se 
compose du brick Columbine et de deux bâti mens à 
vapeur, spécialement construits dans cette vue, le Koudrâ 
et V El-BarkaJ\j£ but immédiat de cette eipédition est de 
remonter le Niger ou Kouârà, d'établir un commerce 
d'échange avec les naturels, et d'étendre les connaissances 
géographiques dans ces contrées. C'est ainsi que nos voi- 
sins savent mettre à profit une science à laquelle on n'est 
pas encore toujours disposé à rendre en France la jus- 
tice qu'elle mérite! L'expédition est pourvue d'officiers 
instruits, qui ne laisseront échapper aucune occasion de 
servir les intérêts de la science, et elle emporte de nom- 
breux exemplaires d'une sorte de manifeste adressé aux 
chefs et princes des contrées africaines, pour leur expli- 
quer le but de la visite qu'ils vont recevoir. Antérieu- 
rement au départ de cette expédition , vous aviez appris 
que deux voyageurs anglais , MM. Cotthurst et lyrwhitt^ 
s'étaient embarqués pour le même pays, avec l'espoir de 
pénétrer dans l'intérieur. D'un autre côté, un de leurs 
compatriotes, 'M. Wolf, missionnaire, se dirige vers 
Temboctou, tandis que M. tenant , dont nous vous en- 
tretenions à l'instant, doit, après avoir vu les sources 
du Bahr-el-Abiad, visiter le pays à l'orient du lac Tchad, 



(3« ) 

et revenir en Europe à travers le grand Désert. Espé- 
rons, messieurs, que de tant d'efforts et de dévoûment 
réunis, résulteront quelques connaissances positives, 
propres à dissiper une partie des nuages qui, 'malgré tous 
nos progrès, nous dérobent encore la vue de la plus 
grande portion de l'Afrique centrale. 

Tout-à-fait au sud de l'Afrique, deux frères, MM. Ver- 
reauT. y ont fait quelques excursions lointaines , dont les 
résultats principaux paraissent avoir été une ample mois- 
son d'objets d'histoire naturelle. Un fait d'une plus grande 
importance pour les connaissances géographiques dans 
cette partie de l'Afrique , c'est le concours que vous a 
si généreusement offert , par l'organe de son directeur, 
M. Grandpierre, la Société des missions évangéliques . 
Répondant au désir de M. le directeur de la Société, 
vous lui avez transmis quelques instructions qui auront 
sans doute le résultat que vous en attendez ; vous devez 
le présager, messieurs, d'après la connaissance que vous 
avez acquise des rapports de MM. les missionnaires. En 
mai et juin i83i, M. Roland, l'un de ces généreux apô- 
tres de la mission, s'était avancé jusqu'à la capitale des 
Baharutzi, tribu kaffre , à environ 76 lieues au nord 
de la ville de Lattakou , la plus éloignée vers l'intérieur 
que l'on connût alors. Il était parti de la station fon- 
dée par les ^missionnaires au Ruruman , dans le pays 
des Bédiuanas. En octobre, il y retourna, dans le but 
d'y fonder une mission nouvelle. 

Les deux Amériques offrirent aussi un vaste champ 
à vos travaux. Ici se montre surtoutle nom de M. Warden^ 
à qui vous êtes redevables de nombreuses communica- 
tions. Vous tenez de lui, entre autres objets, les Mé- 
moires sur Sébastien Cabot, publiés à Londres i/t 1 83 1 par 
un citoyen des Etats-Unis. Les voyages de ce navigateur 



( 3aa ) 
sont devenus pour M. Roux de Rochelle , le sujet d une 
dissertation pleine d'intérêt. Le nom de Cabot se rattache 
en effet aux premières découvertes faites en Amérique; 
son histoire , ou plutôt celle de ses navigations , mérite 
donc ajuste titre de vous occuper. C'est le même intérêt 
qui vous a fait recevoir avec reconpaissance de M. le 
baron Walckenaer des détails sur la carie originale de 
Juan de la Cosa , le meilleur des pilotes de Christophe 
Colomb et le véritable guide de l'expédition d'Ojeda. De 
ce premier document géographique, Ton peut tirer une 
connaissance certaine des découvertes de Jean et de Sé- 
bastien Cabot, et de leur étendue. Vous espérez, et avec 
raison , messieurs, que M. Walkenaer complétera les 
détails dont il ne vous a été aussi transmis qu'un aperçu 
fort léger. 

Une médaille d'or fut décernée par vous, Tannée der- 
nière, à M. le capitaine Graah, pour son exploration de 
la côte du Groenland, M. de la Roquette, notre collègue, 
consul à Elseneur, s'est empressé de la lui remettre. 
Depuis, M, ( le chevalier d'Abrahamson vous a annoncé 
que M. Graah était de retour du second voyage qu'il 
avait fait dans les mêmes parages, sans avoir été assez 
heureux pour avancer beaucoup dans le nord, mais 
qu'en revanche, il s'était livré à plusieurs recherches 
importantes. M. d'Abrahamson ajoutait qife, pour don-' 
ner suite aux recherches déjà tentées au Groenland } la 
Société des antiquaires du nord avait alloué une somme 
annuelle destinée à payer les frais des fouilles faites ou 
à faire partout où sont des ruines. Cette résolution pro- , 
duira , avec le temps , des résultats curieux. Vous savez, 
en effet, que c'est dans le Groenland que l'on a trouvé 
un des monumens les plus précieux pour l'histoire des 
découvertes géographiques dans le nord. 



. (3*3) 

A la suite de la dernière expédition de M. le capitaine 
Edw. Parry, au nord de l'Amérique, expédition tout-à- 
fait infructueuse, M. le capitaine Ross partit avec deux 
bâtimens vers les mêmes parages, il y a trois ans environ. 
Depuis lors, aucune nouvelle. Qu'est devenue cette ex* 
pédition ? Aura-t-elle été écrasée par le poids des glaces, 
ou bien est-elle ensevelie dans les abîmes de la mer? L'in- 
quiétude est générale , mais l'espoir reste encore. En ce 
moment, messieurs, une expédition s'arme en Angle- 
terre , par voie de souscription , pour aller à sa recher- 
che. Elle devra pénétrer , à travers les possessions de la 
compagnie d'Hudson, jusqu'à la mer Arctique. 

Les pays au nord de l'Amérique sont parcourus par une 
foule de chasseurs à la poursuite des animaux: à fourrure, 
ceux à l'occident des Etats-Unis le sont également, sur- 
tout au-delà des monts Rocheux. Ces expéditions de 
chasse sont un excellent moyen de couvrir des expédi- 
tions scientifiques, ou de réunir les unes aux autres. 
C'est ainsi qu'on vit en i83o MM. Smith et Jackson re- 
venir de leur voyage dans les monts Rocheux avec une 
grande quantité de fourrures. M. Smith avait été absent 
pendant cinq années, et mettant ce laps de temps à pro- 
fit, il avait exploré tout le pays depuis le golfe de Ca- 
liforniejusqu *à l'embouchure de la Colombia. M. Warden^ 
qui vous a communiqué ce fait, vous a présenté lui* 
même un rapport sur un autre voyage du même genre : 
c'est le récit d'une navigation dans les eaux de la Colom- 
bia , et d'un séjour de six années sur le versant occidental 
des monts Rocheux par M. Ross Cox % La lecture de ce 
rapport, écoutée avec une attention soutenue, a été 
suivie des observations de M. Roux, sur l'importance à 
venir du fleuve Colombia. Déjà un négociant de l'état de 
New -York, M. Astor, y est devenu le fondateur d'un 



( 3 *4 ) 

établissement nommé Astoria, le premier qui ait été 
fondé sur les rives de ce fleuve. Il appartenait à M. Roux 
de Rochelle, naguère notre ministre plénipotentiaire 
aux Etats-Unis, de vous entretenir de cette partie du 
Nouveau -Monde, comme il vous entretint de Yétat de 
New -York, qu'il a parcouru jusqu'au lac Erié, et sur 
lequel vous lui êtes redevables de Mémoires réellement 
dignes de l'accueil que vous leur avez fait. Au sujet des 
voies de communication , soit par la navigation, soit par 
les chemins en fer dont vous a entretenus , d'une ma- 
nière générale M. Warden , vous avez su de M. Latour- 
Allard qu'un canal d'un immense intérêt se construisait à 
la Nouvelle- Orléans, et que, large de 60 pieds, ce canal, 
qui doit jo : ndre le faubourg Sainte Marie au lac Pont- 
chartrain, aura toujours sept à huit pieds d'eau à marée 
basse. C'est encore à M. Warden et à M. Roux que vous 
devez des tableaux curieux de la population américaine 
en 1790, 1800, 1810, 1820 et i83o, par lesquels on 
voit dans quelle énorme progression cette population 
s'accroît; de 3,929,827 en 1790, elle était, en i83o, de. 
12,856,407. L'accroissement pour cent, depuis 1820 
seulement, donnait 32,392. 

Une note curieuse , malgré son peu d'étendue , c'est 
celle que vous a encore communiquée ce même confrère, 
de la part de M. le docteur Dugas, sur la montagne de 
PierreSyTOcheT situé sur le territoire des Indiens Creeks , 
dans l'état de Géorgie. D'environ deux milles de circon- 
férence à sa base, ce rocher a plus de i5oo pieds de 
hauteur. Au sommet, il forme une saillie de 60 à 80 
pieds sur l'un de ses côtés, tandis que sur les autres sa 
pente est graduelle jusqu'aux trois quarts de la hauteur. 
Là, règne au pourtour 'de la montagne, excepté du côté 
formant avant-corps, une espèce de galerie de 5o pieds 



( 325 ) 

de large, et d'un mille de développement. Cette galerie 
est garnie d'un parapet ayant 6 pieds d épaisseur et 12 
pieds de haut. Cependant ces fortifications sont aujour- 
d'hui démolies sur plusieurs points par les curieux visi- 
teurs , qui s'amusent à en jeter les fragment du haut en 
bas de la montagne. Qu'est-ce que ce monument extraor- 
dinaire? A qui attribuer ces fortifications? M. Dugas 
paraît avoir vainement questionné les habitans sur ce 
point. 

M. Jomard vous a transmis, messieurs, d'après M. Co- 
cheletj consul général au Mexique et nommé chargé 
d'affaires à Guatemala, quelques détails géographiques 
sur le pays compris entre Mexico et Guatemala. M. Co- 
chelet parle aussi de M. Nebel, qui, dans ses excursions 
vers le nord de l'état de Yera-Cruz, a découvert au 
milieu des forêts vierges , quelques antiquités qu'il se 
propose de faire connaître , et de M. Waldeck, peintre 
allemand, qui a le projet de se rendre aux ruines de 

» 

Palenqué. MM. Nebel et Rugendas , autre peintre alle- 
mand, ont les mêmes intentions. M. Coéhelet décrit 
particulièrement Peten , l'un des quarante-six districts de 
l'état de Guatemala. Ce district intéressant peut avoir 
dix* lieues de long sur deux de large: il compte 11,21 4 
habitans , en comprenant dans ce nombre quinze cents 
Anglais environ et leurs ouvriers, qui se livrent à l'exploi- 
tation du bois d'acajou, si abondant dans ce pays. Ils lui 
font descendre la rivière Batize. Tout le Yucatan fixe 
également l'attention de M. Cochelet, qui donne en 
outre l'itinéraire de Flores , capitale du Peten , à Guate- 
mala, espace de deux cent vingt-huit lieues. Dans une 
autre lettre , qui vous fut aussi communiquée par 
M. Jomard, M. Corroy fils vous apprend qu'il est resté 
trois mois à Palenqué, dans l'état de Chiapas, M. Juan 

23 



( 3*6) 
(ïatmdo nous a.adre9sé un document curieux et d'autant 
plus précieux , qu'il est daté des environs même de 
Palenqué. L'intérêt de cette description nous a en- 
gagé à lui donner une prompte publicité. Palenqué est 
une ville de 4>°°<> âmes : elle doit toute sa renommée à 
Tétendue et à la bfeattlé de ses ruines. M; Gorroy vous 
eotretient de la manière la plus intéressante de tout ce 
qui s'y rapporte. Le palais , fort ou temple > car il y a 
encore incertitude sur la destination du monument, est 
teNement vaste avec tous les bâtimens qui le composent, 
qu'on pourrait y loger dix mille hommes. Ses souter- 
rains; sa grande tour, dont la majeure partie est écrou- 
lée; ses figures colossales de douze à quinze pieds de 
haut, sculptées en pierre, tout cela pique vivement la 
curiosité. Le climat de Palenqué est très sain , et nulle 
part, dans ses ruines* ne se trouve > comme on la dit , Un 
animal féroce ou seulement même dangereux. Ces détails 
intéressans sont le prélude, sans do u te ^ de ceux que vous 
promet la connaissance de votre programme, portée, 
comme vous l'annoncent les lettres de MM. Gochelet et 
Gorroy, dans le pays ♦ ou il a excité lé zèle de plusieurs 
voyageurs prêts à se rendre sur les Kettx. 

La partie de votre programme relative à la Guyanne 
n'a pas excité moins vivement l'attention des voyageurs. 
M. Jubelin, gouverneur de la Guyanne Française et 
membre de la société;, vous annonce en effet , dans une 
lettre adressée à M.Jomdrd, le départ de deux voya- 
geurs , MM. Lepriéuret Adam de Bauve, pour l'intérieur 
du pays. M. de Bauvè a même sollicité vos instructions, 
messieurs , dans le même moment qu'il vous adressait 
divers documens sur les provinces du Para, sur celle de 
Guyanne , de Mato-Grosso , sur un voyage dans l'inté- 
rieur de la Guyanne Française , et enfin une carte de la 



( 3*7 ) 

province de Maranao, dressée en 1824, et que vous 
avefc vivement accueillie. 

Cette année est rentrée, après une absenqe de plusieurs 
années , dans le port de Toulon la corvette V Emulation^ 
placée sous le commandement de M. Barrai, lieutenant 
de vaisseau, et employé à continuer \es travaux hydrogra- , 
phiques commencés par M. le vice-amiral Roussin sur la 
cote du Brésil. M. Barrai s'est acquitté de sa tâche avec le 
plus grand succès. Les côtes du Rio Grande , de San 
Pedro, étaient inconnues aux navigateurs. On les croyait 
inabordables. V Emulation a pu en approcher à trois et 
quatre milles, et n'a rencontré qu'un seul banc,X[ui ne 
s'étendait qu'à sept et huit lieues de terre. Ces côtes ont 
été relevées avec la plus grande exactitude. Il en est de 
même de l'île Sainte-Catherine et du rio de la Plata. Ces 
travaux, dont bientôt le public sera appelé à jouir, 
doivent acquérir à vos yeux une importance d'autant 
plus grande, que peu de chose reste à faire pour les lier 
à la belle exploration de la partie sud de l'Amérique 
méridionale , dont aujourd'hui, grâces aux soins et à 
l'habileté de M. le capitaine anglais King, commandant 
du brick le Beagle, précédemment employé à des tra- 
vaux du même genre sur les côtes de la Nouvel le-Hol* 
lande , jious connaissons exactement la configuration. 
Cette exploration de M. King a duré quatre années, de 
1826 à i83o» Elle peut être comparée, "vous a dit M. Ey- 
riès, à celle de la côte nord -ouest du continent améri- 
cain , qud fit t,ant d'honneur à M. Vancouver. 

M. de Rienzi, à qui vous êtes redevables d'une gram- 
maire et d'un vocabulaire de la langue l&zt( .siamoise), 
imprimé à Calcutta en un vol. in-4% vous a lu, lors de 
son passage à Paris, un aperçu sur la cinquième partie 
du monde. Dans cet aperçu, semé de vues ingénieuses, 

23. 



( 3a8 ) 

I 

l'auteur propose non- seulement une classification nou- 
velle des terres , mais l'application de noms encore inu- 
sités. Vous tous êtes , messieurs , félicités avec d'autant 
plus de raison de cette communication de M. de Rienzi 
quelle a été suivie dune autre, non moins intéressante, 
de M. d'Urville , sur le même sujet. Ocêanie est le nom 
que M. d'Urville adopte pour cette partie de monde, dont 
il trace les limites. Tout en considérant la race noire 
comme étant celle des véritables indigènes , de ceux du 
moins qui ont les premiers occupé les terres océaniques, 
M. d'Urville reconnaît dans leurs habitans deux races 
distinctes; quant aux divisions des terres, il en propose 
quatre , qu'il nomme principales ou fondamentales , et 
qui sont fondées non-seulement sur la différence exis- 
tant entre les traits caractéristiques extérieurs de chaque 
partie de la population , mais encore sur celle qui pro- 
vient du langage et dé la religion. Cette classification 
nous paraît satisfaire aux besoins de la science. 

Une lettre écrite à bord de la frégate anglaise la Thétis, 
par M. Sayer, et dont vous devez la communication à 
M. Warden^ vous donne plusieurs détails importans sur 
les îles Easter et ses habitans, Pitcairn et Nookahevah, 
et sur OtahitL Dans cette dernière , les missionnaires 
sont parvenus à détruire les anciens usages des habitans, 
et à élever des églises et des temples qui sont très fré- 
quentés. Aujourd'hui, presque tous les enfens et les gens 
du peuple savent lire et écrire ! Quel est , nous le deman- 
dons, le pays d'Europe dont on puisse dire la même 
chose?... Après avoir visité plusieurs autres îles du même 
groupe, où la religion a également fait des progrès éton- 
nans, la Thetis s'est dirigée vers Tonga tabou, lune des 
îles des Amis, dont les habitans, empressés à accueillir 
l'équipage, ont, par leur affabilité et leur humanité, jus- 



( 3*9 ) 
tifié le nom d'amis qui leur a été donné. — M. Daussjr 
vous a remis l'extrait d'un rapport fort curieux de 
M. le capitaine Ireland, commandant le brick anglais 
VAdhemar. Cet extrait vous fait connaître dans l'archi- 
pel des îles Pomotou ou Dangereux, une île nouvelle ^ 
située non loin de celle de Carlshoff , et donne plusieurs 
rectifications importantes quanta la position des îles Carl- 
shoff et Greigh, et à la délinéation de la côte occidentale 
de Vile Wïttgenstein. L'île nouvellement vue n'est portée 
sur aucune carte; et cependant, d'après ce que le capi- 
taine a appris à Otahiti,elle est fréquentée par les Indiens 
qui y font la pêche de la nacre, et la nomment Zaraka. 
D'autres îles encore ont été vues pour la première 
fois par M. le capitaine Morell, de la goélette américaine 
/' Antarctique , destinée primitivement au commerce des 
fourrures. Cette goélette , partie de New- York et faisant 
voile vers la mer du Sud, vint toucher les îles du Cap- 
Vert, et de là se rendit à la Nouvelle-Zélande, puis à 
Manille. Dans cette traversée de la Nouvelle-Zélande à 
Manille . M. Morell signale plusieurs îles isolées et en 
groupes; il les nomme groupe de IVesterfieldy groupe 
de Barght et île Livingston; cette dernière inhabitée. Il 
est à regretter que la note qui vous a été remise ne pré* 
cise point leur position. De Manille, le bâtiment vint aux 
îles Fidji, voyage pendant lequel fut découverte une 
autre île que l'on appela lie du Massacre. Les habitans y 
massacrèrent en effet une partie de l'équipage qui était 
descendue à terre sans prendre toutes les précautions 
indispensables en pareille circonstance. Malgré tous ses 
efforts pour apaiser cette population fière de son suc- 
cès, le capitaine fut obligé de lever l'ancre sans pouvoir 
même y faire le chargement de poisson qu'il y était venu 
chercher/Cependant il a emmené avec lui deux sauvages 



( 33o > 

avec lesquels it a l'intention de retourner dans ces îles.. 
Lt note promet la publication du voyage de M. Morellf 
il est à désirer qu'elle ait promptement lieu. 

Au sujet des rochers nommés Mangs , et situés dans 
l'archipel àes Mariannes , rochers dont k position a été 
différemment indiquée par MM. de Freycinet et Bee- 
chey, il vous fut remis une note d'après laquelle, au lieu 
de les placer au S. de l'île de l'Assomption , il faudrait , 
suivant Fauteur même , les indiquer au N. 0. 

La Nouvelle- Hollande , où il reste tant à faire , a été 
aussi l'objet de plusieurs communications intéressantes. 
Ainsi vous avez appris de M. (TUrville qu'un de ses amis, 
M* Cunningham, botaniste distingué qui a résidé dix 
ans à Port-Jackson , avait terminé un Mémoire acconi- 
pagne d'une carte sur les progrès de la géographie dans 
V intérieur de V Australie, travail qui doit bientôt paraître. 
Cette annonce ne pouvait manquer de recevoir de vous 
l'accueil le plus favorable, car elle vous promettait le 
tableau des découvertes faites jusqu'à ce jour dans cette 
immense région et l'exposé des résultats que Ton en 
avait obtenus. Dans le même moment à-pçu-près, 
M. Warden vous présentait un rapport d'un grand in- 
térêt sur Vhistoire des colonies pénales de V Angleterre 
dans ces contrées, par M* Ern* de Blosse ville. M. de Bios - 
seville donne aussi, dans cet ouvrage, un aperçu des 
progrès de la géographie ; mais son but est de s'occuper 
plutôt de ceux qu'ont faits ces colonies, où sont trans- 
portés tous les individus que les tribunaux anglais con- 
damnent à la déportation. Il les suit pour ainsi dire pas 
à pas, depuis le premier moment de leur établissement 
jusqu'à 1 époque actuelle. Les développemens qu'ont pris 
ces colonies sont immenses : l'agriculture et le commerce 
y reçoivent chaque jour une extension plus considérable. 



( Mi ) 
et contribuent activement à (^amélioration des condam- 
nés qui y sont transportés, Cet ouvrage appelle les-niér 
dilations du véritable philosophe. 
• Les découvertes géographiques marchent aussi daps 
la Nauvelle-Hollande , mais d'un pas moins rapide. Vous 
avez reçu cette année la nouvelle de la découverte d'14» 
JleiLve a* mord de Lwerpaalj lequel prend son cpurs au 
KL O. et va se perdre dans le golfe de Van:Dienien. 
M. Albert-Montémont a aussi attiré votre attention sur 
un autre point en vous. donnant une traduction abrégée 
et substantielle de la description, des naturels de la, terre 
du roi Georges , résultat d'observations recueillies de i §27 
à i&ao , et publiées dans le journal de la société de Géo- 
graphie de Londres. 

Je ne veux poiut terminer ce compte-rendu, messieurs» 
sans rappeler votre attention sur la Note de M. Coulier 
relative à Y attraction des vaisseaux en mer, note tra- 
duite de l'anglais de M. Barlow; sur la notice relative à 
la fertilité comparative de l'Ancien et du Nouveau- 
Jffionde, également traduite de l'anglais par M. Albert- 
Mçntemont ; et enfin sur le rapport étendu de M.Jomard 
sur le système de gravure adopté par M. Caplin , graveur 
pour la carte de Vanicoro que M. dUrvilie vous a pré- 
sentée. Organe d'une commission spéciale, M. Jpinard 
considère la gravure de cette carte comme un véritable 
progrès dans l'art d exprimer sur Les caries les former et 
tes aecidens du sol , ainsi que la nature de sa superficie. 
Ce rapport fort développé est important relativement à 
cette partie de (art. 

Tels ont été, messieurs, vos travaux dans le cours de 
cette année ; leur ensemble doit vous paraître satisfaisan t, 
car votre attention s'est successivement portée sur tous 
les points du globe. J'aurais pu vous entretenir égale- 



( 3 3* ) 
ment des publications qui ont eu lieu , mais les limites 
de ce rapport ne me le permettent pas. 

Je regrette bien vivement, messieurs, qu'une plume 
plus exercée que la mienne ne vienne point en ce mo- 
ndent retracer à vos esprits les pertes douloureuses que 
vous avez éprouvées. L'épouvantable fléau auquel la ca- 
pitale vient d'être en proie , réuni à tout ce que les au- 
tres maladies ont déplus cruel, nous ont enlevé des 
hommes précieux, des hommes que leur haute renommée, 
fondée sur un véritable mérite, avait fait nos maîtres et 
nos guides.En vain nos regards cherchent l'illustreCuviER, 
la mort la ravi à notre juste admiration ! Bien surnommé 
l'Aristote des temps modernes, Georges Cuvier posséda 
l'esprit le plus étendu, le génie le plus fécond, l'instruc- 
tion la plus vaste et le jugement le plus sûr qui ait dis- 
tingué aucun érudit moderne. Son nom, désormais ac- 
quis à la postérité, est devenu une des illustrations les 
plus glorieuses de notre patrie. Honneur à ses mânes! 
les portes du Panthéon doivent s'ouvrir devant elles. 
Rece vez,ombre vén érée, recevez nos modestes hommages; 
ils sont l'expression de nos vifs et sincères regrets, et du 
souvenir que nous garderons de votre mémoire!... 

M. Adrien-Hubert Brué n'est plus; qui de vous, mes- 
sieurs, n'en est profondément affligé? Il vous souvient 
encore de cette modestie, compagne habituelle de son 
vrai savoir. Si dans vos réunions il prenait la parole sur 
un fait scientifique, c'était avec un vif intérêt que vous 
l'écoutiez, car vous connaissiez le mérite qui le distin- 
guait. Ses conseils vous éclairaient toujours. Habile à 
mettre en œuvre les matériaux souvent incohérens, 
contradictoires, rapportes par les voyageurs, il a élevé 
un monument, construit un atlas qui porte le cachet 
d'un talent réel. Depuis douze ans surtout, M. Brué, 



•..♦ 



( 333 } 

avait fait preuve en géographie d'une critique rarement 
en défaut. 

Les travaux de M. le colonel Béraud, frappé en même 
temps qu'une épouse chérie par l'affreuse épidémie , 
n'ont pas eu sans doute cette publicité qui doit les re- 
commander à l'attention de tous; mais pour avoir été 
plus intérieurs , ils n'en ont pas été moins importans. 
M. Béraud a pris une part très active aux grandes opé- 
rations relatives à la carte de France dressée par MM. les 
ingénieurs géographes du dépôt général de la guerre. 

Jeune officier d'état -major et donnant de hautes espé- 
rances, M. Stàmaty nous a été enlevé, messieurs, dans 
un âge où il devait compter encore bien des années 
devant lui. La mort i'a atteint dans l'Orient, au mi- 
lieu de ces excursions , dont les résultats précieux pour 
la science ne sont malheureusement presque jamais ac- 
quis sans les plus grands sacrifices. Notre confrère, 
M. l'abbé Sbrvois, grand-vicaire du diocèse de Cambrai, 
fut aussi enlevé à nos espérances et à notre amitié. Vous 
vous rappelez, messieurs, les nombreuses dissertations 
géographiques et les traductions de voyages dont nous 
lui sommes redevables. Lui aussi avait traduit le Code de 
Menou ; il comptait le livrer à la publication quand la 
mort la frappé au sein d'un diocèse où il était chéri de 
tous ceux qui avaient le bonheur de le connaître. M. lé 
docteur Mitchill, de Philadelphie, votre correspondant, 
a aussi payé sou tribut à la nature. Dans une courte 
notice, M. Warden vous a retracé tous ses titres à l'es- 
time et aux regrets de tous les amis de la science. Homme 
public, le docteur Mitchill était en même temps un sa- 
vant recommandable. Ce fut lui qui, en 1804, présenta 
à la chambre des représentans des Etats-Unis, le rapport 
d'après lequel fut décidée et organisée l'expédition de 



( 334 ) 
Lewis et Clarke, qui franchit les monts Rocheux» et des- 
cendit jusqu'au rivage de l'océan Pacifique. Il prit aussi, 
une grande part aux encouragemens accordés au célè- 
bre Robert F ultan , dont les heureux succès influent ai 
prodigieusement aujourd'hui sur la fortune publique de 
l'Union-Américaine. 

Nous comptions parmi nous MM. 4e Martig^ac, 
Ghjlbatjd-Latqux, Edward DovwELiy l'amiral comte de 
Rosily-Mesros , à titre de membres, d amis ou de pro- 
tecteurs de la science ; nous leur devons des regrets d'au- 
tant plus vifs, qu'ils auraient puissamment secondé nos 
efforts et nos travaux. 

Ici, messieurs, je termine nia tâche; j'aurais voulu 1* 
remplir d'une manière plus digne de vous; mais les cir- 
constances au milieu desquelles je me suis trouvé, et 
qui m'ont forcé à un éloignement momentané, en Utë 
laissant peu maître de moi, me serviront, je l'espère, 
d'excuse auprès de vous (i) ; je serai heureux si j'ai pu du 
moins faire ressortir l'importance des travaux de la So- 
ciété , et la nécessité pour elle de jouir d'une protection 
qui lui permette d'étendre ses investigations et de jnul- 
tiplier des recherches qui non-seulement sont d^ns l'in- 
térêt de la science , mais encore dans ceux de la civilisa- 
don et du commerce. 

Nice, le 1 5 novembre i832. 



(i) La ganté de l'auieuç Fa obligé de quitter subitement Paris et 
de chercher momentanément sous le ciel du midi une température 
plus douce. 



( 335 ) 



Mémoire 

Sur une traversée de F océan Atlantique, lu a la Société 
de géographie dans sa séance générale du i 4 décembre 
*832 , par M. Roux de Rochelle. 



Les navigateurs qui partent de New -York, pour tra- 
yerser l'océan Atlantique, aiment à détourner encore 
leurs regards vers cette belle et grande cité , où afflue le 
commerce du monde. New-York se déploie sur la pente 
du rivage, au fond d'une baie dont plusieurs forts do- 
minent et protègent le vaste bassin. Les rivières de Hud- 
son et de Rariton y versent leurs eaux : Tune vient du 
nord) et traverse l'état de New- York; l'autre vient du 
sud ,1 et sépare le New- Jersey et la Pensylvanie; un canal 
maritime s'étend au nord-est de la baie, entre Long* 
Island et les côtes du Massachusetts. Ces trois rayons di- 
vergens tracent autant de routes à la. navigation, et as« 
surent les. communications de la rade avec les diverses 
contrées des Etats-Unis. 

Les difrerens cours d'eau, dirigés vers la baie de New- 
York, y entraînent des dépôts de sable qui ne sont pas 
tous sta ti on n aires; ils exigent que l'on navigue vers ren- 
trée avec quelques précautions, afin de se maintenir dans 
la passe principale. Du reste , on n'a jamais besoin de la 
haute mer pour sortir de la baie ou pour y pénétrer : 
aucune barre n'en rend les approches périlleuses, et Ion 



( 336 ) 

ne cherche à s'aider du mouvement alternatif de la ma- 
rée que comme d'un moyen favorable à la direction du 
navire. 

Nous sortons de la baie , entre les forts Richemont et 
Lafayette qui en défendent l'entrée, et nous dépassons 
ensuite les phares de Sandy-Hook et les terres élevées du 
New-Jersey \ celles de Long-Island sont les dernières 
qui disparaissent, après s'être long-temps dessinées sur 
l'horizon ; et l'on n'est enfin environné que de l'Océan. 

Un large plateau maritime se développe en avant des 
côtes d'où nous sommes partis. Il règne depuis la Flo- 
ride jusqu'aux bancs de Terre-Neuve, et il forme au- 
dessous des eaux un des premiers plans de cette chaîne 
de hauteurs qui dominent enfin le niveau de la mer, et 
deviennent le littoral des Etats-Unis. Ces rivages s'élè- 
vent à leur tour, comme les degrés d'une suite de pla- 
teaux ou de collines qui conduisent au sommet des mon- 
tagnes Blanches et des Àpalaches. Le système des hau- 
teurs sous-marines se trouve ainsi lié à celui des hauteurs 
terrestres, et les ondulations du sol sont les mêmes sur 
la surface que nous découvrons et sur celle que baignent 
les flots de l'Océan. 

Tant que l'on navigue dans ces parages ou le lit des 
mers s'incline insensiblement, des plantes marines flot* 
tent souvent autour du vaisseau, et nous en recueillons 
quelques-unes dont les tiges verdâtres sont renflées par 
intervalles comme celles du fucus nodosus; de petites 
coquilles à deux valves sont adhérentes à leurs extrémi- 
tés ; elles y forment , par leurs groupes et par la variété 
de leurs couleurs, une espèce de floraison. Nous recon- 
naissons, à ses rameaux aplatis et comprimés, \ejucus 
dùticus, et des grappes de mer nous apparaissent les 
jours suivans ; de petits crabes y sont attachés. Ces ra- 



( 33 7 ) 
tneaux et les grains qu'ils portent noircissant quand la 
végétation a cessé ; une légère couche de sel marin se 
dépose à leur surface. 

Les fucacées , à la famille desquelles ces plantes ap- 
partiennent, germent au. fond de la mer ou sur ses hu- 
mides plages. Les vents ou l'agitation des eaux les arra- 
chent de leur lit et les portent à la surface des vagues. 
Leur tige y surnage; elle acquiert son développement 
par l'effet de l'air atmosphérique, de la lumière et de la 
chaleur : elle fructifie ; les flots la poussent ensuite vers 
le rivage , où ses débris vont se consumer. 

Les plateaux ou battures maritimes que nous parcou- 
rions ont leurs bassins et leurs éminences. On évite de 
se jeter vers le nord sur le haut-fond de Natchès, et Ton 
cingle vers le sud-est, pour éviter aussi Je banc de Saint- 
Georges , où le brassiage est beaucoup moins considé- 
rable. Nous suivions d ailleurs cette direction , dans la 
•vue de gagner le Gulf-Stneam , et de profiter de ce cou- 
rant, qui sort du golfe du Mexique, s'engage dans le 
détroit de Bahama, et décrit, en pénétrant dans l'At- 
lantique, une courbe qui se prolonge et se dirige vers 
les cotes de l'ancien Monde. 

Dans la ligne maritime que parcourt le Gulf-Stream, 
la mer a beaucoup plus de profondeur que dans les pa- 
rages plus rapprochés du littoral. Ce courant suit un 
lit particulier, qui fut insensiblement creusé par l'action 
continue et uniforme de ses eaux $ et comme il a un 
cours régulier, il doit s'expliquer par une cause qui soit 
elle-même invariable : on la trouve dans le mouvement 
de rotation diurne de notre globe , et dans la chaleur 
solaire qui agit successivement sur tous les points de sa 
circonférence entre les tropiques. Cette chaleur y pro- 
longe d'orient en occident la raréfaction de l'air et la 



( 338 ) 

circulation des vents alises; elle occasionne aussi dans la 
mer une évaporatàon locale, progressive* continue, dont 
la direction est la même, et il en résulte un courant ma- 
ritime qui se porte constamment vers les passes du golfe 
du Mexique. L'eau engagée dans cette mer. intérieure y 
conserve l'impression qu'elle avait reçue; mais elle est 
forcée par la forme des rivages à prendre une direction 
'dem-tcirculaire. Elle s'échappe ensuite du golfe par le 
détroit de la Floride ; et cette suite de mouvemens qui 
l'emporte vers te nord-est n'est que la continuité de 
celui qui l'avait primitivement entraînée vers les côtes 
d'Amérique. Dans quelque bassin que l'eau soit agitée , 
elle éprouve^ lorsqu'elle en frappe les bords, ces effets 
de réaction ; souvent c'est un simple remous , un tour- 
noiement qui suit la courbe du rivage : . ici c'est us 
fleuve immense qui garde son mouvement au milieu des 
mers , se fait jour à travers les autres vagues, et n'amortit 
sa force qu'après avoir long-temps sillonné l'Océan. On 
en reconnaît quelquefois les lirai<?es à un contre-courant 
formé sur ses bords , au cktpotage de Teau, à la rencontre 
de quelques varechs , surtout de celui que les naviga- 
teurs nomment roseau du golfe, et qu'on trouve plus 
fréquemment sur sa lisière qu'au milieu de son lit. Les 
*iaux dnGurf-Strcam parcourent plus de cinq milles par 
'heure dans le détroit de Bahama ; elles ont déjà perdu la 
<moitié de cette vitesse vers le 4** parallèle. 

La direction première du courant équînoxial, et la 
courbe qu'il suit en sens contraire quand il sort du golfe 
du Mexique, ont été constatées l'une et l'autre par 
quelques expériences dont nous nous bornerons à citer 
deux exemples. Une bouteille fut jetée en mer dans les 
parages de Guinée le 28 mars 1820 ; le courant la porta 
vers l'ouest , et la fit attérir dix mois après sur les cotes 



(33g) 

de la Martinique* Un flotteur semblable avait été jeté, 
le 10 juin 18 19, dans le Ht du Gulf Stream, vers la lati- 
tude du 3g" degré; il fut entraîné d'occident en orient* 
et parvint , après un an de trajet , sur ie rivage d'une des 
fies Acôrefc. 

Ce grand fleuve maritime se distingue à l'élévation dé 
sa température; et ce caractère est la conséquence né- 
cessaire des causes qui lui ont imprimé son mouvement 
et sa direction. Formé dans la zone torride , il doit con- 
server, après l'avoir quittée , une partie de la chaleur de 
ses eaux. Franklin en avait fait la remarque, dans ses tra- 
versées d'Amérique en Europe ; et les expériences qu'il 
renouvela «n 1 j85 pour évaluer cette proportion furent 
*<épétées quatre ans après par Jonathan Williams. Des 
observations semblables furent faites en i8at, à bord de 
ta frégate la Junon et de la gabarre le Chameau; elles 
Constatèrent ie même faitç et nous-mêmes nous avons 
reconnu , à la Jin du mois d'avril, que cette température 
s etevait à 1-8 degrés de Réa-umûr, lorsque celle des mers 
environnantes n'était que de 14 degrés, et lorsque celle 
des bancs de iTerre-Neuve n'en avait que 7 à 8. 

Les navigateurs ont remarqué que , vers les parages 
du Guif-Stréani) mais plus fréquemment sur sa lisière 
que dans le courant même , la mer était pins orageuse^ 
'eHe te devint en effet davantage, et nous eûmes un très 
gros temps le a5 avril et tes jours suivans. Dans la nuit 
du 25, le vent augmentait; il chassait devant lui avec 
violence les nuages qui occupaient une moitié du ciel; 
et nous aperçûmes, à dix heures du soir, à la clarté de 
la lune qui étaSt dans son plein , une trombe formée verfe 
le nord. On voyait, sur un fend d'azur, la colonne d'eau 
s élever directement vers le ciel comme un long et rooir 
tourbillon. Un sombre nuage s'étendait, se développait 



( 34o ) 

sur la tête de ce météore, qui paraissait le soutenir. Les 
vents le poussaient vers le sud-est, et cette épaisse va* 
peur se résolut en pluie abondante. Pendant la durée de 
cet orage, plusieurs éclairs sortirent des flancs de la nue 
et de toute cette partie du ciel. Une seconde trombe s'é- 
leva dans la même direction, un quart d'heure après que 
la première se fut dissipée : elle offrait des accidens 
semblables. 

Ces phénomènes supposent la rencontre et le froisse- 
ment de deux vents opposés, qui, en rasant la mer, en 
soulèvent tumultueusement les flots. L'eau qui vient à 
tourbillonner entre ces courans aériens prend, en s'éle- 
vant, la forme d'une colonne que l'action continue des 
vents exhausse et prolonge encore, jusqu'au point où, 
arrivée dans la région des nuages , elle se vaporise un 
instant, devient bientôt plus condensée par l'addition 
des nouvelles eaux que la trombe a soulevées, et, cédant 
enfin à son propre poids , rend à la mer, sous la forme 
d'une pluie qui tombe à torrens , le tribut qu elle en avait 
reçu. 

Quelles que soient les causes locales qui aient ébranlé 
un point de l'atmosphère, en y exaltant tout à-coup la 
température de l'air, et en y produisant une évapora- 
tion , si instantanée que l'équilibre en est subitement 
rompu , il nous suffît de reconnaître la réalité de ce 
fait, pour concevoir l'impétuosité des courans atmo- 
sphériques qui viennent de toutes parts se précipiter 
dans cet espace. 

Les mêmes remarques pourraient s'appliquer aux trom- 
bes de terre, aux ouragans qui ravagent fréquemment 
diverses contrées d'Améiique, et dont nous avons re- 
connu les dévastations à travers les forêts voisines du 
lac Erié. On ressent dans les pays que vont atteindre ces 



( 34 1 > 
fléaux une élévation extrême de la température; elle fa- 
tigue tous les organes de la vie : l'air n'est plus respira- 
ble; il est subitement décomposé , raréfié, par l'expan- 
sion de ces vapeurs brûlantes, de ces gaz inflammables 
qui s'exhalent des lieux marécageux et des eaux crou- 
pissantes, où les arbres tombent et se décomposent, 
et où le sol n'a point encore été assaini par le travail 
des hommes. 

Franklin , qui portait le coup-d'œil du génie sur toutes 
les questions physiques qu'il a traitées, avait déjà remar- 
qué que ce n'était point par un vent d'impulsion , mais 
par un vent d'aspiration, qu'étaient produits ces grands 
ébranlemens atmosphériques dont les ouragans offrent 
l'exemple : il avait reconnu que la violence de ceux qui 
se dirigeaient du nord -est au sud-ouest, en longeant la 
chaîne des Apalaches et des côtes orientales d'Amérique, 
éclatait d'abord à l'extrémité sud-ouest. L'air n'obéissait 
pas à une force impulsive qui le pressât et le chassât de- 
vant elle; mais entraîné vers un point sans résistance, il 
s'y jetait, comme un torrent qui rompt sa digue. Les 
bourrasques occasionées par ce vent d'aspiration ont dans 
leur foyer même une force irrésistible ; d'autres colonnes 
d'air suivent les premières, et cet entraînement peut se 
communiquer à de longues distances par un mouvement 
successif. 

Mous arrivâmes, le 3o avril, aux bancs de Terre» 
Neuve, dont le côté méridional se partage en deux bras, 
séparés par une baie où la mer a gardé sa profondeur. 
Ils occupent cinq degrés de longitude dans leur plus 
grande largeur, et ils forment la limite septentrionale 
du Gulf-Stream , qui , après les avoir atteints, se détourne 
vers l'orient. 

Le banc de Terre-Neuve ne s'élève nulle part au~des» 

24 



( 34* ) 

sus de la surface des eaux; il est formé par un vaste 
groupe de hauteurs et de plateaux sous-marins , dont les 
différeras plans sont abaissés de trente à cinquante bras- 
ses au-dessous du niveau de l'Océan. Le brouillard que 
nous y rencontrâmes y règne habituellement, surtout 
par les vents d est. Nous lavions déjà remarqué l'année 
précédente, à l'époque même du solstice d'été. Une va- 
peur semblable couvrait les parages du banc du Hâve et 
de celui de Saint-Georges ; et nous fumes portés à re- 
garder comme une règle générale , ou du moins comme 
une remarque applicable aux latitudes où nous nous 
trouvions , que la présence des brouillards au-dessus des 
hauts-fonds de la mer y est la conséquence et la preuve 
de rabaissement de la température. 

Jonathan Williams, k déjà cité dans ce Mémoire, fut 
conduit, par une longue série d'observations, à recon- 
naître que l'eau de la mer est beaucoup plus froide sur 
les bancs que dans les parages plus profonds ; it remar- 
qua que ce froid était plus sensible quand les bancs ne 
tenaient pas immédiatement à la terre, et qu'il Tétait 
encore davantage lorsque ces hauts- fonds occupaient un 
plus grand espace. 

Après avoir traversé les bancs de Terre-Neuve, nous 
entrons dans les parages où l'on est le plus exposé à 
rencontrer des glaces. L'approche en est annoncée par 
le refroidissement de l'air et de Veau ; mais cette règle 
n'est pas constante dans ses proportions; et la direction 
du vent a une influence marquée sur la température at- 
mosphérique, qu'il rend plus ou moins froide, selon 
qu*il vient du nord ou du sud. La température de l'eau 
est moins soumise à l'action du vent, et les glaces la mo- 
difient d'une manière plus absolue ; elles refroidissent 
toujours l'eau qui les environne. Ce froid dure long- 



l 



( 343 ) 

temps, et il se communique à de longues distances. L'iro» 
teti&it» qu'il avait alors fit présumer au capitaine Peel , 
commandant du paquebot le Sully*, et honorablement 
connu dans la marine américaine, que nous étions très 
près des glaces. Le voisinage en *st d'autant plus re- 
doutable, qu'elles voyagent sur les mers comme d'im* 
menses rochers, comme des montagnes flottantes, dé' 
tachées des régions polaires. Aucun navire ne résisterait 
à leur choc. On n'assure sa marche qu'en les évitant} 
et comme les deux tiers de leur volume restent pion* 
gés dans la mer, on ne peut les apercevoir qu'à une 
faible distance , lorsqu'elles n'ont pas de très grandes 
proportions. 

Vers la fin du mois d'avril, le capitaine américain 
Skiddi avait rencontré dans les mêmes parages des glaces 
de trois cents pieds de longueur sur cent pieds de hau- 
teur. Il avait remarqué que, à un mille de distance, la 
température de l'eau était tombée de 47 degrés de Fah- 
renheit jusqu'à 34, et que, à un demi-mille, elle n'était 
plus que de 3i degrés. 

À l'orient de ces parages, vous jouissez d'une libre 
navigation ; et si les vents d'ouest cessent de vous ren- 
voyer les brouillards du banc de Terre-Neuve , un océan 
sans limites vous apparaît dans toute sa magnificence : 
la vie y est répandue comme elle l'est sur la terre, et vous 
êtes environné de peuplades sans nombre. Nous ne pour- 
rions pas entrer ici dans les détails d'un tableau si riche 
et si divers , mais nous allons du moins chercher à en 
esquisser quelques traits. 

Si nous étendons nos regards sur cette immense cir- 
culation qui s'établit dans toutes les régions maritimes 
entre leurs différentes espèces dtxabitans, nous remar- 
quons que leurs croisières , leurs émigrations, semblent 

2 4- 



( 344) 

avoir néanmoins certaines limites. La distinction des es- 
pèces attachées à différentes parties du globe se retrouve 
dans les mers comme sur le continent, quoique les dé- 
marcations y soient plus indécises ; et la distribution 
géographique de la plupart des poissons de mer a pu 
frapper les hommes qui ont fait de longues navigations. 
Chacune des mers australes et boréales garde ses tribus» 
et les excursions passagères qu'elles font dans les zones 
tempérées ne les éloignent pas sans retour de leurs sta- 
tions premières. 

Nous voyons , pour commencer par les puissances de 
l'Océan , une espèce de baleine qui fréquente la baie de 
Baffin et les autres régions de la mer Glaciale , arriver , 
vers le milieu d'octobre, dans les parages de Terre- 
Neuve, où elle trouve une nourriture plus abondante* 
Ces cétacés, quand la saison devient plus rigoureuse, 
descendent aux Açores et jusqu'aux iles du cap Vert; de 
là, ils se rendent dans la mer des Antilles, vers les pa- 
rages de la Barbade; ils séjournent dans cet archipel jus- 
qu'au printemps, remontent ensuite vers les côtes des 
États-Unis , paraissent au mois de mai sur le banc de 
Saint-Georges, vont regagner les parages de Terre- 
Neuve, ceux du Labrador, retournent en été vers le 
Groenland , et s'engagent sous les glaces des mers 
polaires. Ces courses périodiques sont bien connues 
des pêcheurs américains, et depuis le mois d'octobre 
jusqu'au mois de juin, ils suivent la baleine dans ses 
voyages successifs. 

La morue qui habite le nord de l'Atlantique ne se 
trouve point aux mêmes époques dans ses difTérens pa- 
rages: elle abonde, aux mois de février et de mars, sur 
les côtes de Lofoden en Norwège, gagne, au mois d'a- 
vril, le banc qui se prolonge entre les îles Schetland et 



(345) 

Fâroer, et se rend ensuite vers les cotes dislande. Avant 
le seizième siècle, nous ne la cherchions que dans ces 
parages et dans ceux de l'Irlande, des Orcades et de la 
mer du Nord ; mais depuis que Sébastien Cabot eut 
découvert de nouvelles régions maritimes, fréquen- 
tées par une multitude innombrable de morues , cette 
pêche attira les Européens vers le grand banc de Terre- 
Neuve, d'où elle s étendit autour de cette île, dans 
le golfe de Saint-Laurent, et le long des rivages du 
Labrador. 

Les harengs que l'on trouve aussi dans ces mers 
sortent, chaque année, de la région des glaces polaires, 
et ils se partagent en deux colonnes principales qui se 
rapprochent de l'un et de l'autre continent. On les ren- 
contre successivement dans les eaux de l'Islande, du 
Groenland, du Labrador et de Terre-Neuve, dansceiles 
de Norwège et de la Baltique, sur les bancs qui envi- 
ronnent les. îles Britanniques, et particulièrement sur 
oeux de la mer du Nord. 

Ces divers exemples, que nous pourrions multiplier 
davantage, prouvent que plusieurs familles fréquentent 
habituellement, et tour-à-tour, des parages spéciaux, où 
elles trouvent le genre de subsistance et les degrés de 
température et de lumière qui leur conviennent* C'est 
principalement sur les hauts-fonds et dans le voisinage 
des côtes que ces espèces abondent : les bancs sous- 
marins leur offrent des abris pour y déposer leurs œufs, 
et ils doivent en faciliter le développement et la fécon* 
dation ; on y reçoit mieux l'action du soleil et de la lu- 
mière que dans les grandes profondeurs de l'Océan , où 
les rayons du jour cessent de pénétrer. 

Les classes de poissons les plus vagabondes, les moins 
limitées dans leurs excursions , sont généralement celles 



I 



( 346 ) 

gui ne vivent que de chasse , et qui font incessamment 
la guerre aux plus faibles. De ce nombre est l'espèce vo- 
race des requins, appartenant au genre des squales. On 
les voit errer dans toutes les mers; il est même des ré- 
gions de l'Océan qui ne sont passagèrement traversées 
que par ces tribus nomades et par celles quelles pour- 
suivent, et dont elles font leur proie. 

Si l'Océan a ses régions peuplées, il renferme aussi 
d'immenses déserts. Quelquefois les espèces tendent à 
disparaître, lorsqu'elles rencontrent dans les flots des 
substances délétères ; quelquefois les poissons dont elles 
se nourrissaient ont changé* de contrée, et le besoin dé- 
termine leurs émigrations. 

Il est quelques époques de Tannée où toutes Ges peu- 
plades de l'Océan sont douées de plus de vie et d'activité, 
et où leurs rapides mouvemens se croisent, se multi- 
plient, se prolongent dans de plus grands espaces. Les 
parages que sillonnait notre navire nous avaient paru 
plus animés, plus poissonneux dans une première tra- 
versée, Nous arrivions alors vers l'été: c'était la saison 
du frai; elle mêlait ces tribus errantes,, les attirait des 
profondeurs de la mer jusqu'à sa surface, les attroupait 
*t les faisait bondir sur les flots. Nous avions vu, du 19 
au 79 juin l83o, plusieurs essaims de dorades jouer 
prjès du vaisseau , entrer dans son village écumeux, pré- 
senter aux rayons du soleil leurs nageoires d'un beau 
vert doré, et leurs écailles nuancées de mille couleurs. 
Des mollusques flottaient autour de flous; des dauphins, 
des souffleurs, dispersés sur les vagues, enlevaient et ren- 
daient à I3 mer leurs jets d'eau intermittens. D'innom- 
brables poissons venaient escorter le navjre et se pres- 
saient autour de sa poupe : on leur a donné le nom de 
poissons du gouvernail. A cette époque , le soleil aecom- 



% 



( 34 7 ) 
ptiss&ir sa plus longue carrière; il pénétrait de ses feux le 
vaste Océan, et allait enflammer de ses derniers rayons 
les nuages du soir. Sur quel plus grand tableau pour- 
raient s'arrêter les regards du voyageur! il ne voit que 
là mer et le ciel ; néanmoins cette image qui reparaît tous 
ks jours n'a rien de monotone. La pompe du soleil dif- 
fère, la forme des nuages a changé; les brouillards, l'o 
rage, les éclairs, le retentissement de la foudre, méta- 
morphosent la scène qui vous environne. Et combien 
de variétés vous offrent les mouvemens de la mer et tous 
les accidens de sa lutte avec l'atmosphère, depuis les 
légères ondulations des vagues jusqu'aux bouleversemens 
de la tempête! Là nuit même a ses spectacles; et sous 
cette voûte azurée du ciel où scintillent d'innombrables 
flambeaux, vous voyez les ondes se parsemer d'étincelles. 
Si vous avez jeté la sonde, la corde que vous retitra des 
flots forme une traînée de lumière; le brillant sillage 
du navire en éclaire la marche, et la nappe d'eau que 
vous traversez est toute resplendissante. 

Quelle est la cause de cette clarté qui court à la sur* 
face de l'Océan , qui appartient à la mer elle-même, et qui 
n'est point, comme au milieu du jour, le reflet, mille 
fois répété, des rayons du ciel? La plupart des natura- 
listes attribuent cette phosphorescence à une multitude 
infinie d'animalcules, devenus accidentellement lumi* 
nçux ; ils croient que cet effet ne peut être produit que 
par des êtres organisés, doués d'un mouvement volon- 
taire , sensibles à l'agitation de l'eau , irritables par la 
douleur, brillant d'une vive lumière aux premières at- 
teintes de la souffrance, et perdant cette propriété avec 
la vie» Ces espèces de mollusques sont d une grande 
ténuité : la moindre pression les réduit en liquide muci- 
lagineux; ils exhalent ce fluide phosphorique, et ilss'é- 



( 348) 
teignent, pour faire place à d'autres myriades de corps 
organisés, doués comme eux d'une vie éphémère, et qui 
vont aussi briller un instant. 

Ainsi se manifestent sous un nouvel aspect les phéno- 
mènes de la vie : elle animait les colosses de l'Océan; elle 
descend de classe en classe jusqu'à ses êtres microscopi- 
ques : pour les premiers, elle était un principe de force 
et de puissance; pour ceux-ci, le flambeau de la vie se 
réduit à une faible étincelle. 

Au retour de l'aurore, cette phosphorescence disparait 
comme les étoiles de la nuit ; mais d'autres images font 
naître des observations nouvelles. Ces oiseaux qui par- 
courent les vastes régions de l'atmosphère, et qui 
suivent, en les effleurant, toutes les oscillations des 
flots, ont-ils adopté de préférence quelques parages, 
ou parcourent- ils dans leurs erreurs la vaste étendue 
des mers? Et ceux qui s'égarent au loin sur l'Océan 
sont-ils semblables à ceux que vous aperceviez plus près 
des rivages ? 

Les oiseaux de terre ne se rencontrent que vers le 
commencement et vers la fin de la traversée; on n'en 
/ découvre plus dans les régions intermédiaires. Nous 
avions vu , avant d'atteindre le banc de Terre-Neuve, un 
bec-en-ciseaux, dont l'espèce appartient à l'Amérique, 
venir se poser sur nos mâts; et nous vîmes, lorsque nous 
approchâmes des parages d'Europe, une hirondelle qui 
voltigea long-temps autour du vaisseau, s'y réposa, et 
devint notre prisonnière. 

On trouve quelquefois en mer des oiseaux de terre, à 
deux cents et jusqu'à trois cents lieues du rivage, lors- 
que le vent les a chassés devant lui; mais au-delà d'un si 
grand espace, leurs forces succombent, et ils périssent 
dans les flots. C'est ainsi que le vaste Océan établit une 



(349) 
barrière entre les oiseaux de l'ancien et du nouveau 
Monde qui appartiennent à notre zone tempérée ou aux 
latitudes plus méridionales. Chaque continent garde les 
espèces qui lui sont propres; elles ne peuvent se mêler 
et devenir communes que dans les régions du nord, où 
les terres sont plus rapprochées, et où les glaces peuvent 
offrir des points de relâche et de communication entre 
ce double rivage. 

On peut partager en deux grandes classes les oiseaux, 
devenus communs aux deux continens, par la facilité de 
passer de l'un à l'autre vers leurs extrémités septentrio- 
nales. Les uns , accoutumés aux régions arctiques , sont 
à portée de Eure habituellement ce trajet; tels que plu- 
sieurs espèces d'aigles, d'oiseaux de proie, d'oiseaux de 
nuit, de goélands. Les autres, considérés comme oiseaux 
de passage, changent périodiquement de climats : on les 
voit, en Amérique comme en Europe, arriver des con- 
trées du midi au signal du printemps; continuer leur 
vol vers le nord, en l'interrompant quelquefois par des 
stations passagères; disparaître pendant l'été, et ne re- 
venir qu'en automne des régions froides où ils s'étaient 
rendus. C'est au terme de leur voyage vers le nord qu'ils 
ont pu changer de continent ; mais on remarque que ces 
émigrations accidentelles ont peuplé beaucoup moins 
les nouveaux pays qui les ont reçues. Plusieurs espèces, 
très nombreuses d'un côté de l'Océan , sont plus rares 
sur son autre rive : il semble qu'on puisse distinguer 
par cette différence de population leur contrée ori- 
ginelle, et la terre étrangère où leurs colonies se sont 
réfugiées. 

Les oiseaux d'eau, qui ne vivent que de pêche, et qui 
peuvent se reposer long-temps sur les flots, ne fréquen- 
tent pas néanmoins toutes les parties de l'Océan; ils ont 



( 35o ) 

leurs régions maritimes , plus ou moins voisines de là 
terre. Les mouettes sont nombreuses vers les cotes orien- 
tales cT Amérique» et les mauves près des côtes occiden- 
tales de l'Europe. Les pétrels gagnent dés parages plus 
éloignés ; ils aiment le tumulte des vagues; et leur appa- 
rition, lin quiétude de leur vol, deviennent souvent pour 
les matelots l'augure de la tempête. Ces oiseaux cherchent 
la haute mer ; ils s'y rencontrent -, ils y égarent leurs 
amours; mais avancent-ils vers l'époque de la ponte, un 
instinct naturel les porte à rétrograder, vers le rivage; 
ils s'en rapprochent, vont y déposer leurs œufs et y 
nourrir leurs petits. Souvent l'abri qu'ils cherchent n'est 
qu'un îlot, un récif, un rocher qui s'élève au milieu de 
l'Océan. Le vol des oiseaux vous avertit du voisinage de 
ce lieu d'asile ; mais quelques-uns de cqs écueils sont 
tellement à fleur d'eau, que vous n'êtes prévenu de leur 
approche que par les vagues qui viennent les heurter* 

Tous les. récifs n'ont pas été signalés sur nos cartes : 
plusieurs y sont indiqués comme douteux ; d'autres n'ont 
été aperçus qu'une ou deux fois. Il en est qui se sont affais- 
sés; quelques-uns ont pu s'élever plus récemment; et 
les mers les plus fréquentées par nos marins ont cepen- 
dant mille et mille sillons qu'aucun navire n'a encore 
parcourus. 

Une petite île est placée, dans plusieurs cartes,aumidi 
de l'Islande, et au 61* degré 4o minutes de latitude; on 
l'a vue en 1713 et en 1734, mais depuis on en a perdu 
la trace. D'anciens géographes font mention de l'île de 
Bus ou de Vrislande , située au 58 e degré 1 1 minutes de 
latitude et au 28 e degré i3 minutes de longitude. Ils 
ajoutent que les navigateurs du Groenland l'avaient fré- 
quentée, et qu'ils en avaient fait un retidea-vous pour la 
pêche : des étbblissemens pour la préparation de l'huile 



( 35i ) 

de baleine y avaient ensuite été formés par les Hollaq* 
dais : mais cette île a disparu, et sans doute elle s'est en- 
gloutie, comme d'autres terres qui n'avaient été soule- 
vées du fond de 1 Océan que par des éruptions volcani- 
ques. D'autres observateurs pensent que cette île de Bus 
correspond à l'Islande , et qu'on n'en a fait une autre fie 
que par une erreur de latitude* 

Deux vigies ont été aperçues au midi du banc de Terre- 
Neuve, l'une en 1816, l'autre en 1824* Les Cinq-Grosses- 
Têtes ont été vues plusieurs fois ; les Trois-Cherninées 
furent reconnues en i8a4> et 1a Roche du Diable lavait 
été en 1818. 

Le rocher du Brasil est placé, dans plusieurs cartes,, 
au 5i° degré 28 minutes de longitude, et à i5o lieues 
des côtes d'Irlande. D'autres cartes nous signalent les 
roches & Amplintont > sur lesquelles un navire a tou- 
ché; le rocher iïAitkin, les roches Nègres, celles 
de Barénéthxr de Rcmigeau, de Breton, et plusieurs 
autres dont les positions véritables ne sont pas encore 
constatées. 

Les recherches faites pour vérifier la situation du 
rocher iïAitkin méritent d'être remarquées* Trois expé- 
ditions de la marine anglaise ont successivement exploré 
les parages où l'on soupçonnait l'existence de cet écueiL; 
elles n'ont pu en découvrir aucun , et l'on a reconnu que 
les indications antérieures n'étaient point exactes. Mais 
un autre but a été rempli, et l'on a mesuré le bras>iage 
de tous les fonds qu'on a parcourus. 

Un travail semblable pourrait être tenté sur d'autres 
points : ce genre de découvertes aurait sa gloire; ej il 
serait utile à la sûreté des navires, comme aux progrès àp 
la science elle-même, que d'habiles marins fussent char- 
gés de reconnaître tous ces récifs , et de faire évanouir 



( 35a ) 

le doute sur les ëcueils véritables ou imaginaires, dont 
on cherche également à s'écarter. 

Le 9 mai, nous nous étions élevés jusqu'au 4? e paral- 
lèle: nous avions atteint le 28 e degré de longitude, et 
nous y rencontrâmes les vents de nord-ouest. On a re- 
connu, dans un grand nombre de traversées des États- 
Unis en Europe, que les latitudes comprises dans la région 
des vents variables étaient plus habituellement exposées 
à ces vents de nord-ouest qu'à tous les autres : c'est par 
leur fréquente impulsion, et par celle du Gulf-Stream 
dont on avait d'abord suivi les eaux , qu'on peut s'expli- 
quer pourquoi cette navigation est ordinairement moins 
longue que celle d'Europe aux États-Unis. 

La direction des vents qui régnent souvent dans ces 
parages ne dériverait-elle point d'une loi générale, et ne 
devons-nous pas y reconnaître la tendance de ces grands 
courans maritimes et atmosphériques, incessamment 
entraînés vers la zone torride, où ils ont à remplacer les 
pertes que l'air et l'eau y ont faites par l'effet de la dila- 
tation et de l'évaporation? Ces courans, moins libres 
<lans les mers du Nord que dans celles de l'hémisphère 
austral , sont plus ou moins embarrassés par la forme 
des rivages de l'Océan ; ils se détournent vers le sud-est 
bu lesudouest, ils dérivent, ils louvoient, sans cesser de 
tendre, à travers toutes ces oscillations, vers la zone qui 
les attire , et qui est devenue la cause primitive de leur 
mouvement progressif. 

À cette fréquente impulsion des vents du nord-ouest 
se joint l'action d'un courant maritime qui suit la même 
direction. Il est moins fort, moins continu que celui 4u 
Gulf-Stream ; mais malgré ses intermittences, il entraîne 
vers le golfe de Gascogne tout ce qui flotte spontané- 
ment sur les vagues. On a retrouvé sur la côte de ce 



( 353 ) 

golfe plusieurs billets jetés en mer au-dessous du 49 e 
degré de latitude, et ces expériences sont indiquées dans 
une note jointe à notre Mémoire. (1) 

Tel est cependant l'effet de la mobilité des eaux, que, 
en venant heurter quelques parties du continent, elles 
obéissent bientôt à une impulsion contraire : elles sont 
refoulées par le rivage ; et il se forme un contre-courant 
qui, après avoir regagné l'entrée du golfe, va se perdre 
dans les parages méridionaux de l'Irlande. 

Le navire se trouva le 20 mai sur le banc de Hadock, 
et nous atteignîmes, le lendemain, le banc # Admiralty- 
Palch. Une épaisse vapeur, qui ne nous laissait rien aper- 
cevoir au-delà de quelques encablures, s'étendait sur ces 
deux parages, quoique nous eussions joui, en naviguant 
de l'un à l'autre, de toute la sérénité du ciel. Le même 
brouillard reparut le 11 mai, sur un fond de. quarante 
brasses que nous traversions ; et nos remarques sur l'état 
brumeux de l'atmosphère dans d'autres circonstances 
analogues , retrouvèrent ici leur application. 

Partout où l'on navigue à travers les bancs, on jette 
souvent la sonde, afin de mieux assurer sa marche; les 



(l) BOUTEILLES JETEES A LA MER. 


DATES. 


LATITUDE. 


LONGITUD. 


6 juillet 1 8ai. 


47° 4i' 


7°5l' 


2Ônov. 1833. 


45° 19' 


l3°30' 


27 juin 1827. 


48° 47' 


ia° 3o' 


4 mars 1837. 


44° 53' 


3i° 3o' 


2 févr. 1828. 


4 7 " 5a' 


9° 


*8 août 1828. 


4o°U' 


i6° 5o' 


8 juin 1829. 


4*° 14' 


5°3o' 



RETROUVEES. 



DATES. 



i5 sept. 1821. 
Fin de fév. 18 a3 
26 février 1828. 
16 avril 1828. 
16 avril 1828. 

29 mai 1829. 

30 juillet 1829. 



KO M S DES LIEUX. 



Sables d'Qlwme, 
Près La Rochelle. 
Iled'Yeu. 
Côte d'Insel. 
QûibeTon. 
Cap Breton;." 
Cap Breton. , 



( 354 ) 

substances qui y restent agglutinées font en même 
temps reconnaître la nature du fond; et Ton peut, 
en multipliant ses expériences, préparer une carte, 
non-seulement du relief des montagnes sous-marines, 
mais de la variété des couches et des productions de 
leur surface. 

Nous voyons enfin flotter autour de nous quelques- 
unes de ces plantes marines qui croissent sur les bancs 
et qui s'en détachent. Cette végétation a quelquefois 
averti les navigateurs des parages où ils étaient placés, et 
nous reconnaissons à ce nouveau caractère le voisinage 
de l'Europe. L'Océan devient moins désert : on signale à 
chaque instant de nouveaux navires; plusieurs pavillons 
se montrent à leur tour, et nous voyons parcourir dans 
tous les sens cet immense domaine, dont la souveraineté 
n'est à personne, et dont la jouissance appartient à tons. 
Plus nous approchons des côtes de France, plus ce nom- 
bre augmente, et déjà une longue suite de Voiles appa- 
raît à l'horizon. 

Aucun des spectacles qu'une longue navigation peut 
offrir n'est sans doute plus grand et plus digne d'admi- 
ration que celui de l'homme qui s'est emparé des mers, 
et dont les vaisseaux traversent l'Océan dans toutes les 
directions. Ces navires vont-ils étendre les bienfaits du 
commerce , ou viennent-ils d'explorer des parages et des 
régions ignorées? La renommée ne vous signale-t-elle 
pas ces voiles qui cinglent vers la France ? Est-ce l'As- 
trolabe, la Coquille y la Favorite, ou ce navire sauveur 
chargé des richesses de YUrame? Ils vous apportent les 
tributs de l'Océan; la géographie, les sciences naturelles, 
recueillent les fruits de leurs longues navigations; et ces 
nobles résultats nous font reconnaître que les conquêtes 
les plus 1 désirables sont celles qui multiplient les relations 



( 355 ) 

de la grande famille humaine, et qui favorisent les pro- 
grès de nos connaissances. 

Notre voyage touchait à son terme : le canal de la 
Manche, où nous étions engagés depuis plusieurs jours, 
nous avait ouvert une longue avenue vers notre patrie : 
le voile de brouillards qui nous cachait encore les rives 
de la France vint à s évanouir, et le Havre, et le bassin 
de la Seine, et les rians coteaux qui l'environnent, se 
développèrent devant nous* 



( 356 ) 

Note sur la colonie américaine de Libéria, 

par M. Wardeit. 

Nous avons rendu compte, dans plusieurs numéros 
du Bulletin de la Société de Géographie , de rétablisse- 
ment et des progrès de l'intéressante colonie de Libéria. 
Nous nous bornerons principalement aujourd'hui à 
donner une idée de son état actuel (en i83a), d'après 
le rapport du gouverneur et le journal de la colonie, 
publié par les habitans. 

Libéria, située sur la côte de la Guinée supérieure, 
entre le cap Mount et celui de Mesurado, et entre les 
6° 19' et 6° 46' de latitude nord, et les i3 e 12' et i3°4a 
longitude ouest du méridien de Paris (t). et à environ 
80 lieues à l'est de la colonie anglaise de Sierra-Leone , 
fut choisie, en 1822, comme lieu d'asile pour les es- 
claves noirs rachetés ou les gens de couleur libres des 
Etats-Unis qui voudraient s'y fixer. Trente-cinq émi- 
grans de cette condition , dont six n'avaient pas encore 
atteint seize années, s'y établirent d'abord sous la direc- 
tioti de M. Ashmun. Attaqués par une nombreuse tribu 
de ce pays, ils parvinrent à la repousser au moyen de 
quelques pièces d'artillerie bien dirigées. L'importance 
de la colonie s'accrut rapidement par l'arrivée d'hommes 
de couleur qu'on y transportait chaque année ; et main- 
tenant son territoire occupe une étendue de côte de 
plus de 160 milles en longueur, et s'avance considérable- 
ment dans l'intérieur. Le sol est fertile , arrosé par plu- 
sieurs rivières, et favorable à la culture de toutes les pro- 
ductions des tropiques. 

(1) Observations de M. Le Predour, lieutenant de vaisseau. 



(357) 

En 1824, lçs colons créèrent une forme de gouverne - 
ment et une cour de justice, dont la juridiction s'étend 
sur toute la colonie, et qui tient ses assises le premier 
lundi de chaque mois. L'institution du jury y est en 
vigueur. En général , les délits sont peu fréquens et se 
bornent à des hircins; il n'y a pas eu encore un seul 
crime commis , qui ait emporté la peine capitale. 

Le chef-lieu de la colonie est Monrovia , située à un 
quart de mille environ de la rivière Mesurado, et trois 
quarts de mille de la pointe du cap du même nom, 
Cette ville contient, outre les maisons particulières et 
les magasins , trois édifices consacrés au culte , et un 
palais de justice. Plusieurs de ces bâtimens sont élégans , 
et tous sont commodes. Les rues ont généralement cent 
pieds de large, et se coupent à angles droits. 

Population. — La population actuelle s élève à a5oo in» 
dividus. Le 3w juin dernier, le' navire américain le Jupiter 
a encore débarqué 17a émigrans. Les divers états de l'U- 
nion ont accordé des encouragemens pour cette coloni- 
sation; et l'état de Marylapd, entre autres, a voté une 
somme de 200,000 dollars pour favoriser l'émigration 
des noirs. 

Climat,— 'On a prétendu que le climat était très mal* 
sain ; cela est vrai à l'égard des blancs , mais ne peut 
s'appliquer aux gens de couleur. Ceux des états du nord 
et du midi prennent ordinairement la fièvre dans le pre- 
mier mois de leur arrivée; mais cette incommodité a 
rarement des suites funestes depuis les précautions prises 
à oe sujet. Ceux de la Géorgie, des deux Carolines et du 
sud de la Virginie ne souffrent point de cette fièvre, ou 
en sont légèrement atteints. La moyenne des décès, 
parmi les colons arrivés depuis le i er janvier i83i, n'a 
pas excédé quatre individus sur cent. 

*5 



( 358 ) 

Agriculture. — La colonie fait chaque jour de nou- 
veaux progrès sous le rapport de l'agriculture. Les ré- 
coltes sont abondantes. Plusieurs citoyens très recom- 
mandables ont tourné leur attention sur la culture du 
café, qui est une plante indigène , et qui croît à merveille 
sur les bords de la mer. Le coton et l'iifdigo sont aussi 
des productions naturelles du sol, et fourniront des ar- 
ticles d'exportation. Un habitant de la colonie est sur 
le point de faire une plantation de 20,000 plants de 
cafeyer. La terre se vend à. 25 centimes, ou un quart de 
dollar par acre. 

Commerce. — Le commerce de la colonie a surpassé 
celui de Tannée précédente : 59 bâtimens marchands 
ont visité le port; ^2 de ces navires étaient américains, 
25 anglais et 2 français. Les exportations se sont élevées 
à 125,549 dollars, et le montant des produits et mar- 
chandises en magasin montaient, au I er janvier i832, 
à 47>4°° dollars. Les importations ont été à -peu -près 
de 80,000 dollars. Les articles d'exportation ont consisté 
principalement en bois rouge d'Afrique, ivoire, hnile 
de palmier, écailles de tortue, et un peu d'or, livré par 
les naturels de l'intérieur ou trouvé sur quelques points 
de la côte. Le commerce avec l'intérieur s'est aussi con- 
sidérablement accru. Monrovia est devenue le marché 
des naturels du pays de Condo et de ceux qui confinent 

au paysdeFouta-Diallon.Les Mandingoes viennent aussi 

1 

en grand nombre, et donnent des renseignemens sur 
les nations de l'intérieur. 

Education. — Des écoles permanentes ont été établies 
dans la ville de Monrovia et dans les districts de Caldwell 
et de Millsburg. On a aussi créé des écoles de filles, qui 
sont dirigées par deux institutrices, aux frais d'une so- 
ciété de dames de charité de Philadelphie. 



( 35 9 ) 

Culte.— Les trois églises sont desservies par des mé- 
thodistes , des baptistes et des presbytériens. 

Guerres et traités. — En avril i832, les esclaves de 
Bmntley, l'un des rois deys conduits pour être vendus 
aux Espagnols de las Gallinas, trouvèrent moyen de s'é- 
chapper, et vinrent chercher un refuge parmi les Afri- 
cains rachetés. Kdi-pa, fils du roi, vint les réclamer au- 
près du gouverneur, qui refusa de traiter cette affaire 
autrement qu'avec le roi lui-même, qui mourut peu de 
temps après. Son fils, qui lui succéda, commença aussi- 
tôt les hostilités, aidé de quelques autres rois deys, et de 
ceux deGurrah. Le gouverneur, à la tête de la milice et 
des volontaires, au nombre de i5o, soutenus par 120 
Africains rachetés et une pièce de campagne , marcha 
sur la ville du roi Brumley, dont il s'empara sans résis- 
tance. De là, il s'avança sur celle du roi Willie, défendue 
par une barricade de troncs d'arbres et un canon de trois 
livres de balles. Après une demi -heure de combat, la 
place fut emportée, avec perte de 1 5 tués et bon nombre 
de blessés de la part de l'ennemi; les colons n'eurent à 
regretter qu'un officier tué et trois hommes blessés. Les 
rois deys, ainsi battus, demandèrent la paix, et acceptè- 
rent (le 3o) les conditions offertes par le gouverneur. 
Par ce traité, il est stipulé que les rois deys livreront aux 
nations de l'intérieur, qui voudront venir trafiquer avec 
la colonie, un libre passage sur leur territoire, privilège 
que ces rois avaient jusque-là refusé d'accorder, dans le 
but de monopoliser le commerce. 

En janvier i83a , le gouverneur fit une excursion de- 
puis l'embouchure de la rivière Junk jusqu'à Grand - 
Bassa, à 5o milles de distance de la côte, et eut avec 
plusieurs chefs des entrevues, où il convint d'arrangé- 
mens qui assuraient à la colonie la paisible possession 

*5. 



V. 



( *6o) 

d'une portion considérable de territoire sur la rite g*u- 
che de la rivière Saint-Jean , renfermant quatre grandes 
îles. Bob-Grajr, l'un des chefs auxquels ce fertile district 
a été acheté, a fait de grandes plantations de cassave et 
de patates pour l'usage des nouveaux colons, et s est 
engagé à faire construire pour eux trois vastes oabanes, 
clans le style de celles des natifs. Par des négociations 
avec les rois du grand cap Mount, on a également obtenu 
la cession d'une partie de ce territoire. Ces acquisitions 
sont dune grande importance pour la colonie , sous le 
triple rapport sanitaire, commercial et agricole, en rai* 
son de la fertilité du sol, du libre accès du cdté de la 
rner, et de l'abondance des objets de commerce et de 
consommation. 

Dans son voyage à Grand-Bassa, le gouverneur s'occupa 
à reconnaître le cours et la grandeur des principaux 
affluens des rivières Junk et Saint-Jean , et il annoncç 
une carte nouvelle et plus exacte de l'établissement. 

Africains rachetés. — Les Eboes et les Congoes occu- 
pent deux villages , propres et bien bâtis , à trois milles 
de Caldwell et près la rive gauche du Stockton-Creek. 
Chaque tribu a construit, au moyen de souscriptions 
volontaires et de travaux en commun , un édifice con- 
sacré au culte, et une maison de réunion {palaver). Ils 
ont des fermes bien cultivées, et des jardins enclos, où 
ils cultivent des fèves, des choux, des melons, des igna- 
mes (dioscorea), etc.; et ils échangent l'excédant de 
leur consommation contre les divers articles dont ils 
manquent. 

ï J'ai vu, dit 1/e gouverneur dfens son rapport, u© en- 
4o* 4*çn,viçqp î5p *çres , planté çn <*ss*v4 entremêlée 
fo touffes q> ruait* et de pats^e*, • Lorsque gq$ noir* 



( 36i ) 

n'emploient pas leur terrein en labour, ils y établissent 
des scieries de bois pour faire du bardeau. 

La tribu Congo a établi une école du dimanche, qui 
est régulièrement suivie par les en fans et même les adul- 
tes. La colonie a l'intention d'en établir une par chaque 
tribu. 

Un fait qui n'est pas des moins curieux, est l'établis- 
sement d'un journal publié à Monrovia , et rédigé par 
des indigènes, sous le titre de Libéria Herald, et dont 
nous communiquons plusieurs numéros. 

Cette colonie paraît destinée à acquérir une grande 
importance : 

i* En purgeant les Etats-Unis d*un grand nombre 
d'hommes de couleur affranchis, qui se pervertissent 
par l'oisiveté des grandes villes, et deviennent l'oppro- 
bre des gens de leur condition; 

2° En mettant fin à la traite sur cette partie de la côte; 

3° En faisant connaître l'intérieur du pays ; 

4° Et enfin , en amenant la solution du grand pro- 
blème si long-temps agité , à savoir si les enfans des co- 
lons noirs, favorisés par tin système régulier d'éducation, 
peuvent montrer les mêmes facultés intellectuelles que 
les enfàhs des blanés du même âge et recevant un ensei- 
gnement semblable. 



( 36a ) 



ACTES DE LA SOCI&ré. 



Assemblée générale dit i4 décembre i83a. 

La Société de Géographie a tenu sa séance générale* 
le 14 décembre r sous la présidence de M. le comman- 
dant d'Urville, en l'absence de M. l'amiral comte de 
Bigny , président de la Société. 

Le concours nombreux de membres et d'étrangers qui 
. assistaient à cette réunion est une preuve de l'intérêt 
qu'inspirent les 4 travaux de cette association scientifique, 
dont les efforts , depuis onze années d'existence, ont été 
constamment dirigés vers l'extension des connaissances 
géographiques et le progrès de la civilisation générale. 

M. le vice-président ouvre la séance après avoir pro- 
noncé les paroles suivantes : 

Messieurs , un personnage bien plus haut placé que 
moi dans les rangs de l'échelle sociale et de la hiérarchie 
militaire ; bien autrement favorisé des dons de la for- 
tune , avait été appelé par votre choix à présider cette 
réunion. Il nous a annoncé que ses occupations ne lui 
permettaient point de se rendre parmi nous , et c'est 
uniquement à cette circonstance que je dois l'honneur 
d'occuper ce fauteuil. Certes , je ne puis me dissimuler 
eombien , par ma position et par mes titres particuliers , 
je me trouve au dessous de cette éminente distinction ; 
mais je me plais à croire que la même indulgence qui 
vous a déjà portés à me désigner pour un de vos vice- 
présidens , m'accompagnera dans les fonctions que je 
vais avoir à remplir. 



( 36;i ) 

Permettez-moi, messieurs, de saisir cette occasion 
pour tous remercier de la preuve d'estime que -tous me 
donnâtes dans votre dernière séance , en m'appelant au 
nombre des membres de votre bureau. Croyez que tous 
mes efforts tendront sans cesse à me rendre de plus en 
plus digne de vos suffrages , au moins par mon zèle et 
par mon activité. Gomme preuye de ces dispositions de 
ma part , vous serez peut-être bien aises d'apprendre 
que la rédaction de l'atlas hydrographique du voyage de 
l'Astrolabe est entièrement terminée; une seule planche, 
celle de la carte générale de l'Océanie , est encore entre 
les mains du graveur, qui en finit la lettre; toutefois 
j'ai cru pouvoir, dès aujourd'hui, mettre sous vos yeux 
ce grand travail. Je puis aussi vous annoncer que la 
rédaction de la partie historique du même voyage est 
très avancée : sur cinq forts volumes dont elle sera 
composée , il n'en reste plus qu'un à imprimer; à moins 
d'obstacles imprévus, l'année i833 verra la fin de cet 
ouvrage. Alors, seulement, je croirai avoir complète- 
ment rempli le mandat que je m'étais imposé , puisque 
alors, seulement, le public et notamment les géographes 
et les navigateurs de toutes les nations pourront juger 
quel rang le voyage de l'astrolabe doit occuper parmi 
les expéditions du même genre. 

M. Jomard , en qualité de président de la commission 
centrale, fait diverses communications à l'assemblée : 
i° Aux termes de son règlement , la Société a nommé 
aux places vacantes parmi ses correspondans étrangers*, 
et a élu MM. le capitaine Graah , de la marine danoise-, 
à Copenhague; Adrien Balbi, à Venise; Ainsworth, à 
Edimbourg ^ Graberg de Hemsd, à Florence, et le major 
Long , à Washington ; 



( 364 ) 
a» La commission centrale vient de voter l'impres- 
sion, dans le Recueil de ses mémoires de la relation du 
royaume d'Angola , en langue portugaise , par le capi- 
taine Oliveira de Cadornega, d'après un manuscrit in*f° 
de notre grande bibliothèque royale, de l'an 1680. Cette 
relation contient un grand nombre de détails topogfa- 
phiques > la description du cours des fleuves et des ri- 
vières, et. le tableau des mœurs et des usages, des in- 
digènes y 

3° La Société royale de navigation, nouvellement 
formée en Angleterre sous ta protection du roi, demande 
à entrer en correspondance avec la Société de géogra- 
phie, comme moyen de favoriser le succès des deux in- 
stitutions. 

Dans sa notice annuelle des travaux , M. Alexandre 
Barbie du Bocage, secrétaire général de la commission, 
centrale,, félicite la Société des rapport» multipliés qu'elle 
ne cesse d'entretenir avec les. diverses académies et so- 
ciétés savantes de toutes les parties du globe; il rappelle 
aussi les relations de la Société avec les voyageurs, 
qu'elle dirige par ses instructions , et il présente un 
aperçu des découvertes géographiques exécutées dans 
le cours de cette année. M. le secrétaire général passe 
ensuite en revue les travaux intérieurs de la Société , 
les différens prix qu'elle propose pour l'encouragement 
de la géographie , les travaux particuliers de ses mem- 
bres , et leurs publications ; enfin, les dons des sociétés 
savantes nationales et étrangères, qui viennent chaque 
jour enrichir sa bibliothèque. En terminant sa notice , 
M. Barbie du Bocage paie un juste tribut de regrets à 
la mémoire de plusieurs membres enlevés k h. Société 
et aux sciences géographiques dans le cours de cette 
année. 



C 36fi ) 

M. Warden, dan» une intéressante notice, donne le 
tableau de l'établissement et des progrès de la colonie 
américaine de Libéria; il présente ; sur son état actuel, 
sa. population, son climat, son agriculture et son com- 
merce , des considérations d'une haute importance. 
M. Warden signale un fait qui n'est pas des moins cu- 
rieux, c'est la publication d'un journal à Monrovia, 
chef- lieu de la colonie , rédigé par des indigènes , sous 
le titre de Libéria Herald. Ce journal est le septième 
publié en Afrique depuis un petit nombre d'années. Les 
résultats probables de 1 établissement de cette colonie , 
d'après M: Warden, seraient, i° d'éloigner des Etats-Unis 
un grand nombre d'hommes de eouleur affranchis, qui 
se pervertiraient par l'oisiveté des grandes villes ; a° de 
mettre fin à la traite sur cette partie de la côte; 3° de 
faire connaître l'intérieur du pays ; 4° enfin, de résoudre 
un grand problème long -temps agité, celui de savoir 
jttequ'à quel point les enfans des colons noirs, étant 
favorisés par un système régulier d'éducation, peuvent 
développer les mêmes facultés intellectuelles que les 
énfàns des blancs. (Voir page 356.) 

M. Houx de la Rochelle a fait lecture d'un mémoire 
sur une traversée de l'oeéan Atlantique. L'auteur ne 
s'est point arrêté aux incidefts ordinaires de la naviga- 
tion ; il a cherché , dans chaque région maritime , les 
sujets qui pouvaient prêter à quelques observations plus 
générales, et il a successivement porté les siennes sur 
les hauts fonds qui régnent le lbng du littoral des Etats- 
Unis ; sur les plantes marines qu'on y rencontre , sur 
les causes de la formation et de la direction du Gulf- 
Stream, sur la température de ses eaux, sur celle des 
bancs de Terre-Neuve et de quelques plateaux sous- 
^irins. et sur les parages où l'on trouve auelauefoU do* 



( 366 ) 

i 

glaces flottantes. L'auteur observe ensuite la circulation» 
et les habitudes de différentes espèces de poissons qui 
parcourent successivement plusieurs régions del'Atlan- 
tique, ou qui s'y trouvent indistinctement répandues. Il 
applique ses observations aux oiseaux qu'on aperçoit en 
haute mer ou près des rivages , à ceux qui sont particu- 
liers à un continent, ou communs aux deux hémisphères. 
Il rappelle dans son mémoire différons écueils de l'At- 
lantique, dont il serait utile de déterminer la position,, 
qui n'est encore indiquée dans nos cartes que d'une 
manière incertaine. Il cite plusieurs expériences , faites 
dans les parages d'Europe, pour constater l'existence 
d'un courant maritime dirigé vers le golfe de Gascogne. 
Enfin, il s'attache, dans le cours de cette dissertation, à 
faire la peinture de quelques phénomènes maritimes ou 
atmosphériques , qui lui ont paru propres à intéresser 
les navigateurs. (Voir page 335.) 

On passe ensuite au compte rendu des recettes et des 
dépenses de l'exercice i83i-i83a, présenté par M. Gha- 
pellier, trésorier de la Société. (Voir page 367.) 

L'assemblée procède à l'élection d'un membre de \a 
commission centrale, en remplacement de M. Brué, 
décédé , et nomme à la place vacante M. Peytier, capi- 
taine au corps royal d etat-mâjor. 



( 36 7 ) 

Compte rendu dbs recettes et dépenses de la Société 

pendant F exercice i83i-i832. 



RECETTES. 



Reliquat du compte de i83o- i83i ; intérêts des 
fonds placés; montant des souscriptions renouvelées 
et des diplômes délivrés aux nouveaux membres ; sous- 
criptions du roi et de M. le général Brisbane (comme 
donateur) ; vente du recueil des Mémoires et du Bul- 
letin 10,618 f. 3i c. 



/ 



DEPENSES. 



Frais d'administration, d'agence, de 
loyer ; impression du Recueil des Mé- 
moires et du Bulletin; montant des 
prix décernés en i83a 10,248 o3 

En caisse le 14 décembre i83a 370 28 

Placement sur le Mont-de-Piété , re- 
présentant un capital de . ....... i3,ooo 00 

Total de l'actif . , . . . . 13,370 f. 28 c. 



es 



Certifié par le Trésorier dé la Société. 

Paris, le 14 décembre i83a. 

Signé Chàpellier. 






( JS8) 

Séance du y décembre. 

Le procès-verbal de !<i dernière séance est lu et adopté. 

M. Grand-Pierre, au nom du comité de la Société 
des Missions évangéliques , remercie la Société de la 
série de questions qu'elle a bien voulu adresser aux trois 
missionnaires qui viennent (le partir pour le pays des 
Cafres Bechuanas. Il annonce en même temps que la 
Société des Missions a reçu de l'Afrique des nouvelles 
d'un grand intérêt. 

M". Dumartray, de retour d'un voyage dans l'Amérique 
centrale , écrit à la Société pour lui offrir un opuscule 
qu'il vient de publier de concert avec M. Rouhau , sous 
le titre de : Coup-d'œil sur la république de l'Amérique 
centrale et particulièrement sur les états de Nicaragua 
et Costa-Rica. Remercîmens. 

M. Francœur écrit à la Société pour lui communi- 
_quer un tableau des hauteurs des montagnes de la terré, 
publié à Municb par un Français, M. Desjàrdms; il ex- 
prime en même temps le désir que la Société veuille 
bien charger un de ses membres de lui rendre compte 
de ce tableau. 

M. Nell de Bréauté adresse à la Société un exemplaire 
des Ephémerides des distances à la lune des quatre pla- 
nètes, Venus, Mars, Jupiter et Saturne, avec leurs po- 
sitions pour chaque jour, pendant les années 1 833 et 
1 834 , publiées par M. le professeur Schumacher , pour 
être offert au premier voyageur partant pour un voyage 
intéressant la science. 

M. Warden annonce le prochain départ de M. Bara- 
dère pour Mexico. Ce voyageur a pour but d'examiner 
les iquités de Mitla et de Palenqué, et de faire des 



(3«0) 

recherches dans les archives du gouvernement des dif- 
férentes provinces du Mexique. 

Le même membre communique une note sur l'explo- 
ration des sources du Mississipi, par Henri Schoolcraft. 
Renvoi au Comité du Bulletin. 

M. Boucher, au nprn des sections de comptabilité et 
de publication réunies, fait un rapport sur Iç mode de 
publication de la relation manuscrite du royaume d'An- 
gola, dont M. Dubeux a proposé l'insertion dans les. 
Mémoires de la Société. 

L4 commission, centrale, d'après les conclusions du 
rapport, adopte la proposition relative à l'impression du 
texte portugais, et elle ajourne celle qui a pour objet la 
traduction du texte portugais en langue française. 

M* Jomard lit pour M. Aimé Paris une notice sur le 
texte primitif de la relation de Marco Polo, L'opinion 
ç)e l'pijteur est que la relation originale a été composée 
en français. Plusieurs membres émettent le vo?u que ce 
mémoire «oit poinniuniqué à l'assemblée générale du 
i4 décembre. Cette proposition est agréée. 

M. Roux de Rochelle dépose sur le bureau un mé- 
moire sur une traversée de l'océan Atlantique, qui doit 
être aussi lu à l'assemblée générale. 

M. Warden est prié de préparer pour la même séance, 
une notice sur la colonie américaine de Libéria* 

M. César Moreau , au nom de la Société de Statis- 
tique universelle, propose l'échange de. ses Mémoire* 
contre le Bulletin de la Société. 

Cette proposition est appuyée par plusieurs membres 
et adoptée par la commission centrale. 



(3 7 o) 



Séance du 21 décembre i83a. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. Jomard communique deux lettres datées de Ta- 
basco : par la première, M. Corroy oncle fait connaître 
les difficultés que présente l'exploration des ruines de 
Palenqué. Il annonce qu'il possède une histoire manus- 
crite qui traite de ruines semblables, situées à quatorze 
lieues de cette ville et à deux lieues de la frontière de 
Tabasco. Il se propose d'aller les visiter et de continuer 
ensuite jusqu'à Palenqué. Par la seconde lettre datée 
du 4 août, M. Corroy neveu annonce que son oncle 
était à Palenqué ainsi que M. de Valdeck, depuis trois 
mois , et qu'on attendait les résultats de leurs excursions. 

M. le commandant d'Urville dépose sur le bureau la 
proposition suivante : 

La commission centrale ayant pris en considération 
l'espace de temps compris entre la fin de l'année où la 
découverte la plus utile en géographie doit être faite et 
l'époque où ce prix doit être adjugé, elle a reconnu que 
cet espace était insuffisant, dune part, pour donner le 
moyen aux découvertes opérées dans les régions loin- 
taines du globe d'arriver à la connaissance de la Société; 
de l'autre part, pour fixer l'opinion des juges sur le mé- 
rite de la découverte. En conséquence , elle a décidé que 
cet espace serait désormais doublé : en l'année i833, il 
n'y aura pas lieu à donner de prix , et ce ne sera qu'au 
mois de mars i834 qu'elle décernera le prix relatif à 
la découverte la plus importante opérée dans le cours 
de Tannée i83i. 

Cette proposition , appuyée par plusieurs membres , 



(37* ) 
est prise en considération par la commission pour être 
discutée dans la prochaine séance. 

M. Daussy rappelle que , dans la dernière séance gé- 
nérale de la Société , le compte-rendu des travaux de 
Tannée n'a point été^u en entier; que des coupures pa- 
raissent y avoir été faites dans le but d'en borner l'éten- 
due au temps convenable pour une lecture d'ailleurs 
assez prolongée , et que Ton n'y a rien remarqué sur le 
voyage de M. Douville en Afrique. Il demande si le 
compte-rendu , préparé par M. le secrétaire-général ne 
sera pas imprimé en entier; il ajoute que l'incertitude 
qui plane sur l'authenticité d'un voyage auquel la Société 
a décerné un prix ne doit pas subsister plus long-temps; 
en conséquence , il propose qu'il soit nommé une com- 
mission qui inviterait M. Douville à lui présenter les do- 
cumens nécessaires pour constater la réalité de son 
voyage. 

M. d'Avezac appuie cette proposition avec d'autant 
plus de force que, membre de la commission spéciale 
qui a proposé de décerner le prix au voyage de M. Dou- 
ville , il se croit personnellement intéressé à l'éclaircisse- 
ment d'une question aussi grave que celle de l'authen- 
ticité ou de la non-authenticité de ce voyage; que la 
commission spéciale dont il faisait partie n'a point, à la 
vérité, prononcé son jugeriient sur la relation publiée 
par M. Douville, mais seulement sur le compte succinct 
de son itinéraire, appuyé de cartes routières dessinées à 
grand point, et que le voyageur énonçait avoir assujé- 
ties à des positions observées astronomiquement ; que 
ces observations astronomiques n'ont point été soumises 
à l'examen de la commission ; que toutefois le hasard 
avait mis M. d'Avezac à portée d'être convaincu que des 
observations astronomiques, et notamment des obser- 



( 37* ) 
yations de distances lunaires faites à Yanvo, étaient con- 
signées , avec leurs calculs , dans les cahiers manuscrits 
que M. Douville lui avait montrés ; que dès-lors, M. Dou- 
ville a dans ses mains des documens propres à éclaircir 
tous les doutes : il demande en conséquence qu'une 
nouvelle commission spéciale soit chargée de demander 
à M. Douville une communication complète de tous les 
élémens sur lesquels est basée sa relation. 

Cette proposition est appuyée et combattue. 

MM» Gorabœuf et Roux de Rochelle croient que la 
Société de Géographie ayant déjà exprimé son opinion 
sur le voyage de M. Douville, il n'y a pas lieu de revenir 
sur la décision qu'elle a prise , et de renvoyer à l'exa- 
men dune nouvelle commission une affaire déjà jugée. 

M. d'Urville demande alors que, sans nommer de 
commission , le président soit chargé d'inviter M. Dou- 
ville à déooser à la Société les manuscrits originaux qui 
contiennent ses données et ses observations astrono- 
miques, afin que chacun des membres en puisse prendre 
connaissance, 

MM. Daussy et d'Avezac se réunissent à la proposition 
de M. d'Urville , leur but étant d'obtenir que tous les 
élémens des observations astronomiques dont M. Dou- 
ville n'a publié que les résultats, soient mis à la portée 
de tous ceux qui désireront les examiner. 
, M. le président résume les diverses propositions dont 
le voyage de M. Douville a été l'objet, et les met aux 
vpix : celle qui a pour objet de nomme? une commission 
spéciale est rejetée. 

L'ordre du jour pur et siinple étant demandé, il s'ou- 
vre une nouvelle discussion, après laquelle il est mis 
aux voix et rejeté. 

Enfin , la proposition de M. d'Urville est adoptée à 



(373) 

une forte majorité. En conséquence, M. le président, au 
nom de la Société, fait à M. Douville, présent à la séance, 
l'invitation de déposer sur le bureau , à fctfre de rensei- 
gnemens , les manuscrits contenant les observations as- 
tronomiques qui ont été Élites dans son voyage au Congo. 

La Commission centrale décide, sur la proposition 
de M. C. Moreau, que des démarches seront faites - pour 
qu'une députation de la Société soit admise à présenter 
ses hommages au roi , à l'occasion du nouvel an. 

La Commission centrale, aux termes de son règlement, 
procède au renouvellement de son bureau pour l'année 
i833; elle nomme, à la majorité absolue des suffrages : 

Président y M. Roux de KocheUe. 

commandant dlJrviUe. 
Jomard. 

Secrétçiire général , M. le çolone) Çorabotuf. 

H. Roux de Rochelle remercie ses collègues de l'ho- 
norable confiance qu'ils viennent de lui témoigner; il 
espère être toujours secondé par leurs lumières et par 
leur coopération bienveillante d*ns l'exercice de ses 
nouvelles fonctions. 

La Commission centrale, sur la proposition de M. d'Ur- 
ville, vote des remercimens à M. Jomard, président sor- 
tant, pour le zèle avec lequel il a rempli les fonctions de 
la présidence pendant l'année 1 83a. 



»- ' • 7 ( M. le 
Ffce-pnsùfens , 1 

I M. Jo 



»H H i»»^-^- 



16 



( J74 ) 



M1MB1I1 ADMIS DANS LA S 






Assemblée générale du i4 décembre. 

M. A. Saeaximi, traducteur à l'école d'Abouza-Bel 
(Egypte). 



«IJVEAGkS OrVSRTS A. LA SOCIÉTÉ. 

Séance du 7 décembre. 

Par M. Alex. Barbie du Bocage : Traité de Géographie 
générale, a vol. in- 18. 

Par M. Huot : Coup-d'àeil sur les -volcans et sur les 
phénomènes volcaniques, considérés tous les rapports 
minéralogiques , géologiques et physiques, i vol. in-&" , 
avec un atlas grand in-4°- 

Par M. Dumartray : Coup-d'œil sur la république de 
l 'Amérique centrale , et particulièrement sur les états de 
Nicaragua et Cotta-Rica , accompagne d'une carte de 
cei deux états, i br. in 4°- 

PaiM.ûonstantPievoKt:^V(J^eà/'&/fl/*««a i83l 
et i83a; in-8°. 

Par la Société géologique : Bulletin de cette Société, 
feuilles a5 à 3o. 

Par M. Bailly de MerUeux : Mémorial encyclopédique , 
cahiers de novembre et décembre. 

Par la Société des Missions Évangéliqiies : Cahier 
de décembre de Bon Journal, 



(3 7 5 ) 



Assemblée générale du i4 décembre* 

Par M. le ministre de la marine : Voyage autour d# 
monde 4 e l a corvette la Coquille* Historique, i3 e et i4* 
livraisons. — Voyage de la corvette V Astrolabe. Histoire 
du voyage, tQme iv, ; re partie, et .36% $7*, 38% livrai- 
sons; botanique, 3 e et 4 e livraisons; zoologie g e à ja* 
livraisons; entomologie, i re partie du texte et 2' livraison» 

Par M. Poulain : Atlas de géographie historique , pour 
servir à t intelligence de Vhistoire ancienne ( les six pre- 
mières cartes ). 

Par M. le marquis de Fortia d'Urban : Mélanges de 
géographie y <T histoire et de chronologie anciennes , avec 
deux cartes r et un mémoire de AL Barbie du Bocage, 
destiné» à servir de supplément à l'histoire et aux œu- 
vres de Xénophon, et principalement à l'histoire de la 
Retraite des dix mille. 1 vol. in- 8°. 

— Dissertation sur le passage du Rhône et des Alpes 
par Annibal , l'an 218 avant notre ère , V édition. 1 voL 
in 8° , avec une carte. 

Par l'académie des sciences de Dijon : Mémoires de 
cette académie pour i83a, 1 vol. in-8°. 

Par M. Jodot : Carte des canaux de la Flandre, par 
M. Cordier. Une feuille. 

— Plan de la route en fer de Liverpool a Manchester. 
Une feuille. 

— Carte pour la route enfer de Baltimore à lOhio. 
Une feuille. 



(3 7 6) 
Séance du ai décembre. 

Par M. Warden : The New- York mathematical Diary^ 
etc. i vol. in-8°i 

Par M. Gide : Nouvelles A 'finales des voyages, cahier 
de décembre. 

Par M. de Moléon : Recueil industriel et manufactu- 
rier, cahier d'octobre. 






LISTE 



DES MEMBRES DE LA SOCIETE QUI ONT ACQUITTE LEUR 

SOUSCRIPTION EN i83a. 



»•••« 



S. M. LOUIS-PHILIPPE I er . 

S. A. R. LE PRINCE DE DANEMARK. 

S. A. le duc Bernard de Saxe-Weymar (membre 
donateur). 

M. le capitaine Arthur de Capell Brooke (idem). 
M. le lieutenant-général Thomas Brisbane (idem). 



MM. 

AgASSE. 

Albbrt-Mobtémoht. 

AbSART. 

A r gout (Comte d'). 
Arthus-Bbrtb a jt d. 

AuTRAX. 

Atbzac (d 1 ). 

Baiixeul. 

Bajot. 

Barbie du Bocage (J.G.). 

Barbie du Bocage (Alex.). 

Baudb (Baron). 

Baudrabd (Général)» 

Bbautbmfs-Bbaufre. 

Becquet. 



MM. 

Bbgis. 

Bérard. 

Bérard duPithojt. 

Béraud (Colonel.). 

Bxugbot (Comte). 

BlAHCHI. 
BfHETEAU. 

Bois-Milo*\ 

BOREL DE BrETIZEL. 
BOTTIH. 

Boucher (Secrétaire-général du 
ministère de la marine). 

Boucher (Directeur des doua- 
nes). 

Boucher ( Inspect des douanes. 



MM. 

BraBDAO. 

Brbssoh. 

Brub. 

Bruguiere. 

Bruheau. 

Cadet de Metz. 

Cailuaud. 

Capelleh (Baron de), 

Cassella. 

Cassibi (Comte de). 

Castbllab. 

Caussih de Pbrcbval. 

Cazzaux. 

Chabterbybe (de). 

Chahut. 

Chapelure. 

ChaSJOES. 

Chateaugiror (Marquis de). 

Chatohrby. 

Chaudoib (Baron du). 

Cuaumette des Fossés. 

Chemisard. 

CmJmext. 

CuÊMlLBrT-MuLLET. 

Clot-Bey (le Docteur), 

Cocheaet (Adrien). 

Cola. ht. 

Cor a boeuf (Colonel). 

Costaz (Baron). 

CouEssur (Chevalier de). 

Courcier. 

Cuyibb (Baron). 

Daussy. 

David. 

Dbchabrefy. 

Dejeak (Comte). 

Delcros. 



3 7 8) 

MM. 

Dbuusbrt (Baron). 
Dekaix. 

DerpeldebdeHiudeysteih (Ba- 
ron de). 
Des âges. 

Desjardibs-Fohttabbs. 
Dezoz de la Roquette. 
Dihomb. * 
Dokrbt. 
Duc de Doudeauville. 

DUCBAHOY. 

Du pour. 

DUPERRET. 

DUTEHS. 

D'uBVTIXE. 

Epailly (Colonel). 
Ebco (Chevalier d*). 
Esquibol (Docteur). 
Estèvb (Baron). 
Eybiès (Géographe). 
Eybiès (Négociant). 
Fiijiok. 

Frrycirbt (de). 
Fbibioh (Général Baron). 
Fuschai. (Comte de). 
Gastebois. 
Gauthier d'Arc. 
Gérard. 
Gérardin. 
Gibaldez (Colonel). 

GlBAUD, 
GoUBCUPF. 

Graberg de Hemsob, 

Guékipey (Baron de). 

Çuiixemib. 

Guys. 

Hamkbr (Baron de). 



(379) 



MM. 
Hapdé. 

Haxo (Général Baron). 
Hbly d'Oissbl (Baron). 
HsKHEQunr. 

Hokbres-Firmas (Baron d'). 
Hottotgusr (Baron). 

HoUBfGABT. 
HuMBLOT-COMTE. 

Huot. 

Hïdk de Neuville (Baron). 

ISAMBBRT. 

Jaubert (Chevalier Àmédée). 

Jbajute. 

Jebahitot. 

JOMAED. 

Jouavbtv. 

JoURDAUT. 

JUBBLIH. 

KlIJTGELHOEFKR. 

Kjtudsejt. 

Labarthk. 

Laborde (Comte Alexandre de). 

Ladoucette (Baron de). 

Laferrière (Général Comte de). 

Labruhe (Général Baron de). 

Lafowt (Général Baron de). 

La HURE. 

Laie. 
Lajard. 
Lamabdé. 
Lajtjuihais (Comte). 

LaRBHAUDIEBB (de). 

Large. 

Labozbbib (de). 

Las cases (Baron Emm. de). 

Lxbbau. 

Leqeittil de Quelerjt. 



MM. 
Lbprrb. 
Lewchikb. 
Lbjkoutb. 
Liajtcourt (Duc de). 

LurDBJTBBBO. 

Losh. 
Loubejts. 

LoURMAJTD. 

Maffioli. 

Malabtic (Abel de).' 

Marcescbeau. 

Mareuil (Baron de). 

Mauger. 

Mbchaib, 

Michaux. 

Mimaut. 

Moll. 

MOKXK. 

Movtesquiou (Comte de). 
Movtesquiou ( Comte Anatole 

de). 
Mortbsquiou (Comte Alfred de). 
Morrau (César). 
Mo&or. 

Mosboubg (Comte de): 
Mougbot. 

MuSBUK. 

NoelDesybrgbrs. 

NOTBB. 

Panckoucke. 

Parcrvai* 

Pastoebt (Marquis de). 

Pastorei (Comte de). 

Percheror. 

Pkttibr. 

PlCQUET. 

Pommeusb (de). 



VSV^"M I II ' 



MM. 
Portai. (Baron). 
Poux. A is. 
Proht (Baron de). 
Puissant (Colonel). 
'Putot. 

Raczywski (Comte de). 
Raffbtot (Comte de). 
Réaume. 
Redoute. 
Rkiskt. 
Rbt. 

Rigw y (Comte de). 
Roger (Baron). 
Rosily (Comte de). 
Rotschlld (Baron de). 
Roussi* (Baron). 
Roux de Rochelle. 
Rumighy (.Vicomte de). 
SAtNT-CYRNuGUEs(Gén. Baron). 
Saeajlihi. 



( 38o ) 

MM. 
Salm-Dyck (Prince de). 
Salvebte. 
Saulty (de). 
Selves. 
Silgu?. 

Speitcr&-Staxiiope. 
Tardiku (P.). 
Tabdieu (A.). 
Tayloh (Baron). 
TowjrsEsu. 

Valazk (Général Baron). 
Vallès. 

Vahdeb Maelek. 
Va» Wyk Roelahdzsooh. 
Vauvilliebs. 
Vidal. 

Vmtdé (Vicomte de). 
Walckebaeb (Baron). 
Wardejt. 
Zollikoffeb ^Altikclutgeic. 






TABLE DES MATIERES 



CONTENUES DANS LÉ TOME DIX -HUITIÈME. 



N M lll à ÏI61 



PREMIERE SECTION. 

KSMOIBBS, BXTBAII89 AHALYSBS Et E APPORTS» 

Examen critique du voyage des frères Lander sur le Niger, et 
de ses résultats géographiques , par M. d'Avezac 5 

Esquisse du Sy-Yu ou des pays à l'ouest dé la Chine , traduite 
et résumée du chinois, par Jtt. Louis Lamiot,. missionnaire 
lazariste ( deuxième article) 27 

Itinéraire de Constantinople à Sivas ouSswas, voyage entrepris 
en 1 807, et de Sivas à Alep ; communiqué à la Société de Géo- 
graphie par M. B. dv B. (première partie) ....;.....».. 73 

Seconde tentative du- missionnaire Rolland pour fonder une 
mission au milieu de la tribu des -Baharutzi. ............ . 83 

Itinéraire de Sevras à -Alep ( deuxième partie) ï*5 

Récit d'unenavigation dans les eaux de 1a Colombie et <i : un. sé- 
jour de six années sur le versant occidental des montagnes 
Rocheuses i38 

Monumens de Palenqué. — -Lettre de M. Ad. CochbiAi^ consul 
général et chargé d'affaires de France pré* le gouvernement 
de llrfrépttMique de l'Amérique centrale • ... . . 189 

Mémoire de M. Jvav ftAiittoo, officier supérieur de la 

' république de l'Amérique centrale , sur les ruines de Pa- 
lenqué. . . .^ ; ^ 1 



I 384 ) 

PLANCHES DIT l8" VOLUMB. 

Carte d'une partie dei îles Pomotou. 

Figures jqintes an Mémoire de M. !• colonel Galin4o tnr les 
ruines de Palenqné. . 



FIN DE LA TABLE PU XYJII» YOLUME. 



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ebbatum du v° n5, p. a8o > lig. as. 

Au lieu de: les Etats-Unis , circonscrits dans leur territoire, Usex 
Ces Etats , circonscrits dans leur territoire.